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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 18:42

JEANNE D'ARC AU CINEMA

 

 

Jeanne-d-Arc-Plaquette.png

 

 

 

 

France-jeanne_d_arc-miniature-parchemin-XVe-copie-1.jpg

 

Gravure enluminée de Ste Jeanne d'Arc (1412-1430) ; XVe siècle,Atelier parisien.

 

 

Il y a 600 ans, naissait Jeanne d'Arc, Fille de France et de l'Église.

 

 En salles depuis le 16 novembre 2011, Jeanne captive , de Philippe Ramos,est le dernier en date des films sur Ste jeanne d'Arc, dont le nombre et la diversité étonnent.

Ces visages de Jeanne sont multiples; autant de façon de regarder sa figure unique.

Ou de se regarder...

 

France Aff jeannecaptiveFrance-affiche-jeanne-d-arc-Besson.jpgFRance-la-passion-de-jeanne-darc-1928.jpg

 

 

 

 

Avec quelque vingt-cinq films, Jeanne d'Arc est l'un des personnages historiques qui a le plus inspiré le cinéma. Et ce, depuis l'origine du Septième Art.

Imagine-t-on que les premiers films sur la pucelle datent du XIXe siècle? De 1898 exactement, avec un premier court métrage de Georges Hatot, que suivront plusieurs autres dont un des frères Lumières et un autre de Georges Méliès. Jeanne attire les plus grands réalisateurs du moment!

Les premiers longs métrages sont également signés par de grands noms comme Ubaldo Maria Del Colle (Les derniers jours de Pompeï) et Cecil B. De Mille (Les Dix Commandements). La Jeanne d'Arc de ce dernier (1916) étonne aujourd'hui, jouée par une cantatrice, Géraldine Farrar, plus propre à l'opéra (les Jeanne de Verdi ou de Tchaïkovski) qu'au cinéma, dont les plus gros plans sont sans pitié...

 

 

  France-Jeanne-Maria_Falconetti-dreyer.jpg

 

 

FRance la-passion-de-jeanne-darc-1928

Les gros plans sont justement le moyen que va utiliser Carl Dreyer pour mettre en scène sa propre jeanne d'Arc et réaliser ce qui reste encore, de l'avis unanime, le plus grand film sur la sainte de France. Nous sommes en 1927, et  le cinéaste danois, qui s'est fait un nom, est invité à travailler en France. Il reçoit un texte de Joseph Delteil, dont il tire le scénario de La passion de Jeanne d'Arc.

 

 

France-Jeanne-passion-Dreyer.jpg Maria Falconetti

 

Le choix de l'interprète est déterminant.Coup de génie! C'est une actrice du théâtre de boulevard: Maria Falconetti, que Dreyer engage dès son premier essai; car le cinéaste décèle en elle, sur son visage d'abord,"bien des épreuves, bien des souffrances"... Dreyer sait qu'elle seule peut révéler la passion de Jeanne d'Arc, en même temps que le vrai visage de l'humanité souffrante.

Quand un spectateur, lors de la première projection, s'écrie: " Comme cette femme a dû souffrir!", personne ne demande s'il parle de l'actrice ou de la sainte. En fait, le film les a fondues en une seule femme . D'autant plus intimement que Falconetti ne tournera pas d'autres rôles à l'écran.


Dés l'année suivante, en France, Marco de Gastyne fait briller dans les salles obscures "La Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc". Ce film qui reste dans l'ombre de celui de Dreyer, mérite pourtant un meilleur sort.On redécouvre avec étonnement cette superproduction, en voyant la puissance des images  et la merveilleuse intensité de Simone Genevois, l'une des plus touchantes Jeanne du cinéma.

 

 

USA-Jeanne-Fleming-48.jpg

 

 

La plus célèbre, pourtant, hors le cas atypique de Maria Falconetti, est Ingrid Bergman.Elle sera Jeanne deux fois: l'une en 1948, sous la direction de Victor Fleming, qui fait ressembler la geste de Jeanne aux grandes épopées médiévales à la Richard Thorpe (Ivanhoe); l'autre en 1954, dans un film de Rosselini où, grâce à une mise en scène inspirée, elle ne  paraît plus très âgée pour le rôle!

Rosselini adapte l'oratorio de Honegger  et Claudel, Jeanne au bûcher, mais ce qui aurait dû n'être que du théâtre filmé prend sous son oeil une vie nouvelle:

" C'est du cinéma, et même du néo-réalisme dans le sens où je l'ai toujours tenté".

 

Italie-jeannedarc-rossellini.jpg

 

 

Comme Rosselini adapte un mystère lyrique, Otto Preminger adapte une pièce, "Sainte Jeanne", de George Bernard Shaw, en 1957.

Le scénario de Graham Greene ôte beaucoup de son acidité au texte, et Preminger en donne une illustration statique  où Jean Seberg dont c'est le premier rôle, a du mal à faire triompher sa jeunesse tout en évoquant,malgré elle, une époque indéniablement marquée par l'emprise du matérialisme, du consumérisme et de la sécularisation. Bref, dans ce film,Jeanne n'appartient plus à l'Eternité...

 

USA--jean-seberg.jpgUSA-Jean-Seberg.jpg

 

 

 

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Retour en France avec Robert Bresson qui fait en 1962 le film sur Jeanne d'Arc qu'il se devait de faire...

Aussi austère que ses autres oeuvres, son Procès de Jeanne d'Arc évacue tout sentiment ou émotion, afin de concentrer l'attention sur la lettre du procès, citée exactement, meilleur moyen, pour lui, d'en révéler l'esprit.On risque la lassitude devant ces répliques, sans autre flamme que celle de la musique même des mots, mais si on la domine, on plonge profondément dans le mystère de Jeanne, à qui Florence Carrez prête beaucoup plus de sensibilité qu'un regard superficiel n'aperçoit.

 

France-Jeanne-Florence-Carrey-Delay--d-arc.jpg

 

 

 

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  Après trente ans, la flamme johannique renaît au cinéma en 1993, avec "Jeanne la Pucelle" de Jacques Rivette. Le déroutant ténor de la Nouvelle Vague surprend encore en choisissant ce thème, et en le traitant avec une ampleur inconnue. Un film en deux parties, "Les Batailles" et "Les Prisons", pour une durée totale de plus de cinq heures et demie. Ce qui n'a pourtant pas rebuté les nombreux spectateurs qui, de bouche à oreilles, ont fait du film un franc succès; impressionnés par cette vision nouvelle, à la fois immense et très quotidienne, et emportés par la fraîcheur désarmante de Sandrine Bonnaire.

La jeune comédienne restera marquée par ce rôle...

Rivette préfère rester au seuil du Mystère mais son film ne ferme pas les portes. Là est le génie de l'artiste...

 

France-affiche--jeanne-sandrine.jpg

 

France-jeanne-sandrine-armure.jpg

 

 

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  Enfin, du Jeanne d'Arc de Luc Besson (1999), il a été dit beaucoup de mal, ce qui est bien juste étant donné la distance vertigineuse entre son héroïne

( jouée par Milla Jovovich) et celle de l'Histoire.

Guerrière funky dans le style wargame video, sa Jeanne est un personnage de synthèse dont il ne faut rien attendre puisqu'il ne peut rien donner.

 

 

 

France affiche-jeanne-d-arc Besson

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il a un mérite: il a poussé si loin le n'importe quoi dans la "modernisation" de l'héroïne qu'un cinéaste d'aujourd'hui comme Philippe Ramos doit revenir à l'Histoire. Sa "Jeanne captive" n'est certes pas un chef d'oeuvre et peut déconcerter par sa narration elliptique et son formalisme où la grâce a peine à couler, mais dans un ciel lavé, elle fait à nouveau claquer comme un étendanrt le nom de Jeanne d'Arc.

 

 

 

France--etendard_jeanne.jpg

 

 

 

 

 

 



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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 08:17

 

 

 

 

 

 

 

France-jeanne-menotee-small.jpg

 

 

 

 

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Lettrine J lutiniste vignetteEANNE CAPTIVE

 

 

 

A l'automne de l'An de Grâce 1430, Jeanne la Pucelle est captive, abandonnée de tous...

Elle saute de la tour du château de Beaurevoir, où le seigneur Jean de Luxembourg, allié des Bourguignons et des Anglais, la retient prisonnière. Retrouvée inerte, elle est ramenée dans sa cellule, puis soignée par un médecin qui tente de briser son mystérieux silence. Car Jeanne a décidé de ne plus parler depuis que ses voix divines ont disparu...

Vendue aux Anglais, elle est escortée jusqu'à Rouen, où aprés un procés inique, l'attend la mort sur le bûcher.

Jeanne captive est l'histoire, rarement racontée, d'un des ultimes épisodes de la vie de sainte Jeanne d'Arc. Ce n'est ni la Jeanne exaltée et combattante, portée par la grâce des débuts, qui nous est donnée à voir,  ni la fille hardie qui déroute ses juges, du procés sans honneur ni vérité  de 1431. Mais une Jeanne seule, abandonnée de tous et tout d'abord de Dieu Lui-même, semble-t-il... Une Jeanne mutique, désarmée, en pleine nuit spirituelle: mise à nu, au sens propre comme au sens figuré; mais pourtant solaire...

 

France-Jeanne-soldats.jpg

 

 

France-quinzaine-Cannes.png

 

Fasciné par cette "femme porteuse d'infini", le réalisateur Philippe Ramos la filme en gros plan, presqu'avec recueillement, scrutant à travers chaque millimètre de peau, chaque mouvement de cils, un reflet de l'immensément grand. Malgré son désir d'effacement, sa Jeanne crève l'écran. Clémence Poésy lui prête son visage diaphane et plonge dans ce silence qui laisse entrevoir la présence de Dieu.

Très elliptique, délaissant le registre religieux, ce qui est  en l'occurence une "prouesse" dont certains  cinéastes européens ont le secret: parler d'une sainte en la laïcisant (V.aussi le Jeanne d'Arc de Besson).  Ce film est truffé d'images symboliques qui pourra en rebuter plus d'un. Ramos ne fait rien pour rappeler l'imagerie traditionnelle (surtout,restons créatif...) et même s'il s'attache à quelques vérités et détails historiques, il ne peut cependant s'empêcher de tomber dans le piège redoutable de la sécularisation du personnage, en la montrant dés le début, candidate au suicide, ce qui est quasi impensable pour une personne de cette époque médiévale où l'Espérance chrétienne est encore bien vivante, malgré ou à cause des temps particulièrement difficiles. Qui plus est pour une Jeanne d'Arc, même "désespérée"...

 

 

France-Jeanne-Clemence_Poe.jpg

 

 

  Jeanne aurait-elle outrepassée sa mission ? : faire couronner le roi de France légitime et délivrer Orléans.

  Est-ce par orgueil qu'elle continue une lutte qui la dépasse ? Ce serait la raison pour laquelle "ses voix" l'auraient abandonnée...

 

Armoiries-Jeanne_d-Arc-pierre.jpg
Armoiries supposées de Jeanne d'Arc

 

 

 

La nuit du 20 au 21 fut passée dans l'une des tourelles du château d'Eu.

L'étape dut comporter les sept lieues environ qui séparent Eu de Dieppe. Enfin, c'est peut-être au village de Bosc-le-Hart qu'elle s'arrêta le soir du 22. La journée du 24, veille de Noël, étant un dimanche, on ne devait pas se soucier d'aventurer l'escorte dans une ville remplie de la foule des jours de fête. L'arrivée de Jeanne ne pouvait être absolument tenue secrète, et la prisonnière qui, selon les passions politiques de chacun, éveillait la sympathie ou l'aversion, devait chez tous susciter la plus intense curiosité.

"Tout le monde désirait la voir" diront plus tard deux Rouennais.

En fait, même dans cette ville de Rouen qui est alors l'une des places où la monarchie anglaise se sent la plus sûre d'elle-même (c'est pour cette raison que le procés de Jeanne va s'y dérouler), où réside la plupart du temps le régent Bedford, où l'on a fait venir, pour créer un courant d'opinion, le petit roi Henry VI, les ennemis de Jeanne craindront  ce contact avec la foule:très vite, les séances les séances du procés auront lieu à huis clos, et les deux où le public pourra apercevoir l'héroïne , à St Ouen et  au Vieux Marché, il y aura du tumulte et des pierres jetées; "on les montrait du doigt", dira un témoin, parlant des juges de Jeanne et de leurs assesseurs.

 

France-maisonn-jeanne.gif Maison familiale de Jeanne à Donrémy en Lorraine (gravure du XIXe siècle). Ses parents étaient des paysans relativement aisés, installés sur une terre de labourages et pâturages; Jeanne, comme tous les jeunes enfants de paysans, gardait les troupeaux au prés. Jusqu'au jour où la divine Providence bouleversa sa vie ordinaire pour bousculer le cours de l'Histoire de France...Le plus souvent, le doigt de Dieu ose se poser sur les âmes les plus humbles.

 

Aussi Jeanne dut-elle être amenée dans la soirée du samedi 23 décembre au château de Bouvreuil, qui allait être sa dernière station; cela correspond d'ailleurs aux étapes normalement parcourues par une troupe à cheval. Elle passa donc la journée de Noël dans une tour de ce château qu'habitait aussi le jeune roi; ainsi se réalisait la prophétie de ses voix qui lui disaient qu'elle ne serait "délivrée" avant d'avoir vu le roi des Anglais...

La tradition veut que dans cet ancien château, élevé par le roi de France Philippe Auguste (1165-1223), ce soit la Grosse Tour, appelée Tour de la Pucelle, encore debout au début du XIXe siècle,qui ait été la prison de Jeanne d'Arc. C'est dans cette tour, "dans une chambre située sous un degré, du côté des champs", que s'écoulèrent les cinq mois de sa passion: " Il y avait là un lit sur lequel elle couchait, et une grosse pièce de bois sur laquelle était une chaîne de fer, avec laquelle elle était liée par des fers de pied pendant la nuit ". en butte aux vexations des geôliers anglais, et même, à plusieurs reprises , prés d'être par eux violentée, elle eut à lutter contre la maladie, contre l'isolement, rompu seulement par les visites inamicales que lui rendirent certains seigneurs anglais, comme le comte de Stafford, ou -pire encore- par les entretiens doucereux que l'abominable Nicolas Loiseleur  tentait d'avoir avec elle, pour la prendre en défaut, en se faisant passer pour un compatriote et un ami, alors qu'il était un collaborateur à la solde des Anglais.

 

France-chateau-Bouvreuil-rouen.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette tour reste le témoignage de l'injustice totale, criante, du procés de Jeanne: certains auteurs, quelques juristes de notre temps en particulier, ont curieusement voulu réhabiliter Cauchon, ont soutenu que son procés fut mené dans les formes requises et fut bien un procés de foi et non une affaire politique; mais il y a un fait contre lequel aucun argument ne tiendra jamais, un témoignage concret et irréfutable: la tour d'un château  qui est une place forte anglaise et qui plus est, une résidence du  roi d'Angleterre, où Jeanne, jugée pour un prétendu  procés d'hérésie, est détenue en prison laïque, et gardée par des hommes-d'ailleurs tous Anglais- au mépris de toutes les règles des procés d'Inquisition  d'aprés lesquelles elle eût été enfermée dans une prison d'église, et gardée par des femmes. La véritable sentence de condamnation a été prononcée par Cauchon lorsque, après l'"abjuration", à la demande de jeanne : " A présent, gens d'Eglise, menez-moi en vos prisons", il répond: "Menez-la où vous l'avez prise". C'est ce qui lui permettra de la confondre de "relapse", en la mettant dans l'obligation, pour se défendre contre les violences de ses géôliers, de reprendre cet habit d'homme auquel elle a déclaré renoncer. Contre ce fait de la prison laïque, de la Tour de Rouen, aucune argutie ne réussira jamais à innocenter  Cauchon (1371-1442) et à libérer sa mémoire de la terrible accusation portée par Jeanne elle-même, au matin de son supplice: "Evêque, je meurs par vous".

 

Carte-France-1429.jpg

A cause d'une querelle dynastique où le roi d'Angleterre revendiquait malhonnêtement la Couronne de France, une guerre éclata qui dura cent ans, durant lesquels le beau et puissant royaume des Lys faillit disparaître. Les fèlons, les traitres et les brigands pullulèrent; la misère se répandit là où jadis, la prospérité et le bonheur règnaient; et le pauvre roi de France se retrouva bien esseulé... Mais Dieu, qui aime la France plus que toute autre nation sur la Terre, car elle est la Fille aînée de Son Église, ne le permit pas. Il suscita donc une jeune fille, une Pucelle, et arma son coeur et son bras pour libérer et sauver la France.

 

 

L'itinéraire de Jeanne se réduit désormais à l'intérieur de cette enceinte du château  de Philippe Auguste. Les interrogatoires commencent le 21 février, après deux mois de la dure détention; les séances étaient d'abord publiques; dès le 10 mars, elles ont lieu à huis clos dans l'enceinte du château; l'instruction était considérée comme terminée le 17 du même mois. Dans les séances des 28 et 29 mars, on lut à Jeanne l'acte d'accusation, puis ce furent le réquisitoire et les "admonitions", parmi lesquelles celle du mercredi 9 mai, où Jeanne fut menacée de la torture; le bourreau, Maugier Leparmentier, était là avec ses instruments, mais on n'osa les appliquer sur le corps de la Pucelle...

 

France-Jeanne-devant-ses-juges.jpg

Devant ses juges, Jeanne fit preuve d'un bon sens et d'une clairvoyance qui déroutèrent les clercs les plus instruits...


Le 14 mai, jeudi après la Pentecôte, Jeanne est conduite au cimetière de St- Ouen, à côté de l'abbaye du même nom. C'est ce jour-là que les habitants de Rouen purent la voir pour la première fois; elle n'a d'ailleurs pas eu à traverser la ville, l'abbaye étant proche des remparts, mais la nouvelle avait fait accourir les gens... Descendue de la charette qui l'avait amenée, la prisonnière, vêtue de ses habits d'homme, ayant à ses côtés l'huissier Jean Massieu, put voir la mise en scène qui avait été préparée pour l'impressionner: dans une tribune se tenaient les juges, Cauchon et le vice-inquisiteurJean Lemaître, et leurs assesseurs; avec eux, ceux qui menaient réellement le débat,  soit un certain nombre d'Anglais, clercs ou laïcs, en tout premier lieu, le "cardinal d'Angleterre", évêque de Winchester, Henry Beaufort, l'un des bâtards de Jean de Gand, duc de Lancastre, et par conséquent, l'oncle du Régent Bedford. C'est de lui que Cauchon prend les ordres, et, au moment où Jeanne fera sa soumission, il se tournera vers lui, demandant à mi-voix que faire...

 

France Jeanne Clemence Poe

 

Non loin, un bûcher avait été préparé, auprés duquel se tenait le bourreau; on fit monter Jeanne sur une petite estrade; Jean massieu, en sa qualité d'huissier, demeura auprés d'elle, tandis que l'un des universitaires délégués par la Sorbonne, le verbeux Guillaume Erard, déployait son éloquence. Jeanne lui répondit ironiquement:

" Vous prenez grand-peine pour me convaincre".

 


A la fin de la scène, un autre personnage s'approchera d'elle, Laurent Calot, secrétaire du roi d'Angleterre, qui prendra sa main pour l'obliger à tracer, à défaut d'une véritable signature comme celle que Jeanne a plus d'une fois apposée sur ses lettres, une croix au bas de la cédule d'abjuration.

Jeanne est ramenée dans sa prison. Elle n'en sortira plus que pour parcourir, vêtue de la robe grossière des condamnés, coiffée d'une mitre portant l'inscription infamante: " Apostate, idôlatre, hérétique, relapse", la distance qui sépare  château de la place du Vieux-marché. Frère Martin Ladvenu, qui l'accompagne, a reçu sa dernière confession et lui a donné la communion; frère Isambart de la Pierre l'escorte aussi, et ne la quittera que pour aller chercher, sur sa demande, une croix à l'église St Sauveur toute proche.

 

France-Jeanne_d-Arc_bucher.jpg

 

Rien ne reste aujourd'hui, sur cette place, de ce qui pourrait évoquer le souvenir de Jeanne; l'église St Sauveur  a disparu; une plaque marque, à terre, l'emplacement du bûcher, et l'on a dessiné aussi, sur le sol, l'endroit où s'élevaient les deux tribunes, celle des clercs, et celle sur laquelle on fit monter Jeanne le temps de laisser, une dernière fois, pérorer un universitaire, maître Nicolas Midy. On la fait ensuite descendre de l'estrade, et gravir l'échafaud de plâtre sous lequel sont amoncelés les fagots. A ce moment-là, selon les règles de l'Inquisition, juges et assesseurs auraient dû se retirer et Jeanne aurait dû être conduite devant le tribunal séculier, seul qualifié pour prononcer la sentence de condamnation, et pour la livrer au bourreau. Mais on néglige cette formalité, et de fait, personne n'a de doutes sérieux sur les véritables auteurs de cette condamnation.

Quant à Cauchon, il tiendra à assister aux derniers moments de sa victime, espérant entendre de sa bouche cette rétractation qui le justifiera. Huit jours plus tard, ne va-t-il pas tenter de faire attester officiellement que Jeanne  aurait renié ses voix? Mais retrouvant un semblant de courage et d'honnêteté, le notaire du procés, Guillaume Manchon, refusera d'enregistrer ces témoignages posthumes.

 

France-Jeanne-d-Albert-Pasche.jpg Jeanne au bûcher d'Albert Pasche

 

La foule, maintenue à distance par des hommes d'armes anglais, ne voit plus de Jeanne qu'une silhouette indistincte à travers la fumée et les flammes, devant lesquelles frère Isambart élève bien haut la croix, comme la condamnée le lui a recommandé "afin que la croix où Dieu pendit fût en sa vie  continuellement devant sa vue", mais la foule, silencieuse et saisie d'émoi, entend le cri qui, couvrant le grésillement du feu dans les branches, emplit , d'angoisse, de supplication et d'amour la place et secoue l'air, un cri chargé, comme celui qui ébranla le Golgotha:

 

Lettrine J lutiniste vignetteésus!

