Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 06:25

 

RUE

CASES-NÈGRES  Carlotta Films

 

Carlotta Films

 

Carlotta Films

 
 
 
 
 
 
« Pour toutes les rues Cases Nègres du monde... »

 

 

Gouvernorat de Martinique, Rivière-Salée. Août 1930…

 

Carlotta Films
 


Le film débute à Rivière-Salée du Nord, un village d'ouvriers agricoles du Gouvernorat de Martinique, en août 1930. Il met en scène le combat d'une grand-mère, M'man Tine, afin que son petit fils José, qu'elle élève seule, jouisse d'une bonne éducation et d'une instruction lui permettant de devenir fonctionnaire et, ainsi, lui éviter de travailler sa vie durant dans les champs de canne. José est initié à la tradition et aux cultes des anciens par son ami Médouze le vieux sage du village. Monsieur Roc l'instituteur sera un soutien constant pour le jeune garçon. La fin du film est placée à mi-mai 1932 (le vendeur du journal Le Temps crie : « Le président Dou-mer as-sas-siné » : n° 25823 du 8 mai 1932).

Voila un petit chef-d'oeuvre, tel que le cinéma français peut les produire. Petit budget, grands talents.

J'ai vu ce film cinq fois de suite lors de sa sortie, avec le même plaisir, toujours avec plus d'émotions...


Carlotta Films

La description historique de la situation en Martinique au début des années 30 est décrite avec réalisme et simplicité, sans battage idéologique revendicatif et militantisme anti-colonialiste, mais avec finesse et poésie, ce qui n'enlève rien à la réalité du régime colonial français. Mais pas de misérabilisme ou de fatalisme pesants, ni d'idéalisme, juste un hymne au courage face à l'adversité: en particulier celui de M'man Tine qui, au lieu de sombrer dans le désespoir et l'alcoolisme comme beaucoup de ceux qui l'entourent, va, avec détermination à l'essentiel, pour sauver son petit-fils, en lui faisant saisir sa chance dans un système peu propice. Sa chance, c'est l'ascenseur social offert par l'instruction, l'école républicaine, première clé de l'émancipation. 

Carlotta Films

 

En 1983, Euzhan Palcy obtient à la Mostra de Venise le Lion d'Argent pour la meilleure première oeuvre et Darling Légitimus, le Lion d'or et la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine, pour son interprétation du rôle de Man Tine. En 1984, la réalisatrice martiniquaise obtient le César de la meilleure première oeuvre. Ce film a obtenu le prix du public au 9e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou en 1985.

Séduit par l'oeuvre, François Truffaut participa à l'écriture du scénario, aux côtés de la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy.

Née en 1958 en Martinique, Euzhan Palcy fut la première femme noire à réaliser un film à Hollywood avec Une saison blanche et sèche en 1989. Dans ce film, où Donald Sutherland et Marlon Brando se donnent la réplique (et pour lequel Brando fut cité à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle), le régime de l'Apartheid en Afrique du Sud est au coeur du récit.

 

 

 

Avant d'être un film, Rue Cases Nègres est une oeuvre célèbre de la littérature antillaise, écrite par Joseph Zobel. En 1947, Zobel est professeur adjoint au Collège François Premier de Fontainebleau et commence à écrire La rue Cases Nègres, qu'il termine en 1949. Et pourtant, les éditeurs auxquels il présente son manuscrit -Julliard, Albin Michel, La table Ronde- n'en veulent pas pour des motifs divers : pas de public pour un tel ouvrage, trop "progressiste", style entaché de "créolismes". Publié finalement par les Éditions Jean Froissard, il obtient le "prix des lecteurs" en octobre 1950, décerné par un jury composé de mille lecteurs de la "Gazette des lettres".

Carlotta Films 

Adapté du roman de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres, d'Euzhan Palcy, n'est pas seulement un des plus gros succès de 1983, avec ses 3 millions d'entrées. L'histoire, en 1931, de cet orphelin sorti des plantations de canne à sucre et envoyé à l'école est, d'abord, un beau et bon film. Qui, pourtant, a failli ne jamais voir le jour.



