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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 18:10

 

 

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Avec ce Renoir, l'excellent  Michel Bouquet fait un retour inespéré sur nos écrans. A l'origine, c'est le génial Jean-Pierre Marielle qui devait obtenir le rôle...Que s'est-il passé? Peu importe, le choix final est le bon.  A regretter cependant, les sentences pontifiantes sur la vie et l'art; elles sont ridicules, même quand c'est Michel Bouquet qui les profère.

 

 

 

 

1915. Reclus dans sa villa de la Côte d’Azur, perclus de rhumatismes, Auguste Renoir (1841-1919) (Michel Bouquet) mobilise ses dernières forces pour continuer à peindre.

L’arrivée d’un nouveau modèle, Andrée Heuschling (Christa Théret), lui redonne une ultime vigueur créatrice. Revenant du front où il a été blessé, son fils Jean (Vincent Rottiers) trouve aussi la jeune femme à son goût.

On sait que c’est l’ambition d’actrice d’Andrée – elle fera carrière dans le muet sous le nom de Catherine Hessling – qui décida de la vocation de cinéaste de Jean Renoir, qui, à l’époque de leur rencontre, se cherchait encore. Muse successivement du père et du fils, Andrée eut un destin qui ne pouvait qu’intéresser le cinéma.

Inspiré du livre le Tableau amoureux (Fayard), de Jacques Renoir, arrière-petit-fils d’Auguste, le film est pourtant plus le portrait d’un trio que de l’un des protagonistes. Et c’est naturellement la figure d’Auguste, avantagée par l’immense talent de son interprète comme par sa personnalité un peu écrasante, qui domine le récit, d’autant que les deux autres interprètes, sans démériter, manquent un peu de relief. Comme l’ensemble du récit, évocation agréable, supérieurement photographiée par Mark Ping Bing Lee, mais qu’on aurait souhaité relevée de davantage de passion.

 

Laurent Dandrieu in Valeurs Actuelles.

 

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Nommé

 

Prix Un Certain Regard

 

Gilles Bourdos

 

 

Nommé

 

Un Certain Regard - Prix d'interprétation féminine

 

Gilles Bourdos

 

 

 Nommé

 

Un Certain Regard - Mention spéciale du jury

 

Gilles Bourdos

 

 

Nommé

 

Prix Fipresci - Un Certain Regard

 

Gilles Bourdos

 

 

 Nommé

 

Prix Regard jeune

 

Gilles Bourdos

 

 

 Nommé

 

Un Certain Regard - Prix Spécial du Jury

 

Gilles Bourdos

 

 

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Renoir est un film sur le pouvoir de la création. Sur ce pouvoir à l’œuvre, quoiqu’il en coûte à l’artiste.

En 1915, réfugié dans son domaine des Collettes au bord de la Méditerranée, Auguste Renoir, le corps perclus par la polyarthrite qui le fait souffrir atrocement, enchaîne toile sur toile. Dans son atelier posé au milieu des oliviers, il travaille inlassablement, le pinceau attaché à sa main raidie par des bandelettes de tissu. Et ses tableaux ne sont qu’odes à la lumière blonde qui cajole les formes voluptueuses de femmes rayonnantes et sensuelles.

 

Toute la vie qui abandonne le peintre se concentre dans ces figures solaires gorgées de couleurs. Mais, dès que le soir tombe, la douleur revient, maîtresse tyrannique des nuits de Renoir où la vieillesse convoque des fantômes d’angoisse et de misère.

 

Renoir est un film sur la griserie du geste.

Gilles Bourdos a eu l’idée, excellente, de confier au faussaire Guy Ribes l’interprétation de la main du peintre incarné par Michel Bouquet. La caméra circule comme un fluide entre le visage du comédien et le geste ondoyant du vrai-faux peintre dont le douteux métier se fonde sur une connaissance intime du style et de la touche de l’artiste. Rarement on aura vu un dessin devenir esquisse avec autant de souplesse et de vérité, puis l’ébauche prendre forme et donner naissance au tableau.

 

 

Renoir est un film sur la douceur des femmes apaisant le corps des hommes. Le vieil artiste cloué dans son fauteuil roulant dont il a renoncé à s’extraire, préférant mobiliser ses ultimes forces au service de la peinture ; son fils Jean, le futur cinéaste, blessé au front et qui revient aux Collettes en claudiquant pour achever sa convalescence ; Claude enfin, dit Coco, le plus jeune des Renoir, sauvageon à la silhouette adolescente un peu malingre et empruntée…

 

Trois âges de la vie et trois corps fragiles qui s’en remettent aux soins caressants des femmes. Elles furent modèles, maîtresses souvent, et désormais servantes : tout un petit peuple féminin officie aux Collettes, cuisinant, entretenant la maison et soulageant Auguste Renoir de ses insupportables douleurs. Dans un rituel envoûtant où l’eau joue un rôle quasi mystique, elles baignent et massent les mains endolories du peintre, procèdent délicatement à sa toilette et à son coucher laborieux.