 

 

 

 

Régine Pernoud (1909-1998) historienne médiéviste.

in Dans les pas de Jeanne d'Arc; Hachette,1956.

 


 


 


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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 09:08

 

 

Les Aventures de Tintin:

Le Secret de la Licorne

 

 

USA-aff-aventures-tintin-secret-licorne.jpgClick on here to visit the official site

 

On l'attendait ce film, depuis trente ans ; depuis le jour  où spielberg, ayant découvert Tintin parce qu'on lui avait dit que son Indiana Jones lui ressemblait.Alors,il a téléphoné à hergé et l'a convaincu de le laisser adapter Tintin au cinéma. Hergé a réfléchi avant: un Américain, abreuvé de comics made in USA, saura -t-il comprendre l'esprit de Tintin, personnage typiquement européen?

Le cinéaste, aidé de trois scénaristes, a puisé pratiquement tout son récit dans les bandes dessinées, se bornant à étoffer l'histoire principale, Le Secret de la Licorne, par des emprunts à deux autres albums, Le Crabe aux pinces d'or et Le Trésor de Rackham le Rouge.

 

USA-Aff-2-aventures_de_tintin_secret_de_licorne.jpg

 

 

 

Respecter une oeuvre est une chose, mais il faut surtout en créer une nouvelle, en renouvelant le mode narratif. la réussite de Steven Spielberg, à cet égard, et de son complice Peter Jackson, producteur et et responsable des effets spéciaux, est complète.

 

Comme dans AVATAR de james Cameron, qui avait déjà fait appel à la société Weta de P.Jackson pour cette technique, il s'agit de faire jouer de vrais comédiens sur fond neutre et d'enregistrer leurs mouvements (y compris ceux du visage)grâce à une multitude de capteurs, pour les appliquer ensuite à des personnages virtuels, dessinés en 3D par informatique.

 

USA-tintin-in-souk-video.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Le résultat est totalement déroutant. a l'écran où le relief est le plus immersif qu'on ait jamais vu, ce ne sont plus du tout (hélas!) les dessins à la "ligne claire" d'hergé, ni tout à fait des personnages réel du cinéma traditionnel, mais "quelque chose" qui ressemble à ces derniers, à la façon de clones en matières plastiques caoutchouteuses, avec des détails (comme l'iris des yeux) d'un absolu réalisme mais rattrapés par la caricature, par exemple avec les nez de Haddock ou les Dupondt.

Tous sont animés par des comédiens qui font un travail complet d'acteurs (Jamie Bell/Tintin; Andy Serkis/Haddock; Daniel Craig/Rackham le Rouge/Sakharine, le grand méchand, auquel Spielberg a l'humour de prêter ses traits; et quantité d'autres...

 

 

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Il ne reste qu'à faire évoluer tout ce joli monde dans des décors  et des aventures magnifiques, dignes de Tintin et d'indiana Jones: étourdissantes, palpitantes, énormes!

Et Spielberg n'a pas oublié que Hergé est aussi très drôle, en le

rejoignant là, déboutonné comme on ne le connaissait pas.

 

USA-tintin-in-street-small.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TINTIN ET LE SECRET D'HERGE

 

 

 

 

_Herge.jpg

 

 

En projet depuis trente ans, le Tintin de Spielberg est enfin sur les écrans!

C'est l'occasion d'une nouvelle vague flamboyante de tintinophilie qui relance les études sur l'oeuvre d'Hergé.

Et si le secret cherché par les tintinologues était finalement tout simple?

 

 

herge_tintin_bel_article-Soviets.jpg Quand Tintin est né, en 1929,ses premiers lecteurs avaient à peu prés son âge (15-17 ans, selon Hergé)et sont presque centenaires aujourd'hui.Certains de leurs enfants ont déjà 77 ans (âge officiel de la retraite tintinopratique); c'est donc un héros "transgénérationnel", au sens propre du terme.C'est donc aujourd'hui une 3ème génération de lecteurs de 7 ans à ...qui se lève.Angleterre-1930-s-fun.jpg

 

 



 

 

 

 

So british, 1930.Angleterre-etudiants-annees-1920.jpg1923

 

 

 

 

angleterre-Redbourn_youngsters_1930.jpg

Italie-enfants-jeunesse-fasciste.jpg Italia, 1929.

 

Allemagne-_20juli1944_attent2_g-copie-1.jpg Allemagne, la famille Von Richthoffen; 1932.

 

 

USA-child-DonFMx21941.jpg  Young boy,1938; Bushville, USA.

 

 

 

 

USA-NegroboysonEastermorningApril1941byRussellLee.jpg

 

"Negroboys", 1941, photo Russel Lee; USA.

 

 

hitlerjugend.jpghitlerjungend-portrait.jpg

 

 

  Hitlerjungend,Allemagne 1940.

 

 

Angleterre-Glyn-Warren-Philpot-Head-of-a-Boy.jpg Angleterre, Head of a yungster;peinture de Glenn Waryn Philpot (1935).

 

 

France-hommage-au-bronzino-1940voinquel2.jpg France, 1940; photo Raymond Voinquel.

 

 

tintin_au_pays_des_soviets220.jpg

 

 

Comment expliquer une telle longévité? Hergé lui-même l'ignorait...

"Quand une chose comme celle-là a du succés pendant si longtemps, c'est qu'il y a une raison. Laquelle? Je l'ignore moi-même. Mais il y en a une, puisque cela dure depuis plus de cinquante ans; et cela m'étonnera toujours[...] Je crois qu'il y a moyen, à propos de Tintin, d'aller plus loin qu'on ne l'a fait jusqu'à présent..."

Hergé; 1983.

 

 

Cette intuition résonne comme un appel aux lecteurs avisés pour qu'ils aident le créateur lui-même à mieux connaître sa créature.

Ce souhait sera amplement exaucé...

 

 


Angleterre-petersamuelson-1912-1996.JPG Angleterre; "young reader";1951,peinture de Peter Samuelson (1912-1996).

 

 

Quand la publication des albums touche à sa fin, dans les années 70, c'est une nuée de spécialistes de toutes disciplines qui s'abat sur l'oeuvre du dessinateur pour tenter d'en extraire le suc secret.Citons les philosophes Jean-Luc Marion et Alain Bonfand,Hergé, Tintin le terrible ou l'alphabet des richesses(Hachette, 1996); Michel Serres, Les bijoux distraits ou la cantatrice sauve (Minuit, 1980);viennent aussi les psy.avec en tête, Jean-Marie Apostolidès,Les métamorphoses de Tintin (Seghers, 1984); Tintin et le mythe du surenfant (Moulinsard, 2003). Tintin devient alors une sorte de surhomme mais resté à l'âge de l'enfance.Et puis, il y a Michel David qui fait dans le gros avec Psychanalyse amusante, Tintin à la lumière de Lacan (Epi-la méridienne, 1994), devancé par Serge Tisseron qui avait déjà amené Tintin chez le psychanalyste (Authier, 1985), avant de défrayer la chronique avec deux livres censés percer Le secret d'Hergé (Presses de la Cité, 1993).

Dérisoire!

 

herge-tintin.jpg


"Tintin, c'était moi, avec tout ce qu'il y a en moi de besoin d'héroïsme, de courage, de droiture, de malice et de débrouillardise".

-Hergé-

 

 


Seul un écrivain comme Pol Vendromme pouvait comprendre une telle oeuvre et son auteur. Son célèbre Monde de Tintin (Gallimard, 1959)est avec celui de Benoît Peters, Le Monde d'Hergé (Castermann, 1983-2004)la bible des Tintinophiles.Vendromme donne à Tintin toute sa taille et aide le lecteur à se laisser porter par lui, pour voir le monde de plus haut.A l'inverse, les analyses psy. ont un regard soupçonneux, par en-dessous...


 

 

hergetintin-2.JPGQuel trésor ce Tintin!

 

Certes, mais il est bien plus aisé de dire qu'il n'a pas de défaut que d'énumérer ses qualités qui correspondent au programme éducatif du fondateur du journal belge Le petit Vingtième, l'Abbé Norbert Wallez.

 

C'est ce prêtre énergique et entreprenant qui confia au tout jeune Hergé la direction d'un supplément pour la jeunesse (Le petit Vingtième) qui vit naître ensemble Tintin et Milou dans leur première aventure, le fort peu politiquement correct Tintin au pays des Soviets.

 

 

Frontpopulaire.jpg France,Front Populaire; 1936.

 

 

Italie enfants jeunesse fasciste Italie, Jeunesse fachiste; 1930.

 

 

Détesté par la gauche qui fustige son admiration, à l'époque banale, pour Mussolini et la révolution fachiste italienne qui stoppe le danger bolchévique, donne du travail aux chômeurs, construit des logements sociaux, des routes et des autoroutes, et fait qu'enfin les trains arrivent à l'heure,Hergé est regardé par les soi-disante forces de progrés, comme "une des chevilles maîtresses du carcan qui le maintient prisonnier des milieux catholiques et fachisants". Oui, tout ça.

L'abbé Wallez gardera toujours l'amitié d'Hergé; c'est par lui que s'est maintenu chez le dessinateur, qui s'avouait par ailleurs peu préoccupé des questions religieuses, le goût du scoutisme, dont il jugeait l'idéal "très important" pour lui.

 

 

herge2.jpgherge_tintin_milou_effigies.jpg

 

"Tintin, c'était moi,... et je t'assure que je n'avais pas à me demander si cela plaisiait ou non aux gosses..."

 

Hergé à Francis Bergeron, auteur d'une biographie du père de Tintin.

 

 


 

 

tintin au pays des soviets220

LES SOURCES HISTORIQUES DE TINTIN

 

 

Avant Tintin, les bandes dessinées s'adressaient aux enfants   . Les allusions à l'actualité ou à l'histoire furent la grande nouveauté d'Hergé.


Le film de Spielberg redonne un formidable coup de projecteur sur l'ensemble de l'oeuvre d'Hergé.Toutefois, depuis quatre-vingts ans, Tintin n'a jamais cessé de figurer dans le peloton de tête des ventes d'album de BD, du moins dans les pays francophones.

 

"Il s'agit de notre plus grosse vente du rayon BD[...]c'est assez fou, quand on y songe: mon grand-père, mon père, moi-même et mes enfants ont lu ou lisent Tintin".

 

Michel-Edouard Leclerc

(premier distributeur de BD en France)

 

Ce n'est pas un hasard si Spielberg s'est d'abord attaqué au tryptique Le Crabe aux pinces d'or; Le secret de la Licorne; Le Trésor de Rakham le Rouge...

 

 

  France Tintin Crabe cover Inspiré du roman de Joseph Peyré L'Escadron blanc (1931), Tintin combat des trafiquants de drogue en Afrique, plus précisément au Maroc...

 

France-Secret-Licorne-album.jpg

 

 

 

Dans Le Secret de la Licorne, nous  sommes plongés dans deux récits parallèles: Tintin & Haddock, dans la Belgique des années 40 où ils affrontent un gang d'antiquaires véreux, les frères Loiseau.

La première source documentaire est L'Île au Trésor de Stevenson (1883).

 

 

 

France-Tintin--Licorne.jpg


Les autres albums d'Hergé font davantage référence à l'actualité mais tous reposent sur une vraie documentation.

 

 

tintin au pays des soviets220

 


C'est notamment le cas de Tintin au pays des Soviets, le tout premier,sorti en 1929 dans les pages du Petit Vingtième  auquel collabore un certain Léon Degrelle.Le dessin est sommaire, les décors quasi inexistants; Tintin y apparaît comme une sorte de culbuto. Ce récit n'est réédité qu'en 1973; pourquoi cette parenthèse, alors que le succés des aventures de Tintin va sans cesse en crescendo ? A la fin des années 60, alors que les lecteurs demandent la réédition de cet album, Hergé se heurte aux réticences de Castermann, l'éditeur; mai 68 est passé par là: les communistes sont des héros de la liberté!

 

 

" Quand j'ai lu Tintin au pays des Soviets, j'étais un petit stalinien; tous ceux qui attaquaient l'Union soviétique étaient des Fachos qui me révoltaient!".

 

Alain Krivine.

 

 

 

URSS LENINE et STALINE 1933 Gramota-total

 

 

Certificat d'"excellence soviétique" délivré à "un très bon ouvrier", 1933.Le "paradis des Soviets" séduira en Occident des millions d'intellectuels, ouvriers, mais guère de paysans...

 

 

L'autocensure sur ce titre ne concernera pas que Casterman: les dessins animés produits par Ellipse, filiale de Canal +, et diffusés à partir de 1992, ne reprendront pas Tintin au pays des Soviets, ni même Tintin au Congo; et cette fois la préoccupation du politique incorrect est clairement affichée.

Hergé a puisé son inspiration dans le t&moignage de Joseph Douillet, ancien consul belge en Russie, qui vécut trente-cinq ans dans le pays, de 1891 à 1926. Douillet a une connaissance approfondie de la Russie d'avant la révolution bolchévique.Ses dernières années sur le territoire soviétique, il les passe en qualité de fondé de pouvoir du Haut-commissaire de la Société des Nations, le professeur Nansen (c'est la fameuse mission Nansen). A ce titre, Douillet sera l'un des rares Occidentaux à pouvoir se déplacer  en URSS, jusqu'à son expulsion, neuf mois plus tard...Hergé s'est inspiré de son témoignage, Moscou sans voiles, publié en 1928, aux éditions SPES. Certains épisodes sont d'ailleurs retranscrits à l'identique. Une scène de Tintin au pays des Soviets semble tout droit sortir tout droit de l'imagination d'Hergé: la visite d'une usine par des communistes britanniques; elle figure en fait dans le livre de Douillet: dans une usine à l'abandon, on brûle de la paille pour faire croire aux visiteurs que les hauts-fourneaux sont en marche...

par son livre, Douillet voulu montrer "l'envers et l'endroit de ce que l'on fait voir aux étrangers en URSS". Il voulait surtout répondre au fameux Rapport officiel de la Délégation des Trade Unions (syndicats britanniques) en Russie et au Caucase (librairie de l'Humanité, 1925), qui relatait le circuit d'une délégation de syndicalistes complaisants, "promenés" en Russie soviétique. Ce rapport, traduit en plusieurs langues,avait été exploité par les partis communistes occidentaux. Douillet fut témoin de tout, de la préparation de l'accueil de la délégation à l'acheminement des bottes de paille.


 

"Dans Tintin au pays des Soviets, Hergé a dit la vérité avant tout le monde, d'où le scandale".

Alain Besançon,soviétologue.

 

 



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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 17:12

LA COULEUR des SENTIMENTS

 

 

 

 

 

USA-une-scene-du-film-la-couleur-des-sentiments.jpgUSA-Couleur-sentiments-gal-drivin.jpg

 

 

The HELP!

 

 

 

USA-Affiche-la-couleur-des-sentiments-le-film-a-ne-pas-rate.jpg

Every thing's OK!?

 

 

 

 

 

Années 60; Jackson, Missippi; USA.

 

 

 

 

 

 

 

Une jeune journaliste se rend compte que les domestiques noires restent toujours victimes de discrimination raciale. Avec l'aide de deux bonnes, particulièrement courageuses, elle écrit un livre sur leur sort, qui fait l'effet d'une bombe...

 

 

  USA-Affiche-2-LA-COULEUR-DES-SENTIMENTS1.jpgLe film est fondé sur le best-seller de Kathryn Stockett. Le réalisateur Tate Taylor est ami d'enfance de l'écrivain et donc, familier de cette ville de Jackson où il a connu, à la génération de ses parents, ce genre de rapports entre maîtresses de maison blanche et leurs domestiques noires.

 

 

 

 

 


L'aspect documentaire du film, comme du livre, avant lui, est ce qui en fait l'intérêt et le prix. Il pointe les formes de ségrégation qui ont survécu, surtout dans le Missippi, Etat du Sud d'une grande démocratie, un siècle aprés l'abrogation de l'esclavage (1865).

 

A côté de multiples vexations et humiliations, d'autant plus odieuses que mesquines (les toilettes à l'extérieur pour les bonnes et les feuilles de papier hygiéniques comptées), l'aspect le plus révoltant est la persistance de la mentalité esclavagiste, qui fait que les domestiques sont regardées par les patrons comme leur propriété.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La dénonciation d'une telle injustice, certes entraîne une adhésion de bon aloi; elle se déroule dans de magnifiques décors et toutes les actrices sont superbes. En outre l'humour est au rendez-vous...

Le film emballe une vérité odieuse dans un beau spectacle hollywoodien, assez mielleux et techniquement impeccable: certes, sur le même thème de la ségrégation vécue à travers la vie de femmes , on est loin du chef-d'oeuvre "Mirages de la vie"(Imitation of life), de Douglas Sirk avec l'inimitable Lana Turner.

 

 

 

 

 

 

EVERY THING'S ALL bRIGHT! ?
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USA Couleur sentiments gal drivin
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 17:36

 

LA FIN DU RÊVE AMERICAIN AU CINEMA

 

USA 11 sept

11/09/2001

LA PUISSANCE EBRANLEE?

Après le rêve, le cauchemar, debout...

 

 

USA Etats-Unis aigle rapace

 


La fin de l’utopie a-t-elle commencée ?


-panique à Wall Street.

-échec en Irak & probablement en Afghanistan.

-basculement ethnique.

-troubles idéologiques.

 

 

USA World trade Center 03

Une histoire vraie sur "le courage & la survie"...

Les deux vertus d'une nation inquiète?

 

 

 

 



Mais, pour interpréter le présent, il faut connaître le passé, en invoquant la longue ascension de l’hyper puissance (1945-2011), ô combien ambigüe, édifiée sur le rejet de l’Europe et de sa souveraineté. Puissance aux ambitions mondiales dont les logiques sont opposées à celles de l’Eurasie, surtout depuis le réveil de la Chine et de l’Inde (2000).

Puissance qui, les faits d’actualité internationale nous le rappelle chaque jour, au nom de ses intérêts immédiats, est capable de laisser tomber du jour au lendemain ses alliés d’hier? en leur trouvant tous les défauts du monde : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Exception qui confirme cette règle : l’Etat hébreu. Mais jusqu’à quand et jusqu’où, les Américains, pour beaucoup musulmans, accepteront-ils de mourir pour des Juifs ?

Il convient aussi d’analyser la grande crise financière (automne 2008) venue des États-Unis, (comme celle du « jeudi noir » de 1929) et d’en éclairer les causes en pointant les tares d’un capitalisme de casino.

 

Marines US salut Marines au salut;

will they stay brothers everytime?

 

 

 

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Les États-Unis, gendarme du monde ?

USA Etats-Unis aigle rapace

 

 



Le bilan militaire contre « la terreur » doit, lui aussi être évalué.

L’expert qu’est Xavier Raufer offre des réponses peu optimistes. La grande puissance serait-elle au bord du déclin ? Certains signes le démontrent même s’il ne faut pas vendre les plumes de l’aigle avant de l’avoir plumé…

 

La fabrication de l’enthousiasme médiatique autour de la personne de Barack Obama constitue un épiphénomène qui ne doit pas gommer les redoutables défis que devront affronter le premier Président noir des Etats-Unis et son équipe. L’enthousiasme momentané des foules téléspectatrices est une chose, la réalité que doit affronter le nouveau président, nonobstant ses indéniables qualités et compétences, en est une autre : le gigantisme de l’hyper-puissance et son implication militaire, économique et politique, dans un monde instable -après la chute de l’URSS (1989-1991) et l’irruption du terrorisme islamique sur le sol américain (11 septembre 2001)- incontrôlable et dangereux, ont atteint un tel niveau, que toute décision entraînera des conséquences en chaîne aussi difficiles à prévoir qu’à maîtriser.

 

Les Européens nés après 1980 auront vu d’abord la ruine de l’utopie soviétique ; maintenant ils assistent aux prémices d’une déroute de l’utopie américaine. Ces deux utopies étaient pourtant jugées indépassables en leur temps. Précisons aussitôt que les échecs de l’utopie américaine en tant que telle, ne signifient pas la fin immédiate de la puissance américaine en tant que telle, ni bien entendu de l’économie de marché qui peut prendre les formes les plus diverses.

 


USA captain america plane


La puissance américaine en quelques chiffres :


Septembre 2008 : le plan Paulson de sauvetage des banques américaines se montait en principe à 700 millions de dollars. C’est l’équivalent du budget militaire américain, soit dix fois celui de la Russie et de la Chine réunies. C’est aussi un peu plus des sommes dépensées en cinq ans par les Etats-Unis pour leur guerre en Irak. Dans ce cas précis, la dépense moyenne est de dix milliards de dollars/mois. Aucune autre puissance ne peut jongler avec de tels chiffres.

 


Pourtant, cette puissance est ébranlée. Dans le sillage de la crise économique et financière, on a découvert l’état catastrophique de l’industrie automobile, symbole de l’american way of life. Ce mode de vie se révèle désormais plus que précaire. Pis, il représente, un contre-exemple de civilisation, à l’heure où les ressources naturelles de la planète s’amenuisent et que l’Occident postindustriel prend conscience enfin de l’aberration d’une société bâtie sur le gaspillage et le pillage des ressources naturelles. Les Américains continuent de vivre au-dessus de leurs moyens, mais ils découvrent le prix de leurs excès, devenant de plus en plus sensibles à leur environnement économique et écologique.

 

 

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C’est ce que les constructeurs économiques automobiles n’avaient pas prévu. A la différence de leurs collègues japonais et européens, les trois « grands », Chrysler, General Motors et Ford n’ont pas anticipé ce changement. Ils ont continué à produire des monstres, comme avant, sans prendre conscience que le monde changeait autour d’eux. Et cette imprévision les a mis en état de faillite ; scénario impensable, aux conséquences immenses pour la défense, l’informatique et l’ingénierie américaines dans leur ensemble.