En 1981, Euzhan Palcy, Martiniquaise inconnue de 21 ans, reçoit l'avance sur recettes sur scénario : près de 300 000 euros d'aujourd'hui. C'est exceptionnel. N'empêche : en quête d'une maison de production, elle essuie refus sur refus. "Chez Gaumont, on m'a dit que c'était sympathique, mais pas le genre de la maison, se souvient-elle. D'autres avaient du mal avec le titre ou pensaient qu'une affiche avec un enfant noir était invendable." Dix-huit mois de galère et d'humiliations.
Épaulée par François Truffaut, elle déniche finalement un producteur, Michel Loulergue, ponte de la publicité désireux de se lancer dans le cinéma, et un distributeur, Claude Nedjar, "à qui le film doit beaucoup", insiste Euzhan Palcy. Elle trouvera aussi les 400 000 euros nécessaires au bouclage du budget auprès d'Aimé Césaire, alors maire de Fort-de-France. 
Des quotas pour les Noirs dans la fiction française:
La suite, on la connaît : César du meilleur premier film, plébiscite international... Ceux qui avaient renvoyé la réalisatrice à ses chères études ne jurent évidemment que par un Rue Cases-Nègres 2. Tout autre projet d'Euzhan Palcy ne les intéresse pas. D'où le départ de la cinéaste pour Hollywood, où elle réalise Une saison blanche et sèche, avec Marlon Brando (1989). Depuis, elle se partage entre Los Angeles et Paris. Là-bas, elle tourne des téléfilms. Ici, elle se bat. "Quand j'ai proposé un film sur le chevalier de Saint-Georges, il m'a été répondu : "Les bronzés, ce n'est pas simple en France. Quand le téléspectateur en voit un, il zappe.''
A défaut d'une meilleure solution, elle réclame des quotas pour les Noirs dans la fiction française. Vingt-sept ans après le succès de Rue Cases-Nègres, rien n'a vraiment changé. Malheureusement. 

Carlotta Films Entre les Blancs et les Antillais les relations sont parfois âpres...

 

 

 

 

 

 

 

France Exposition coloniale de Paris - 1931 1

 

 

 



À six mille kilomètres de la métropole qui prépare l'Exposition coloniale de 1931, la Martinique vit à l'heure des vacances d'été.




Carlotta Films
Au milieu de la plantation, la rue Cases-Nègres : deux rangées de cases de bois désertées par les adultes partis travailler dans la canne à sucre sous le contrôle des économes et des commandeurs. Parmi les enfants qui passent leur été à s'amuser se trouve José, onze ans, orphelin élevé avec dureté et amour par M'an Tine, sa grand-mère. Protégé du vieux Médouze, qui lui conte les récits d'esclaves africains, José est un dépositaire des traditions orales. Bientôt, la vie séparera les enfants, au gré de leurs succès ou de leurs échecs scolaires : la "canne" pour les uns, le certificat d'études pour les autres, et pour les plus studieux, le lycée de Fort-de-France…



Rue Cases-Nègres est l'adaptation passionnée du grand roman créole de Joseph Zobel. 

Sous le regard d'un jeune garçon situé à un âge charnière, c'est une page de l'histoire coloniale qui se raconte, contre l'omission et l'injustice d'un système aliénant. Soutenue à l'époque par François Truffaut, Euzhan Palcy filme ce récit de cœur avec une justesse naturelle, sans misérabilisme ni édulcoration. Récompensé par de très nombreux prix à travers le monde, Rue Cases-Nègres demeure un classique universel.



"Antillais en France, on doit en permanence refaire ses preuves".
Entretien d'Olivier Barlet avec Euzhan Palcy au festival de Cannes:
 
Que ressentez-vous alors que Rue Cases nègres va être présenté à la prestigieuse sélection "Cannes Classics" en présence du ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand ?

