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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 08:02

CINÉMA & BIOPICS

 

 

 

Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger Arpajou

 

 

 

 

Pathé Distribution

 

Les sorties de Coco (Chanel) & Igor (Stravinski), de Gainsbourg (vie héroïque), ou encore d'Invictus,en passant par le Che et bien d'autres, présents ou à venir, illustrent la vogue des "biopics", ces films biographiques qui sont souvent autant d'albums photos de la culture générale contemporaine.

Mais est-ce-encore du cinéma?

La vogue des biopics (contraction anglaise de biographical pictures) ou, en bon français, biografilms, est-elle révélatrice d'une crise de l'imagination chez les scénaristes?

Vincent Cassel et Jean-François Richet aux César. Mireille Ampilhac pour AlloCiné Disons que le biopic est une moderne façon d'apprendre l'histoire:la petite histoire comme dans Moi,Pierre Rivière, 1975, de René Allio; ou la grande comme dans le Cléopâtre de Mankiewics en 1963.L'histoire politique (Nixon, 1995, et W, l'improbable président, 2008, d'Olivier Stone),l'histoire religieuse (Thérèse, 1986, d'Alain Cavalier),sociale (Hiver 54, l'abbé Pierre, 1989, de Denis Amar, Harvey Milk, 2008, de Gus Van Sant)et aussi bien sûr culturelle (La Symphonie fantastique, 1941, de Christian-Jaque, sur la vie de Berlioz; Surviving Picasso, 1996, de James Ivory, ou encore les récents films sur le couple Sartre- Beauvoir...).

 

 

 


Bref, les biopics sont les albums photographiques de la culture générale moderne. Des albums très éclectiques,car on y trouve aussi bien des âmes généreuses que des malfrats...avec une préférence pour ces derniers.

Surtout en France.

 

 

 

 France-mesrine-enne-aff.jpg

 

 

  Mesrine présenté comme un Jésus-Christ sur la Croix: toute la perversité et l'orgueil à la française qui fait passer le criminel pour l'Agneau-Innocent...

 

 

 


 


 


Le cas des films sur les grands criminels est, en soi, très ambigu.En effet, dépeindre la vie d'un assassin échappe forcément à l'analyse froide du clinicien. Filmer l'histoire et l'environnement d'un meurtrier, c'est dévoiler ses faiblesses, ses failles, sa vie sentimentale, souvent les caprices d'un destin qui s'acharne sur lui, donc son humanité. En outre, se crée parfois mystérieusement chez les cinéastes, une naturelle empathie entre le personnage, la caméra et le public. Ainsi en est-il pour l'étrange Landru de Claude Chabrol en 1962.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'excellent Charles Denner dans le rôle de l'assassin "Gentleman" & séducteur: un fabuleux numéro de charme. Humour, dérision,numéros de claquette. Du coup, le film virait à la glorification du personnage.

 

 

 

 

 

 

Paris occupé Rivoli

 

 

 

Rue de Rivoli,Paris 1941

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Docteur Petiot (1990) de Christian de Chalonges. Une distanciation stylisée pour un criminel particulièrement odieux qui piégeait ses victimes, pour la plupart des Juifs, en leur promettant de les faire passer en zone libre.Le très talentueux Michel Serrault réussit à "déréaliser" le personnage par une performance cabotine et souvent hilarante qui relève plus du théâtre de mime, donc de l'excès, que de la pure reproduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.frLe dyptique de Jean-François Richet L'instinct de mort et L'ennemi public n°1 (2008) relève plus du western; Vincent Cassel, le prodigieux comédien aux mille visages,s'est à ce point identifié au personnage de Jacques Mesrine qu'il en a parfois tressé des louanges, le faisant passer pour une innocente victime de la société de consommation des années 60 voire un héros romantique dans un monde de ripoux.Mais n'est-ce-pas aussi le cas de la plupart des héros de Clint Easwood, en butte à un monde où ils préfèrent se faire justice eux-mêmes...Reste que le western est une convention cinématographique quand des victimes de Mesrine sont encore vivantes.

 

USA-bird_film.jpg

 

 

 

 Bird (1988) de Clint Eastwood, un excellent biopic sur la vie du jazzman Charlie Parker.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

USA-dernier_roi_ecosse.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dernier roi d'Ecosse (2006) de Kevin Mc Donald, ne cherche pas à glorifier le dictateur ougandais Idi Amin Dada (un nom déjà tragi-comique): sous la peau de l'excellent Forest Whitaker, le tyran qui fut soutenu par la France sous Valéry Giscard d'Estaing, apparaît dans toute son ambivalence, c'est-à-dire un mélange d'affabilité et de cruauté, de sottise et d'intuition, de mégalomanie, de  raffinement et de puérilité.