 

 

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Renoir est un film sur une femme parmi ces femmes.

Andrée, ou Dédée, jeune rousse onctueuse, débarque un beau matin. À peine a-t-elle postulé qu’Auguste l’engage comme modèle, séduit par son charme spontané. Pour le créateur, cette nouvelle muse est comme une source de jouvence, un appel inespéré de la vie. La beauté et la force d’Andrée lui attachent d’ailleurs tous les Renoir.

 

Coco devine en elle ce mystère féminin encore inaccessible tandis que Jean tombe amoureux, puisant dans cette passion la vitalité qui lui fait défaut. C’est par elle, pour elle, que le jeune soldat indécis qui ne sait de quoi l’avenir sera fait, se tournera sérieusement vers le cinéma… Ne doit-il pas immortaliser sur la pellicule sa belle amante – qu’il épousera en 1920 ?

Quelques années plus tard, Andrée Heuschling sera, sous le nom de Catherine Hessling, la vedette de son premier long métrage, La Fille de l’eau (1924), puis la courtisane Nana (1926) d’après le roman de Zola…

 

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Et Michel Bouquet est admirable...

 

Renoir est un film sur la beauté ensorcelante des paysages du Sud écrasés de soleil ou bleutés par les ombres au crépuscule, les délicieuses parties de pêche nocturne en mer, les pique-niques au bord des frais torrents de l’arrière-pays, l’eau qui file entre les doigts à l’image de la vie.

Malgré la musique insipide d’Alexandre Desplat qui affaiblit parfois l’image, Gilles Bourdos atteint un superbe équilibre entre les scènes artistiques et les séquences narratives.

 

Michel Bouquet, le visage mangé par une barbe de patriarche, joue avec les yeux. Il est tout simplement admirable face au Jean élégant et fragile de Vincent Rottiers. L’incarnation plus classique mais parfaitement convaincante de Christa Theret et son physique « renoirien » participent de la réussite de l’œuvre, sans oublier la galerie des seconds rôles, tous impeccables, à commencer par Carlo Brandt en médecin lucide et compréhensif.

 

 

EMMANUELLE GIULIANI in La Croix


 

 

 

 

 

Le tournage du film n'a pas eu lieu dans le domaine des Collettes, où Renoir a passé les dernières années de sa vie et qui est depuis devenu un musée consacré au peintre, mais dans la région du Var pour conserver la belle lumière du sud de la France.

 

 

En matière de films sur le travail de la peinture, Gilles Bourdos a pensé à la démarche de deux cinéastes : "J’avais en tête deux grandes postures opposées : celle de Maurice Pialat (Van Gogh, 1991) qui refuse totalement de filmer le peintre au travail et celle de Vincente Minnelli (La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, 1956) qui cite frontalement les situations dépeintes dans les tableaux par la mise en scène".

Au final, le cinéaste a choisi de montrer le peintre au travail sans pour autant citer des œuvres de Renoir.

 

 

Pour le metteur en scène Gilles Bourdos, il était évident que Michel Bouquet devait interpréter Renoir, en raison des points communs entre les deux hommes : "J’ai trouvé chez Michel la même émouvante obstination au travail que chez Renoir, le même courage face à l’adversité (...) ce qui m’intéressait chez lui, outre l’immense comédien qu’il est, c’est le rapport du "vieux maître" aux jeunes acteurs", explique-t-il.

 

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Mais comment s'imprégner de la personnalité d'un artiste?

Pour comprendre qui était Pierre-Auguste Renoir, l'acteur Michel Bouquet a lu plusieurs fois le livre "Pierre-Auguste Renoir, mon père" écrit par Jean Renoir ce qui lui a donné l'impression de ne pas trahir le peintre : "Je me suis senti accompagné par l'être qu'il était", explique l'acteur. Il aussi visionné un court-métrage réalisé par Sacha Guitry, Ceux de chez nous (1914), où apparaît le peintre au travail.

 

 

Interpréter le rôle de Jean Renoir pouvait présenter certains pièges pour son jeune acteur, que le cinéaste cherchait à éviter : "Il y avait le risque que Vincent Rottiers s’inspire des prestations de Jean Renoir dans ses propres films, autrement dit celles d’un grand bourgeois qui aimait camper des faubouriens à la limite de la caricature. Je lui ai demandé surtout de s’approprier la situation", explique Gilles Bourdos.

 

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Il est étonnant de savoir que toutes les peintures présentes dans Renoir ont été réalisées par Guy Ribes, célèbre faussaire qui imitait le style des grands maîtres de la peinture comme Chagall, Picasso ou Matisse. Il fut condamné en 2004 à trois ans de prison et contacté par Gilles Bourdos à sa libération.