 

 

 

Carlotta Films      C'est un grand honneur, un réel plaisir, surtout quand on voit à quel point cette sélection est prestigieuse. Quand le film était sorti, je rêvais d'être dans une sélection cannoise mais cela n'avait pas été le cas. Je comprenais qu'il y a tellement de bons films et que la concurrence était rude mais en tant qu'Antillaise française, j'étais déçue car j'avais très envie que nous existions sur les écrans. Mais il fut sélectionné à Venise et fut en 1983 le film français le plus vendu à l'étranger. Plus de 20 ans après, Cannes reconnaît le film : la boucle est bouclée !

 
Mais cela représente une consécration sur le tard. N'y a-t-il pas là le signe d'une attitude, celle d'une société française qui a du mal à reconnaître sa partie antillaise ? C'est à cause de cela que vous êtes partie ?


      Certainement. J'ai quitté la France à l'époque à cause de ce genre de comportements.
Après le succès de Rue Cases nègres, je me suis dit que les choses allaient bouger et qu'on verrait davantage de films des Antilles françaises, mais j'étais naïve. Il avait fallu faire le forcing pour ce film. Et c'est finalement lui qui m'a ouvert les portes d'Hollywood. En France, on était prêt pour un Rue Cases nègres numéro 2, mais pas pour autre chose. On doit en permanence refaire ses preuves. Un combat gagné ne l'est pas pour régler un problème définitivement : c'est comme un champion qui doit en permanence reconquérir son titre. En tant qu'Antillaise française, il faut être la meilleure. Il faut travailler dix fois plus que les autres pour être reconnue. Et quand on est reconnu, ce n'est jamais acquis.

 

Est-ce-que cela a débouché?

 On a eu une vraie discussion.
Au début, il était sur ses gardes mais je n'étais pas venue avec des revolvers dans les poches. Je lui ai dit que je me faisais le porte-parole de cette part de la population que vous laissez pour compte. Je lui ai proposé d'aller au bout des choses : pourquoi des Noirs dans les séries américaines qu'ils programment et personne dans des rôles positifs dans les productions françaises ? Obama a été servi par le fait que les films et séries mettaient grâce aux quotas des Noirs dans des rôles importants, y compris celui d'un président. Je ne crache pas sur la télévision : on a connu une période où on disait que ceux qui font de la télé sont des miséreux, des sous-réalisateurs ! Il y a des films faits pour le grand écran et d'autres pour le petit.
Je dis souvent aux jeunes avec qui je travaille qu'il ne faut pas viser seulement le grand écran car des films magnifiques sont parfois faits pour le petit. On peut être plus connu par la télévision que par le cinéma, vu sa pénétration dans les foyers, alors que pullulent les films qui ne font qu'une semaine en salles. 
 
     

 

Carlotta Films     

Et vous êtes partie...

      Oui, car j'avais plein de projets.
Les Américains m'ont proposé différents films alors que j'avais envie de continuer en France mais que cela ne pouvait se faire. Quand je suis revenue, j'avais des projets magnifiques, adaptation d'un roman ou scénarios originaux, mais toujours avec des protagonistes noirs. Là était la difficulté. Je suis arrivée à un moment de bascule où le cinéma n'était plus financé par le cinéma mais par la télévision. C'est ce qui coinçait : mes projets ont été refusés car on me disait très ouvertement que les gens zappaient quand ils voyaient des Noirs à l'écran. C'était pourtant le cas de Rue Cases nègres ! Et puis on me disait que si j'avais Depardieu ou Daniel Auteuil dans un des rôles principaux, ce serait plus envisageable…
J'étais insultée. Je peux accepter l'idée d'être insultée dans un pays qui n'est pas le mien : je peux me dire que je n'y ai pas ma place, mais la France est mon pays. Après les années de combat pour Rue Cases nègres et son succès, qui a rapporté beaucoup d'argent à la France, j'étais ulcérée et je suis repartie aux États-Unis.
J'ai beaucoup appris à Hollywood, développé beaucoup de connaissances, travaillé avec différents studios. Tous les films ne se sont pas faits, c'est le travers d'Hollywood, mais pour d'autres raisons qu'en France. Et puis on m'a dit que les choses avaient évolué en France, que la nouvelle génération avait entendu parler de Rue Cases nègres par ses parents mais ne connaissait pas mon travail.
Quand j'ai vu les événements des banlieues, avec les gamins qui mettent le feu aux voitures, ça m'a donné à réfléchir. En tant que cinéaste, qui a un rôle de pédagogue, il fallait faire quelque chose avec ces jeunes qui n'existent pas sur nos écrans. Au lieu de leur donner des rôles de héros positifs dans les productions, on les filme comme des singes en cage. C'est comme ça que j'ai demandé un rendez-vous avec Étienne Mougeotte, directeur des programmes à TF1, me disant que cette chaîne avait plus d'argent que les autres et touchait du monde.