 

 

 

 

 

 


TFM Distribution Le cas le plus complexe, le plus inévitablement ambigu et controversé est celui des films sur Adolf Hitler.

On se rappelle la polémique qui a suivi la sortie du film La Chute, d'Oliver Hirschbiegel, en 2004.(Voir mon article sur ce film dans la catégorie Allemagne).Pour la première fois, les Allemands faisaient in situ un film sur le dictateur. On y voyait un Hitler paranoïaque, hystérique, parfois effrayant mais aussi parfois doux, câlin, charmeur,soucieux des autres, en proie à des crises d'angoisse, bref, très humain,trop humain, tel un héros shakespearien. Certaines grandes âmes, donneuses de leçons et de règles de pensées normatives, se sont offusquées qu'on puisse lui accorder la plus petite once d'humanité, considérant que cet homme n'était pas un être humain mais un monstre, "un fruit de Satan".

Il s'agissait donc de diaboliser le personnage une bonne fois pour toute, en oubliant surtout, heureuse mémoire sélective, qu'il fut élu puis suivi par tout un peuple, jusqu'au bout, dans une aventure haletante qui devait sortir l'Allemagne, au moins pour un temps, de l'humiliation où les vainqueurs de 1918, en particulier la IIIème République française, l'avait cruellement maintenue.

 

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autant que la performance de l'acteur suisse Bruno Ganz (icône des films de Wim Wenders) conférait une épaisseur et une densité remarquable au personnage. Mais tel était bien l'enjeu de ce film: rendre son humanité à un être trop souvent réduit à des photos de propagande, des cris et des excès. C'est en montrant un Hitler quotidien qu'on peut précisément en approcher sa dimension tragique. Le voir sous un jour banal est forcément troublant puiqu'il nous renvoie à "l'homme ordinaire" qui peut se révéler être une forme de génie et de visionaire tel qu'Hitler apparaissait à des millions d'Allemands et même au-delà.



 

 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Changement brutal de registre:le succés planétaire du champion toutes catégories de la non-violence: Gandhi de Richard Attenborough(1982).La vie du père de l'indépendance des Indes fut assassiné par un islamiste (déjà) en 1946 démontre s'il le fallait ce besoin ancestral pour les masses de bons et nobles sentiments et de destins grandioses.

 

 

 

 

 

 

Difficile dés lors d'échapper à la mode pour les religions orientales: le très sirupeux Little Buddha de Bertolucci, en 1993.

Depuis ses premiers coups de manivelle, le cinéma a tenté de retracer la vie de Jésus-Christ.Mais le grand écran n'est pas un vitrail et il est bien difficile de s'attaquer à une figure aussi plaquée qu'intemporelle. Du fondateur Intolérance (1916, de Griffith) à l'indigeste Passion du Christ (2004,de Mel Gibson), en passant par le souvent grotesque Golgotha (1935), de Duvivier, où le génial Le Vigan en fait des tonnes, les résultats sont très inégaux.

 

 

 

Remarquons au passage que dans ce registre délicat, la seule réussite fut L'Evangile selon Saint Matthieu(1964) réalisé par le sulfureux (marxiste et homosexuel)  Pier Paolo Pasolini assassiné par "les mauvais garçons" qui le fascinaient.Dans ce chef-oeuvre, Pasolini n'a pas cherché à nous montrer autre chose que l'homme-Jésus, nu et sans miracle, avec une épure qui, paradoxalement, confine à la sainteté, dans la ligne de pensée du concile Vatican II.

 

 

 

 

 

 

 

Pareillement en ce qui concerne Jeanne d'Arc, qu'elle soit filmée par Dreyer en 1928 et Bresson en 1962.

Il faut tout le jansénisme de ces cinéastes danois et français pour tenter de retrouver l'absolue pureté d'une figure qui, devant d'autres caméras, peut verser dans le chromo ou la niaiserie. Exemple parfait: le piteux Jeanne d'Arc (1999) de Luc Besson, où la top modèle serbo-américaine (ou américano-serbe),Milla Jovovich, par ailleurs très joliment androgyne,incarne, avec les moyens dont elle dispose, la Pucelle d'Orléans.Mais du mannequinat à la sainteté, il n'y a qu'un pas, non?