 

Mais le nouvel environnement global ne se limite pas à l’économie.


Au cours des dix années qui ont précédé le krach de l’automne 2008, le monde a changé. Les Etats-Unis restent encore une très grande puissance, mais ils ne sont plus seuls. D’autres puissances ont surgi qui sont devenues des acteurs à part entière et ne cesseront de grandir : la Chine, l’Inde, le Japon, la Russie, le Brésil. Il y a par ailleurs, la nébuleuse islamique et amérindienne, de plus en plus rétives à l’encontre des Etats-Unis.

 

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BROTHERS ou le miroir brisé... S'agit-il seulement d'un film qui raconte les relations entre deux frères ou comme les films sur la guerre américaine du Vietnam, le récit de certitudes fracassées sur l'autel de la guerre impérialiste?

 

 

 

 

Dans son superbe film rendant hommage au courage ultime des passagers du vol 93, Paul Greengrass rend hommage à un peuple qui ne se résigne pas et a su, dans le passé, prouver sa capacité à rebondir pour faire vivre ses valeurs et ses convictions.
LA GUERRE CONTRE LA TERREUR
Depuis le 11 septembre 2001, quel est le bilan des ripostes américaines?
Assez maigres, semble-t-il.
Pourquoi?
USA B52 vietnam2
Contre les terroristes, ce genre d'armement est devenu brusquement obsolète.
Les nouvelles ne cessent d'être inquiétantes: donnés pour quasi-anéantis voila quelques années, les Talibans sont aux portes de peshawar (Pakistan).
Les mêmes lancent toujours plus fréquemment des raids à proximité de Kaboul (Afghanistan).
Dans cette mosaïque de tribus en guerre qui fut jadis la Somalie, les islamistes contrôlent désormais la plus grande partie du pays; c'est le président somalien, sagement réfugié au Kenya qui l'affirme.
En Irak, la guerre High Tech a provoqué un désastre que l'état-major américain de Bagdad n'a corrigé, en partie, qu'en utilisant les bonnes vielles méthodes de Bataille d'Alger, en faisant appel à des conseillers, vétérans français de la guerre d'Algérie...
Sur le front du terrorisme, selon les statistiques officielles américaines, quatre ans  (2004-2007) d'une guerre en irak censée liquider un épicentre terroriste, ont vu les attentats jihadis augmenter dans le monde de...600%.
Mais il y a pire encore; le pire c'est l'échec, dans un monde où les distinctions jadis claires entre terrorisme et crime organisé, s'estompent toujours plus,dans un monde où "la sécurité globale" est gravement affectée, de "la guerre à la drogue"...
Pour les États-Unis, le plus préoccupant , c'est bien sûr la cocaïne et l'Amérique latine.
Or, en sept ans d'un "plan cocaïne" ayant coûté  6 milliards de dollars à l'oncle Sam, et censé réduire  "de 50% la culture, la fabrication et la distribution de stupéfiants" dans ce pays, voilà où nous en sommes:
-Production de cocaïne pure en amérique latine (Colombie, Pérou, Bolivie):
2000: 770 tonnes
2007: 865 tonnes
-Production livrée d'Amérique du Sud en Amérique du Nord (principalement aux Etats-Unis:
2000: 460 tonnes
2007: 620 tonnes (United States General Accounting Office, GAO. "Plan Colombia: drug reduction goals were not fully met, but security has improved", october 2008).

Pourquoi ces échecs?
A cela, deux raisons  qui prévalent et se soutiennent: myopie et corruption abusives aux plus hauts sommets des instances.

-Dans un monde désormais instable, les évolutions sont brutales et les mutations, fréquentes. L'ère de l'ennemi lourd et stable, donc identifié, est révolue. Qui, au Japon, avait repéré la secte Aum Shinrikyo, avant l'attentat au gaz sarin du métro de Tokio?
Qui, aux Etats-Unis, connaissait les illuminés issus des "Branch Davidians" avant les 170 morts d'Oklahoma City?
Qui, savait le sens du mot Salafya avant les attentats de Nairobi et Dar-es-Salaam en août 1988?
Qui, en Afrique, connaissait les milices Janjawid avant les massacres du Darfour?
Dans ce monde, il faut donc prévoir, détecter précocement signaux faibles et "ruptures d'ambiance". Qui ne l'a pas compris se condamne d'avance à la pénible posture du gardien de but lors d'un tir de penalty. Or, le décèlement est une discipline purement conceptuelle, à base d'expertise, que des ordinateurs, si perfectionnés soient-ils, ne sauront maîtriser de sitôt.
Et dans ce domaine, les Etats-Unis peinent étrangement.
 
Immergés dans une culture marketing & management, les élites américaines peinent à prévoir les coups.Sauf au cinéma...

Largement immergées dans une culture commerciale, marketing et management, ses élites tendent à concevoir des protocoles et techniques immédiatement efficaces dans le monde matériel. Ainsi, les échecs subis par l'Amérique, qui excelle dans le champ technologique et le militaire conventionnel, relèvent plutôt de l'amont, de la conception, de l'intelligence effective du chaos mondial. Et heureusement que dans ce type de compétences, leur allié des Services secrets israëliens, sont là pour l' aider.
USA-affiche_Etat_d_urgence_1997.jpg
Le cinéma américain, à travers ses scénarios catastrophes, est l'exutoire de toutes les peurs d'une société civile occidentale de plus en plus angoissée par les menaces qui planent sur elle; heureusement le super-héros est là pour sauver in extremis le monde libre...

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Comment combattre le terrorisme tout en sauvegardant des institutions démocratiques?

Couvre-feu ou Le Siège (titre Français au Canada) (The Siege) est un film américain réalisé par E.Zwick, sorti en 1998.


Trois agents des services secrets américains concurrents veulent enquêter et démanteler un réseau de cellules terroristes semant le trouble dans New York pendant que celles-ci prennent de plus en plus d'ampleur et deviennent de plus en plus dangereuses.

 



 

  • Le film s'inspire de l'attentat d'Oklahoma City.
  • En 1998, le réalisateur Edward Zwick fut accusé de racisme envers les musulmans. L'internement massif des jeunes arabes de Brooklyn décrit dans le film est un des éléments controversés. De même, la manière dont les arabes sont présentés dans le scénario a été jugée (en particulier par l'American-Arab Anti-Discrimination Committee) comme insultante et injurieuse : « Chaque fois qu'un arabe accomplit le rituel de se laver les mains avant la prière, cette image annonce au spectateur qu'il va y avoir de la violence ». Ce à quoi le réalisateur répondit que « certains « méchants » dans le film étaient membres du gouvernement des États-Unis » et « un film n'est pas toujours fait pour divertir les spectateurs mais aussi pour les faire réfléchir ».
  • D'après CNN, un certain nombre d'américains auraient payé leur place uniquement pour voir la bande annonce de Star Wars : épisode I - La Menace fantôme projetée en avant première, pour ensuite ressortir de la salle sans même voir le film.
  • La réaction des autorités telle que décrite dans le film ressemble à celles qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001.

 

 

 

 

 

Le territoire des Etats-Unis de plus en plus exposé?
Qui sont les vrais coupables?

 

 

 

"Compliance" & "due diligence"

Or, en matière de sécurité, les Etats-Unis ont brutalement imposé au monde -excepté les Israëliens- deux concepts erronés, supposés réguler et protéger la société civile internationale, de plus en plus angoissée; et aussi paralyser la circulation de ce vital "nerf de la guerre", qu'est l'argent criminel et terroriste.
"Due diligence": ce concept impose à toute structure de s'informer au plus vite et par tout moyen légal, sur ses nouveauxemployés, clients ou associés, pour acquérir la certitude raisonnable que ces entités ou individus ne sont ni corrompus, ni criminels, ni terroristes.
"Compliance": c'est se plier, se soumettre à des lois et règles visant à gêner, voire prohiber, la circulation d'argent criminel et/ou terroriste. Depuis "9/11", "compliance" est devenu le cauchemar du système financier global, sans pour autant éviter qu'il ne s'effondre.
Ces concepts enjoignent au monde d'appliquer des "solutions efficaces" aux Etats-Unis, mais faisant fi des écarts énormes entre civilisations et cultures; ignorant qu'à Peshawar tout ne se passe pas comme à Peoria (Illinois).
Du fait qu'elles sont d'une portée supposée universelle, ces "solutions efficaces" relèvent forcément du symptomatique et se condamne à ignorer l'étiologique (étiologie: étude de ce qui cause les maladies). Cela revient à cette personne atteinte d'urticaire, qui se grattant furieusement, s'enduit d'une pommade, sans s'inquiéter de savoir s' il existerait une allergie sous-jacente aux fraises.
USA irak-tempetedudesert masquesOpération "Tempête du désert" ou "tempête dans un puit de pétrole"? 

Second défaut de conception du système "compliance" + "due diligence": rien n'y concerne les fragilités intrinsèques de notre société de "l'information" et d'abord celles que provoque la mondialisation, élément pourtant décisif du diagnostic à effectuer face à toute menace.
Emanant d'une vision ethnocentrique du monde, le système américain induit en aval une pratique cosmétique, et réactive de la sécurité.
Plus grave encore, ce système réactif s'informe et vérifie dans le passé. Il s'intéresse aux précédents, règles et normes; il ignore le nouveau, l'avenir... Compilant a posteriori des listes officielles et collectant des nouvelles "ouvertes" dont la plupart ne sont plus "fraîches", ce système ouvre finalement peu de perspectives.
Bâti à l'aide de théories critiquables, le socle du système "compliance" +"due diligence" est indéniablement fragile. Evaluer, comme il le fait, les menaces après coup, n'offre qu'une idée rétrospective du danger, et ainsi, qu'une fausse sensation de maîtrise du problème. Partant de là, comme nous le soulignions plus haut, pas d'anticipation, pas de pré-vision possibles...

 

USA-Affiche-next.jpg

 

Pour les pré-visions, heureusement, il y a Nicolas Cage...

 

 

 

 

 

Next est un film thriller américain réalisé par Lee Tamahori, sorti le 25 avril 07. C'est une adaptation très libre d'une nouvelle de Philip K. Dick datée de 1954 intitulée L'homme doré.

On y retrouve également de nombreuses références à Stanley Kubrik : Docteur Folamour est diffusé sur une télévision, le héros est attaché à une chaise, les yeux écartelés afin de visionner une scène de violence (on aperçoit d'ailleurs rapidement un scientifique lui mettant des gouttes) comme dans Orange mécanique.

À plusieurs reprises le héros implore la possibilité du libre arbitre, de faire le bien ou le mal selon son choix, thème récurrent chez Kubrick.

 

Cris Johnson (Nicolas Cage) est un prestidigidateur qui, sous le pseudonyme de Frank Cadillac, travaille dans une boîte miteuse de Las Vegas.

Pour arrondir les fins de mois, il va également jouer dans les casinos de la ville où il n'affronte que la banque et jamais les autres joueurs. Cris Johnson est en effet un tricheur qui possède le don de voir l'avenir deux minutes à l'avance et de gagner ainsi à coup sûr.

Une vision trouble toutefois Cris Johnson, celle d'une belle jeune femme (Jessica Biel) qui lui apparaît bien au-delà des deux minutes habituelles. Par ailleurs, le FBI qui a repéré les dons particuliers de Cris souhaite s’assurer sa collaboration pour traquer une équipe de terroristes ayant pour but de faire exploser une bombe atomique en Californie. L'agent Callie Ferris (Julianne Moore) décide de contacter Cris pour le convaincre de travailler pour eux.

 

 

 

 

 

 

Des cerveaux & des hommes.

Le système "compliance"+ "due diligence" a été pour l'essentiel conçu, et est appliqué par des diplomates, magistrats, policiers et officiers de Renseignements américains; ce vivier fournit à son tour le personnel des services de sécurité, d'audit et de "compliance" du monde anglo-saxon et de ses prestataires extérieurs: cabinets de consultants et société de sécurité privées.
Ce vaste et informel "old boys network" influence et imprègne lui-même la culture "sécuritaire" en Europe, au Moyen-Orient et en Asie: ainsi, ses théories et son vocabulaire sont désormais adoptés presque partout.
Or, les concepteurs de "compliance" + "due dligence" dans sa version post -9/11 possèdent relativement bien l'échiquier national américain et sont à l'aise face à des risques étalonnés et connus, mais leurs capacités de réflexion et d'action sur les théâtres extérieurs sont plutôt dangereusement limitées, voire quasiment nulles, dès qu'il s'agit d'entités nouvelles, mutantes ou hybrides.

Pour l'essentiel, ce sont en effet ces mêmes cerveaux qui ont conçu une " guerre à la drogue" considérée par les experts sérieux (y compris, en privé, par les Américains eux-mêmes) comme un échec, n'ayant pu en 38 ans ralentir le flot de cocaïne inondant l'Amérique du Nord. Ne parlons même pas de l'arrêter...
Depuis l'été 1998 et les deux premiers grands attentats salafi-jihadi anti-américains, les mêmes ont encore conçu et mènent la "guerre à la terreur" . Or, ces officiels n'ont su prévoir les attentats du 11 septembre et depuis lors, les coups, certes terribles, portés à posteriori à la nébuleuse islamiste ne l'ont pas mise hors de combat et n'ont, à ce jour, pas permis l'arrestation de la myriade de leurs principaux chefs qui poursuivent leurs plans de destabilisations meurtriers post Ben Laden.
Ainsi donc, face aux dangers réels issus du monde vrai, l'exécutif américain devra trouver rapidement, en lui-même, les ressources d'une urgente révolution culturelle, en se sevrant d'abord de l'addiction technologique et surtout, en amont du militaire et du technique, apprendre à déceler à temps, les dangers du chaos mondial.
Y parviendra-t-il?
(d'aprés un article paru dans la NRH n° 40,de Xavier Raufer, directeur des études au Département de Recherche sur les Menaces criminelles contemporaines, Université paris II- Panthéon-Assas.
X.Raufer a récemment publié la Criminalité organisée dans le chaos mondial: Mafias, Triades, Cartels, Clans; éditions des Riaux, 2007 et Atlas de l'Islam radical, CNRS éd., 2007).
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"Je me méfie plutôt de mes "amis"; quant à mes ennemis, je m'en occupe..."
Proverbe chinois

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Le Royaume (The Kingdom) est un film américano-allemand réalisé par Peter Berg, sorti en 2007.

 

Quatre agents du F.B.I. débarquent à Riyad, en Arabie Saoudite pour retrouver le responsable de deux attentats contre des ressortissants américains. Dans leurs tâches, ils seront aidés d'un policier saoudien.

 


À Riyad, en Arabie saoudite, lors d'un match de softball, un quartier résidentiel peuplée notamment d'Américains et de leur famille est la cible d'une attaque de terroristes, dont certains se sont fait passer pour des policiers saoudiens. L'attentat a fait plusieurs blessés, mais il s'agit d'un piège pour attirer les autorités américaines en faisant exploser une bombe causant beaucoup de dégâts et plus de 100 morts et 200 blessés. Parmi les victimes, Francis Manner, agent du F.B.I. en poste sur place. Ce dernier était le meilleur ami et collègue de Ronald Fleury, agent fédéral, mais également de la spécialiste en médecine légale de l'agence, Janet Mayes.

En raison de ses excellentes relations avec le royaume du Moyen-Orient, le gouvernement des États-Unis, dont certains ressortissants figurent sur la liste des victimes, hésite à bouger : le Département de la Justice et le Département d'État entravant l'enquête. Qu'à cela ne tienne, Fleury parvient à se rendre sur place après de difficiles tractions et constitue une petite équipe afin de traquer les auteurs de l'attentat ; elle comprend Mayes, mais aussi l'expert en démolition Grant Sykes et l'analyste Adam Leavitt.

À leur arrivée à Riyad, les enquêteurs américains sont accueillis par le colonel Faris Al Ghazi, responsable de l'enquête sur cette tragédie, avec lequel ils vont collaborer. Mais ils comprennent qu'il ne gère pas l'affaire et que leurs homologues saoudiens sont peu enclins à coopérer, les cantonnant à un simple rôle d'observateur.

Mais grâce au professionnalisme d'Al Ghazi, devenu leur interlocuteur et avec lequel une complicité amicale commence à naître, Fleury parvient à gagner la confiance des Saoudiens et réussit à démarrer véritablement cette enquête.

Les agents et Al Ghazi, accompagnés d'un subalterne, Haytham, remontent jusqu'au terroriste Abu Hamza, mais l'enquête est au point mort, lorsque Leavitt est enlevé par des terroristes. Au cours d'une course-poursuite dans les rues de la ville, ses coéquipiers réussissent à retrouver la trace des criminels, à secourir Leavitt et à découvrir la cachette d'Abu Hamza. Le chef terroriste est tué, mais Al Ghazi est gravement blessé au cours de la mission et meurt dans les bras de Fleury. De retour aux États-Unis, Fleury et son équipe sont félicités par leur patron.

Plus tard, le petit-fils d’Abu Hamza se souvient que son grand-père lui a demandé de le venger et de les tuer tous. C’est aussi ce que Fleury avait promis à Janet après la mort de Manner, lorsqu'il avait chuchoté à son oreille lors d'un briefing.


Peter Berg eu l'idée du film une dizaine d'années auparavant, à la suite à l'attentat des tours de Khobar, en Arabie Saoudite, survenu le 25 juin 1996 : la branche armée locale du Hezbollah fit exploser devant les tours un camion plein de fioul, provoquant la mort de dix-neuf américains et en blessant 372 personnes.

« Cet acte terroriste constitua l'une des attaques antiaméricaines les plus violentes jamais perpétrées dans la région. Il porta aussi un coup très dur aux Saoudiens, et amena le FBI à collaborer, pour la première fois, avec les autorités locales en vue d'identifier les coupables. L'enquête se révéla délicate et laborieuse. J'ai pensé qu'il serait fascinant d'illustrer cette rencontre entre Américains et Arabes, de montrer les efforts de rapprochements de deux cultures sui ont un intérêt commun à lutter contre l'extrémisme religieux et ses violences »

— Peter Berg, réalisateur du film.

 

 

 

C'est durant le tournage de Miami Vice : Deux flics à Miami, réalisé par Michael Mann, que Jamie Foxx reçut le scénario du Royaume par ce dernier, qui est le producteur du film, auquel l'acteur accrocha immédiatement au personnage de l'agent fédéral Ronald Fleury.

« Fleury se faisait une idée assez abstraite de la lutte antiterroriste, mais depuis la mort de son vieil ami, il se sent personnellement impliqué dans ce combat qu'il est bien décidé à mener à terme. »

— Jamie Foxx, interprète de Ronald Fleury.

De plus, Mann ajoute que Foxx « a le don de s'investir totalement dans des personnages de styles très divers » et qu'il lui « paraît on ne peut plus crédible en homme du FBI, de par l'intensité et le sérieux qu'il dégage», avis partagé par l'autre producteur du film, Scott Stuber, avec lequel il avait travaillé avec l'acteur sur Ray, Jarhead et Miami Vice, qui est convaincu qu'il est l'homme de la situation, il le pressa d'accepter de l'incarner.

Pour incarner le seul personnage principal féminin du groupe, Janet Mayes, le réalisateur Peter Berg choisit de confier le rôle à Jennifer Garner, amie de longue date ayant joués dans quelques épisodes de la série Alias, dans lequel elle tenait le rôle principal (ce dernier avait également tourné avec le mari de l'actrice, Ben Affleck, dans Mi$e à prix). Cette dernière fut fascinée et terrifié par le script et s'immergea rapidement dans l'univers de son personnage, expert en linguistique formée aux méthodes de la police scientifique. Elle ajoute concernant Janet :

« L'un de ses meilleures amis de Quantico, Fran Manners, est mort dans l'attentat, et Janet ne supporterait pas d'être écartée de l'enquête pour de vagues raisons diplomatiques. »

— Jennifer Garner, interprète de Janet Mayes.

Le rôle de Sykes, expert en démolitions et le vétéran de l'équipe, est confié à l'acteur Chris Cooper, qui ne fut pas seulement séduit par l'aspect thriller politique, mais par « les informations solides qu'il nous livre sur les relations des États-Unis et de l'Arabie Saoudite.  »

« Lorsque je tombe sur un projet aussi actuel et informatif, je n'ai qu'une envie : y apporter ma pierre. »

— Chris Cooper, interprète de Grant Sykes.

Le personnage de l'analyste Adam Levitt, spécialiste du renseignement auquel le scénariste a prêté l'humour narquois d'un ami de Washington, est confié à l'acteur Jason Bateman, davantage connu pour ses rôles humoristiques (Dodgeball ! Même pas mal !, Arrested Development) et qui avait donné la réplique à Peter Berg dans Mi$e à prix.

« "Le script est suffisamment riche pour laisser chacun libre d'interpréter à sa guise son message politique [...] Pour moi, ce film souligne avant tout la futilité de la vengeance. Par ailleurs il regorge d'intrigues et de dangers, le tout traité de façon très excitante sur le mode d'un super film d'action. »

— Jason Bateman, interprète d'Adam Levitt.

Parmi les autres rôles, ceux des policiers saoudiens Al-Ghazi et Haytham, qui aident l'équipe, ils sont confiés respectivement aux acteurs Ashraf Barhom (en) et Ali Suliman (en), vus dans le long-métrage Paradise Now, sur le terrorisme palestinien.

Le tournage du Royaume débuta le 10 juillet 2006, dans la région de Phoenix, en Arizona, où l'équipe travailla une dizaine de semaines. Outre Sun Valley, les principaux extérieurs américains furent réalisés à Mesa, sur le campus de l'Université Polytechnique d'Arizona ainsi qu'au Ministère de la Justice et au mémorial de la Deuxième Guerre de Washington, D.C..