 

 

Enfin, Renoir marque la troisième collaboration entre Gilles Bourdos et le compositeur Alexandre Desplat. Auparavant, ils ont travaillé sur Et après (2007) et Inquiétudes (2004). Le réalisateur retrouve aussi le scénariste Michel Spinosa, avec qui il a écrit tous ses films.

 

 

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Il est difficile de voir dans le regard de cet artiste une quelconque insouciance, une légèreté, un esprit bucolique. C'est qu'il y a une angoisse certaine chez ce peintre  qui naît après la Révolution, c'est-à-dire aprés  l'écroulement d'un monde où la féminité est piétinée sous les bottes de la soldatesque et les sabots des fureurs populaires, sous les ricanements de petits avocats, philosophes, petits tyrans, arrivistes et opportunistes en tous genres. Ces yeux là n'ont pas vu les immenses guerres napoléoniennes, les révolutions de 1830 et 1848 mais ils en sont imprégnés. Comme du désastre de 1870 puis, Apocalypse totale, écroulement définitif de mondes impériaux et aristocratiques où les aigles les plus augustes furent foudroyés: la Grande Guerre.

Ce petit bourgeois a essayé de se protéger dans les herbes hautes de quelques campagnes silencieuses où seront quand même fauchés des millions de jeunes hommes ensevelis dans les amnésies des peuples hédonistes. Son fils sera blessé; plus profondément qu'il n'y paraît: le cinéma de Jean Renoir est imbibé de pacifisme et de rêves humanistes forcément fracassés dans des réveils haletants et sidérés...

 

Bazille plus que Renoir...

 


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Renoir peint par son ami Frédéric Bazille (1841-1870) en 1867.

Même génération que Renoir, mais Bazille est issu de la grande bourgeoisie protestante de Montpellier, autrement dit dans l'aisance...Pas seulement financière; là est la différence. Il fait poser son ami dans une attitude insolite voire scandaleuse pour l'époque; Bazille a du  s'amuser... Il s'engagera dans un régiment de zouaves et sera tué en 1870 à l'âge de 28 ans. Bazille c'est aussi l'insolence du panache. Renoir, tristement, verra tous ses amis disparaître...

 

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"Réunion de famille" peinte par Frédéric Bazille, 1867 (Musée d'Orsay): toute la bourgeoisie du Second Empire libéral se dit dans cette peinture. Ce n'est pas de l'impressionnisme à proprement dit mais l'impression qui se dégage de cette peinture est claire et nette; impressionnante. C'est de ce milieu qu'est issu Bazille. Sa rencontre avec Renoir et les autres peintres de son époque provoquera une sorte de  "melting pot" d'où la peinture européenne et même au-delà des mers, sera sensiblement transformée.

 

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Jeune femme et village de Provence (1864)

 

 

 

bazille-Fleurs.jpgDes fleurs... Le regard de Frédéric Bazille est imprégné d'élégance. Tout simplement...

A mon goût, bien plus que celui de Renoir dont l'art me paraît plus... besogneux, plus...petit-bourgeois de la IIIe République. C'est mon impression.

Est-ce pour cela que les oeuvres de Renoir conviennent parfaitement aux Almanach des PTT et aux loges des concierges?

 

 

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Robe rose...

 

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Toilette...Frédéric Bazille aime l'érotisme.

 

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Nu couché

 

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Bazille, espiègle, insolent...

 

Bazille-photo-65-Etienne-Carjat.jpgPhotographié en 1865 par Etienne Carjat. Comme un Dandy...

 

Bazille - Pêcheur à l'épervier

"Pêcheur à l'épervier" peint par Frédéric Bazille en 1868. De dos et pourtant scandaleux pour l'époque...

 

 

 

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Bazille: Scène d'été, 1869. Et ce jeune homme adossé à l'arbre, tel  Saint Sébastien ...Et ce lourdeau qui a besoin d'aide pour sortir de l'eau; c'est la pesanteur et la grâce...

 

 L'oeuvre de Bazille, interrompue par sa mort prématurée à la guerre de 1870, montre des compositions nouvelles développées avec audace et diversité : portraits de plein air avec fond panoramique comme dans "La robe rose" (1864) ou "Vue de village Castelnau-le-Lez" (1868), scène de famille avec son grand tableau "Réunion de famille" (1867); (152x230), scènes de plein air avec "Scène d'été" (1869).

 

Il s'attacha en particulier à combiner la peinture de figures en plein air avec une concentration intense sur la lumière naturelle.

 

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Jeune homme nu couché sur l'herbe (1870); une des dernières oeuvres de Frédéric Bazille; presqu'un testament sur la fragilité de la beauté et de la jeunesse...