 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

 

A l'heure où les imitateurs sont nos modernes augures, le biopic permet à certaines stars d'accéder à la célébrité en s'appropriant, ni plus ni moins, une gloire d'un passé récent, comme si elles cherchaient une filiation... Ainsi le comique Francois-Xavier Demaison dans L'histoire d'un mec (2008) d'Antoine de Caunes; ainsi le comédien Geoffrey Rush qui incarne l'acteur Peter Sellers dans Moi, Peter Sellers (2004) de Stephen Hopkins; ainsi l'actrice Marion Cotillard qui s'identifie à Edith Piaf dans La Môme (2007) d'Olivier Dahan. Cette dernière performance a fait couler beaucoup d'encre et a propulsé la comédienne française au rang de star internationale.

 

 On peut toutefois s'interroger.

Un comédien doit parfois "inter-préter" un personnage ayant réellement existé, mais le public est en droit d'attendre aussi que l'artiste se l'approprie et relise le personnage qu'il incarne, en donnant sa propre vision, en s'introduisant dans ses replis pour mieux nous le faire connaître et ce,au-delà de ce que le public croyait savoir par la presse, quelques interviews ou quelques photographies.Que ce soit Cotillard avec Piaf, Sylvie Testud dans Sagan (2008, de Diane Kurys), Philip Seymour Hoffman dans Truman Capote(2005, de Bennet Miller),nous sommes finalement face à de simples performances, à des exploits qui se banalisent à force de se répéter.

 

 

A ces reproductions impeccables, où tout est en place(décors, costumes, mimiques), où les comédiens s'effacent derrière leur modèle au point de s'y fondre,n'est-il pas préférable d'être surpris par les visions véritablement cinématographiques, donc artistiques, d'un Fellini qui moule Donald Sutherland en Casanova (1976), d'un Pialat qui peint Dutronc en Van Gogh(1991), ou d'un Robert Guédiguian qui donne à Michel Bouquet l'un de ses rôles les plus étranges dans Le Promeneur du Champ de Mars (2005)? Cet immense acteur ne tente pas de reproduire le Mitterrand des dernières années: pas de mimétisme vocal, pas de grimaces superflues; juste un jeu subtil, si fin, qu'on oublie et Mitterrand et Bouquet pour découvrir un tiers,crédible et humain, qui est pure création.

S'il est un paradoxe du comédien, il est bien ici. 

 

 

 

 

Les Productions de la GéodeVincent Van Gogh, autoportrait(1889, St Rémy de Provence); c'est bien lui,mais l'artiste s'est revu et corrigé avec son style.

Se sentant un peu mieux, Van Gogh se représente avec un gilet, un veston et une chemise élégante. Son intention est de montrer une physionomie "calmée" aprés ses graves crises de démence. Pourtant, son regard est vague et tourmenté. La barbe rouge contraste fortement avec la dominante bleue du fond, dont les coups de pinceau énergiques et tourbillonnants semblent refléter son tourment intérieur. A l'époque, beaucoup criaient au scandale.Il connut une misère morale et matérielle profonde et ne put jamais vivre dignement de son art.Aujourd'hui tout le monde admire un génie.

 

 

 

Mais la qualité et l'originalité d'un biopic tiennent autant au comédien qu'au cinéaste. Nous sommes aujourd'hui esclave d'une technique presque parfaite, qui nous permet de reproduire idéalement n'importe quelle époque, n'importe quel visage. Forts de ce potentiel, les réalisateurs ne font plus preuve d'aucune innovation artistique et se contentent de donner à un public de moins en moins exigeant ce qu'il réclame: de la photographie.

Si l'on regarde rétrospectivement, les biopics délirants filmés par Ken Russel dans les années 70, on croit rêver...Qu'il retrace la vie de Tchaïkovski (Music Lovers, 1970), celle de Mahler (1974, Mahler) ou de Liszt (Lisztomania, 1975), le réalisateur anglais prenait des libertés absolues avec l'histoire-très différentes des anachronismes incultes de Sofia Coppola dans son horripilant Marie-Antoinette (2005)-, mais faisait oeuvre réellement créatrice.

Peu importe qu'il ne rende pas au bouton de culotte prés la Russie impériale ou de la Vienne de Klimt, il creusait au plus profond des êtres pour nous montrer leur réalité intérieure; il nous révélait l'invisible, l'impalpable, l'indicible, ce qui, de Murnau à Tarkovski, est la vraie mission du cinéma.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 



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