Les scènes de désert furent tournées en Arizona :

« Nous devions trouver un endroit aux Etats-Unis qui reflète le plus fidèlement possible le désert d'Arabie Saoudite. Et vous n'avez que deux options : soit la région du Sud-Ouest, c'est-à-dire l'Arizona, soit la Californie. La topographie des alentours de Phoenix, la texture de son désert était selon nous le plus proche et précis possible du désert d'Arabie Saoudite. »

— Scott Stuber (en), producteur du film.

Mais le tournage est émaillé par un accident : à Mesa, Peter Berg est impliqué dans un accident entraînant la mort de l’accessoiriste Nick Papac. Le SUV qu'il conduisait à percuté le quad conduit pat Papac, qui décèdera trois heures plus tard. Le tournage a repris un jour après l'accident.

Le film fut également tourné à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis durant deux semaines à la mi-septembre[4] et également à l'Emirates Palace, hotel de luxe de la ville d'Abou Dabi . Soucieuse de ne pas heurter la population locale, la production a fait distribuer à l'ensemble des acteurs et des techniciens un mémo de dix-sept pages, fournissant de précieuses indications en matière de protocole, de comportements, d'habillement, de respect des traditions et des coutumes locales.

 

 

 

 

 

 

USA 11 sept

Professeur Fukuyama, les attentats du 11 septembre 2001 hantent-ils toujours les Etats-Unis ?

Francis Fukuyama : Les attaques ont marqué le début de la fin de l'hégémonie des Etats-Unis sur le monde de l'après-guerre froide. Lorsque George W. Bush entra à la Maison Blanche quelques mois avant les attentats, rien ne semblait pouvoir entraver la puissance de l'Amérique. En politique étrangère, elle n'avait aucun rival sérieux. La bulle Internet venait à peine d'éclater et ne semblait pas devoir perturber durablement l'économie américaine qui sortait d'une décennie de croissance exceptionnelle marquée par de formidables innovations technologiques. Le Y2K, le bogue de l'an 2000, n'avait pas eu lieu et son unique conséquence, positive, fut le remplacement des vieux ordinateurs par de nouvelles machines.

Les attaques du 11 septembre 2001 ont porté un coup d'arrêt dramatique à cette période. Elles ont ouvert une décennie catastrophique pour l'Amérique, sur tous les plans : diplomatique, militaire et économique. La guerre en Irak a montré que l'Amérique n'avait pas les moyens de régler unilatéralement les problèmes du Moyen-Orient. L'Amérique a inconsidérément usé de son "hard power" et sous-estimé les difficultés financières que pouvaient engendrer ses actions militaires ainsi que la montée d'un très fort anti-américanisme dans le monde entier. Economiquement, non seulement les rivaux des Etats-Unis se sont considérablement renforcés ces dernières années mais le modèle américain néo-libéral est officiellement en crise depuis 2008.

L'Amérique est devenue vulnérable depuis le 11-Septembre ?

Depuis dix ans, elle a perdu de sa superbe. Ses choix de politique étrangère et de politique économique se sont révélés erronés. Le modèle de croissance américain s'est avéré très fragile et les attaques terroristes ont servi de révélateur à la vulnérabilité du pays. Cependant, le malaise américain ne remonte pas au 11 septembre 2001. Il date d'au moins un quart de siècle, depuis que le pays a commencé à vivre au-dessus de ses moyens. Depuis une génération, les Américains vivent à crédit grâce à un dollar faible et parce que les autres nations ont accepté de leur prêter de l'argent.

Quelles traces ont laissées les attaques dans la psyché des Américains ?

Une certaine islamophobie s'est développée au sein d'une partie de la droite américaine. C'est un sentiment latent chez certains Américains qui peut aisément être exploité par les politiciens car le thème demeure mobilisateur. Plus généralement, je dirais qu'à présent que les Etats-Unis retirent leurs troupes d'Irak et d'Afghanistan, deux guerres en relation directe avec les attentats du 11-Septembre, cette date va devenir au fil des ans un jour de commémoration des victimes américaines et plus encore de l'Amérique comme victime. Mais dans la psyché américaine contemporaine, il me semble que la peur du terrorisme, très présente au cours des années qui ont suivi les attaques, a cédé la place à des préoccupations plus terre à terre et plus tangibles : le chômage, le déficit, la précarité de l'économie et des finances de chaque foyer et du pays tout entier.

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, vous avez écrit un article fameux – puis un livre – sur "la fin de l'histoire", à savoir le couronnement a priori définitif de la démocratie libérale de marché après la chute des régimes communistes. L'histoire s'est-elle remise en marche depuis les attaques du 11 septembre 2001 ? N'avez-vous pas péché par optimisme ?

Je ne le crois pas : aujourd'hui comme il y a vingt ans, il n'y a pas meilleur modèle d'organisation politique que la démocratie libérale dans le cadre d'une économie de marché. Personne n'a envie de copier les modèles d'organisation politique iranien ou afghan. Le modèle chinois, dynamique économiquement, pourrait constituer une alternative mais politiquement, je ne pense pas qu'on puisse imiter ce système, fruit d'une histoire plurimillénaire. Par conséquent, je considère toujours qu'il n'y a pas d'alternative à la démocratie libérale de marché. Néanmoins, le plus grand défi n'est pas de proclamer la démocratie mais de constituer des institutions démocratiques pouvant fonctionner sur le long terme. Or, au fil du temps, le bon agencement des institutions peut s'enrayer et paralyser une démocratie.

C'est le cas des Etats-Unis aujourd'hui ?

Je le crains. Au-delà de la crise économique actuelle ou d'une éventuelle nouvelle attaque terroriste, je crois que l'Amérique traverse une crise de gouvernance très grave. Le gouvernement est censé fonctionner grâce au système des "checks and balances" (des contrôles et contrepoids), or, aujourd'hui, les contrepoids sont trop nombreux et trop puissants. Aussi, le pouvoir est morcelé, le gouvernement ne peut plus agir, le pays est paralysé et la démocratie balbutie.

Pour quelles raisons ?

A cause de la polarisation extrême de la classe politique américaine, polarisation considérablement renforcée ces dernières années par la blogosphère et la montée en puissance des chaînes du câble partisanes comme Fox News. L'incivilité augmente ainsi que la pression sur les élus au point que la classe politique américaine est plus divisée que jamais, dans un climat proche de l'hystérie. De fait, elle n'est pas à la hauteur des défis actuels du pays. C'est sans doute l'élément le plus inquiétant de la crise actuelle.

La population ressent-elle les choses ainsi ?

Les Américains ont conscience de leur fragilité. Ils perçoivent que la reprise est très lente, que le chômage demeure fort, que l'économie stagnera ces prochaines années, d'autant que le marché immobilier se porte toujours mal et qu'il faudra au moins dix ans encore avant qu'il ne retrouve ses niveaux d'avant la crise. Beaucoup de gens ont perdu leur maison, beaucoup s'inquiètent pour leur retraite et constatent la baisse de leur niveau de vie, une précarité grandissante, notamment parmi la génération des baby-boomers. Ils ont perdu leurs illusions. Et pendant ce temps-là, les politiciens se disputent à Washington et les banquiers engrangent à nouveau des fortunes ! Tout cela alimente le pessimisme…

Le pessimisme ou la colère, notamment chez les partisans des Tea Party ?

Les deux. Les Américains se sentent floués par leurs élites de Washington et de Wall Street qui n'ont jamais été si mal perçues dans l'opinion publique. Les institutions sont bloquées. Elles n'ont pas seulement échoué à prévenir puis à enrayer la crise. Elles étaient directement impliquées dans la bulle financière et dans la crise qui a suivi son éclatement. Les institutions ont laissé faire et certains à leur tête se sont même considérablement enrichis sur le dos de l'Américain moyen. Puis elles ont renfloué les responsables de la catastrophe financière. Le populisme et la colère croissent, non seulement parce que le chômage ne baisse pas mais parce qu'un sentiment d'impuissance et d'abandon gagne une majorité de la population.

Diriez-vous que, dix ans après les attaques du 11-Septembre, les Américains considèrent que leur pays n'est plus exceptionnel ?

Je ne le crois pas. Ils sont toujours persuadés d'appartenir à une nation exceptionnelle, détentrice d'une mission universelle. "L'exceptionnalisme" américain ne signifie pas un taux de croissance remarquable ou un niveau de richesse plus élevé que celui des autres pays. Il est plus lié à nos institutions, au niveau de liberté dont tous les citoyens devraient bénéficier et aux possibilités offertes à chacun dans ce pays. Seulement, les Américains ont le sentiment que les élites ont fait main basse sur "l'exceptionnalisme" de leur nation.

En filigrane de notre conversation transparaît l'échec de la présidence de Barack Obama. A vous écouter, il ne serait pas parvenu à rassurer les Américains…

L'élection de Barack Obama fut le fruit de circonstances particulières, notamment de la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers à quelques semaines de l'élection présidentielle et du dégoût de l'électorat centriste pour George W. Bush et les républicains. Cependant, son élection n'a pas ouvert une nouvelle ère de domination démocrate, elle n'a pas constitué une élection de réalignement, c'est-à-dire une période où, pendant une génération, un parti domine la scène politique comme les démocrates après l'élection de Roosevelt en 1932.

Or je crois qu'Obama et son entourage ont interprété son élection ainsi, d'autant qu'elle a eu lieu dans des circonstances assez proches de celles de l'avènement de Roosevelt. C'était une erreur de croire que le conservatisme américain était mort pour longtemps après les errements des deux présidences Bush parachevées par la pire crise financière depuis la Grande Dépression. En réalité, les Américains ont d'abord voté contre les républicains en 2008. Ils n'ont pas voté pour un programme de gauche. Or Obama a cru qu'il disposait d'un tel mandat et qu'il avait du temps devant lui : au lieu de se concentrer sur la crise financière et le chômage, il a lancé sa grande réforme de l'assurance maladie. Immédiatement après, dès le début de sa présidence en fait, ses ennuis ont commencé.

Vous aussi êtes déçu de sa présidence jusqu'à présent ?

Oui ! Il n'a pas fait preuve d'un grand leadership, notamment à l'occasion des deux actions les plus importantes de son mandat : sa politique de relance et sa réforme du système de santé. Il a donné trop de latitude et de pouvoir au Congrès et n'a pas assez porté personnellement ses deux réformes : il n'en fut pas le moteur. Pour sa politique de relance, il n'aurait jamais dû confier tant de responsabilités à Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants de l'époque. Fondamentalement, je ne le trouve pas très bon politique. Il est beaucoup moins charismatique à la Maison Blanche que lorsqu'il était candidat.

Il a aussi commis des erreurs : il a attendu deux ans et demi pour rencontrer en tête-à-tête John Boehner, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, devenu son président depuis les élections de novembre dernier. Ronald Reagan l'aurait fait ! Bill Clinton aussi. A la différence de ses deux prédécesseurs, Obama est trop froid, trop intellectuel et trop réfléchi. De par son éducation élitiste, à Columbia et à Harvard, et son enfance à Hawaï, à la marge du pays, il semble déconnecté de la société, des petites villes du Middle West par exemple. Il ne comprend pas les gens des Tea Party, ils lui sont étrangers. Bill Clinton avait étudié à Georgetown mais était ensuite retourné en Arkansas. Il était plus attentif à l'Amérique profonde car il la connaissait mieux.

Vous n'êtes pas tendre avec le président Obama…

En effet. Plus fondamentalement, je lui reproche d'avoir raté une chance historique : la réforme de l'industrie financière. En 2009, les démocrates contrôlaient les deux Chambres du Congrès et les Américains auraient suivi Obama dans le sillage de son élection et de la crise financière. L'arrogance des Etats-Unis de l'après-guerre froide a été incarnée dans les années 1990 par Larry Summers, chantre – avec Robert Rubin – de la dérégulation financière sous Bill Clinton, puis dans les années post-11-Septembre par Paul Wolfowitz, le théoricien néo-conservateur et cerveau de la guerre en Irak. Wolfowitz a été puni par l'histoire mais Summers a été choisi par Obama pour diriger son conseil économique national jusqu'à son départ en novembre 2010 ! Or Larry Summers, lorsqu'il était secrétaire au Trésor à la fin des années 1990, a fait adopter le Gramm-Leach-Bliley Act qui mit fin aux principales mesures de la législation Class-Steagall Act du New Deal qui séparait les activités de banques commerciales et d'investissements. C'est lui aussi qui a présidé à la libéralisation du marché des contrats dérivés. Et c'est par ces deux biais que la crise financière est arrivée.

Pourquoi Obama a-t-il choisi Summers ?

Je ne sais pas. Larry Summers a une aura de gourou et il a longtemps présenté l'économie comme une science vaudou, c'est-à-dire non rationnelle. Il faut être culotté et très sûr de soi pour affirmer à quelqu'un d'aussi intelligent et roué que Summers que sa vision de la finance est fausse. Par ailleurs, Thimothy Geithner, le secrétaire au Trésor, était aussi un protégé de Larry Summers dans l'administration Clinton. Il présidait la Réserve fédérale (Fed) de New York lorsque la crise a éclaté. Or la Fed de New York est historiquement très proche de Wall Street. En somme, pour sauver l'économie américaine et réformer son système financier, Obama a choisi deux hommes adorés par Wall Street et impliqués dans les réformes et la politique qui ont permis ses abus puis provoqué sa chute.

Comment expliquez-vous alors que Barack Obama soit traité de socialiste et même de marxiste ou de communiste par ses détracteurs de droite ?

C'est paradoxal en effet mais l'opposition est stupide et opportuniste. Pour disqualifier Obama, elle est prête à lui reprocher tout et son contraire. Pourtant Geithner et Summers n'ont jamais songé à revenir au Class-Steagall Act ! Ils ont préféré assumer les pertes de l'assureur AIG afin qu'il puisse payer ses créanciers. Pourquoi le gouvernement a-t-il fait cela ? Ses créanciers étaient Goldmann Sachs et d'autres investisseurs du même type. Il eut été sensé de leur dire : "Ecoutez les gars, vous avez acheté ces créances douteuses et risquées alors assumez !" S'il avait démantelé les grands conglomérats financiers "trop gros pour disparaître", Obama aurait au moins fait taire certains de ses détracteurs qui accusent son département du Trésor d'être trop favorable à Wall Street. Mais je crois que son administration ne voulait pas le faire.

Wall Street est intouchable ?

Il y a la nouvelle législation Dodd-Frank qui prévoit notamment une meilleure protection des consommateurs de crédit mais au fil des mois ses prérogatives et ses moyens sont rognés. Wall Street a constitué un lobby très efficace et très bien organisé. Le secteur financier en a les moyens : 1 % de la population détient 24 % des richesses nationales – contre 7 % en 1970 – et parmi ce 1 %, à l'exception de quelques génies de la Sillicon Valley, beaucoup appartiennent au monde de la finance. Mais plus globalement, qu'il s'agisse des syndicats, des médecins ou des agriculteurs, toutes les corporations disposent quasiment d'un droit de veto sur les législations les concernant et toutes font prévaloir leurs seuls intérêts. C'est l'une des raisons pour laquelle le système politique américain ne fonctionne plus correctement.

Je vous sens inquiet, presque désemparé. Vous êtes à ce point pessimiste quant à l'avenir des Etats-Unis ?

Si vous ne soignez pas une maladie, elle empire et quand elle se manifeste une seconde fois, ses effets sont plus dramatiques encore. Jusqu'à ce que le patient n'en puisse plus et décide de se traiter s'il n'est pas trop tard. Je pensais que la crise de 2008 aurait un impact favorable sur les républicains et qu'ils changeraient d'opinion quant à la nécessité de mieux réguler le marché financier et encadrer ses risques. Or les républicains sont plus fondamentalistes que jamais ! Pour quelles raisons ? F.F. | Il faut croire que la crise n'a pas été assez sérieuse à leurs yeux. L'action du gouvernement américain et des autres nations a empêché une nouvelle grande dépression. Alors, les choses peuvent continuer comme avant. Mais je pense au contraire que nous nous enfonçons dans un marasme de plus en plus profond. Peut-être faudra-t-il une nouvelle crise, extérieure cette fois, comme le crash du dollar, ou une autre récession pour que les choses changent. Et encore, ce n'est pas sûr : le Japon est en crise depuis vingt ans mais faute de leadership et de volonté politique, il n'en est jamais véritablement sorti.

PARCOURS

1952 : Francis Fukuyama naît le 27 octobre à Chicago (Illinois).

1992 : Parution de La Fin de l'histoire et le dernier homme.

2004 : Il intègre le Conseil présidentiel de bioéthique.

2005 : Il est professeur d'économie politique internationale à l'université Johns Hopkins de Washington.

2010 : Il rejoint l'Institut Freeman Spogli pour les études internationales.

 

La Une du "Monde Magazine" daté du 10 septembre 2011.DR

Propos recueillis par Olivier Guez

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 07:59

 

France the artist

 

 

The Artist

 

Hollywood, 1927.

Nous sommes à la veille de la révolution du cinéma parlant ; George Valentin est un acteur du muet, en pleine gloire.

L’arrivée du parlant va brusquement le faire sombrer dans l’oubli : il devient un « has been », alors qu’une simple figurante, Peppy Miller, devient une grande star.

 

 

 

 

 

 

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L'histoire de l'ascension de Peppy est un peu celle du film.

Projet d'abord "invendable" de Michel Hazanavicius-un film muet en noir & blanc-, il a trouvé un producteur audacieux, qui lui a assuré un tournage à Hollywood même, puis, écarté de la compétition à Cannes, y a finalement été admis, jusqu'à se hisser au palmarès, avec le prix d'interprétation décerné à notre Jean Dujardin national, désormais un des représentants du cinéma français à l'étranger.

 

 

 

 

 


Cette réussite critique a toute chance de se reproduire face au public, car Hazanavicius a tenu son pari: faire un film de cinéphiles, par son sujet comme par ses moyens techniques, qui plaise au grand public. Le défi était de taille: faire un film sur les films hollywoodiens des années 20, du même aspect que ceux-ci, en attirant le même public émerveillé.

 

 

France-the_artist.jpg  Sauf que pour un spectateur de 2011, on ne peut se contenter d'enchaîner les plans fixes entrecoupés de cartons. Il faut beaucoup de mise en scène et de montage. Et bien sûr, une musique de qualité; quelques critiques grincheux de "la secte bien pensante de Radio France Culture" la trouve "décevante". Nous pensons au contraire que celle qu'a composé Ludovic Bource, et que joue l'Orchestre philarmonique de Flandres, sert brillammant le drame. Plutôt le mélodrame, écrit dans le respect du genre, sans parodie ni second degré (là est selon nous la prouesse), contrairement aux précédents films de Hazanavicius, les deux OSS 117.

Jean Dujardin réussit à ne pas étouffer sa partenaire, Bérénice Béjo, vraie perle du film. Tous deux forment un couple beau "couple de légende" qui éblouit dans le numéro de claquettes final.

Les Américains, paraît-il, en sont restés muets...

 

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 17:09

 

 

 

  Italie pinturicchio resurrection 93-94

 

 

 

Borgia

 

  Alexandre VI Borgia (1431-1503)

 

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L’accession au pouvoir du cardinal catalan Rodrigue Borgia et de son clan, qui s’efforcèrent d’instaurer une dynastie pour exercer leur domination sur le monde.

Bien qu’étant un homme de foi, Rodrigue était aussi esclave des plaisirs charnels. Il devait non seulement déjouer les complots et les conspirations de ses collègues cardinaux et des représentants des grands pouvoirs, mais aussi mener une lutte pour contenir les rivalités qui menaçaient de déchirer sa famille.

Sur le plan des ventes internationales, la série a subi la concurrence directe de The Borgias, une autre série télévisée sur le même thème créée pour la chaîne américaine Showtime.

Le tournage de la série s'est déroulé en République tchèque aux Barrandov Studios à Prague.

La série est produite par Atlantique Productions, une filiale de Lagardère Entertainment, pour Canal + en association avec EOS Entertainment et ETIC Films.

La distribution internationale est assurée par Beta Film GmbH.

 

 

 

 

 

 

 

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Les Borgia envahissent l'écran.

 

La guerre des Borgia aura-t-elle lieu ?  Deux énormes sagas historiques autour de la légende noire du pape Alexandre VI et de ses enfants, César et Lucrèce, durant la Renaissance (que de nombreux historiens renomment « la Rechute »), se disputent les écrans.

Canal + diffuse à partir du 10 octobre 2011 une grande série internationale de 12 épisodes, portée par l’Américain Tom Fontana (créateur de la série Oz, diffusée en France sur M6), avec John Doman dans le rôle-titre. Tandis que The Borgias, la série de Neil Jordan et Michael Hirst (créateur de la série The Tudors) avec Jeremy Irons, continue à tracer sa route sur Internet après avoir réuni des millions de téléspectateurs aux Etats-Unis et au Canada en avril, sur la chaîne câblée Showtime.

Campagnes publicitaires massives, slogan au goût douteux : « Borgia, n’ayez pas foi en eux », (nous  plongeons dans l’Amérique profonde made in WASP& USA), et decorum de carnaval pour la soirée de lancement des initiés (fausses nones en porte-jarretelles, serveurs en col romain et hostie en chocolat sur le buffet), la chaîne cryptée n’a lésiné ni sur les moyens ni le mauvais goût le plus people.

 

 

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Son western rococo, bourré de sexe et de violence, est pourtant affreusement répétitif et ennuyeux. Sans reprendre à son compte tous les mensonges colportés sur les Borgia, il porte sur eux, en permanence, un regard déplacé (en-dessous de la soutane, bien sûr).

Que les Borgia n’aient pas été des saints est un fait. Mais cela n’en fait pas pour autant de vulgaires mafieux à la tête  d’une multinationale du stupre. Cela justifie moins encore qu’on plaque sur eux une vision fantasmée de l’Histoire, reflétant surtout une vision bien hypocrite de la morale (on se pourlèche des prétendus vices que l’on pourfend).