 

 

 

 

 

"Jeune homme nu couché sur l'herbe ou de la fragilité de l'enfance à la sensibilité de l'adolescence. Cette peinture permet de mieux comprendre la conception et l' utilisation de la couleur par Frédéric Bazille: ici, tons fondus et lignes évanescentes.

Bazille enrichissait tout ce qui avait été fait avant lui en y incluant ses propres recherches sur la forme et sur la couleur comme un abandon suprême à son art, avec une immense sensibilité renouvelée, une sensualité exacerbée.

Ce Jeune homme nu couché sur l'herbe nous montre à quel point Frédéric Bazille revient cent fois à l'ouvrage, retouche, détruit, reprend, transforme, travaille lentement. Bazille c'est à la fois l'exigence et l'humilité, le corps abandonné et l'esprit tourmenté, à la recherche de l'idéal au delà des apparences.

 

Frédéric Bazille s’est essayé à tous les genres: portraits, portraits de groupe, paysages, fleurs, natures mortes avec animaux. Certaines de ses œuvres ont été acceptées par les Salons officiels. D’autres, comme "Le pêcheur à l'épervier", avaient été refusées pour des raisons morales plutôt qu’esthétiques: ce tableau, un homme nu, même de dos, dans une scène contemporaine n’était pas tolérable en 1870. C'est bien la preuve de la puissance évocatrice et érotique de ce génial artiste, car des nus d'hommes ou de femmes, il y en eu des centaines peintes avant  Bazille... En fait, presque sans le vouloir vraiment, il dérange...

 

Il faut savoir que Bazille n'a pas fait beaucoup de tableaux, ce n'est pas seulement parce qu'il est mort jeune (29 ans), mais aussi parce qu'il travaillait beaucoup chaque tableau.

 

Il prépare ses toiles par de nombreux croquis, passe des jours voire des semaines sur une toile et la termine souvent en atelier, habité par l'idée "de ne pas seulement peindre l'apparence des choses" "Je fais des progrès, voila tout " écrivait-il une fois à ses parents en parlant de son séjour à Honfleur".

 

Joelle Llapasset.

 

 

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L'atelier rue de la Condamine à Paris

 

 

 

« Disons pourtant que, s'il plaît à ces messieurs de se servir de la brosse par le manche, au lieu de la retourner à l'endroit, personne n'a rien à y voir ; mais alors c'est à la condition de justifier ce mode de réalisation, et de prouver qu'on peint mieux avec un couteau à palette qu'avec les crins d'un pinceau. Cela pourra venir ; pour le moment ce n'est pas encore venu. »

 

(Marc de Montifaud, « Exposition du Boulevard des Capucines », l'Artiste, 1er mai 1874).

 

- « Il est vrai qu'il est déjà honorable de déblayer le chemin pour l'avenir, pour peu qu'on soit tombé sur la bonne voie. Aussi rien de plus caractéristique que l'influence des peintres impressionnistes – refusés chaque année par le jury – lorsqu'elle s'exerce sur les peintres aux procédés adroits qui constituent chaque année l'ornement du Salon… »

 

(Émile Zola, « Nouvelles artistiques et littéraires », le Messager de l'Europe, juillet 1879).

 

- « L'impressionnisme n'est guère que la codification de l'ébauche. Nous sommes loin de le proscrire ou du moins de le dédaigner. […] Mais élever l'ébauche à la hauteur d'un système, c'est de la théorie sans portée, si même, le plus souvent, ce n'est pas de l'impuissance et une simple forme de l'escamotage. »

 

(Henry Trianon, « Sixième exposition de peinture par un groupe d'artistes : 35, boulevard des Capucines », le Constitutionnel, 24 avril 1881).

 

- « J'ai souvent pensé avec étonnement à la trouée que les impressionnistes et que Flaubert, de Goncourt et Zola ont fait dans l'art. L'école naturaliste a été révélée au public par eux ; l'art a été bouleversé du haut en bas, affranchi du ligotage officiel des Écoles. »

 

(Joris-Karl Huysmans, « Le salon de 1879 », l'Art moderne, 1883).

 

- « Depuis des milliers d'années, tous les gens qui se mêlent de peindre empruntent leurs procédés d'éclairage aux vieux maîtres. […] C'est au petit groupe des impressionnistes que revient l'honneur d'avoir balayé tous ces préjugés, culbuté toutes ces conventions. L'École nouvelle proclamait cette vérité scientifique : que la grande lumière décolore les tons, que la silhouette, que la couleur, par exemple, d'une maison ou d'un arbre, peints dans une chambre close, diffèrent absolument de la silhouette et de la couleur de la maison ou de l'arbre, peints sous le ciel même, dans le plein air. »

 

(Joris-Karl Huysmans, « L'Exposition des indépendants en 1880 », l'Art moderne, 1883).

