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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:55

LES RAISINS DE LA COLÈRE


USA Affiche raisins de la colere19

États-Unis, début des années1930.


Ce film réaliste raconte, en noir et blanc, l'histoire de la famille Joad, lors de la Grande dépression américaine marquée par les séquelles de la crise économique et le Dust Bowl dans le sud du pays.

Ce chef d'œuvre du cinéma décrit la vie des paysans américains poussés sur les routes et plongés dans la misère pendant la crise économique d'octobre 1929 lorsqu'ils sont chassés de leurs terres par les banques qui prennent possession de leurs biens fonciers.

A la campagne, les agriculteurs sont les plus touchés par la crise.

 

Ce sont d'honnêtes gens, qui ne cherchent ni la richesse, ni la facilité, mais seulement un endroit pour vivre de leur travail et gagner honnêtement leur vie.

Ils incarnent ce peuple américain de pionniers qui doit souvent repartir à zéro pour échapper à la misère, doués d'une grande faculté d'adaptation et aptes à la mobilité.

 
USA-Lange-MigrantMother02.jpg 

 

 

Le thème du film est basé sur la dualité entre, d'une part la perte (matérielle et humaine) et le deuil et, d'autre part, l'espoir et le courage. Une oeuvre aussi courageuse que les personnages qu'elle met en scène, et qui a soulevé de nombreuses controverses à sa sortie.

Car c'est une oeuvre cinématographique de combat qui dénonce les méfaits du capitalisme sauvage, celui des États-Unis d'Amérique, ne l'oublions pas, nation fondée par des hommes soi-disant épris de liberté, de dignité; des protestants fondamentalistes fuyant les persécutions, des Francs-maçons imbibés des idéaux philosophiques du siècle des Lumières des Droits de l'homme...

 

 

 

USA-livre-economie-du-cine-americain-augros.jpg

 

 

 


L'industrie du cinéma américain est, depuis ses débuts, une formidable machine économique à fabriquer du rêve afin de faire oublier, durant quelques courts moments, les dures réalités de "l'american way of life"...

Finalement, ces utopistes auront fondé une nation puissante où règne la loi du dollar, du crédit et de la consommation, du profit rapide et du plus fort, érigée sur les cadavres de millions d'Indiens (cent vingt nations indiennes), l'esclavage des noirs et des lois raciales qui ne disparaîtront qu'à la fin des années 60.

La progression dramatique renvoie clairement à un épisode biblique précis: l'exode vers la Terre Promise du peuple juif qui était tenu en captivité dans l' Égypte des pharaons.

Le film fut diffusé en URSS mais l'impact idéologique se révéla contraire à ce que Staline escomptait: les Russes se demandaient comment des miséreux pouvaient encore posséder une automobile?

Les raisins de la colère  furent amers au goût de la censure communiste et promptement retiré.

Aux États-Unis, il est un des films culte de la gauche américaine.

En 1940, année de sa sortie, les États-Unis sont sur le point de devenir la première puissance économique de la planète grâce à leur entrée en guerre contre le Japon et l'Allemagne après l'attaque de Pearl Harbour.

Le peuple américain qui voulait se tenir tranquillement à l'écart du conflit européen, devra payer un lourd tribut à la lutte contre Hitler qui arriva au pouvoir grâce à la crise économique américaine: partie de New York le 29 octobre 1929, elle atteignit l'Europe en 1931 et frappa de plein fouet l'économie allemande à peine remise sur pied après la cruelle défaite de 1918.

Lorsque le président Hoover décida le retrait immédiat de tous les capitaux américains en Allemagne, cela ruina son économie en quelques mois. Cette décision insensée eut des conséquences dramatiques: chômage, famine, désespoir des classes moyennes:  en 1933, les Allemands votèrent massivement pour le parti d'Adolf  Hitler qui eut de nombreux sympathisants partout en Europe et jusqu'aux aux États Unis.

