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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 21:04

 

   

   

Home Box Office (HBO)

 

ROME

   

 

 

 

 

 

Cette superbe série télévisée, portant le label de qualité de la BBC, relate à la fois les événements ayant entraîné la chute de la République romaine et la naissance de l'Empire romain, vus à travers les yeux de leurs principaux protagonistes, la vie et les aventures de deux soldats de la Treizième Légion, le légionnaire Titus Pullo et le centurion Lucius Vorenus, qui sont témoins de ces événements, et parfois même les influencent.

La première saison débute lorsque Jules César (13 juillet 101 av.JC-15 mars 44) revient de Gaule à la fin de son mandat de proconsul, refuse de libérer ses légions selon l'ordre du Sénat, et s'apprête à franchir le Rubicon à la tête de ses légions et à marcher sur Rome. Dès lors, l'action retrace les luttes de pouvoir entre Pompée (106 av.JC-35) et César, jusqu'au triomphe de César et à l'assassinat de ce dernier aux ides de mars en 44 av. J.-C. Lucius Vorenus, sous la protection de César et de Marc Antoine, y entreprend son ascension sociale qui va le conduire jusqu'au Sénat avant d'être victime d'un drame familial, alors que Titus Pullo noue des liens avec le jeune Octave (Octavius Thurinus, 63 av.JC-14 ap.JC) tout en éprouvant des difficultés à réintégrer la vie civile.

Kevin McKidd. Home Box Office (HBO) Le centurion Lucius Vorenus excellemment incarné par Kevin McKidd: dans son regard, la détermination de Rome et l'angoisse de sa destinée...

La deuxième saison reprend le thème de la lutte de pouvoir, mais cette fois-ci entre Marc Antoine et Octave, après l'assassinat de César. Elle se termine sur la mort de Marc Antoine et de Cléopâtre en Égypte et le triomphe final d'Octave qui devient le premier empereur romain sous le nom d'Auguste (63 av.JC-14 ap.JC).

 Lucius Vorenus connait une brutale descente aux enfers et devient le chef d'une bande de brigands de l'Aventin avant d'attacher son destin à celui de Marc Antoine, et Titus Pullo, récemment marié, aide son ami à sortir de sa mauvaise passe avant de devenir son second, puis de le remplacer quand Vorenus part pour l'Égypte. Quand Octave part lui-même pour l'Égypte, il emmène Pullo avec lui, permettant ainsi aux deux vieux amis d'être réunis une dernière fois...

Home Box Office (HBO)

Kevin McKidd. Home Box Office (HBO)

Kerry Condon & Polly Walker. Home Box Office (HBO)

 

Rome est une série télévisée américano-britannique-italienne en 22 épisodes répartis en deux saisons, créée par John Milius, William J. MacDonald et Bruno Heller. Elle raconte l'histoire des dernières années de la République romaine, depuis la fin de la guerre des Gaules jusqu'à l'avènement d'Auguste, mais ses deux personnages principaux sont deux soldats romains qui se retrouvent pris dans la tourmente des événements.

Série télévisée au budget le plus élevé de l'histoire à l'époque de sa production, Rome a connu un succès critique et commercial et a été plusieurs fois nommée aux Emmy Awards et aux Golden Globes, remportant au total 7 Emmy Awards. Cependant, le nombre de saisons a dû être ramené de cinq initialement prévues à deux, en raison du coût trop important des épisodes de la série.

 

Home Box Office (HBO)

Voilà une excellente série TV dont la qualité provient directement du savoir-faire, du talent et du professionnalisme "Made in britain" via la BBC, soutenu par un budget à l'américaine. Si l'historicité est parfois égratignée, en particulier dans le raccourci de l'espace temps, l'authenticité est réelle autant dans les grandes lignes que dans les détails et la qualité de jeu de tous les acteurs est d'un très haut niveau. 

 

Nous plongeons dans une Rome populeuse et sale, où l'on sent  planer les odeurs fétides, bien que la Ville ait bénéficié d'un réseau d’égouts et de canalisations sophistiqués pour l'époque, mêlées à celles des épices, des plats cuisinés, des menaces d'épidémies, d'incendies, de meurtres et d'émeutes populaires sporadiques; une Rome où les murs sont couverts de tags injurieux et obscènes, déversoir de toutes les haines et frustrations, sorte de réseau Internet où la parole s'affranchit par l'écrit simplifié.  Une Rome donc, très différente des péplums hollywoodiens des années 50-60; la Ville, telle qu'elle fut au quotidien,  autant dans sa prestigieuse histoire, faite de guerres, de complots, d'insurrections, de corruption et nonobstant de grandeur, que porteuse d'une civilisation inégalée et encore vivante aujourd'hui pour nos contemporains les plus cultivés. 