 

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Voici une des rares peintures de Renoir qui m'impressionne; pourquoi? Cette jeune fille qui taquine son chien? Ce jeune homme en face d'elle en maillot de corps blanc, assis, à l'aise, rêveur...; il se passe tant de choses intimes, insignifiantes, anodines et en même temps si importantes...C'est la paix, le calme avant la tempête...Avant le suicide collectif de l'Europe en 1914.

 

 


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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:13

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  La danse érigée en instrument du pouvoir monarchique, hissée au sommet des Arts par le plus grand roi et le plus grand des musiciens du roi dans un film flamboyant de Gérard Corbiau et un Benoît Magimel magnifique.

 

 Versailles entree

 

Le film retrace la rencontre entre Louis XIV, Lully et Molière.

Un monarque, jeune, beau, voulant insuffler à un royaume épuisé une énergie nouvelle et renouvelable, vitale, qui fera de la France la maîtresse des Arts... Entre autres, et bien davantage...

 

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Louis XIV (1638-1715)

 

 

 


Son règne de 54 ans marquera la France durablement à cause  d'une centralisation accrue de l'Etat, un mode de gouvernance relativement moderne pour l'époque, l'implication de l'Etat dans le développement du commerce et de l'industrie. Louis XIV modernisera la Marine, l'armée, créera une police (sans dissoudre les milices privées et municipales).  La priorité donnée au mérite plutôt qu'à la naissance  favorisera l'essor d'une bourgeoisie éduquée, vertueuse et laborieuse qui plus tard sera séduite par les idées des Lumières.

 


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Boris Terral joue le rôle de Lully avec un talent fougueux, à l'image de cet Italien, fils de meunier, qui saura par son génie marquer  à jamais la musique française.

 

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Dans le film, Louis et Lully ont parfois des relations très tendues ce qui est historiquement plausible étant donné le caractère passionné de cet Italien à qui Louis XIV doit rappeler qui est le Maître...

 

 

 

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Les moeurs "italiennes" de Lully (et d'autres) ne sont guère appréciées par le Roi et les ennemis de "l'Italien" montent des cabales pour le perdre...

 

 

 

 

Louis XIV a une passion pour la danse et c'est Lully qui lui permet de la développer. L'expression « Roi Soleil » vient en partie d'un ballet dans lequel Louis XIV était représenté tel un Soleil, source de vie, au centre de  l'Univers, entouré des ministres et de tous les membres de la Cour, symbole des planètes.

Lully est un italien né à Florence, issu d'un milieu très modeste. Il est admis à la Cour grâce au Duc de Guise qui veut un professeur d'italien pour la princesse de Montpensier.

En 1653, il devient compositeur à la Cour. Il travaille avec Corneille et Molière et crée l'opéra à la française. Il meurt à 55 ans d'un accident : sa canne servant à battre la mesure lui transperce le pied.

 

Quant à Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, il est introduit à la Cour par Monsieur (Philippe d'Orléans, frère du roi). Il monte des comédies ballets, il collabore avec Lully pour 9 comédies pendant 9 ans. La pièce Les Précieuses ridicules rend Molière très célèbre. Molière meurt le 17 février 1673 après la quatrième représentation du Malade imaginaire en jouant le rôle d'Argan.

 

 

 

LouisXIV-child.jpg
Louis XIV enfant: il se souviendra toujours des tragiques évènements provoqués par diverses rebellions de privilégiés plus connues sous le nom de la Fronde où une partie de la noblesse et de la populace parisienne obligèrent la Famille royale à fuir la capitale pour se réfugier au château de St Germain en Laye. Là, dans une nuit glaciale, apeuré, le petit Louis avait du dormir couché sur de la paille. Il n'oubliera jamais.
Trompettes

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A quatorze ans, Louis XIV sait qu'il régnera un jour mais sait aussi que l'on fera tout pour l'empêcher de gouverner. Il en est peut-être complexé mais il possède assurément  une haute idée de son métier de Roi, de la grandeur de la France et de sa place dans le concert des Nations.
A la mort de son parrain en 1661, le Cardinal de Mazarin qui fut un puissant premier ministre, Louis a 23 ans. A la surprise générale, en particulier de sa mère Anne d'Auriche et des grands seigneurs, il entreprend  un "coup d'Etat royal": il annonce que désormais, il gouvernera sans premier ministre. Concrètement, il instaure  pour la première fois en France et en Europe,un  type radicalement nouveau de monarchie: "la Monarchie absolue", c'est-à-dire,"pure", sans Corps intermédiaires assez forts pour la diluer et l'affaiblir, une Monarchie directe où le roi est totalement souverain, ne rendant des comptes qu'à Dieu et à ses Peuples.