 

Carlotta Films

 

 

Carlotta Films
 La télévision française ne m'a rien proposé en dehors d'une mini-série, Les Mariés de l'île Bourbon, que j'ai accepté de faire car c'était un sujet sur le peuplement de l'île de la Réunion et qu'il me semblait intéressant de pouvoir enfin donner une voix aux Malgaches.
Je me sentais interpellé par ce peuple malmené par l'Histoire. Si demain il y avait quelque chose à faire sur les Kanaks, je foncerais, car ce sont des peuples qui m'interpellent. J'ai fait mon travail honnêtement et le résultat me semble correct. J'ai pris pour comédiens malgaches des personnes que j'ai rencontré sur un marché à la Réunion. Je les ai formées durant une semaine et ils sont fabuleux. On dirait des comédiens qui ont vingt ans de carrière. Ils continuent d'ailleurs à tourner, entre publicité et petits rôles.

Mougeotte m'avait assuré qu'il m'avait entendu et m'a annoncé une grande surprise. C'était l'arrivée de Harry Roselmack pour présenter le journal télévisé.


 
Mais n'était-il pas un alibi pour cacher la forêt ?

      Oui, c'est le nègre de service comme il y a l'arabe de service, comme dans les jeux. On les met bien dans l'axe de la caméra derrière l'animateur pour bien signifier leur présence : ça ne trompe personne. Mais nous, on veut être acteurs : prendre la place de l'animateur. Comme disait Césaire : "laissez entrer les peuples noirs dans la scène de l'histoire ". Mougeotte l'a entendu, était très positif mais ça n'a pas changé grand-chose.
 
Car la question est quand même de passer du rôle d'alibi à la possibilité de représenter des imaginaires propres dans le cadre d'une diversité culturelle assumée.

      C'est tout à fait juste.
 
Et on n'en est pas encore là.

      C'est exact. Plus je vieillis et plus j'observe les choses avec acuité et me pose des questions. La France n'a toujours pas réglé son contentieux avec ses anciennes colonies. Un pays comme les États-Unis qui était si raciste a fait un énorme travail au niveau des droits des Noirs. Jamais on n'aurait imaginé l'élection d'Obama. La France a régressé : c'est une véritable schizophrénie qui est à l'œuvre.
 
Finalement, qu'arrivez-vous à faire avec les télévisions françaises ? Plutôt du documentaire que de la fiction ?

     
La trilogie Césaire et Parcours de dissidents étaient-elles vos propres propositions ?

      Oui, et c'est vrai de tout ce que j'ai fait en terme de production documentaire, ce qui m'a fait mettre de côté mes longs métrages, et prendre beaucoup de retard sur mes projets.

Césaire m'a demandé trois ans de ma vie. C'est énorme mais je ne le regrette pas. C'est ce qu'il y a de plus complet sur Césaire. J'ai tourné dans plusieurs pays et ai passé trois mois avec lui, 40 heures d'interview. La trilogie de fait que trois heures : il y a encore beaucoup de choses engrangées. Pour Parcours de dissidents, il fallait rendre hommage à ces hommes et femmes qui sont partis au risque leur vie vers St Martin et Ste Lucie pour répondre à l'appel du général de Gaulle pour libérer la France. Ils ont été formés par les Américains et ont combattu avec l'uniforme américain. Je me suis battu durant quatre ans pour que le gouvernement français reconnaisse la geste de ces jeunes.
     