Les ficelles sont énormes, surtout à notre époque où le cynisme et la corruption à l'échelle planétaire d’une partie non négligeable des « élites » donne la nausée…

Derrière le côté grand barnum, c’est l'Eglise catholique qui est évidemment attaquée. Mais réfléchissons cinq minutes : qu’une telle institution, vieille de deux millénaires, perdure avec tant de dynamisme et une telle capacité à se régénérer, malgré la faiblesse des hommes, cela dérange. On le comprend aisément.

 


 

  Quelques clichés passés au crible de l'Histoire.

 

Alexandre VI était une personnalité arriviste et intrigante.


Vrai et faux: Vice chancelier de l'Eglise romaine sous le pontificat de son oncle, le pape Calixte III Borgia (1455-1458), le cardinal Borgia connaissait tous les  rouages du Vatican, ce qui facilita son accession au trône de Pierre, par ailleurs objet de toutes les manoeuvres politiques. L'habileté et "l'arrivisme" étaient de mise, là où l'influence d'Etats étrangers se cachait derrière les cardinaux.

Acheta-t-il son élection comme le laissent penser les dons munificents distribués au titre du "joyeux avènement"? Pour Guy Le Thiec, aucun doute: la nomination du cardinal Ascanio Sforza au titre de vice-chancelier en est une preuve éclatante. D'aprés le Pr Soranzo, cité par l'académicien Marcel Brion dans son ouvrage réédité "Les Borgia", éditions Tallandier, collection "Texto", il n'est pas permis de parler de simonie (achat et vente de biens spirituels). Le cardinal aragonais Borgia aurait été choisi pour faire barrage à la Maison de France, revendiquant le trône de naples. Ce qui n'empêcha pas Charles VIII de lancer ses troupes à l'assaut de l'Italie.

 

 

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Le beau Stanley Weber dans le rôle de César Borgia, le fils d'Alexandre VI.

Il fit assassiner Alfonse d'Aragon, son beau-frère.

 

 

Il défendit les intérêts de sa famille au détriment de l'Eglise.

Faux: La version la plus couramment admise par les Historiens est que le pape Alexandre VI n'oublia jamais les intérêts de sa famille, mais tout en défendant ceux de l'Eglise. Exemple, selon Guy Le Thiec, professeur d'Histoire moderne à la Sorbonne: "Il chercha à constituer un Etat territorial pour la papauté, en l'élevant au rang de principauté, ce qui était une des conditions de survie de l'Eglise dans l'Europe des guerres d'Italie, et il en confia la défense à son propre fils César".

Jacques Heers, médiéviste, ajoute: " Oui, il plaça des membres de safamille à des postes stratégiques, comme il était coutume à l'époque, ni plus ni moins, et comme beaucoup avant lui, notamment des personnages d'une grande probité, tel Sixte IV, qui favorisa ses neveux; seul moyen de contrecarrer la puissance des nobles de Rome".

 

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Antoniani Romano: l'Annonciation (1495)

 

Alexandre VI mit en péril la foi catholique.

Faux: "Il fut un défenseur absolu du dogme" Jacques Heers. Ce que confirme Guy Le Thiec: "Les quatre siècles précédents furent suffisamment marqués par les schismes et les hérésies pour qu'heureusement le pape n'en crée pas de nouveaux".

Alexandre VI organisa avec succés le grand jubilé de 1500, il déploie avec faste une liturgie récemment rénovée, avec l'aide de son cérémoniaire Johannes Burkhard. Il commande de nouveaux missels richement enluminés. Lors du concile de Ségovie, où il préconise une sorte de réforme de l'Eglise d'Espagne, il prononce une très belle exhortation sur le rôle du prêtre.

Dans le conflit qui l'oppose au rigoriste Savonarole (1452-1498), maître de Florence, il reste de marbre, tente les réconciliations, avant de se résoudre à le faire juger par un tribunal ecclésiastique, qui excommuniera le moine dominicain.

En 1493, il promulgue une bulle (un décret) qui départage le Nouveau Monde entre le Portugal et l'Espagne, selon la vision de l'époque: il appartient à la papauté de réaliser le partage du monde en raison de la suprématie encore incontestée de la papauté, et pour oeuvrer à l'évangélisation.

 

Alexandre VI entretint une liaison incestueuse avec sa fille Lucrèce Borgia.

 

 

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 Suzanne et les vieillards

 

Faux : Aucune preuve de liaison incestueuse; très improbable. Quoiqu'il en soit, le chef de l'Eglise fut un piètre exemple pour les familles princières qui utilisaient leurs progénitures comme monnaie d'échange pour nouer d'avantageuses alliances comme il était coutume à l'époque.

La malheureuse Lucrèce fut mariée trois fois: la première à l'âge de 13 ans avec Giovanni Sforza; la deuxième avec Alphonse d'Aragon, exécuté par les hommes de main de son frère César; la troisième avec le duc de Ferrare, Alphonse d'Este, dont elle eut sept enfants.

D'une grande culture, comme tous les Borgia, polyglotte, jetée très tôt dans l'arène politique, Lucrèce mourut à 39 ans après être entrée dans le tiers ordre franciscain.

Sa personnalité complexe continue à faire couler beaucoup d'encre bien qu'il existe peu de document sur elle.

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Alexandre Borgia fut un pape mécène.

Le pontificat d’Alexandre VI Borgia

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Alexandre VI représenté dans une peinture (détail) de Pinturrichio (1494) Résurrection.

 

 


Alexandre VI Borgia (1431-1503) monte sur le trône de Pierre en 1492, une année au cours de laquelle se multiplient des événements historiques lourds de conséquences. En Italie, la mort de Laurent le Magnifique (1449-1492) ouvre une période d’instabilité à Florence, où Jérôme Savonarole, devenu prieur du couvent dominicain San Marco, a déjà entamé ses cycles de prédications. Dans le reste de l’Europe, la prise de Grenade met fin à la présence arabe en Espagne, achevant la Reconquista séculaire de la péninsule Ibérique. Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille peuvent impérieusement nouer une alliance avec Maximilien de Habsbourg qui aboutira, en 1496, au mariage de Jeanne la Folle et de Philippe le Beau et, partant, à la réunion des dominations espagnoles et impériales dans les mains de leur héritier, le futur Charles Quint. L’expédition de Christophe Colomb accoste sur les rivages du Nouveau Monde et, entre autres conséquences, offre à l’Église l’occasion de projeter une campagne de christianisation massive. Alexandre VI en profite pour renforcer le rôle supranational de l’évêque de Rome (ainsi que ses liens personnels avec la couronne aragonaise), en ratifiant, par les bulles du 4 mai 1493 et du 7 juin 1494, les traités qui délimitent les territoires du continent américain que coloniseront l’Espagne et le Portugal. Les années 1490 – la crise est dans l’air – sont marquées par un profond bouleversement de l’équilibre politique italien. A Milan, après la mort de Gian Galeazzo Sforza en 1494, Ludovic le More (1452-1508) assume officiellement un pouvoir qu’il détenait de fait depuis près de quinze ans. Appelant la France à son aide, il provoque l’invasion de l’Italie par Charles VIII et son armée (1494-1495). Pierre de Médicis (1472-1503) est contraint de quitter Florence, déchirée par des luttes intestines et par les violentes diatribes antipapales de Savonarole condamné à mort, le frère dominicain est brûlé vif sur la place de la Signoria en 1498. A la fin du siècle, la modification des alliances incite Louis XII de France à venir à son tour en Italie, où il chasse Ludovic le More et occupe le duché de Milan dont il prolonge de quelque temps la lente agonie. La Romagne, les Marches et l’Ombrie sont dévastées par les entreprises belliqueuses, velléitaires et sanglantes, de César Borgia. A Pérouse et à Bologne, le pouvoir des Baglioni et des Bentivoglio court à sa perte. Venise, qui regarde désormais vers l’Occident, tente en vain de conquérir les territoires de la Maison d’Este.

Alexandre VI Borgia, anonyme allemand, XVIe siècle, (Dijon, Musée des Beaux-Arts)

La production artistique à Rome durant cette période comprend des épisodes éclatants dans les domaines de la sculpture et de l’architecture, au nombre desquels le Tombeau de Sixte IV et le Tombeau d’Innocent VIII réalisés en bronze par Pollaiolo, les interventions, dans les deux disciplines, du Lombard Andrea Bregno à Santa Maria del Popolo, le palais de la Chancellerie voulu par le cardinal Raffaele Riario ou la Pietà de Michel-Ange. Les passages par Rome de Mantegna (1431-1506) (dont les fresques réalisées au palais du Belvédère sont détruites au XVIIIe siècle, pour faire place au Museo Pio-Clementino), et de Filippino Lippi. La suprématie à Rome de Pinturicchio, durant une assez longue période, attestée par les travaux et l’importance des commandes. Et, avec lui, des peintres comme Jacopo Ripanda, ou Pier Matteo d’Amelia, puis un bon groupe d’artistes, mais surtout des œuvres, détruites, falsifiées, recouvertes d’enduit, reléguées aux marges de la mémoire et de la visibilité. Alors que Rome est de plus en plus une étape obligée dans la formation d’un artiste, on ne sait pas toujours si ces séjours n’ont été que des occasions d’études ou si les peintres de passage ont laissé quelque travail dans la ville. Tel est le cas, entre autres, d’Amico Aspertini qui, âgé de 20 ans à peine, arrive à Rome au début de 1496, à la suite de son père, Giovanni Antonio.

La Philosophie, 1484-1493, bronze, Antonio del Pollaiolo, (Vatican, basilique de saint Pierre, tombeau de Sixte IV). L’animation de personnages de Pollaiuolo et la tension de la décoration évoquent le style de son rival, Verrocchio (1435-1488). Ayant lui-même pratiqué la dissection de cadavres, Antonio Pollaiuolo (1432-1498) a accordé une attention aux muscles et aux veines, aux gestes et à tous les mouvements du corps qui affichent le fonctionnement naturel de corps humain.

Pinturicchio (1454-1513) à Rome

Pinturicchio fait ses débuts à Rome sous la direction de son maître Pérugin avec la décoration de la chapelle Sixtine, (même si nous n’avons, jusqu’à présent, aucune information certaine sur des relations réelles entre les deux artistes) est indéniable que le style du Pérugin est un élément fondamental de la formation de Pinturicchio. La référence de Vasari (1511-1574) à une activité romaine du peintre à l’époque de Sixte IV demeure valable, que Pinturicchio soit ou non intervenu directement dans la chapelle vaticane. Le pape Della Rovere n’était probablement pas étranger au premier travail autonome de l’artiste : la décoration de la chapelle Bufalini dans l’église Santa Maria in Aracoeli, que l’on situe généralement vers 1482-1485, nonobstant le manque de documents spécifiques. Le commanditaire des travaux est le juriste et homme politique ombrien Niccolò di Manno Bufalini, originaire de Città di Castello, depuis longtemps au service de la cour papale et que cette initiative conforte dans son ascension sociale. Les fresques représentent des scènes de la Vie de saint Bernardin de Sienne le titulaire de la chapelle. Niccolò Bufalini rend ainsi hommage à un célèbre saint contemporain, avec lequel il semble que sa famille ait eu quelque contact, des décennies auparavant. Mais surtout il réalise un vieux projet des franciscains de Santa Maria in Aracoeli : honorer leur frère Bernardin.

 

 

 

 


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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 09:27

LES HOMMES LIBRES

 

 

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1942, Paris est occupée par les Allemands.

 

 

 

 

Paris occupé Rivoli

 

 


Younes, un jeune émigré algérien, vit du marché noir. Arrêté par la police française, Younes accepte d’espionner pour leur compte à la Mosquée de Paris. La police soupçonne en effet les responsables de la Mosquée, dont le Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, de délivrer de faux-papiers à des Juifs et à des résistants.


A la mosquée, Younes rencontre le chanteur d’origine algérienne Salim Halali. Touché par sa voix et sa personnalité, Younes se lie d’amitié avec lui. Il découvre rapidement que Salim est juif. Malgré les risques encourus, Younes met alors un terme à sa collaboration avec la police. Face à la barbarie qui l’entoure, Younes, l’ouvrier immigré et sans éducation politique, se métamorphose progressivement en militant de la liberté.

 

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Voilà ce qui sépare Lounès (Tahar Rahim) de la liberté : sa condition d'immigré venu d'Algérie en métropole, au temps de la colonie ; son gagne-pain de trafiquant au marché noir, sous l'Occupation qui en fait une proie idéale pour la police ; le mensonge qu'il a construit pour cacher sa déchéance à sa famille restée au pays. Pour son second long-métrage, le cinéaste franco-marocain Ismaël Ferroukhi a voulu mener Lounès sur le chemin de la liberté, écrivant un scénario qui propose à son personnage une série de choix dramatiques. Situé sous l'Occupation, dans la communauté nord-africaine, Les Hommes libres offrait aussi l'occasion de porter un regard nouveau sur une période que le cinéma français met en scène depuis 1945.

 

 

 

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Ce rendez-vous entre cinéma et histoire est en grande partie manqué. Ismaël Ferroukhi propose une histoire rectiligne : Lounès rejoint la résistance et contribue au sauvetage de familles juives d'origine nord-africaine, organisé avec l'appui du recteur de la mosquée de Paris Si Kaddour Ben Gabrit (Michael Lonsdale, patelin comme il sait l'être), un fait avéré même si l'ampleur de ces sauvetages fait encore débat.

Toute la complexité des situations est gommée au profit d'un récit édifiant. L'issue des combats intérieurs qui agitent Lounès ne fait jamais de doute, et Tahar Rahim, qui a pourtant montré dans Un prophète sa capacité à incarner l'ambivalence, reste comme sur sa faim.

 

 

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Pourtant, l'une des intrigues secondaires des Hommes libres montre qu'Ismaël Ferroukhi n'était pas forcément condamné à l'échec. Dans ses pérégrinations parisiennes, Lounès croise le chemin d'un autre personnage historique, le chanteur Salim Halali (l'acteur palestinien d'Israël, Mahmoud Shalaby), de confession juive. Entre le petit paysan et l'artiste gay se noue une amitié à laquelle les deux comédiens confèrent une ambiguïté et une puissance qui réveillent le film.

C'est beaucoup, mais pas tout à fait assez pour faire passer l'exécution médiocre des morceaux choisis que l'on dirait désormais obligatoires : les interrogatoires dans les bureaux de la police vichyste, la peur panique qui saisit le héros lorsqu'il croise une patrouille allemande et, bien sûr, la traditionnelle poursuite en Traction avant. Celle des Hommes libres restera comme l'une des plus calamiteuses d'une liste désormais trop longue. (in Le Monde).

 

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En illustrant un point méconnu-les Algériens résistants et l'action du recteur de la mosquée (savoureux Michael Longsdale)- le film est une émouvante contribution à la presque impossible entente judéo-arabe entente, au regard de la duplicité des dirigeants israëliens actuels...

Mais la réalisation est gauche, démonstrative et figée et n'a guère plus de grâce artistique qu'un tract communiste pro-FLN.

Il reste les acteurs qui dégagent un talent et une beauté indéniables...

 

 

 

 

 

 

DEVOIR DE MEMOIRE:

 

Les relations entre le IIIéme Reich et les Musulmans furent-ils parfois équivoques?


 

 

 

 


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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 05:59

LA FIN DE L'UTOPIE?

 

 

 

 

 

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  La puissance périmée

Depuis la Déclaration Monroe en 1823, les États-Unis d'Amérique rêvent de dominer le monde.

Peuple de pionniers chrétiens à la recherche d'une Terre promise, animé d'un rêve de conquêtes de terres et d'hommes qui se concrétisa par l'élimination ou la déchéance de 120 nations indiennes et par le massacre de 350 Amérindiens à Wounded Knee en 1893, les WASP (white anglosaxon protestants) se sont toujours fabriqués des héros au cinéma, afin de glorifier leur jeune nation, leur histoire et leur "way of life".

Le cinéma américain et sa machine à produire du rêve (Dreamworks), des mythes et des légendes, des fantasmes aussi, fut dés ses débuts, l'exutoire de tous les désirs conscients et inconscients d'un Peuple "élu": le premier de tous ses rêves fut et sera sa volonté d'hégémonie et son impérialisme, au nom de ses valeurs de démocratie et de liberté.

La puissance américaine, née sur les décombres des guerres européennes de 14-18 et de 39-45, survivra-t-elle au nouveau siècle? Cette question jadis posée pour l'URSS peut sembler folle. Elle mérite examen; et la question mérite d'être posée.

 

 

 

Que nous disent, pêle-mêle, les films américains depuis une trentaine d'années sur la puissance américaine?

 

 

USA--gde-Affiche-ne-4-juil.jpg La première victime des guerres est l'innocence.

 

 

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Né un 4 juillet (Born on the Fourth of July) est un film américain adapté du livre autobiographique de Ron Kovic, sorti en 1989 et réalisé par Oliver Stone.

Sélectionné pour huit récompenses il obtient les oscars du meilleur réalisateur et du meilleur montage lors de la 62e cérémonie des Oscars.

 

 

Le film met en scène l'histoire de Ron Kovic, né un 4 juillet et fervent patriote. Volontaire pour se battre au Viêt Nam, il en reviendra paraplégique et remettra en question ses valeurs…

 

 

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La grande fêlure infligée dans les certitudes de l'Amérique fut le bourbier de la guerre du Viet-Nam.

Une poignée de communistes, pour la plupart formés à Paris, résista à deux Empires, français puis américain, certes avec l'aide de l'URSS et de la Chine. L'idéologie communiste fut plus fervente que l'idéal démocratique et libéral  : c'est un peu le mythe de David contre Goliath.

Le leader communiste vietnamien Ho Chi Minh, parfois si clairvoyant, osa qualifier les Etats-Unis de "Tigre de papier".La détermination des communistes fut plus inflexible que celle des politiciens français de la IVe République, fragilisée par la valse hésitation des ministères dont certains ne duraient que quelques semaines.

 

dien-bien-phu.jpg Dien Bien Phu; 1954. C'est dans cette cuvette, prés de la frontière du Laos, que la France perdit l'Indochine, perle de son Empire.

 

 

Sur le terrain cependant, les soldats français se battirent avec une bravoure exemplaire et un sens du devoir incomparable. Il se battirent pour le Vietnam, qu'ils aimaient profondément, plus que pour défendre le système colonial.  Ils souffraient,tandis que la plupart des Français s'en désintéressait et que le Parti communiste sapait la réputation des soldats qui se battaient et mouraient pour que les Vietnamiens ne subissent la chape de plomb communiste. 

Les Américains, depuis 1946, accusaient la France de mener une guerre colonialiste et en sous-main, salissant son image dans le reste de l'Empire, s'engageaient de plus en plus en Indochine afin d'étendre leur hégémonie.

Après "les conseillers",les premières troupes américaines furent envoyées au Vietnam en décembre 1961. L'engrenage fatal commençait.

 

USA-B52_vietnam2.jpgDébut 1965:Les B52 bombardent le Nord Vietnam selon la stratégie de la terreur, par tapis de bombes: pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Luftwaffe n'avait pas fait mieux. Mais, comme les Britanniques en 1940, les nord Vietnamiens tinrent bon. Dès lors, les Américains avaient perdu. Mais ils ne le savaient pas encore...

 

 

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Avril 1975: chute de Saïgon. L'aventure américaine  se termine dans le chaos.

 

 

 

 

Des deux côtés, le traumatisme sera immense. Tandis que le monde libre prendra conscience de la fragilité de la puissante Amérique, les cinéastes, pour la plupart de gauche, s'emparent vite du sujet, en montrant de façon souvent crue, comme un électrochoc, la violence de cette guerre.

La cinéma-thérapie a commencé...ou l'exorcisme?

 

 

 

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Apocalypse Now est un film américain réalisé par Francis Ford Coppola sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness).

Il est classé 30e du Top 100 de l’American Film Institute et a obtenu, entre autres distinctions, la Palme d'Or du Festival de Cannes. Un nouveau montage du film est sorti en 2001 sous le titre, Apocalypse Now Redux.

 

Lors de la guerre du Viêt Nam, les services secrets militaires américains confient au capitaine Willard la mission de trouver et d’exécuter le colonel Kurtz dont les méthodes sont jugées « malsaines ».

Celui-ci, établi au-delà de la frontière avec le Cambodge, a pris la tête d’un groupe d’indigènes et mène des opérations contre l’ennemi avec une sauvagerie terrifiante. Au moyen d’un patrouilleur mis à sa disposition, ainsi que de son équipage, Willard doit remonter le fleuve jusqu’au plus profond de la jungle pour éliminer l’officier. Au cours de ce voyage, il découvre, en étudiant le dossier de Kurtz, un homme très différent de l’idée qu’il s’en faisait. Comment cet officier au parcours exemplaire a-t-il pu devenir le fou sanguinaire qu’on lui décrit ?

 

 

 

 Ces films  ont tous en commun de montrer la folle guerre du Vietnam qui rend plus ou moins fous les hommes qui y sont plongés par un engrenage fatal; côté Vietcongs, même processus: le fanatisme idéologique ajouté à la haine des Américains rendra les combattants fous de rage,mais avec cette froide et très asiatique détermination, qui rappellera douloureusement aux Américains le sacrifice des Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale.
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Platoon est un film de guerre américain écrit et réalisé par Oliver Stone en 1986, dont l'action se déroule pendant la guerre du Viêt Nam. Il est en partie inspiré par la propre vie du réalisateur, qui s'est lui-même engagé comme volontaire pour la guerre du Viêt Nam où il a été blessé à deux reprises

 

En 1967, le jeune Chris Taylor souhaitant servir son pays, s'engage volontairement dans la guerre du Vietnam. Il est affecté à la 25e Division d'Infanterie, dans une section (« platoon » en anglais signifiant « peloton» ou « section») qui a subi des pertes lors de récents combats. Son enthousiasme s'évanouit rapidement tandis qu'il effectue d'interminables patrouilles jour et nuit et s'épuise à creuser des trous servant comme position de défense, corvée avec plusieurs autres affectée aux bleus. Après une embuscade lors de laquelle il est légèrement blessé, Taylor s'intègre peu à peu avec les soldats plus expérimentés.