Par les arts, et en particulier la danse, où le jeune roi excelle, et grâce à la musique qu'il compose pour lui, Lully  révèle Louis à lui-même puis au monde.
Louis devient le Roi-Soleil et son règne sera le plus long de l'Histoire de la Monarchie française. "Le Grand Siècle" marquera l'apogée de la civilisation et du génie français.

Lully et Molière sont, parmi d'autres, les grands ordonnateurs de la magie du règne de Louis dit "le Grand". Mais Lully aime le roi d'un amour fou et platonique et croit que celui-ci ne peut se passer de lui.
Son aveuglement le perdra et Lully, après Molière, basculera dans une nuit somme toute brève.
France Carrousel 1662Louis est, comme tous les Boubons, un excellent cavalier: carrousel du 5 & 6 juin 1662.

Un projet ancien, pour Gérard Corbiau :

 

"... Il y a longtemps que j'ai envie de faire un film sur Lully, mais il a fallu du temps pour trouver un chemin qui m'y conduise !

En creusant un peu, c'est-à-dire en lisant beaucoup, je me suis intéressé à l'idée du "roi danseur". On connaît mal Louis XIV sous ce visage : on oublie que le roi était un merveilleux danseur, et qu'il est directement à l'origine de la danse classique, elle-même l'un des fleurons de la culture française. Bientôt, dans toute l'Europe on dansera "à la française", avec des maîtres de ballets français. Rien de tout cela ne serait arrivé sans le ballet de cour, et sans un roi qui danse.

Un scénario est un long cheminement et son écriture demanda plus de deux années. Nous nous sommes fixés quelques enjeux. Tout d'abord faire un film autour de la jeunesse du règne du roi Louis XIV, et voir comment ce roi s'empare de l'ensemble des arts, et plus spécifiquement de la danse et de la musique pour imposer l'image qu'il veut qu'on ait de lui. Ainsi, la musique est au centre du film. C'est le personnage principal et, au centre de la musique, il y a le corps du roi. Là est la trame de départ : les rapports entre le pouvoir et la musique.

En second lieu, il est alors devenu nécessaire d'imaginer cette page de l'histoire de France à travers ce prisme, de la créer telle que peut-être on ne l'a jamais racontée, sous l'angle de la musique et des autres arts : la danse, le théâtre, la sculpture, l'architecture, la peinture..."

 

France costume de prince 1680-1710 Barain

 

France, costume de prince par Barain: 1680-1710

 

 

 

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Gérard Corbiau a fait le choix d'une chorégraphie plus virile et austère que les danses de l'époque. Il réussit la prouesse de nous faire admirer des danses presque barbares sur des airs baroques: c'est époustouflant! 

 


 

Gérard Corbiau à propos de la place de la musique dans ses films :

 

"C'est une question d'esthétique cinématographique, et c'est donc fondamental.

Mon plus grand désir, c'est de promouvoir une sorte de mariage périlleux entre le cinéma et la musique. Un cinéma où la musique ne serait plus seconde ou illustrative.

Dans Le Roi Danse, comme dans Le Maître de Musique et dans Farinelli, la musique est l'élément central du film. Elle est l'un des personnages fondamentaux du récit. En interrogeant l'une des composantes du langage cinématographique, la musique, je veux la mettre en avant pour la mettre sur le même plan que la fiction, et faire en sorte que les deux éléments - musique et fiction - puissent s'interpénétrer et fusionner sans que jamais l'un ne souffre de la cohabitation avec l'autre. Ce n'est pas évident, tant la force de l'image est grande; parfois, il faut faire en sorte que l'image s'efface pour que la musique puisse être écoutée. Je cherche en fait une expression "opéradique", que les techniques du son en salles permettent aujourd'hui d'aborder avec bonheur."

Olivier Bériot, est le génial créateur des costumes.

 

Il a également créé les costumes de Serial Lover (James Huth) et du Libertin (Gabriel Aghion).

Gérard Corbiau, le réalisateur

 

Auteur d'une cinquantaine de films documentaires pour la RTBF (Télévision belge), Gérard Corbiau a réalisé en 1987, son premier long métrage de fiction pour le cinéma, Le maître de musique. En 1990, il tourne L'année de l'éveil, d'après le roman autobiographique de Charles Juliet.

Farinelli, il castrato (1994) est nominé pour l'Oscar du Meilleur Film Etranger en 1995 et reçoit les distinctions suivantes : Golden Globe du Meilleur Film Etranger, Césars du Meilleur Son et du Meilleur Décor (1995).

Le Roi danse est son quatrième long métrage, et le troisième sur un thème musical.

 

 

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Louis a le don de repèrer et de s'entourer des meilleurs, dans tous les domaines.


Dans celui de la musique, il  s'offre les services de Lully, un Italien, fils de meunier qu'il attire à la Cour, dont une partie le déteste, afin qu'il compose des ballets à sa gloire.