Plus précisément, nous voyons clairement comment la république se délite sous les coups qui lui sont portés par les deux ambitieux que sont Pompée et Jules César,  sous le regard impuissant des sages (les philosophes) . De cette crise majeure naîtra l'Empire, dont le fondateur, Auguste, deviendra un des plus grands empereurs de toute l'histoire de cette Ville qui fut la maîtresse du monde.

Les deux héros de cette série passionnante, Titus Poullo et Lucius Vorenus sont en outre des hommes particulièrement attachants par leurs origines. Ce sont des soldats de Rome, dans cette armée  qui fut l'instrument de la puissance romaine; leurs qualités humaines, souvent complexes, sont parfois en conflit avec les vertus traditionnelles des Romains: piété, fidélité, gravité.

Concernant la piété, nous avons la satisfaction de la voir dans cette série souvent à l'oeuvre. Au quotidien, à travers des actes rituels de prières domestiques ou publiques, mais aussi, imprégnant les mentalités religieuses de ces temps antiques , à base de superstitions (le mot est pris dans son sens étymologique) qui rythmaient toute la vie des Romains, souvent de façon pesante, voire tyrannique. Cette dimension religieuse fut longtemps occultée au cinéma, par un regard trop matérialiste et horizontal; il semble que cette époque soit révolue et que les réalisateurs du XXIème siècle prennent enfin en considération cet élément religieux fondamental de la vie de nos ancêtres. 

Home Box Office (HBO) Jupiter (jus pater: père de la justice): le dieu des dieux, juge et arbitre des Romains.

 

Autre élément historique rapporté par les créateurs de la série : l'esclavage.

Le statut des esclaves et leurs conditions de vie sont évoqués dans toute leur réalité, de façon dramatique, telles qu'elles furent pendant des siècles dans le monde antique: l'esclave n'est pas considéré comme un être humain, il est "un objet qui parle". L'esclave est un instrument de travail, de services, de plaisirs en tout genre. L'esclave n'a, en principe, aucun droit, aucune personnalité juridique, il est une "chose" possédée par son maître. Ce dernier le choisit et l'achète comme une marchandise plus ou moins précieuse, selon les arrivages sur les marchés, enfin, le propriétaire a droit de vie et de mort sur son esclave. Le passage où Lucius va prendre possession d'un lot pour tenter de faire commerce d'esclaves gaulois est en l'occurrence très significatif. C'est un des passages les plus tragiques de la série, particulièrement lorsqu'il recueille un enfant, seul survivant, blotti contre le cadavre en voie de sa mère dont il caresse les cheveux. Lucius l'emporte, non par compassion mais  sans ménagement, comme un paquet, pour  le "retaper" puis le revendre un bon prix afin de recouvrir une partie de ses frais et combler ainsi sa perte ...

On est esclave par la naissance; les enfants d'une esclave, quel que soit le père, sont esclaves. On devient esclave, soit par le droit de guerre (prisonnier), soit par achat d'un pérégrin (étranger résidant temporairement ou définitivement sur le territoire de Rome), vendu à un Romain (certains rois orientaux vendaient ainsi leurs sujets), soit par suite d'un acte juridique (condamnation, vente volontaire, vente pour dette, vente du fils par son père), soit enfin par "exposition"; l'enfant exposé (donc non reconnu) appartient à qui le ramasse. Les esclaves appartiennent soit à des collectivités (servi publici), et exercent des fonctions diverses dans la cité, pour le compte du collège, ou du service public auquel ils sont affectés, soit à des particuliers qui les emploient tantôt pour le service domestique, tantôt pour l'exploitation de la terre. A la fin de la République qui est la période évoquée dans la série, on se préoccupe de soustraire l'esclave à l'arbitraire du maître, de défendre l'esclave vieux et malade, d'empêcher l'exposition aux bêtes... 