 

 

Résultat de plusieurs années de folles spéculations, le krach boursier de 1929, puis la crise internationale qui s'en suit, vont contraindre des millions d'américains au chômage, les poussant pour beaucoup,dans les rues des villes qui jusque il y a peu, demeuraient le symbole de la réussite économique et du profit facile.

Dés 1930, le taux de chômage explose aux Etats Unis, pour atteindre en 1932 le chiffre impressionnant de 13 millions de sans emplois. A l'arrivée du nouveau président Roosevelt, en 1933, le taux de chômage atteint 24,9% de la population active et se sont pas moins de 2 millions d'américains qui se retrouvent sans domicile fixe.

Le système d'aide public étant alors inexistant, les populations ruinées n'ont d'autres choix que de s'en remettre aux aides privés de l'Eglise, qui tant bien que mal parviennent à nourrir les nouveaux pauvres.
Dépossédés de touts leurs biens, privés de toit, les victimes de la crise, jetées sur les routes, se sont regroupées au sein de camps d'infortune dont le plus célebre alors, s'établit en plein coeur de New York et porte symboliquement le nom de "Hooverville", triste clin d'oeil à Herbert Hoover, 31eme président des Etats Unis, en fonction lors du début de la crise.

Au travers du pays, le phénomène se répand comme un traînée de poudre, et partout l'on voit pulluler des camps semblables à celui d'Hooverville, véritables ghettos et bidonvilles faits de cartons, de tôles et de toiles.


 

 


USA-bushville-cite-dune-amerique-ruinee-L-1.jpg

Bushville: image d'une Amérique ruinée.


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Photo de Dorothee Lange; 1930.


USA-Affiche-_raisins_de_la_colere19.jpg





La plupart des photos du films se dispensent de commentaires tant elles évoquent la détresse et la colère de ces paysans et ouvriers, déracinés et humiliés par la main invisible de la haute finance et du capitalisme sauvage.



Tom Joad (Henry Fonda) sort de prison après y avoir purgé une peine de quatre ans. Arrivé à la maison de ses parents, il découvre que celle-ci est vide à l'exception d'un malheureux nommé Muley qui lui explique que tous les fermiers de la région ont été chassés par des entrepreneurs.

Tom rejoint alors ses parents qui se sont réfugiés chez leurs propres parents. Expropriée par ces mêmes entrepreneurs, toute la famille Joad décide de quitter l'Oklahoma pour gagner la Californie où, parait-il, on peut encore trouver du travail.


L'Oklahoma est un État essentiellement agricole.

Tous s'entassent dans une vieux camion et le voyage commence.

Les États se succèdent, le Texas, le Nouveau Mexique, l'Arizona puis enfin cette Californie, symbole d'un nouvel espoir. Grampa et Grandma n'ont pas survécu à la dureté du voyage et les Joad découvrent la misère et la désolation.

 

Tom est blessé par un agent de la police après avoir fracassé le crâne d'un policier qui venait de tuer son ami Casey.

Recherché pour ce meurtre, Tom, qui a peur de compromettre les siens, leur dit adieu et leur annonce sa volonté de devenir l'un des chefs du mouvement social qui est en train d'agiter l'Amérique.

 
 

Les raisins de la colère allie un incontestable engagement social avec une parabole sur le motif biblique de la Terre Promise.

A Peter Bogdanovitch qui lui demandait ce qui l'avait attiré dans Les raisins de la colère, Ford répondait avec la plus grande simplicité :

 

"Je l'ai aimé, c'est tout. J'avais lu le livre - c'était une bonne histoire- et Darryl Zanuck en possédait un bon scénario. L'ensemble m'attirait - il s'agissait de gens simples- et l'histoire rassemblait à ce qui s'était passé en Irlande, lorsque l'on a chassé les gens de leurs terres et qu'on les a laissés errer sur les routes jusqu'à ce qu'ils meurent. J'aimais l'idée de cette famille partant et tentant de trouver son chemin dans le monde".

 

 


 

 


Ce parcours s'accompagne d'une volonté plastique constante.