Les années passent, Lully, dont l'avenir reste supendu au bon vouloir du roi devient cependant l'embassadeur de l'image et de la grandeur de la France, de son roi adoré pour lequel il compose des ballets toujours plus élaborés… jusqu'au jour où le roi cesse de danser.

Avec Molière, autre "protégé" du Roi-Soleil, Lully se met alors à imaginer des spectacles toujours plus ambitieux, dotés  d'une portée politique.

Entre jalousie, compromissions, passions et fidélité aveugle envers le roi, Lully continue de composer pour conserver son statut et l'estime de ce roi qu'il aime tant.

 


Le réalisateur nous présente ces personnages comme de simples hommes avec leurs rêves, leurs espérances et leurs faiblesses, à la fois forts et fragiles. La minutie de la reconstitution, éblouissante, ne contrarie en rien la précision du récit. On découvre un Louis XIV artiste, qui a su s'entourer d'une cour d'artistes talentueux et leur insuffler une force créatrice commune, un roi sans lequel la France n'aurait peut-être pas rayonné aussi fortement. Lully devient au fur et à mesure le responsable de la "communication" et de la publicité du roi allant même jusqu'à évincer son ami Molière et ses mots au profit de la seule musique (sompteuse scène de la mort de l'acteur-écrivain au cours de laquelle les dialogues sont peu à peu supplantés par l'insistance de la musique).

 

Derrière l'évolution artistique se dessine la grande histoire, évoquée par petites touches et toujours présente en toile de fond, l'art devenant un moyen, dans l'optique de Gérard Corbiau, un moyen de réagir aux évènements de l'époque. Outre l'indéniable réussite artistique qu'il constitue, "Le Roi danse" réhabilite également la place de l'art dans l'histoire de l'époque et donne une profondeur bienvenue aux images réductrices que l'histoire a pu garder des ces trois hommes.

 

Tout ceci est, bien sûr, rendu possible grâce à l'engagement des trois interprètes principaux : Benoît Magimel étonnant en Louis XIV danseur, Tchéky Karyo très bon en Molière sobre et magnifique et Boris Terral qui confère à Lully une impressionnante rage tant extérieure qu'intérieure.

 

Un film qu'on conseillera autant aux cinéphiles qu'aux mélomanes ou à ceux qui voudraient parfaire leurs connaissances artistiques et historiques.

 

Guillaume Branquart

 

 

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Fils de meunier, Giambattista Lulli est né à Florence en 1632, décédé à Paris en 1687.

Il arrive à Paris à l’âge de quatorze ans, pour entrer au service de Mlle de Montpensier, la Grande Mademoiselle, cousine du roi, qui voulait apprendre l’italien.

 

C’est en 1653 qu’il entre officiellement à la Cour, non pas comme musicien mais comme danseur dans le Ballet de la Nuit composition à laquelle il a participé.

 

A cette époque on ignore sa maîtrise du violon, mais vers 1660, il à atteint la notoriété. Favori de Louis XIV, riche, il se fait naturaliser et francise son nom en Lully. En 1664 commence la collaboration de Lully avec Molière, qui va donner le jour à neuf comédies-ballets.

 

Depuis 1661 Lully est surintendant et compositeur de la Chambre, il épouse en 1662, Madeleine Lambert, fille du compositeur Michel Lambert.

Appuyé par le roi et Colbert, Lully va créer la tragédie lyrique, forme francisée de l’opéra italien. Il devient en 1672 le directeur de « tout le théâtre en musique », évinçant Molière, avec qui la rupture est consommée cette même année.

Il composera, de 1673 à sa mort, en 1687, pratiquement un opéra chaque année.

 

Il meurt en 1687, à la suite d’un coup de canne qu’il s’était donné sur un pied en frappant la mesure du Te Deum chanté pour la guérison du roi.

 

 


 

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Les oeuvres de cet Italien naturalisé, ont définitivement donné ses lettres de noblesse à l'art musical français.

 


 

 

Le Mariage forcé , La Princesse d’Élide (1664)

L’Amour médecin (1665)

La Pastorale comique (1667)

Le Sicilien (1667)

George Dandin (1668)

Monsieur de Pourceaugnac (1669)

Les Amants magnifiques (1670)

Le Bourgeois gentilhomme (1670)

Psyché (1671) [1]

Cadmus et Hermione (1673)

Alceste (1674)

Thésée (1675)

Atys (1676)

Isis (1677)

Psyché (1678)

Bellérophon (1678)

Proserpine (1680)

Persée (1682)

Phaéton (1683)

Amadis (1684)

Roland (1685)

Armide (1686)

 

Panier fleuri

 


 

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Le Ballet de Cour

 

Wedding ball of the Duc de Joyeuse, 1581Bal de Cour donné lors du mariage du duc de Joyeuse en 1581

 

 


 

 

Ce genre de spectacle  est né à la fin du XVIe siècle à la cour de France, le ballet de cour est à l’origine un ballet dansé par des amateurs, incluant des membres de la famille royale et le Roi, devant un public de cour.