La main-d'oeuvre servile joue un très grand rôle dans tout le monde antique; c'est sur elle que se fonde l'économie et les institutions de la cité, à Rome comme en Grèce, excluant du droit et de la "communauté" une part importante de la population.

Si les esclaves sont indispensables dans un monde où les machines n'existent pas encore ( il faudra attendre les moulins), ils sont aussi par leur nombre un sujet de craintes: dans tout le monde antique gréco-romain, les révoltes des esclaves demeurent une menace potentielle et sont le cas échéant impitoyablement réprimées: les esclaves révoltés sont promptement massacrés ou crucifiés. La mort sur la croix est une mort lente et infamante, un supplice d'une cruauté sans nom, typiquement romain, réservé aux criminels de basse extraction, les nobles ayant le privilège d'avoir la tête tranchée d'un coup de hache.

 

Rome-louve-Capitole.JPG


Pour comprendre cette situation dans le passé, il faut constater que de nos jours, une forme moderne d'"esclavage" a survécu, plus ou moins discrètement, dans le monde arabo-musulman où dans les faits, il n'a jamais été aboli. En particulier dans les royaumes arabes qui exploitent des travailleurs immigrés chrétiens (parmi eux, de nombreux Philippins, entre autres...) puisque depuis le VIIème siècle, un musulman ne peut réduire en esclavage un autre musulman. Cette main d'oeuvre servile et domestique plus ou moins clandestine, très fragilisée, sans papiers ni protection juridique et sociale, subit des conditions de travail extrêmement dures ainsi que des maltraitances verbales et parfois physiques, surtout chez les femmes qui peuvent craindre de disparaître...

Bien sûr, il leur est interdit de pratiquer leur culte, de porter un bijou avec une croix, d'emmener une bible en terre d'Islam.

 Cette situation perdure grace au silence étrange des medias occidentaux et des multiples associations des Droits de l'Homme, par ailleurs si prompts à  traquer et dénoncer le racisme et toutes les formes de discriminations sur la planète et Internet. Sauf exceptions qui confirme la règle, ce silence complice se répand dans toutes les sphères de l'information et de la communication par auto-censure. 

 

Certes, il y avait des esclaves qui, de par leurs compétences, bénéficiaient dans le monde gréco-romain, de conditions privilégiées:   des artistes, des ouvriers spécialisés, des chefs de rang, des médecins... mais ils n'étaient pas des hommes libres. Certes, le maître pouvait affranchir un(e) esclave et même l'adopter ensuite, mais ce cas de figure demeurait exceptionnel. A Rome, se dessine de très bonne heure un mouvement très net en faveur d'une intégration, au moins potentielle, des esclaves à la cité.

Lindsay Duncan. Home Box Office (HBO) Une dame de la haute société romaine avec ses esclaves;(l'excellente actrice Lindsay Duncan qui joue le rôle de Servilia, mère de Brutus et amante de César; son prénom peut suggérer ses origines serviles).

  De très nombreuses familles romaines possédaient au moins un esclave. Certains esclaves aisés pouvaient eux aussi posséder des esclaves. Les plus riches Romains pouvaient en posséder plusieurs centaines répartis dans leurs domaines (la maison et les terres agricoles). Tous les esclaves n'étaient pas mal traités; d'ailleurs, les maîtres cruels étaient montrés du doigt par leurs pairs et pouvaient même être poursuivis en justice dans certains cas extrêmement rares.

A l'opposé, les maîtres jugés trop bons, étaient dénoncés comme laxistes et en cela, dangereux pour l'ordre public.

Il y a un passage très révélateur, où Lucius rappelle sa femme à l'ordre quant à son manque de fermeté vis-à-vis d'une jeune esclave. Parfois, certains esclaves faisant partie de la famille depuis longtemps, où particulièrement loyaux, pouvaient bénéficier de sentiments affectueux de la part de leurs maîtres. Avec la religion chrétienne (Ier siècle après JC), à laquelle se convertissent de nombreux esclaves, ces derniers sont considérés comme des êtres humains à part entière de la part de leurs maîtres qui se sont convertis à leurs risques et périls. Ce cas de figure devenant de plus en plus fréquent, il est un des motifs de la persécutions des "sectateurs de ce Jésus de Nazareth", ce "fou", qui osa enseigner qu'aux yeux de Dieu, tous les hommes sont libres et égaux dés leur naissance, les plus persécutés jouissant d'un amour plus particulier de la part du Dieu d'Amour, tel que le défini l'apôtre St Jean. 