C'est là où un film peut changer les choses.

      C'est la raison pour laquelle je crois énormément à la puissance de l'image. Je ne cesse de le répéter. Le cinéma et l'audiovisuel sont des armes extrêmement puissantes pour changer le monde ou pour le détruire, mais aussi pour rapprocher les peuples. Reconnaître ainsi l'autre permet de lui tendre la main ou d'accepter la main qu'il vous tend. J'ai compris cela très tôt et c'est pour cela que j'ai décidé d'être cinéaste.
     

Le fil rouge de votre travail n'est-il pas ainsi de restaurer une voix et une mémoire absente des écrans ?

Oui, bien qu'on me dise d'arrêter de me tourner vers le passé. Je laisse le présent aux autres. Ce qui m'intéresse avec ma caméra, c'est de lever le voile sur toute notre Histoire, ce qui a été occulté et enfoui, délibérément ou pas. Je suis historienne dans l'âme. Travailler sur la mémoire me passionne. Je suis comme un anthropologue qui fait des fouilles et fait des découvertes. Ce sont des pépites. Et mon souci est les partager au monde, pas seulement à ma communauté. Je ne suis absolument pas sectaire. Nous sommes des citoyens du monde et c'est dans ce cadre que je m'inscris.
     

Quelles sont aujourd'hui vos envies et votre direction de travail ?

      J'aimerais gagner au loto ou rencontrer un mécène ! Pour ne devoir rien à personne, arrêter de frapper aux portes et de m'entendre dire que je suis trop Noire. Mon cinéma n'est pas un cinéma revanchard ou de règlement de comptes. C'est un cinéma d'ouverture avec de l'humour, un cinéma de culture pour rapprocher les gens tout en distrayant car je suis une amoureuse de la beauté et de la musique, des grands films dramatiques et épiques.
     
Quelle serait votre urgence ?

      J'ai une série de projets dans mes cartons ! Je commencerais par un film que je porte depuis une quinzaine d'années sur la première femme pilote du monde noir. Je sais que cela intéresserait la jeunesse actuelle.
     
Vous pensez que les jeunes ont besoin de figures de héros noirs ?

      Oui, mais je ne parle pas seulement des jeunes Noirs. Cela permettrait certes aux jeunes Noirs d'avoir des repères et de comprendre qu'ils sont beaux et intelligents et qu'ils sont capables de faire et parfaire, comme le disait Césaire dans le Cahier d'un retour au pays natal, qu'il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et qu'il n'est point vrai que nous n'avons rien à faire au monde, que nous parasitons le monde, car aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence et de la force. Cela concerne donc aussi les jeunes qui ne sont pas des minorités, et ce qu'ils rejettent par méconnaissance ou par peur de l'autre.
     

Hollywood a-t-elle représenté pour vous une expérience de liberté ?


Je mentirais si je disais que je n'ai pas été heureuse à Hollywood.
Je n'y suis pas allée de moi-même : on m'a appelé. La Warner m'avait d'abord sollicitée et j'avais répondu par la négative. Quand Robert Redford a vu les lettres, il m'a dit qu'il fallait foncer. C'est ainsi que j'ai développé avec la Warner Une saison blanche et sèche qui a été fait au final par Goldwyn Mayer. J'ai travaillé avec six studios américains et on m'a toujours respectée. J'ai obtenu le final cut (rester maître du montage, ndlr) alors qu'on ne l'attribue en général pas au réalisateur.
Il y eut une fois un bras de fer entre Marlon Brando et moi : j'avais coupé une scène où il apparaissait mais qui était impossible à conserver. Il y tenait beaucoup mais je savais que je ne pouvais pas la laisser. Le studio m'avait soutenue, contre toute attente. Il m'a également suivi dans le fait de ne prendre que des Sud-africains pour les acteurs noirs, ce à quoi je tenais absolument. J'ai fait librement mon casting sur place.
Cry Freedom,
ce sont des acteurs américains ! J'ai tourné avec Disney The Killing Yard sur l'histoire de la prison d'Attica : j'ai obtenu tout ce que je demandais car j'avais la réputation d'être sérieuse. On a tourné au Canada dans une prison qui ressemblait à la prison mais je voulais un plan de la vraie prison qui est si mythique. Trois jours avant la fin du tournage, la prison d'Attica avait accepté que je filme en équipe réduite : j'ai mis en scène la prison en fonction de ce que j'avais déjà tourné et du montage que j'anticipais.
     