 

Lors d'une opération dans la jungle, son unité découvre un complexe de bunkers. Alors qu'ils fouillent une cache, deux soldats sont tués par une boîte piégée avec une bombe. Après avoir quitté les bunkers, les soldats découvrent le cadavre de l'un des leurs (Manny), disparu alors qu'il était posté en sentinelle lors de la fouille des bunkers. L'unité poursuit alors sa route jusqu'à un village paysan où des combattants Viêt-Cong (miliciens communistes vietnamiens) auraient été aperçus. Ils y trouvent de la nourriture en masse et des caches d'armes. Les habitants disent avoir été forcés par les forces vietnamiennes du nord à les aider. Fatigués et à cran, des soldats passent leur frustration relative à la perte récente de leurs camarades sur plusieurs paysans qu'ils torturent et tuent. Lors d'un interrogatoire, le sergent Barnes exécute la femme du chef de village devant les yeux de nombreux soldats et menace sa fille quand le sergent Elias intervient. S'ensuit une bagarre entre les deux hommes. De son côté, Taylor sauve deux filles du village sur le point d'être violées par plusieurs soldats. La section repart après avoir mis le feu au village.

Après l'incident de l'interrogatoire, le sergent Elias se plaint à son capitaine qui promet la cour martiale à Barnes si les faits sont avérés. La sympathie de Taylor, d'abord acquise à Barnes, penche maintenant pour le sergent Elias tandis que ceux qui sont derrière Barnes parlent d'assassiner Elias pour l'empêcher de témoigner.

 

 

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Lors d'une nouvelle patrouille, la section est prise en embuscade par des Viêt-Congs et subit de nouvelles pertes. Le lieutenant Wolfe se trouve plus ou moins désemparé et Elias propose alors d'emmener quelques hommes avec lui pour parer à une probable attaque ennemie sur leur flanc. Le lieutenant Wolfe n'est pas d'accord, mais Elias a l'approbation de Barnes. Elias part donc avec trois hommes, dont Taylor. La tactique marche, mais le sergent Barnes vient chercher les trois soldats et leur dit d'évacuer tandis qu'il affirme aller chercher Elias. En fait, une fois qu'il l'a retrouvé, il l'abat froidement et, croisant Taylor qui revient aussi chercher Elias, lui annonce qu'Elias a été tué. Tandis que les derniers hélicoptères d'évacuation décollent avec Barnes, Taylor et d'autres hommes, ils voient Elias courir en direction du lieu d'évacuation, poursuivi par des dizaines de soldats Viet-Cong, mais il est trop tard et il est achevé par ses poursuivants.

Taylor soupçonne Barnes d'avoir assassiné Elias.

La compagnie est renvoyée sur le front dans la même zone où une attaque ennemie d'envergure se prépare. Presque tous les membres de la section meurent dans la bataille sous le feu ennemi et une attaque aérienne américaine au napalm. Taylor y survit. Il recouvre conscience à l'aube après la bataille, il se saisit d'un fusil AK-47 et commence à errer sans but dans la jungle jonchée de cadavres. Parmi ceux-ci, il retrouve le sergent Barnes, blessé durant les combats et l'abat.

 

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Le film se termine avec l'évacuation de Taylor, blessé durant l'attaque.

Le sujet central du film est le combat des deux sergents, Barnes et Elias, deux figures paternelles pour le jeune soldat qui hésite entre les deux. Barnes symbolise la force brutale, aveugle, le bras armé d'un État, celui qui ne sait que tuer dans la vie. Finalement, cette force se révèle incontrôlable. À l'opposé Elias est la conscience morale, celui qui refuse de s'avilir, même quand l'ennemi est lui-même cruel. Il représente une figure christique dans le film, à plusieurs reprises on le voit les bras en croix, notamment lorsqu'il meurt. C'est aussi celui qui est sans doute le plus lucide, il ne croit pas à la victoire. Finalement, comme il le dit à la fin du film, Taylor se sent comme né de ces deux pères différents. À un second niveau, on peut y voir une Amérique scindée entre les va-t'en-guerre qui veulent une victoire quel qu'en soit le prix et ceux qui pensent qu'à ce jeu l'Amérique perd son âme dans un conflit perdu d'avance.

Ce film montre des aspects dérangeants de la guerre du Viêt Nam comme l'abus d'autorité des soldats aguerris sur les bleus, l'assassinat d'officiers impopulaires (on parlait de « fragging » ou « fragmentation » dérivé de la grenade à fragmentation car ils étaient assassinés ainsi, afin de ne pas révéler que le tueur utilisait des balles américaines), le fait que la plupart des simples soldats sont des gens du peuple, les représailles sur la population civile.

On peut faire un parallèle autobiographique, Stone lui-même s'étant engagé volontairement. Mais le film n'en est pas moins antipatriotique ou antiguerre. De plus, le langage dans les répliques est la plupart du temps injurieux ou vulgaire, on sent que le dérapage de ces soldats, plongés dans une guerre qu'ils ne comprennent pas et à laquelle ils n'étaient pas préparés, est à chaque instant possible (dérapage qui aura lieu lors de la séquence du village vietnamien).

 

Oliver Stone pensait à réaliser un film sur la guerre du Vietnam depuis plus de vingt ans, lorsqu'il fut engagé volontaire dans le bourbier asiatique. Son film d'école dans la classe de Martin Scorsese, L'année dernière au Vietnam évoquait déja son traumatisme de l'expérience de la guerre. Son premier scénario rédigé en 1976, est une version brute de ce qui deviendra Platoon. Mais son script est refusé partout. Il lui sert quand même à se faire accepter comme scénariste pour l'écriture du succès critique et commercial Midnight Express. Par ce biais, il devient l'un des scénaristes les plus en vue d'Hollywood (Conan, Scarface ou L'année du Dragon). Il accepte même de tourner son premier film, Salvador , sans être payé, à condition d'avoir le financement, six millions de dollars pour Platoon qui sortira en décembre 1986 aux États-Unis et mars 1987 pour la France, avec le succès que l'on sait.

 

 

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Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter) est un film britannico-américain réalisé par Michael Cimino et sorti en salles en 1978.

Mettant en vedette Robert De Niro, John Cazale(dont c'est le dernier film), John Savage, Merryl Streep et Christopher Walken (dont ce sont les premiers rôles importants), Voyage au bout de l'enfer parle de trois amis partis combattre au Vietnam dont certains en seront marqués par des séquelles physiques ou mentales.

Premier film traitant de la guerre du Vietnam, du traumatisme et de ses méfaits psychologiques, il a fait l'objet d'une  controverse notamment avec la scène de la roulette russe, qui a fait l'objet de critiques car aucun cas n'a été attesté durant cette guerre.

Cette controverse n'a pas empêché à Voyage au bout de l'enfer d'obtenir un succès critique et commercial et d'obtenir cinq Oscars du cinéma dont celui du meilleur acteur dans un second rôle (Christopher Walken), meilleur film et meilleur réalisateur, et d'être classé 53e au Top 100 de l'American Institute.

 

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Trois sidérurgistes d'une petite ville de Pennsylvanie, engagés dans la guerre du Vietnam, vont être marqués par l'atrocité de la guerre, que ce soit physiquement ou mentalement.

Nous sommes en 1968 à Clairton, petite ville de Pennsylvanie. Steven, Michael et Nick sont trois ouvriers sidérurgistes américains d'origine russe, qui travaillent à l'aciérie locale, en compagnie de deux autres amis, Stan et Axel, tout en effectuant un travail dangereux et pénible, exposés à la fournaise de l'acier en fusion à longueur de journée, qu'ils finissent dans un bar tenu par John, un ami des ouvriers. Durant leur temps libre, ils vont chasser le cerf dans les montagnes.
Steve se marie avec Angela, qu'il aime et dont il dit qu'elle l'aime, bien que la grossesse de celle-ci ne soit pas de son fait. Un banquet fête le mariage et le départ des trois amis, qui vont partir faire la Guerre du Vietnam, après lequel Steve confie à Nick son secret, et ses angoisses concernant l'enfant d'Angela, et l'avenir qui l'attend.

Pendant la nuit de noces des jeunes mariés, les quatre autres amis, accompagnés de John, vont chasser le cerf en montagne. C'est dès cette occasion de détente, que se dessine le caractère de Mike, dur, têtu, et rationnel (notamment en refusant de passer ses bottes à Stan), dispositions qui sauveront ultérieurement sa vie et celles de ses amis.

 

USA Voyage au bout de l'enfer affiche

 

 

 

 

Deux ans plus tard, Steve, Nick et Mike se retrouvent dans la jungle, dans ce bourbier qu'est la guerre. Ils sont capturés par les Vietcongs, qui les emprisonnent entre les pilotis cerclés de barbelés d'une baraque en bambous, sur une rivière bourbeuse. Dans la cabane, les geôliers forcent leurs prisonniers à s'affronter à la « roulette russe » : deux joueurs, un revolver avec une balle dans le barillet, des paris. L'un vit, l'autre meurt.

Steve craque le premier. Il échappe de justesse à la balle fatale en détournant le canon de sa tempe et on l'envoie dans un trou à rats recouvert de barreaux, d'où seuls émergent son visage et ses mains. Mike et Nick jouent l'un contre l'autre dans un faux duel fratricide et parviennent à abattre leurs geôliers et à s'enfuir, après avoir libéré Steve. Tous les trois se laissent dériver, blessés, accrochés à un arbre flottant sur la rivière. Un hélicoptère américain survient, les repère et tente de les secourir : les trois hommes, en s'aidant mutuellement, s'accrochent à un pont de singe pour tenter d'embarquer plus facilement dans l'appareil en vol stationnaire. Nick est saisi par l'équipage mais les deux autres retombent dans l'eau, dix mètres plus bas. Steve, dans sa chute, se brise gravement les deux jambes sur des rochers en contrebas. Au sortir de la rivière, Mike le porte sur son dos puis le remet à des soldats sud-vietnamiens rencontrés sur une route envahie par une population en exode.

Nick est hospitalisé dans un service psychiatrique mais tombe sous la coupe d'un trafiquant, Julien, à Saïgon dans un tripot ; des parieurs misent très gros sur des jeux macabres de roulette russe. Mike est là aussi mais il ne parvient pas à rejoindre Nick qui déserte après avoir fait sensation en remportant une importante somme d'argent dans le tripot.

De retour à Clairton, Michael, hanté par ses souvenirs, ne parvient pas à réintégrer sa bande d'amis, malgré la présence affectueuse de Linda, la petite amie de Nick avant leur départ, qu'il aime. Il apprend que Steve est revenu du Vietnam, convalescent dans un hôpital. Mike obtient d'une Angela mutique un numéro de téléphone griffonné sur un bout de papier pour joindre son copain : ce dernier, amputé des deux jambes, joue au Bingo sur son fauteuil roulant. Il montre à Mike des liasses de billets qui lui arrivent de Saïgon, sans qu'il comprenne d'où et de qui cet argent provient.

Michaël - qui soupçonne depuis le mariage que Nick est le père du fils d'Angela - comprend que celui-ci a trouvé dans les paris de la roulette russe un moyen fou de payer sa dette à Steve, devenu incapable de subvenir aux besoins de la mère et de l'enfant.

Mike repart pour Saïgon où, avec l'aide récalcitrante de Julien, il retrouve Nick, drogué, qu'il tente de soustraire à la roulette russe. Mais l'issue de cette confrontation est fatale.

Comme il le lui avait promis, Mike ramène le corps de Nick, mort d'une balle en pleine tête : il sera enterré au pays, dans le cimetière de Clairton. Steve, sorti de l'hôpital, tente de reprendre vie commune avec Angela et son fils. Après les obsèques de Nick, les deux survivants et leurs amis portent un toast à la mémoire du défunt en chantant "God bess America".

USA-voyage-au-bout-de-l-enfer-De-Niro.jpg Robert De Niro est Michael.

 

 

 

 

Ce film, généralement considéré comme un des plus marquants sur la guerre du Vietnam, s'intéresse moins aux scènes de guerre qu'à la psychologie des personnages et aux séquelles dévastatrices des traumatismes subis.

Ce deuxième film de Cimino est également le seul de sa filmographie qui ait été reconnu dès sa sortie comme une incontestable réussite. Certains commentateurs y ont vu un « immense chef d'œuvre » qui adopte l'angle de vue original d'une classe ouvrière américaine rarement filmée. Ce serait selon eux le seul film qui parvient à faire comprendre ce qu'a pu être la guerre du Viêt Nam sans l'expliquer de manière directe.

Le thème musical et les chansons jouent un rôle important dans ce film.

 

 

 

 

 

 

  • Le thème musical principal est la Cavatine de Stanley Meyers, qui porte aussi le titre She Was Beautiful (elle était belle), joué à la guitare par John Williams. C'est un morceau de musique mélancolique qui rappelle la vie tranquille et languissante de Clairton.
  • Un thème musical secondaire est la chanson Can't Take My Eyes Off Of You (Je ne peux détourner mes yeux de toi) chantée par Frankie Valli, qui fut un hit en 1967 et que l'on peut entendre à plusieurs reprises dans le film.
  • Au moment de la cérémonie de mariage et de la fête qui suit, on peut entendre des chants russes orthodoxes comme Slava et des chansons du folklore russe comme Korobouchka et Katioucha.

 

 

 

 

 

Film fleuve de trois heures, The deer hunter pense le conflit du Vietnam du point de vue des ouvriers américains appelés au front: une chorégraphie somptueuse dans laquelle on cherche à comprendre s'il est possible de fuir le hasard meurtrier du conflit...

 

Article de Francesco Capurro

 
Existe-il une tragédie musicale ? Peut-être pas, le terme pourrait même faire sourire ; cependant Cimino essaye de l’inventer. L’aspect tragique du film est assez évident : un triangle amoureux, des personnages emblématiques face à leur destin et à celui d’un pays, la Mort qui se cache derrière chacun de leurs gestes. Pourquoi musicale ? Parce que dans ce film fleuve de trois heures, qui touche à la guerre, l’amour, la loyauté, l’Amérique, ce qui régit l’ensemble et unit ces matériaux divers est un sens inouï et singulier du rythme, à la fois visuel et sonore. Plutôt qu’une fresque, comme il a souvent été défini, une énorme chorégraphie.

Esthétisme et abstraction : de la guerre du Vietnam à la Guerre tout court.

Cimino est un cinéaste calligraphe, plus classique qu’il ne voudrait le paraître. Ce qui saute aux yeux, en ne voyant qu’un extrait quelconque du film, est l’absolue précision avec laquelle chaque plan est millimétré. Un cadrage si parfait qu'il en serait presque excessif, un peu maniéré, élégant à en être gênant. La largeur du cinémascope devient une surface sur laquelle disposer les éléments, les couleurs, les lumières, soignant les bords comme le centre, jusqu’au moindre recoin. Très tôt dans le film, pendant la fête nuptiale de Steve et Angela, une banderole plane au dessus des invités qui dansent : « serving god and country proudly ». Avec sarcasme, Cimino confie son commentaire amer sur le destin des personnages à un élément au bord du cadre. Véritable maniaque du détail, le cinéaste fait construire ses décors s’il ne trouve pas les bons, attends la lumière souhaitée pendant des heures, ne laisse rien échapper à son contrôle.

Et c’est bien en faisant attention aux détails qu'on peut saisir le film dans toute sa portée. Dans un découpage transparent et fluide, la caméra danse parmi les personnages, jusqu’au moment où un plan, soudain, émerge. Seul, il donne tout son sens à la scène, ouvre le champ à tous les possibles : une tache de mauvais sort sur l’habit de noces d'Angela, des yeux qui s’emplissent de larmes, un sourire au coin de la bouche, une phrase à peine prononcée : « I love you ». De la finesse dans la mise en scène, qui traduit évidemment une pensée fine sur la guerre.

Il ne faut pas chercher ici la réalité de la guerre, les faits, le reportage, une prétendue objectivité ou une volonté documentaire. Il s’agit d’une mise en scène de la guerre, comme le suggère l’attention portée au cadre, à la photographie, et l’abondance de musique. Justement par son aspect fictif, le film dépasse le témoignage sur la guerre du Vietnam, pour penser le Guerre tout court. Serge Daney, lors du passage du film à Berlin, avait déjà deviné la valeur d’exemple liée à ce film, qui aujourd’hui (trente ans après et une autre guerre américaine en cours) ne peut pas passer inaperçue : « faisons un film contre la Guerre, par exemple la guerre du Vietnam ; la guerre est atroce, on torture, par exemple les nord-vietnamiens torturent ; mais dans la guerre il y aussi du courage, par exemple le personnage du chasseur de daim (Robert de Niro) ».
 

La guerre dans les yeux du peuple d’Amérique

Mais malgré le côté exemplaire des personnages et des gestes, le film ne tombe jamais dans le didactisme bête et pédant : sur la guerre du Vietnam, ses raisons, ses enjeux politiques, stratégiques ou militaires, on n'en sait jamais plus que les personnages. Peu importe, le film n’est pas un cours de géo-politique : la guerre est là, tout simplement, et il faut y aller. Les ouvriers de Pennsylvanie font de bonnes recrues : telles sont les décisions qu’on a prises ailleurs, au gouvernement ou au Pentagone : des lieux  si éloignés de cette réalité pauvre et provinciale qu’il resteront constamment hors champ. La guerre est depuis toujours un fait extérieur aux volontés et aux pouvoirs des classes populaires, et le choix de Cimino, singulier, est d’adopter leur point de vue sur les choses.

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Le film s’ouvre sur de somptueux mouvements de caméra parmi les feux et les étincelles de l’usine sidérurgique, séduisante et mystérieuse comme un décor de science fiction et en même temps violente et rude, présage tangible de la guerre, chaleur et feu. Michael (Robert De Niro), Nick (Cristopher Walken) et leurs amis bavardent en sortant de l’usine, qui restera l’arrière plan constant et encombrant de presque toutes les scènes tournées dans la petite ville de Clairton, pauvre et triste. Parmi les voitures garées, les ouvriers avancent en ligne, compacts, dans une posture qui fait d’eux des figures emblématiques du prolétaire du XXème siècle. Pour eux, la guerre, plutôt qu’une décision prise par un gouvernement à un moment donné pour des raisons X ou Y, semble être une fatalité qu’un dieu indien se charge d’annoncer par l’apparition quasi mystique des faux soleils. Un hasard contre lequel on ne peut pas grand-chose, sinon chercher à s’en sortir.

Est-ce là de la résignation ? Il n’y a aucun jugement dans le film par rapport à cette acceptation passive des événements, choix d’ailleurs respectueux et crédible vis-à-vis des proscrits : ce n’était sans doute pas facile d’échapper au service. Mais il est quand même significatif de noter l’absence quasi-totale de tout mouvement contestataire, de toute manifestation hippie, de toute révolte : aléas de l’histoire du cinéma, The deer hunter est quasiment contemporain de Hair, la comédie musicale de Milos Forman qui met au centre de ses interrogations la possibilité de la désertion comme refus de la guerre. Il reste toutefois vrai, que pour la majorité des jeunes partis au service en Vietnam, la guerre fut une obligation, d’ailleurs imprévisible et, dans la plupart des cas, incompréhensible.

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La roulette russe devient alors la meilleure métonymie possible pour se représenter la Guerre : un hasard meurtrier et irrationnel, où gagner équivaut à survivre. Autant y jouer avec trois balles: soit on meurt tous, soit on survit, et on aura assez de projectiles pour tuer l’ennemi. En 1978, la guerre est définitivement dépourvue d’explications et rendue à sa cruauté. Il y a dans cette exposition de la souffrance, dans l’étirement des plans et la tension produite par le pistolet contre les tempes, une volonté de faire partager la douleur, et penser la bêtise de cette guerre. On ne peut pas, ou plus, se soutenir d’une cause à défendre, d’une raison valable, d’une justification quelconque. Pourquoi est-on là ? Personne ne le sait, la guerre nous a pris, personnages et spectateurs, à l’improviste. La veille du départ des « gars », un copain joue du piano dans un bar, l’intensité augmente, les notes se font graves et sont remplacées par le bruit off d’un hélicoptère. La coupe franche nous amène directement au Vietnam. La première chose qu’on voit, la Mort : le corps de Michael allongé dans un champ (ce n’est pas vrai, mais on y croit pendant une seconde), une jeune mère vietnamienne en larmes avec son bébé dans les bras, des explosions saturent le cadre de flammes.

Toutefois, de cette guerre, comme le répète sans cesse Mike, il faut revenir : retourner au Pays, à l’Amérique, femme charmante et douce, aux traits de Meryl Streep, dont la beauté lavée et pure, reste intacte bien qu'elle soit contrainte à travailler dans un supermarché misérable.
Il y a, dans The deer hunter, un attachement proprement instinctif et obstiné à sa terre, malgré tout. Rien à voir avec du patriotisme, ce n’est pas tant vers le « country » - le pays - (dont le drapeau flotte sur les cadavres renvoyés à la maison) que l'on veut revenir, mais au « land » -la terre de naissance.

Un attachement qu’on devine, dans l’esprit amical et accueillant des amis, et plus encore dans la splendeur des montagnes, glorifiées par la mise en scène qui les transforme en un décor idyllique, quasiment de carte postale. Une échappée du monde, l’éternel rêve américain de solitude, de Nature sauvage, de liberté, dans lequel on mime une chasse, on rejoue un conflit, sans conséquences, comme dans une sorte de scène théâtrale, grandeur nature. A la fin de la pièce, on s’aperçoit qu’on ne peut plus tirer. Mais « God bless America », malgré tout : on ne le crie pas, on le murmure, la voix cassée, lors de funérailles, dans un plan fixe glaçant qui réunit les survivants. Malgré le constat d'échec cuisant, on essaye de réunir ceux qui restent et de reconstruire un pays sur les débris que le Vietnam a laissés.
 