L'expressionnisme se manifeste aussi bien dans la disposition des personnages, par groupes figés dans le cadre, que dans les éclairages, à la bougie ou par les phares des voitures. A l'antipode de ses films apaisés (She wore a yellow ruban, L'homme tranquille…), Ford met bien ici en scène une véritable opposition entre deux mondes.


Un monde disparaît, celui de la famille unie et des traditions séculaires (scène du vieux camion dans lequel monte toute la famille et que quitteront successivement le grand-père, la grand-mère, le gendre puis le fils aîné). Un autre monde peut-être va naître, enfanté dans le désarroi, le doute, la souffrance. Tom Joad qui part à la fin est à la fois le messager et l'artisan de ce nouveau monde en devenir.

 

C'est Zanuck qui décida de porter à l'écran le roman de John Steinbeck tout en sachant que certains, à l'intérieur même de la 20th Century Fox -notamment le Conseil d'administration- risqueraient de désapprouver le projet et même de s'y opposer en raison de son réalisme social. Afin d'éviter les réactions hostiles, Zanuck envoie la seconde équipe, dirigée par Otto Brower et chargée de filmer les plans d'extérieur, au Texas et en Oklahoma sans indiquer le véritable titre du film.

Pour tous, il s'agissait d'une comédie intitulée Highway 66 !

 

Johnson, le scénariste et Ford inventèrent la séquence, qui n'existe pas chez Steinbeck, du café pour routiers. C'est une très belle scène qui montre la pauvreté des Joad, la première attitude du refus des autres, puis la grande solidarité humaine qui finit par unir les protagonistes de la scène.

La fin est également différente de celle du livre, où Rosasharn voit mourir son enfant.

 

Dans le premier scénario, le film se terminait -comme dans la copie définitive- par la déclaration de Ma Joad. Une première version est tournée de manière que le film s'achève - c'est d'ailleurs encore le cas de certaines copies- sur la profession de foi de Tom disant à sa mère :

 

"Je serai partout dans l'ombre. Je serai partout où tu pourras me voir. Là où on se bat pour que des gens qui ont faim puissent manger, je serai là. Là où un policier frappe un type, je serai là. Je serai dans les hurlement de ceux qui crient lorsqu'ils sont fous. Je serai. Je serai dans les rires des enfants lorsqu'ils ont faim et qu'ils découvrent que le repas est prêt. Je serai là lorsque les gens mangent ce qu'ils ont fait pousser et vivent dans les maisons qu'ils ont construites"

 

Tout en reconnaissant la force de cette scène admirable -Henry Fonda y est sublime- Zanuck a demandé à Ford d'ajouter l'autre scène prévue dans la premier scénario, celle où ma Joad dit à son mari :

 

"Nous sommes le peuple qui vit. On ne peut pas nous effacer. On ne peut pas nous battre. Nous irons toujours de l'avant, Pa, parce que nous sommes le peuple".

 

C'est sur ces mots que se termine le film, un film qui rappelle, alors même que Franklin D. Roosevelt vient de bénéficier d'un nouveau mandat présidentiel, que tous les Américains ne vivent pas dans un rêve doré. Face au slogan "There's no way like the Amarican Way", Les raisins de la colère oppose une population de pauvres errant d'un bidonville à l'autre, la spéculation des entreprises et des banques ayant jeté sur les routes des fermiers désormais sans terre.

C'est d'ailleurs en étreignant pour la dernière fois sa terre, cette terre qui fut la sienne, que meurt le vieux grand-père Joad.


Le choix de Henry Fonda a été déterminant pour le succès du film.

Quelque années après J'ai le droit de vivre de Fritz Lang, quelques mois après Jesse James de Henry King, où il combat pour la terre et contre le capitalisme, distribuant aux pauvres ce qu'il prend aux riches, un an surtout après Young Mister Lincoln, Fonda est une fois de plus l'incarnation du courage de l'homme prêt à risquer sa vie contre l'injustice. Ce n'est pas une coïncidence si, en 1982, lors de l'enterrement d'Henry Fonda, on a lu les paroles de sa déclaration finale des Raisins de la colère.

 
 

 

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landeaulouis - dans USA
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