 

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Rome a deux visages: humaniste, protectrice et civilisatrice, pétrie de la sagesse antique des philosophes grecs et simultanément, guerrière, impitoyable et conquérante. Mais sa force résidera dans sa capacité à "romaniser" les nombreux peuples qu'elle aura soumis de grès ou de force. Rome est aussi assoiffée de conquêtes pour asseoir son hégémonie, mais aussi pour s'approvisionner en blé, en matières premières, métaux et esclaves. 

Les Romains (comme Lucius), se complurent dans une image idyllique d'appartenir à un peuple vertueux: piété, fidélité à la parole donnée, gravité. Mais il est sûr qu'elle ne pouvait avoir été absolument véritable. Et pourtant, il est certain aussi que les Romains témoignèrent toujours de très hautes exigences morales et que s'étant fixé un idéal de vertu, ils le rejetèrent dans le passé, en lui conférant la valeur d'un mythe dont ils s'efforçaient d'être digne.

Cette vertu romaine est faite de volonté, de sévérité (la gravitas, le sérieux, exempt de toute frivolité), de dévouement à la patrie. C'est peut-être ce dernier sentiment qui détermine et oriente tous les autres: il ne ressemble qu'en apparence au patriotisme moderne, avec lequel on a souvent voulu le confondre; il est plutôt, dans son essence, la conscience d'une hiérarchie qui subordonne strictement l'individu aux différents groupes sociaux, et ces groupes eux-mêmes les uns aux autres.

Home Box Office (HBO)Home Box Office (HBO)Kevin McKidd. Home Box Office (HBO)Max Pirkis. Home Box Office (HBO)Ciaran Hinds. Home Box Office (HBO)Home Box Office (HBO)

 

 Pour un Romain, les impératifs les plus contraignants émanent de la cité; les plus immédiats, de la famille. L'individu ne compte guère en dehors de sa fonction dans le groupe: soldat, il appartient corps et âme à son chef; laboureur, il doit faire valoir sa terre de son mieux, au service de son père ou de son maître s'il est simple membre d'une familia, pour le bien de la familia elle-même, présente et future, s'il est père de famille et responsable d'un domaine, aussi réduit soit-il. Magistrat, il est délégué par ses égaux à une fonction, et celle-ci ne saurait lui valoir le moindre avantage personnel; au besoin même, il devra lui sacrifier tout ce qui lui est cher et jusqu'à sa personne. 

 

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 Octavius, adolescent, incarné par le très talentueux Max Pirkis. Doué d'une grande intelligence, d'une froide lucidité envers son entourage, d'une détermination implacable. Mais aussi et surtout d'une maturité politique précoce lui faisant désirer pour Rome, un destin exceptionnel, Octavius deviendra le premier empereur romain sous le nom d'Auguste.

 

 

 Angleterre-Auguste-rome21.jpg

 


C.Octavius Thurinus adulte (excellent Simon Woods), petit-neveu de César par les femmes, naquit en 63 avant-JC, date du Consulat de Cicéron et de la conjuration de Catalina. Son père, mort en 58, appartenait à une riche famille de Velitrae dont il avait été le premier membre à entrer au Sénat. Adopté par César, Octave prit en 44 le nom de C.Julius Caesar Octavianus. En 45, il fait partie de l'état-major du dictateur, qui l'envoie achever son éducation à Appolonie (Illyrie, Grèce), où se forme une armée en vue d'une expédition contre les Parthes. C'est là, qu'en 44 lui parvient la nouvelle de l'assassinat de son père adoptif. Dès lors, il s'acharne à revendiquer son héritage.

Treize ans plus tard, seul maître de Rome après Actium, il entreprend une oeuvre immense de réorganisation et de restauration sur tous les plans, et inaugure un régime où le pouvoir centralisateur du Prince (princeps: le premier) s'allie au respect-apparent- des traditions républicaines.

 

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Buste d'Auguste, pontifex maximus, c'est-à-dire, "pont" entre le ciel et la terre, entre le divin et l'humain. Cette fonction religieuse (religare= relier) est rattachée à la fonction d'empereur.