DANEY Serge, « Repli américain », Cahiers du cinéma n°299.
 

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Full Metal Jacket est un film de guerre britannico-américain produit et réalisé par Stanley Kubrick, sorti en 1987.

Le film est basé sur le roman Le Merdier (The Short Timers) de Gustav Hasford (à ne pas confondre avec le film Le Merdier, réalisé par Ted Post en 1978 et également situé pendant la guerre du Vietnam, mais adapté du roman Incident at Muc Wa de Daniel Ford) et sur les mémoires de guerre de Michael Herr, Dispatches. Son titre fait référence à un type de munition en usage dans le Corps des Marines des États-Unis.

Le film met en scène de jeunes soldats à la fin des années 60 et est composé de deux parties distinctes : dans la première, on assiste à leur entraînement, et dans la seconde, on les voit pris dans les combats urbains de l'offensive du Tết, lors de la guerre du Vietnam. Chacune des deux parties constitue un récit particulier aboutissant, dans les deux cas, à un dénouement dramatique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le film est centré sur le personnage de J.T. Davis, surnommé « Joker » (« Guignol » dans la version française), un jeune engagé dans les Marines durant la guerre du Vietnam

 

 

USA Full metal mains à la brag

 

 

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On suit d'abord son parcours dans le camp d'entraînement de Parris Island, en Caroline du Sud, à la fin des années 60.

Le groupe de nouvelles recrues dont il fait partie est pris en main avec brutalité par le sergent instructeur Hartman. Pratiquant une méthode basée sur l'injure et l'humiliation, celui-ci concentre son attention sur le soldat Lawrence, assez enrobé, qu'il surnomme « Gomer Pyle » (« Grosse Baleine » dans la VF). La malheureuse recrue est en effet lente, peine aux exercices physiques et a une capacité intellectuelle très limitée (il confond parfois la droite de sa gauche, a du mal à faire son lit seul, lacer ses rangers etc.). À la demande du sergent, « Guignol » le prend sous son aile, mais Lawrence ne peut arriver au niveau requis. Il devient alors la bête noire des autres recrues, punies à sa place par le sergent, et reçoit une sévère correction de leur part. Dans un premier temps, la correction semble porter ses fruits. Il se transforme en un soldat particulièrement discipliné et obtient finalement son brevet militaire. Mais lors de la dernière nuit passée au camp d'entraînement, il bascule dans la folie et abat le sergent Hartman sous les yeux de « Guignol », avant de se suicider avec son fusil M14.

 

USA vietnam Napalm Bombardement au napalm d'un village vietnamien par les Américains.

 

 

 

L'action du film se déplace ensuite au Vietnam, où « Guignol » a choisi d'être affecté dans une unité de journalistes militaires du magazine Stars and Stripes. Lors d'une conférence de rédaction, il se heurte à son supérieur au sujet de l'intégrité journalistique du magazine. En conséquence, il est envoyé en reportage sur le terrain, alors que l'offensive du Têt bat son plein.

Il y retrouve l'un de ses camarades du camp d'entraînement, surnommé « Cowboy », aux côtés duquel il est engagé de manière directe dans les combats. Lors d'une escarmouche avec un tireur d'élite, « Guignol » voit plusieurs de ses compagnons se faire tuer. Il se trouve alors confronté à ses propres limites morales, ainsi qu'à la violence brute de la guerre et à son effet psychologique sur les hommes...

Full Metal Jacket prend son origine dans la rencontre en 1980 entre Stanley Kubrick et Michael Herr, correspondant de guerre au Vietnam et auteur d'un livre de mémoires sur ce conflit, Dispatches. Le projet initial de Kubrick était de réaliser un film sur la Shoah, sujet finalement abandonné.

 

USA Full metal mains à la brag

Par ailleurs, Stanley Kubrick est depuis 1982 un admirateur fervent du roman de Gustav Hasford sur cette guerre, The Short Timers (Le merdier), qu'il considère comme « un livre unique, absolument merveilleux » (« a unique, absolutely wonderful book »). En accord avec Michael Herr, il décide d'employer le roman comme base pour les dialogues de son film.

Stanley Kubrick commence à se documenter en 1983, visionnant de très nombreux films et documentaires, lisant des journaux vietnamiens conservés sur microfilm à la bibliothèque du Congrés des États-Unis et amassant un nombre considérable de photographies d'époque.

Enfin, Michael Herr se montrant très réticent à l'idée de revisiter son expérience du Viêt Nam, Stanley Kubrick parvient à le convaincre au cours d'« un coup de téléphone qui a duré trois ans, avec quelques interruptions » (« a single phone call lasting three years, with interruptions », d'après Michael Herr).

 

 

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L'écriture du scénario débute en 1983. La collaboration entre S.Kubrick, G.Hasford et M.Herr s'organise de la manière suivante : le réalisateur téléphone ses instructions aux deux auteurs (au rythme de trois ou quatre appels par semaine, longs chacun de plusieurs heures), puis ces derniers lui expédient leur travail par courrier. Stanley Kubrick les rappelle ensuite pour leur faire part des modifications à apporter, et ainsi de suite.

Malgré l'importance de leur contribution, ni Gustav Hasford ni Michael Herr n'ont d'idée précise du scénario final, sans parler du film. C'est pourquoi Gustav Hasford compare l'écriture du scénario à un travail à la chaîne.

Selon Michael Herr, Stanley Kubrick n'a pas, à l'époque, l'intention de réaliser un film anti-guerre, mais plutôt de montrer « à quoi la guerre ressemble vraiment » (« he wanted to show what war is like »).

La collaboration avec Gustav Hasford ne dépasse pas le stade du scénario.

Lorsque Stanley Kubrick décide de rencontrer en personne l'auteur de The Short Timers — malgré l'avertissement de Michael Herr le décrivant comme un homme effrayant (« a scary man ») — l'entrevue, dans la résidence anglaise du réalisateur, ne se passe pas très bien. Gustav Hasford est alors écarté de la production. Seulement crédité pour des « dialogues additionnels », il engage plus tard (?) une procédure judiciaire pour être considéré comme l'auteur des dialogues.

L'une des curiosités du film est le personnage du sergent Hartman, l'instructeur des Marines qui prend en charge la formation des recrues dans la première partie du film. Le rôle est interprété par Ronald Lee Ermey, qui avait exercé ce métier dans les années 60.

Originellement engagé comme conseiller technique, Ronald Lee Ermey improvisa des centaines d'insultes au cours des auditions. Il donnait en effet la réplique aux acteurs devant interpréter les jeunes recrues. Après avoir visionné le film de ces auditions, Stanley Kubrick lui attribua le rôle du sergent instructeur, considérant Ronald Lee Ermey comme un véritable « génie dans ce rôle ».

Au final, Ronald Lee Ermey écrivit lui-même environ 50% des dialogues de son personnage, principalement des insultes.

Pour l'acteur Vincent d'Onofrio, se glisser dans le rôle du soldat « Gomer Pyle » (« Grosse Baleine » dans la version française) fut plus éprouvant : il dut en effet prendre environ 30 kilos pour correspondre à l'image du personnage.

 

La première partie du film, située dans le camp d'entraînement des Marines à Parris Island, fut tournée dans une base aérienne du Royaume-Uni, à Bassingbourn, dans le Cambridgeshire.

Pour la seconde partie, qui se déroule au Vietnam, Stanley Kubrick employa un terrain en cours de démolition situé à Newham, à l'est de Londres. Le terrain appartenait à la compagnie du gaz britannique et présentait une certaine ressemblance avec les photographies de la ville de Hué pendant la guerre du Vietnam. Deux mois durant, le directeur artistique et son équipe préparèrent le terrain pour parfaire la ressemblance. Ils firent exploser certains bâtiments et en endommagèrent d'autres à l'aide d'une boule de démolition.

Une jungle artificielle en plastique fut fabriquée en Californie, mais Stanley Kubrick ne fut pas satisfait du résultat. On fit alors venir 200 palmiers d'Espagne et près de 100 000 arbres en plastiques de Hong Kong pour les scènes en extérieur.

Lors de la scène de la mort du soldat « Cowboy », on peut apercevoir en arrière-plan un énorme bâtiment qui ressemble étonnamment au célèbre monolithe extraterrestre de 2001, l'Odyssée de l'espace, un des précédents films de Stanley Kubrick. Le réalisateur parla de cette similitude comme d'un « accident extraordinaire » (« extraordinary accident »).

 

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Jugé trop critique envers les militaires, le film ne fut pas soutenu par l'armée américaine. Stanley Kubrick dut donc passer par des voies détournées pour obtenir l'équipement dont il avait besoin. Ainsi, quatre chars M41 lui furent prêtés par l'un de ses admirateurs, qui était colonel dans l'armée belge. Les hélicoptères Sikorski S-55  furent quant à eux loués et repeints aux couleurs des Marines, tandis que les armes légères — fusils d'assaut, lance-grenades M79 et mitrailleuses M60 — furent achetées à un armurier privé.

 

  • Matthew Modine, soldat, puis sergent James T. « Joker » (« Guignol » en VF) Davis, le narrateur. Provocateur, il affirme s'être engagé pour « être le premier de son immeuble à avoir un tableau de chasse ». Dans la première partie du film, il tente d'aider la recrue Baleine, ce qui ne l'empêche pas de se joindre ensuite à ses agresseurs. Servant comme journaliste au magazine Stars and Stripes, où il tente de faire preuve d'une certaine indépendance d'esprit, il sera finalement engagé de manière directe dans les combats.
  •  
  • Arliss Howard  : soldat, puis sergent « Cowboy » Evans. Issu du même camp d'entraînement que Davis, il sert dans l'unité combattante que ce dernier rejoint pour un reportage. Désigné chef de groupe improvisé pendant le combat après la mort des chefs titulaires, il meurt abattu par un tireur embusqué dans la dernière partie du film.
  • Adam Baldwin: « Animal Mother » (« Brute épaisse » en VF). Mitrailleur violent, nihiliste et difficilement contrôlable de l'unité de « Cowboy », type même de l'homme blessé, il tentera de secourir, au péril de sa vie, des camarades blessés. Plutôt que pour la liberté, il affirme ne se battre que pour l'amour du carnage.
  •  
  • Vincent D'Onofrio: Léonard Lawrence, dit « Gomer Pyle » (« Grosse baleine » en VF). Une recrue enveloppée et lente de corps et parfois d'esprit, tête de turc du sergent-instructeur Hartman dans la première partie du film. Après avoir subi de nombreuses humiliations, il devient le soldat le plus discipliné du groupe, mais est gagné par la folie et finit par abattre Hartman avant de retourner son arme contre lui-même.
  •  
  • Lee Ermey  : « Gunnery » Sergeant Hartman (Sergent instructeur Hartman en VF). Brutal et grossier, il abreuve ses recrues d'insultes dans le but de faire d'eux des Marines, s'en prenant tout spécialement à Lawrence, qui finira par l'abattre d'une balle de fusil. Lee Ermey était bel et bien un ancien sergent-instructeur et toutes les insultes employées par son personnage (soit environ la moitié de son texte) ont été écrites par Ermey lui-même.
  •  
  • Kevyn Major Howard : Rafterman, un photographe du magazine Stars and Stripes, il insiste pour se rendre sur le champ de bataille aux côtés de Davis. Beau blond, excité et fier de se joindre aux combats.
  •  
  • Dorian Harewood : « Eightball » (« Blackboule » en VF) : le « grand black viril » de l'unité de « Cowboy », il sera tué par un tireur embusqué dans la dernière partie du film.
  •  
  • Ed O'Ross : Lieutenant Walter J. « Touchdown » Schinowski. Chef de l'unité de « Cowboy ». Ancien joueur universitaire de football américain, il meurt au cours d'un assaut.
  •  
  • John Terry  : Lieutenant Lockhart. L'officier qui dirige l'équipe de journalistes du magazine Stars and Stripes, où il pousse ses hommes à obéir aux consignes, même au mépris de l'objectivité journalistique. Il a été au combat, mais fait de son mieux pour éviter d'y retourner.
  •  
  • Kieron Jecchinis : « Crazy » Earl. Le chef de la section de « Cowboy ». Il assure brièvement le commandement de l'unité entière à la mort de son lieutenant, avant d'être tué à son tour par une peluche piégée ramassée dans les décombres.
  •  
  • Jon Stafford : « Doc » Jay. Le médecin de l'unité de « Cowboy ». Abattu par un tireur embusqué dans la dernière partie du film, en tentant de secourir « Eightball ».
  •  
  • Tim Colceri : le mitrailleur de l'hélicoptère qui emmène Davis et Rafterman au front. Durant le trajet, il s'amuse à tirer sur des civils vietnamiens, se vante d'avoir commis ainsi un nombre de meurtres particulièrement élevé, et admet avec cynisme abattre parfois des femmes et des enfants. Ce personnage et cette scène figurent dans les mémoires de guerre de Michael Herr, Dispatches, et seraient donc inspirés de faits réels.
  • Papillon Soo Soo : une prostituée vietnamienne qui propose ses services aux soldats américains pour quelques dollars.
  •  
  • Ngoc Le : tireur embusqué Vietcong qui abat plusieurs membres de l'unité de « Cowboy » dans la dernière partie du film, avant d'être blessé par Rafterman et achevé par « Joker ». Le seul véritable personnage Vietcong du film. À la grande surprise de tous - y compris du spectateur - c'est une jeune femme.

 

 

 

 

Toutes les chansons entendues dans le film datent des années 1960, et sont donc contemporaines du conflit.

 

 

 

En revanche, pour les scènes de combat et d'autres moments dramatiques, Kubrick a utilisé une musique originale très inquiétante, qui a été réalisée par sa propre fille Vivian Kubrick.

 

Full metal jacket fut tourné dans la banlieue de Londres et les scènes au Vietnam dans un immense entrepôt.

 

 

 

 

 

Scène coupée:

Une scène de la fin du film fût retirée au montage final.Nous devions voir les marines jouer au football avec la tête décapitée de la femme soldat vietnamienne.La fiction dépasserait-elle la réalité

Vrai marin:

Lee Ermey qui joue le sergent instructeur le fût réellement dans sa vie professionnelle.

  • La première partie a comme sujet central un exposé du thème du conditionnement, faisant écho aux techniques développées dans un des films précédents de Kubrick Orange mécanique pour redresser radicalement les délinquants.

 

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  • Full Metal Jacket est sorti près de 20 ans après les faits relatés, durant lesquels les grands films sur la guerre du Vietnam étaient déjà sortis (Voyage au bout de l'enfer ouvrant le bal, suivi par Apocalypse Now, puis Platoon, entre autres), de sorte que la vision du cinéaste sur le sujet s'ajouta à un ensemble déjà traité.
  • Le titre Full Metal jacket fait référence à un type de munitions standard utilisées par les armées et les polices du monde entier. Munitions dites « FMJ » (pour Full metal jacket bullet (en)), c'est-à-dire « balle entièrement chemisée métal », balle typiquement militaire[5]. Juste avant de se suicider, alors que « Joker » (« Guignol » en VF) lui demande si ce sont des vraies balles qu'il charge dans son fusil, « Pyle » (« Baleine » en VF) répond : « 7,62 mm, full metal jacket ».
  • Le surnom de Leonard Lawrence en VF est « Grosse Baleine ». Dans la Version Originale, il s'agit de « Gomer Pyle », un personnage secondaire de la série télévisée The Andy Griffith Show qui apparut plus tard en vedette dans sa propre série, Gomer Pyle, U.S.M.C.. Gomer Pyle (interprété par Jim Nabors) est un engagé particulièrement maladroit sur lequel s'acharne le sergent-instructeur Vince Carter (interprété par Frank Sutton), tout comme Hartman s'acharne sur Baleine.
  • Le personnage principal, « Guignol », porte un casque sur lequel est inscrit « Born to kill » (« Né pour tuer ») en même temps qu'il arbore un badge représentant le symbole de la paix. Il déclare qu'il symbolise ainsi « la dualité de l'homme » mais il semble incapable d'en dire plus, peut-être par manque d'interlocuteur.
  • Kubrick a pris tellement de documentations pour son film, qu'il avait une cinquantaine de boites en cartons remplies dans son garage.

 

 

 

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Manifestation à Washington contre la guerre du Vietnam; 1968, photo Depardon: une partie de la jeunesse américaine avait compris que cette "sale" guerre était perdue d'avance et nuisible à l'image de leur pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Il affrontait une nouvelle mort sociale. Il n'était qu'un homme assis absolument seul dans un dîner. L'essaim bourdonnait tout autour de lui. Tous les autres étaient dans un état de béatitude mondaine. Il était le seul en panne. Il faisait tapisserie, sans interlocuteur, une lumière sociale de zéro watt dans le zoo des Célébrités des Bavardage... Ma vie part en morceaux ! - et pourtant à travers chaque cellule de son système nerveux central surchargé brûlait la honte - la honte ! - de l'incompétence mondaine."

 

 

 

 

Le Bûcher des vanités (The Bonfire of the Vanities) est un film américain réalisé par Brian De Palma, sortie en 1990. Ce film est une adaptation du roman éponyme de Tom Wolfe, publié en 1987.

Sherman McCoy, crème de la haute finance new-yorkaise, voit sa vie prendre un monumental tournant lorsque sa maîtresse renverse avec sa voiture un jeune homme de couleur. Il devient alors la proie des journalistes qui enflamment l'opinion publique, en particulier d'un journaliste sur le déclin qui a bien besoin de briller à nouveau.

 

Le Bûcher des Vanités de Brian de Palma  fut certes, un flop commercial. Mais le sujet fut, à l'époque et demeure d'actualité, nonobstant la présence d'un Afro-américain à la tête de la première puissance du monde.

Or,la fracture économico-sociale perdure,entre les Noirs, bientôt démographiquement majoritaires, et les Blancs, bientôt minoritaires mais dont les ancêtres furent les Pères fondateurs des États-Unis.Cette fracture fragilise-t-elle la cohésion nationale? Certains spécialistes le pensent.Brian De Palma fut, à l'époque, durement critiqué sur la forme de son film.Etait-ce tout?

Le thème de la chute brutale de ceux qui s'imaginent intouchables est traité avec brio et tout aussi important que le thème de la mécanique impitoyable de la justice à l'américaine.

 

"Ne vous retrouvez jamais pris dans le système de la justice américaine. Dés que vous êtes pris dans la machinerie, juste la machinerie, vous avez perdu. La seule question qui demeure, c'est combien vous allez perdre."

 

Monument littéraire, le Bûcher des Vanités reste l'oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines : Tom Wolfe.
Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l'âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l'écran par Brian De Palma, est un portrait en coupe sans complaisance d'une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d'un golden-boy en pleine gloire.
Au delà du contexte politique sensible (conflits raciaux) et de la satire mordante du système américain tout entier des financiers de Wall Street aux figures politiques, judiciaires et à la manipulation médiatique, c'est surtout l'écriture et la structure de ce pavé de 700 pages qui retient l'attention (et parfois le souffle !) du lecteur.

"Ce n'est pas la mauvais mec. Il a l'air un peu raide comme ça mais c'est sûrement un plutôt brave mec. Il a une femme, un môme. Il a ce putain d'appart. Il a pas le cran d'assumer cette merde. Il a pas le coeur à être du mauvais côté de la loi (...) Y'a des gens qui ont le cran pour ça et d'autres pas."

 

 

 

 
Wolfe inaugure ici un nouveau genre littéraire où la fiction se mêle à une réalité des plus précises, à mi-chemin entre le (nouveau) journalisme et les oeuvres de Balzac ou Zola. Avec un sens infini du détail, il recrée à la goutte de café et au crissement de fauteuil club en cuir près, l'ambiance des tribunaux aux bureaux de Manhattan en passant par les soirées mondaines new-yorkaises ou encore les bas fonds du Bronx... Sa plume se braque comme une caméra sur une myriade de personnages et une succession de scènes à la structure aussi calibrée qu'un storyboard.
Un drame implacable à la tension et aux effets parfaitement maîtrisés. Efficace certes mais littéraire ?

 

 

 

"Une honnête adaptation qui donne vraiment envie de lire le roman, tant l’histoire est formidable de causticité et de cynisme. On est toutefois un peu frustré par la réalisation de De Palma, un peu fade, un peu mollassonne, jusqu’à l’excellente séquence du procès. C’est assez surprenant de la part d’un réalisateur qui a habitué a beaucoup d’excès et d’effets spectaculaires. Le plus réjouissant reste la prestation de Melanie Griffith, en femme qu’on ne peut guère qualifier pertinemment sans subir la censure du site. Autrement le film est pile poil dans l’actualité, sachant les conséquences de ce qui s’est passé dernièrement dans une chambre d’hôtel à New York…"

(Critique de Benoitparis sur Allociné).

 

 

 

 

Quand on veut se débarasser de son chien, on dit qu'il a la rage....
(vieux proverbe)
Irak: une guerre pour du pétrole?
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Welcome to the suck!

 

 

 

 

Eté 1990. Anthony Swofford, 20 ans, est envoyé dans le désert saoudien. Pour ces jeunes marines déracinés, gavés d'images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d'un ennemi fantôme. Dans cet enfer naîtront pourtant d'inaltérables amitiés entre compagnons d'armes...



 
 
 
Jarhead la fin de l'uniformité du ciné USA
 
 
15/02/2006 - tigroune66

Merci à Sam Mendes de montrer enfin du doigt une Amérique qui ne va pas... qui ne va plus ! Dans Jarhead, la fin de l'innocence n'est pas véritablement celle de ce jeune Marine envoyé au front, dans une guerre qu'il ne verra jamais, mais bien la fin de l'innocence pour ceux qui verront ce film magistral. Jarhead se veut un film, ou plutôt un non-film, sur une non-guerre. Une dénonciation du système américain, de ses failles. De sa jeunesse perdue dans le chaos de néant dans lequel on la berce ! Mendes dénonce alors les rouages de l'armée USA, du gouvernement de la Maison Blanche, et dévoile la face si longtemps cachée du non-sens de la guerre. Point de pudeur, un éclairage cru. Qui a vu, verra...