Rien à reprocher à Hollywood ?

      Rien, si ce n'est le problème que de nombreux projets ne se terminent pas.
     
Vous aviez effectivement travaillé durant trois ans sur un projet d'animation avec la Fox, qui n'a pu se faire.

      Effectivement, cela aurait été le premier film d'animation entièrement noir produit par une major. Mais le film que la Fox avait produit précédemment fut un ratage en salles et Murdoch avait décidé de débrancher les tuyaux. Il a fermé le studio d'animation où travaillaient 400 personnes en Arizona. J'ai été très déçue mais il faut savoir attendre. J'ai récupéré ce projet et on le fera !
     
Vous avez produit un jeune réalisateur africain, Moly Kane, dont le film Moly est projeté à Cannes en même temps que Rue Cases nègres. Comment cela est-il venu ?
J'étais à Dakar à l'occasion du festival des arts nègres et il y eut une projection de courts métrages de jeunes réalisateurs. Celui de Moly Kane m'avait bouleversée. Il montre dans son film que son handicap n'est pas une fatalité et qu'on peut changer les choses avec de la volonté. Mais aussi que son handicap n'est pas sa jambe mais le regard des autres. Le film était fait avec des bouts de ficelles, avec des mini-dv, mais le message était tellement touchant que j'ai pleuré en le voyant. Le réalisateur était l'acteur : c'est son histoire qu'il racontait.
Je venais de signer avec les Américains pour faire un film. Sur cet argent, je lui ai offert une prothèse car s'il veut être cinéaste, il lui en faut une : deux béquilles, c'est trop dur. En proposant de l'inviter à Cannes, j'ai voulu montrer que ces jeunes ont du talent. J'ai appelé Thierry Frémaux, qui m'a dit qu'il fallait visionner le film. Mais le film n'était pas assez solide. J'ai donc proposé à Moly de faire un remake du film avec une petite équipe que je lui enverrais. Il a accepté en disant qu'il considérerait le premier comme un brouillon. Il a refilmé en améliorant et retravaillant l'histoire et le jeu des acteurs ainsi que les décors. Il y a une signature. C'est la relève du cinéma sénégalais. J'ai envoyé le film à Thierry Frémaux qui m'a répondu très vite par mail : "définitivement oui !" Et voilà que le film de Moly figure dans le catalogue, avec sa photo !
     
A-t-il pu venir à Cannes lui-même ?

      J'y tenais absolument. Je me suis ruinée pour pouvoir l'amener, mais j'ai eu des aides pour son billet d'avion.
     
Il y eut de gros problèmes de visa qui ont retardé son arrivée.

      Oui, ça été lamentable ! Mais beaucoup de gens sont intervenus en une magnifique chaîne de solidarité, à tel point que Moly m'a dit qu'il y aurait un film à faire sur cette histoire rocambolesque !
     
Voilà que l'histoire de cette production illustre ce que vous avez dit précédemment.

      Quand je lui ai dit qu'il allait monter les marches et qu'il lui fallait un smoking, sachant qu'il a aussi un ami qui devait venir, Ousmane, qu'il appelle sa "seconde jambe", a commencé toute une quête épique que j'ai suivie à distance ! Ousmane est la béquille de Moly et le festival les a invités tous les deux.



Cannes, le 12 mai 2011; in Africultures, Entretien.


 
 

 

 



Partager cet article

Repost 0
landeaulouis - dans FRANCE
commenter cet article

commentaires

Dissertation Writing Service 10/08/2011 12:15

UK DissertationThis is my Good luck that I found your post which is according to my search and topic, I think you are a great blogger, thanks for helping me outta my problem..