 

 

Il est probable que la conception tyrannique du devoir civique fut imposée surtout par la société patricienne qui s'empara du pouvoir en 509 av.JC; c'est la gens (clan,société romaine archaïque, paysanne, de caractère patriarcal) qui contribua à maintenir la stricte hiérarchie des éléments sociaux, en assurant matériellement la dépendance des individus par rapport au clan, en perpétuant l'autorité du pater familias dispensateur de la nourriture quotidienne, en enserrant les membres de la  maison dans un réseau de pratiques religieuses qui symbolisaient le caractère éminent de la gens par rapport à chacun d'entre eux.

Et c'est à ce moment que s'imposèrent, issues d'un milieu paysan, les grandes vertus romaines.

 

Allemagne-Herbert-List-1952.jpg


Photo d'Herbert List,  jeune pâtre; Sicile, 1952.

La vertu essentielle, cardinale, pour un Romain, est précisément celle qui répond la plus directement à l'idéal paysan: la vertu de "permanence".

On regardera comme conforme au bien tout ce qui aura pour effet de maintenir l'ordre existant: la fécondité de la terre, l'espoir de la moisson,le retour répété des années, le renouvellement régulier de la race, la stabilité de la propriété (revoyez le film Gladiator et son héros).

On condamnera tout ce qui est anarchique, novateur,tout ce qui menace la régularité des rythmes, tout ce qui dépayse. En cela, le Romain idéalisé est profondément conservateur.

Le mot luxus permet de comprendre cet état d'esprit... Le terme vient, à l'origine, de la langue paysanne: il désignait la végétation spontanée et indésirable qui, par indiscipline, compromet la récolte. Exubérance des blés en herbe, trop drus; exubérance de la vigne qui pousse tout en feuilles, au détriment des grappes. Luxus ou luxuries, c'est tout ce qui rompt la mesure. Ce peut être l'écart d'un cheval mal dressé. C'est, pour l'homme, tous les excès qui le portent à chercher une surabondance de plaisir, ou même simplement à s'affirmer de façon trop violente, par son faste, ses vêtements, son appétit de vivre. Le luxe, au sens moderne, est condamnable pour ses effets moraux, car il développe le goût du lucre, il détourne l'individu de ses vraies tâches, favorise la paresse. La morale romaine se montrait sévère envers tous les abus de la vie quotidienne en reposant sur la méfiance, essentiellement paysanne, à l'encontre de toute nouveauté, tout manquement à la discipline ancestrale, tout ce qui tend à déborder le cadre de la cité. Quiconque s'abandonne au luxe témoigne par là qu'il manque de discipline sur lui-même, qu'il cédera à ses instincts: à l'attrait du plaisir, à l'avidité, à la paresse et, sans doute aussi, le jour venu, sur le champ de bataille, à la peur, qui n'est que le très naturel instinct de conservation.

 

Rome-details-costume-legionnaire.jpg

 


  L'idéal romain: le légionnaire.

 

 

 

 France-pierre-et-gilles-c-print-photo-lot-sexy-gay-models-4.jpgPhoto Pierre&Gilles

 

 

Le gladiateur est à l'inverse, celui qui incarne la violence gratuite, une virilité exacerbée, en dehors de la cité. Fascinant,adulé par les foules, tant par la plèbe que par les riches romaines, esclave, sa vie ne vaut que par ses qualités de combattant où sa violence s'exerce dans un lieu fermé, l'arène, propre à contenir toute la violence du monde. Le gladiateur, toujours enfermé dans sa caserne où l'arène, est condamné à se battre à perpétuité et à mourir sous les clameurs d'une plèbe rugissante.

Cette morale romaine est très nettement orientée: sa fin est la subordination de la personne à la cité, et, jusqu'aux derniers temps, l'idéal demeurera la même, en dépit de toutes les transformations économiques et sociales. Lorsqu'un Romain, encore sous l'Empire, parlera de virtus (le mot dont nous avons fait vertu et qui signifie, proprement, la qualité d'être un homme, vir), il entendra moins la conformité à des valeurs abstraites que l'affirmation en acte, volontaire, de la qualité virile par excellence, la maîtrise de soi, concédant, non sans dédain, à la faiblesse féminine  l'impotentia sui, l'incapacité à dominer sa nature.