 
 
 
Jarhead
 
 
08/02/2006 - Genero1

3° film de Sam Mendes (American Beauty) avec les excellents Jake Gyllenhall et Jamie Foxx, une apparition de Denis Haysbert (President David Palmer) sur la première guerre en Irak. Entre "Full Metal Jacket" et "Les Rois du Desert". Très bien réalisé, très bien monté, excellente b.o. A voir.

 
 

 
  •  
 
 
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L'histoire est basée sur les mémoires de l'ancien Marine Anthony Swofford, et nous entraîne en pleine Guerre du Golfe dans le quotidien des soldats durant l'opération "Bouclier du désert".
 
  • Le tournage s'est déroulé à Brawley, Comté d'Imperial, El Centro, Hotville, Los Angeles, Mexico City, Santa Clarita, la Vallée Impériale, White Sands et Yuma, aux Etats-Unis.
  • Mais aucune scène n'a été tournée au Moyen-Orient.
  •  
  • Au cours d'une scène, les marines assistent à la projection du film Apocalypse Now, sur lequel le chef monteur Walter Murch avait déjà officié.
  • Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Christian Bale et Joshua Jackson avaient également été pressentis pour le rôle principal, tandis que Michael Keaton, Kurt Russell et Gary Oldman l'avaient été pour celui du lieutenant colonel Kazinski.
  • Jarhead, littéralement « Tête de bocal », est le surnom donné aux Marines dès qu'ils ont été tondus après leur incorporation au contingent.
  • La première scène du film pourrait rappeler Full Metal Jacket de Stanley Kubrick.

 

 

  • Satellite Awards 2005 : Nominations aux prix de la meilleure adaptation, du meilleur montage, du meilleur acteur (Jake Gyllenhaal) et du meilleur second rôle masculin (Peter Sarsgaard).

 

 

 

 

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Green Zone ou La Zone verte au Québec est un film d'action écrit par Brian Helgeland et réalisé par Paul Greengrass adapté du livre Imperial Life in the Emerald City de Rajiv Chandrasekaran, sorti le 14 avril 2010.

L'histoire se déroule à Bagdad, en partie dans la zone verte, quartier fortifié du gouvernement provisoire irakien, des ministères et des ambassades (dont l'immense ambassade américaine). Le thème du film est la manipulation médiatique et militaire autour des armes de destruction massive qui ont motivé l'entrée en guerre des États-Unis.

 

 

 

 

 

Alors que les Etats Unis viennent d’envahir l’Irak, le soldat Miller est chargé, avec son unité, de retrouver les armes de destruction massive justifiant l’invasion du pays. Ne trouvant ni armes, ni réponses, il entre en contact avec le représentant local de la CIA opposé aux bureaucrates voulant instaurer un pion à la tête du pays...

 

 

 

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The green grass zone

(A qui faire confiance?)par François Rey.

 

Il n’y a pas très longtemps, William Friedkin confiait à nos confrères de Mad Movies que Paul Greengrass était, d’après lui, le meilleur réalisateur de film d’action du moment (avec aussi le français Pierre « Taken » Morel). Si l’auteur de ces lignes est entièrement d’accord avec le réalisateur de « L’Exorciste » et de « French Connection », il faut aussi ajouter qu’en plus de maîtriser l’action sur le plan visuel, Paul Greengrass n’en oublie pas de proposer un contenu donnant à réfléchir et à réagir. Bien qu’il ait changé la donne du film d’action actuel avec « La mort dans la peau » et « La vengeance dans la peau », l’homme ne s’en tient pas à ses acquis et creuse toujours plus pour étaler au grand jours des sujets brulants (L’IRA avec « Bloody Sunday » et le 11-Septembre avec « Vol 93 »). En d’autres termes, un fond solide appuyé par une forme maitrisée de bout en bout.

La Green zone n’est pas là où se trouve la plupart du temps Tiger Woods, mais la zone de sécurité établie à Bagdad. Matt Damon joue ici le rôle d’un soldat chargé de retrouver les fameuses AMD (Armes de Destruction Massive) au lendemain de l’invasion de l’Irak par les marines américains. Si son engouement professionnel est certain dès son arrivée à l’écran, où l’on voit clairement que rien ne se mettra sur son passage, il apparaît clairement qu’il est l’un des rares à accorder de l’importance à ces AMD et surtout à la raison de leur absence. Et c’est ce qui va le pousser à s’engager dans cette nouvelle quête, dans cette nouvelle mission : comprendre pourquoi.

Pris entre deux feux de la guerre « de bureaux » que se livre la maison blanche qui ne voit (l’Histoire le prouve) qu’un enjeu politico-économique dans cette invasion et les vieux briscards de la CIA voulant un Irak stable, quitte à faire alliance avec l’armée locale, Miller va devoir faire un choix : suivre les ordres, ou suivre la vérité. Il va peu à peu effacer certaines obligations pour découvrir la vérité car comme il le dit « les causes d’une guerre sont importantes » « Que va-t-il se passer la prochaine fois que l’on aura besoin que les gens nous fassent confiance ? ».

Entouré de soldats dévoués (certains rappellent les soldats de « Bloody Sunday » ), mais peux curieux et finalement peux impliqués dans le problème alors qu’ils sont pourtant au centre du conflit. Il suffit de voir cette scène dans laquelle l’annonce de la fin de la guerre par Bush déclenche un tonnerre d’applaudissement de la part des soldats, alors que l’on sait bien tristement que la plupart d’entre eux vont se faire tuer dans les années qui suivront cette scène et que la guerre n’est toujours pas terminée, pour être témoin de l’endoctrinement des « politiques » sur les troupes.

Miller, lui, n’oublie pas que la vérité est primordiale face à une Maison Blanche qui, tare habituelle, ne comprend rien à la situation politique locale. On retrouve bien cette idée entre le plan d’ouverture montrant Bagdad de nuit subissant des bombardements, et l’un des derniers plans montrant cette fois ci Bagdad en feu alors que le conflit est « terminé ». « Ce n’est pas à vous de décider de ce qui se passe ici » dit un Irakien, et Miller va le comprendre. Faire la guerre est une chose, mais il faut savoir pourquoi l’on se bat, pourquoi l’on risque sa vie et pourquoi on va devoir en supprimer une. La force du film (et de la filmo) de Greengrass est de, sans prendre un ton moralisateur, nous confronter face à cela (tout en restant un excellent divertissement).

Techniquement, tout est parfait. On pense forcement visuellement à « La Chute du Faucon Noir » de Ridley Scott en raison de la configuration des lieux et du matériel utilisé, mais toutes les guerres se ressemblent et la comparaison s’arrête la. « Green Zone » n’est pas un film sur les soldats, mais un film sur les raisons de la guerre et, de plus, les styles visuels de Greengrass et de Sir Ridley Scott sont complètement différents (et c’est un fan de Scott et de « La chute du faucon noir » qui écrit ces lignes).

Grand utilisateur de la « shaky cam » (caméra à l’épaule pour un style), Greengrass est l’un des rares à la maitriser et à en donner une raison. Une caméra posée donnerait un point de vue trop contemplatif et nous ferait rester simple spectateur. La caméra à l’épaule nous place au cœur de l’action pour que nous y participions, comme si notre présence, notre avis avait un intérêt : celui d’être témoin (différent de spectateur).

 

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 08:31

   

   

   

CAPTAIN AMERICA

Chris Evans. Paramount Pictures France

Chris Evans. Paramount Pictures France

Chris Evans. Paramount Pictures France

 

 

 

 

 

 

1942,NY CITY. USA.

 

 

 

 

 

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Tentant pour la cinquième fois de se faire engager dans l'armée américaine, le chétif Steve Rogers (Chris Evans) est à nouveau refusé. Mais il attire l'attention d'Abraham Erskine (Stanley Tucci), qui voit dans ce caractère noble et obstiné un sujet idéal pour ses expériences. Ce savant ayant fui l'Allemagne a en effet découvert le moyen de transformer un homme ordinaire en super-soldat. Devenu un colosse du nom de Captain America, Rogers devra affronter le chef de l'unité scientifique nazie, Johann Schmidt (Hugo Weaving, toujours excellent dans les rôles de méchant), d'autant plus redoutable qu'il a lui aussi profité de l'invention d'Erskine...

Hugo Weaving. Paramount Pictures France Le Très méchant-Très vilain.

 

 

 

 


Le Très beau - Très gentil

 

 


je redoutais un film de "super-héros-américain- sauveur du monde libre" de plus, au lieu de quoi, j'ai eu  la surprise de découvrir une excellente comédie d'aventures, plus proche d'Indiana Jones que du désastreux Green Lantern ou de Batman. L'histoire, menée à un rythme soutenu,  sait avec brio ne pas se prendre au sérieux, mais sait ménager au spectateur le minimum de crédibilité pour qu'il accroche au récit.

Paramount Pictures FranceHugo Weaving & Toby Jones. Paramount Pictures FranceParamount Pictures France

 

Les personnages, parfaitement dessinés, déploient un humour de bon aloi (mention spéciale au savoureux général composé par Tommy Lee Jones).

Le design des armes, avions, chars, automobiles... conjugue parfaitement les formes des années 40 et le futurisme, dans un style que n'aurait pas renié le célèbre designer américain (d'origine française) Raymond Loewy (1893-1986).

Paramount Pictures FranceParamount Pictures FranceChris Evans. Paramount Pictures FranceParamount Pictures France

 La mise en scène, ample et élégante, sert parfaitement l'action sans sacrifier au bougisme et au style saccadé en vogue. Et l'on appréciera sans doute, même si elle est sous-exploitée dans le récit, la philosophie sous-jacente qui explique le choix d'un gringalet pour devenir un super-héros : ayant été faible lui-même, il saura que la vraie force ne saurait mépriser la faiblesse, mais doit en toutes circonstances, même dans une guerre sans merci, être animée de compassion.

Morale chevaleresque qui fait de ce héros l'un des plus sympathiques qu'on ait vu de longtemps sur les écrans.

 

Chris Evans. Paramount Pictures France 

 

 

 

 

Chris Evans. Paramount Pictures France

 

 

 

Un bon moment de cinoche américain, comme je l'aime, où j'ai fait fait un plongeon rétrograde dans mes années d'ado.Un rajeunissement instantané, sans lifting ni boutons d'acné, mais des éclats de rires, sans compter les moments de frayeurs qui vous scotchent sur le fauteuil.

Le générique de fin est à lui seul un petit chef d'oeuvre rétro dans l'esprit des années 4O...

J'y retournerai avec Hollywood Chewing Gum dans la bouche et bouteille de Coca à la main...

 

 

 

Captain America a vu le jour il y a 70 ans. Depuis la publication du premier l'album, la bande dessinée s'est vendue à plus de 210 millions d'exemplaires dans quelques 70 pays.

 

 

 

 

 

 

Et de 5 !

Ce film est la cinquième adaptation cinématographique autour du fameux super-héros. Après le Captain America de 1944, on trouve le film télévisé de 1979 ainsi que son sequel, Captain America II (TV). Sans oublier la version de 1990, le film théâtral Captain America.

Le premier en dernier

Même si ce film s'intitule Captain America: The First Avenger, il s'agit en réalité du dernier film présentant un "avenger" avant la sortie du film The Avengers qui verra Iron Man, Thor, Hulk et Captain America faire équipe.

Les scénaristes du film, Christopher Markus et Stephen McFeely, sont connus pour avoir adapté les trois premiers volets de la saga Narnia.

Scénario corrigé

Au début, Captain America : First Avenger, devait être un film unique. Mais lorsque The Avengers a été annoncé, le scénario a été corrigé par Joss Whedon dans le but de mieux intégrer Captain America à l'équipe de super héros. Par la suite, Samuel L. Jackson est venu tourner quelques scènes, de la même façon que pour Iron Man ou Thor.

Tournage

Le tournage s'est déroulé à Londres, Liverpool, Manchester et Los Angeles et a duré plus de 90 jours.  

Avant de confier le rôle à Chris Evans, l'équipe du film a vu défiler un bon nombre d'acteurs : de Sam Worthington à Will Smith, de Channing Tatum à Chace Crawford, de John Krasinski à Michael Cassidy ou encore de Kellan Lutz à Alexander Skarsgård...

Les producteurs avaient proposé le rôle de Peggy Carter à Emily Blunt, mais, après des mois de discussions, elle a finalement décliné l'offre. Chris Evans a lui refusé trois fois le rôle de Captain America avant d'accepter.

Le choix du réalisateur

Kevin Feige explique pourquoi il a choisi Joe Johnston pour réaliser le film :

 "J'admire son travail depuis l'époque où il concevait les effets spéciaux d'un Star Wars: Episode IV - Un nouvel espoir. Sa carrière le conduit aujourd'hui à réaliser un film produit par les studios Marvel ; un film sur le fil du rasoir, contemporain mais qui a du coeur. Son film Ciel d'octobre était déjà une oeuvre cinématographique remarquable. Johnston a toujours été sur la même longueur d'ondes que les producteurs et répété à l'envi que le sujet du film devait être Steve Rogers et son cheminement intérieur."

Avant Joe Jonhston, Jon Favreau et Nick Cassavetes ont été approchés. Louis Leterrier a, quant à lui, proposé ses services.

Un acteur américain

 

De plus en plus de super héros censés être américains sont dorénavant joués par des Britanniques dont la formation a indéniablement plus d'épaisseur. Par exemple, Batman est interprété par Christian Bale, Spiderman est joué par Andrew Garfield et Henry Cavill prêtera bientôt ses traits à Superman. Pour Captain America : The First Avenger, les producteurs voulaient impérativement un comédien américain.

Les années 1940


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Comme Captain America est né dans les années 1940, il était essentiel de situer l'action du film à cette époque là. Pour autant il n'était pas question de faire un film historique.

"Nous avons adopté une approche fantastique de l'Histoire : nous avons pris des événements et des lieux réels auxquels nous avons apporté une touche de science-fiction pour raconter les origines de l'univers Marvel, que nous seuls pouvions raconter. Il y a eu énormément de films de guerre, et notamment sur la Seconde Guerre Mondiale, mais pas comme celui-ci", explique Kevin Feige, le producteur du film.

Hugo Weaving, Joe Johnston, le chef opérateur Shelly Johnson et le chef décorateur Rick Heinrichs avaient tous les quatre collaboré sur le film Wolfman.

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Le père d'Iron Man

Dominic Cooper incarne l'inventeur Howard Stark, futur père de Tony Stark, alias Iron Man. Pas vraiment amateur de BD, il ne connaissait pas vraiment son personnage.

"J'ai voulu savoir dans le détail comment la production envisageait le personnage et sa place dans l'intrigue. C'est passionnant d'étudier comment fonctionne Howard Stark. Il s'avère être un chef d'entreprise exubérant avec un passé de playboy. De plus, il est créatif, c'est un inventeur", explique-t-il.

Et même si le tournage s'est très bien passé, il se plaint de n'avoir eu "ni cascades ni cape ni panoplie de super-héros".

Habitué au comic-book

C'est la septième fois que Chris Evans joue dans une adaptation de comic-book après Les 4 Fantastiques, Les 4 Fantastiques et le Surfer d'Argent, Push, TMNT les tortues ninja et Scott Pilgrim.

Chris Evans tout maigrichon

 

Pour transformer Chris Evans en un Steve Rogers de 45 kilos, Christopher Townsend a employé toute une palette d'effets spéciaux, allant jusqu'à un remplacement de la tête de l'acteur, car il était plus crédible d'affiner la tête et le corps d'Evans. Une doublure amincie regardait Evans jouer la scène, puis devait reproduire sa gestuelle du mieux possible. Ensuite, tête et corps étaient mixés grâce aux effets spéciaux.


Un costume mythique

Chris Evans. Paramount Pictures France

Kevin Feige, producteur du film, raconte comment a été conçu le costume : 

"Nous avons imaginé le costume en étant fidèles à l'esprit de la BD. Mais on a aussi tenu à ce qu'il soit réaliste : il s'inscrit donc parfaitement dans son époque, tout en donnant l'impression d'exister dans notre monde. On serait vraiment stupide de ne pas se servir des dessins d'origine et de repartir à zéro, mais on souhaitait les adapter à notre acteur et à notre intrigue."

Patrick Whitaker, costumier, ajoute :

"Le costume se devait d'être le plus fonctionnel possible, mais il était souhaitable également qu'il ait l'air un peu rétro car l'intrigue se déroule dans les années 40."

Ginger Rogers

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Selon Hayley Atwell, Peggy Carter ressemble beaucoup à Ginger Rogers (bof!) :

"Tout ce que fait Captain America, elle le fait à l'envers et en talons".

Un service militaire...même pour les filles

Hayley Atwell. Paramount Pictures France

Paramount Pictures France

 

Hayley Atwell s'est soumise à un entraînement militaire rigoureux avec un ex-Marine, non seulement pour se préparer physiquement, mais aussi pour apprendre à tirer tant au revolver qu'à la mitraillette et être crédible sous les traits de Peggy Carter.

"Je me suis entraînée au tir assez tôt, avec un Walther PPK. J'avais déjà tiré quelques fois auparavant, mais jamais à cette échelle", explique-t-elle.

Une relation complexe

Hayley Atwell nous éclaire sur la relation qu'elle entretient avec Steve Rogers :

"Elle mène sa propre carrière, a une grande estime d'elle-même et en a plus qu'assez de ces militaires qui ne la prennent pas au sérieux. C'est ce qui la rend si irrésistible, surtout aux yeux de Steve. Peu importe sa métamorphose, il demeure au fond un petit garçon qui n'a aucune expérience des femmes. C'est comme s'il était passé sans transition de l'école primaire à la fac."

Inspirations

 

Pour préparer son rôle, Sebastian Stan a regardé de nombreux documentaires sur la Seconde Guerre mondiale et s'est beaucoup inspiré de la mini-série Frères d'armes.

 

 

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Omaha beach; juin 44.(photo Capa)La puissance américaine au secours d'une Europe en ruines, au prix de souffrances inouïes pour les "boys". Il faut souffrir pour devenir et rester une superpuissance...

 

Deux orphelins

Sebastian Stan & Chris Evans. Paramount Pictures FranceSebastian Stan & Chris Evans. Paramount Pictures France

Sebastian Stan interprète Bucky, le meilleur ami de Captain America. Il revient sur leur relation :

 "Par bien des aspects, il ressemble à Steve et c'est pourquoi, d'après moi, ils sont si proches : ils sont tous deux orphelins, indépendants et ne comptent que sur eux-mêmes. Mais Bucky se sent responsable de Steve et est prêt à tout pour le protéger. En devenant Captain America, Steve incarne un symbole. Bucky a toujours eu l'habitude de résoudre les problèmes annexes, ce qui fait de lui un allié de poids pour Captain America. Ça me plaît vraiment car je trouve que cela ajoute une dimension à mon personnage."

 

Des heures de maquillage

Hugo Weaving. Paramount Pictures France

Pour prendre les traits du Red Skull, Hugo Weaving devait endurer des heures de maquillage par jour. Une fois le masque posé, l'acteur a eu un peu de mal à se l'approprier : "Au départ, c'était une gageure de se glisser derrière le masque. Mais progressivement, je me suis rendu compte que je pouvais tirer parti d'expressions du visage, et que je pouvais même m'approprier totalement le masque. Les pommettes, les sourcils et la bouche sont outranciers, mais m'ont permis de donner vie à ce visage, alors que j'avais le sentiment qu'on ne distinguait plus Johann Schmidt lors des premiers essais."

Hugo Weaving ne connaissait pas bien la BD. De fait, il ne savait pas à quel point son personnage était emblématique. "J'ignorais tout des histoires de Captain America et de toute façon je n'ai qu'une connaissance limitée des super-héros en général. C'était particulièrement formateur de m'intégrer à ce monde", confie l'acteur australien. "Il existe tant d'histoires différentes et d'images contradictoires du Crâne Rouge que je ne savais pas dans quelle direction aller. J'avais l'impression qu'il valait mieux m'atteler à la version spécifique du Crâne Rouge élaborée dans le scénario puisque les studios Marvel avaient inventé cette intrigue spécialement pour lui", ajoute-t-il.

Un accent allemand

 

Stanley Tucci a accepté d'interpréter le Dr. Reinstein parce que cela lui permettait de prendre un accent allemand, chose dont il avait toujours rêvé !

 


Le bouclier


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Les scénaristes ont inséré le fameux bouclier dans des moments-clé du film : "C'est à la fois une arme de défense et d'attaque, qui lui permet d'éviter les balles mais aussi de frapper ses ennemis", explique le scénariste Christopher Markus. Différents boucliers ont été fabriqués pour couvrir tout le tournage, dont certains sous la responsabilité du chef accessoiriste Barry Gibbs :

"Il y a quatre types de boucliers dans le film : l'original, le léger, le dur et le mou, et ils ont tous une utilité différente. Chris se servait de l'original pour les gros plans, et alternait entre les trois autres en fonction des besoins des scènes. Le mou était toujours utilisé pour les scènes de combat."

 


Une costumière très 40's

 

Angleterre-medium-price-fashion--london-1940.jpgMannequin présentant un modèle de tailleur; Londres, Automne 1940. 

 

 


Hayley Atwell. Paramount Pictures France

 

 

 

Les costumes du film ont été dessinés par Anna B. Sheppard. Nominée aux Oscars à de nombreuses reprises, elle est passionnée par les années 1930 et 1940. Elle a réalisé les costumes de nombreux films d'époque dont Le Pianiste, Inglourious Bastards et La Liste de Schindler.

Un régime un peu spécial

Neal McDonough incarne Dum Dum Dugan. L'acteur, qui mesure 1m83, a dû porter des épaulettes et "manger beaucoup de gâteaux au chocolat" afin de grossir pour interpréter comme il se doit ce personnage à la carrure imposante.

 

 

 

 

 

 

 

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