Présentation

  • : Le Ciel, la Terre, l'Eau et le Feu
  • Le Ciel, la Terre, l'Eau et le Feu
  • : Critiques de films dits historiques ou sur la biodiversité, avec informations supplémentaires, parfois dérangeantes. Un autre regard, pas toujours consensuel...
  • Contact

Profil

  • Louis
  • Histoire, géographie, philosophie,cinéma, protection de la biodiversité ...sont mes passions.
Mes critiques se veulent sans concession à ce que la philosophe Chantal Delsol nomme: "La tentation du consensus"
  • Histoire, géographie, philosophie,cinéma, protection de la biodiversité ...sont mes passions. Mes critiques se veulent sans concession à ce que la philosophe Chantal Delsol nomme: "La tentation du consensus"

Louis

Cavalier.jpg

Recherche

Texte Libre

cosmos 151%20VIE%20COSMOS%2017ANNEESLUMIERES%20HUBBLES

Archives -2007-2013-

Texte Libre

Vagues sur rochers

Articles Récents

  • CHURCHILL
    Synopsis : Juin 1944. Découvrez le rôle déterminant de Winston Churchill dans cette fiction qui se situe 48 heures avant le débarquement des troupes alliées sur les plages de Normandie. Winston Churchill (1874-1965) fut aux Britanniques ce que fut le...
  • LES SAISONS
    ~~Il y a 12 000 ans, la planète connaît un réchauffement brutal qui met fin à la dernière ère glaciaire et change radicalement la physionomie du continent européen. La forêt s'installe et permet à de multiples espèces animales de se développer. Les hommes...
  • MY WEEK WITH MARILYN
    ~~À Londres en 1956: Sir Laurence Olivier se prépare à réaliser un film. Le jeune Colin Clark, enthousiaste étudiant de cinéma, veut être impliqué et manœuvre pour obtenir un emploi : il parvient à être embauché comme troisième assistant réalisateur sur...
  • THE READER
    THE READER ~~The Reader (Le Liseur au Québec et au Nouveau-Brunswick) est un film américain de Stephen Daldry, adapté du best-seller Der Vorleser (titre français Le Liseur) de l'auteur allemand Bernhard Schlink. Il est sorti aux États-Unis le 10 décembre...
  • UNBROKEN (Invincible)
    Louis Zempirini, jeune athlète à l'Université: encore un père à convaincre.... Date de sortie au Québec 25 décembre 2014 Louis Zamperini était un enfant délinquant quand son grand frère l'a pris sous son aile et l'a convaincu de rejoindre l'équipe d'athlétisme....
  • NATURE
    ~~Pour les amoureux de la nature, les curieux et les explorateurs, un documentaire époustouflant va sortir à la fin du mois : NATURE raconté par Lambert Wilson. meltyDiscovery vous en dit plus sur ce nouveau film NATURE vous emmène dans un voyage étonnant...
  • HERCULE
    ~~Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un...
  • DANSE AVEC LES LOUPS
    ~~Danse avec les loups (Dances with Wolves) est un film américain réalisé par Kevin Costner en 1990. Il s'agit d'une adaptation du roman éponyme écrit en 1988 par Michael Blake. C'est un des films les plus récompensés de l'histoire du cinéma pour un réalisateur...
  • LES SEPT MERCENAIRES
    ~~Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) est un western de John Sturges sorti en 1960. Le film est grandement inspiré du film japonais Les Sept Samouraïs réalisé par Akira Kurosawa en 1954. ~~Distribution: Yul Brynner (VF : Georges Aminel) : Chris...
  • CRISTEROS
    ~~En 1926, un soulèvement populaire secoue le Mexique suite aux lois farouchement anticléricales du président Callès , un Franc-maçon, qui interdisent toutes pratiques religieuses publiques dans l’ensemble d'un pays majoritairement catholique. Face à...

Beautes Menacees

Texte Libre

arbre ecorcarbres-insolites-autres-arbres-france-6714593769

Texte Libre

Feu.jpg