Dans tout cela, aucune valeur qui soit d'ordre religieux au sens où l'entend la pensée moderne. Les dieux romains n'ont jamais produit de Décalogue (Dix Commandements), ni la société pris ce détour afin d'imposer ses impératifs. La religion, pourtant, est loin d'être absente de la vie morale -et la série le montre bien- mais elle intervient comme une prolongation de la hiérarchie. Les dieux n'ordonnent pas aux hommes de se conduire de telle ou telle façon; ils n'exigent que l'accomplissement des rites traditionnels. A cette condition, ils promettent de maintenir leur action bienfaisante: Jupiter enverra la pluie et inspirera les magistrats de la cité, Ops assurera l'abondance dans les champs, Cérès fera pousser les blés, Liber Pater, mûrir le raisin et fermenter le vin, Mars protégera les armées et combattra du côté des Romains, enflammera le cœur des soldats. Mais surtout, cette action divine, permanente et crainte, donc tyrannique, se révèlera efficace pour détourner les mille dangers qui menacent à chaque instant les activités humaines. Robigo, convenablement priée, épargnera aux blés la rouille; la déesse Feber (fièvre; février) assurera la bonne santé, Cloacina purifiera la ville des miasmes qui propagent les pestes, Faunus et Palés chasseront les loups et les éloigneront des troupeaux. Cette hantise du religieux rend les Romains superstitieux et angoissés; car les dieux sont imprévisibles et capricieux: même s'il semble que tous les rites religieux aient été scrupuleusement respectés, les catastrophes en tous genres peuvent s'abattre sur les hommes. Les menaces sont toujours au-dessus des têtes. Que faire alors? Il faut scruter les rites et les activités des hommes. Les soupçons envahissent tous les esprits et il faut trouver un ou des coupables.

Ce sentiment de culpabilité, depuis le meurtre fratricide de Romulus, le premier roi, est omniprésent chez les Romains, en dépit de certaines apparences d'insouciance.

 

 

 

 

Allemagne-Ludwig-von-Hoffman-61-45.jpg

 

Peinture de Ludwig von Hoffman (1861-1945)

 

 

 

  France-PierreGilles-Hermes.jpgHermès chez les Grecs, Mercure chez les Latins, dieu messager, vu par les photographes Pierre & Gilles.

Dieu grec à l'origine, messager des Olympiens, fils de Zeus et de Maïa; il est le guide des voyageurs, conducteur de l'âme des morts; personnification de l'habileté et de la ruse; il est aussi le dieu du vol et du mensonge, patron des orateurs et des commerçants, inventeur des poids et des mesures, des premiers instruments musicaux; il est aussi le dieu de la santé et le dieu berger, l'inventeur de toutes les sciences, en cela il porte le caducée qui devient un de ses attributs...

 

 

 

 

 

 

La religion romaine archaïque semble le plus souvent froide et les historiens modernes ont relevé qu'elle était réduite, le plus souvent, à l'accomplissement formel d'un contrat entre l'homme et les divinités. Ils voient là l'une des raisons profondes pour lesquelles Rome se montra rapidement accueillante aux cultes orientaux, plus émouvants, plus susceptibles de satisfaire les besoins profonds de l'âme, assoiffée de compassion; en d'autres termes, le formalisme vide de la religion romaine aurait préparé la voie au christianisme. Et, en effet, lorsque les contraintes sociales se desserrèrent, que le patriotisme, avec l'agrandissement presque infini de l'Empire et l'accession à la cité romaine de populations sans cesse plus nombreuses et étrangères à la tradition nationale, se trouva sans objet, les Romains demanderont à un dieu transcendant ce "premier moteur" de la morale que ne leur fournissait plus la cité. Pourtant, la vie religieuse des Romains était infiniment plus complexe que ne le disent ceux qui ne considèrent que la religion officielle et rejettent dans l'ombre les manifestations quotidiennes extrêmement nombreuses d'un sens du sacré qui, jamais, n'a fait défaut aux Romains.

 

 

France-1898-Eugene-Burnand-St-Pierre-St-Paul-courant-au-to.jpg

 

"Pierre et Jean courant au tombeau, après avoir entendu des femmes affirmer qu'il était vide et que jésus était ressuscité comme Il l'avait dit..." Peinture d'Eugène Burnand; 1898. C'est sur les ruines de la Rome impériale et païenne que le trône de St Pierre fut érigée et que s'édifia la capitale de la Chrétienté...

 



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