Il conjugue poésie dite et chantée, musique vocale et instrumentale, chorégraphie et scénographie. Les spectateurs entourent et surplombent la scène afin de pouvoir observer les formes géométriques et chorégraphies formées par les danseurs.

 

Les thèmes du ballet de cour empruntent aussi bien aux thèmes antiques, aux mythes et légendes qu’aux thèmes et romans contemporains. L’ensemble de ces thèmes peut être présent dans un même ballet.

 

Le ballet de cour se compose typiquement :

- d’une ouverture, présentant le sujet.

- de plusieurs entrées : de 10 à 45 entrées, regroupées en actes (en général maximum de 5 actes).

- le ballet est clos par le "ballet général", dernière entrée dans laquelle tous les danseurs sont réunis.

 

Sous Louis XIV, le ballet gagne en importance, à la fois grâce aux progrès techniques (pièces à machines) et de l’art scénique, mais aussi grâce au rôle politique joué par le ballet (instrument de propagande).

L’apogée du ballet de cour aura lieu entre 1653 (Ballet Royal de la Nuit) et 1670 (le Roi renonce à se produire sur scène) ; Bensarade sera le poète principal des ballets à cette époque, en collaboration parfois avec Lully pour la musique.

 

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Costume d'Apollon-Soleil, porté par le roi lors du Ballet royal de la Nuit le 23 février 1653


 

 

 

 

 

Le Ballet Royal de la Nuit est le premier ballet marquant cette volonté d’utilisation du ballet comme outil politique par Louis XIV.

 

Benserade est l’auteur des vers, Torelli celui des décors. L’identité du dessinateur des costumes reste incertaine : Henry de Gissey ou Beaubrun. La composition de la musique est collective. Le ballet est joué la première fois le 23 février 1653 au Petit-Bourbon. Il commence à six heures du soir et termine à la levée du jour et suit le coucher puis le lever du Soleil.

Le Roi joue (notamment) le rôle du Soleil, disparaissant puis réapparaissant dans toute sa splendeur, symbolisant les évènements (la Fronde) ayant secoués la royauté et le retour triomphal du Roi à Paris. C’est d’ailleurs depuis le rôle du Roi dans cette pièce que le Soleil sera associé à Louis XIV. Le livret (vers, descriptions, etc) du Ballet Royal de la Nuit est joint à cet article. 

 

 

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L'Ardent, costume porté par le roy lors du Ballet royal de la Nuit .

 

Voici le compte-rendu dans la Gazette du ballet du 23 février 1653 :


"Ce jour-là, 23 (février), fut dansé dans le Petit-Bourbon, pour la première fois, en présence de la Reyne, de Son Eminence et de toute la Cour, le Grand Ballet royal de la Nuit..., composé de 43 entrées, toutes si riches, tant par la nouveauté de ce qui s’y représente que par la beauté des récits, la magnificence des machines, la pompe superbe des habits et la grace de tous les danseurs, que les spectateurs auroient difficilement discerné la plus charmante si celles où nostre jeune monarque ne se faisoit pas moins connoistre sous ses vestemens que le soleil se fait voir au travers des nuages qui voilent quelquefois sa kulière, n’en eussent receu un caractère particulier d’éclatante majesté, qui en marquoit la différence... Mais comme, sans contredit, il y surpassoit en grace tous ceux qui à l’envy y faisoient paroistre la leur, Monsieur, son frère unique, étoit aussi sans pareil en la sienne ; et cet astre naissant ostoit si aisément la peine de le découvrir, par les gentillesses et les charmes qui luy sont naturels, qu’on ne pouvoit douter de son rang... Je laisse donc à juger... le contentement que put avoir l’assemblée, nonobstant la disgrace qui sembla le vouloir troubler par le feu qui prit à une toile, dès la première entrée, et à la première heure de cette belle Nuit qui étoit représentée par le Roy, mais ne servit néanmoins qu’à faire admirer la prudence et le courage de Sa Majesté, laquelle... ne rasseura pas moins l’assistance par sa fermeté qu’autrefois César fit le nautonnier qui le conduisoit... Tellement que ce feu s’étant heureusement éteint, laissa les esprits dans leur première tranquillité et fut mesme interprété favorablement."

 

 


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L'Aventurier, costume porté par Lully.

 

France moliere portrait regard

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673).

Cet auteur de comédies n'eut pas toujours la vie facile. Il regarde autourde lui la scène de théâtre de la vie avec un regard parfois plus pessimiste qu'iln'y paraît. Protégé par le roi, il put se moquer de toutes les hypocrisies de son temps, ce qui lui valut des jnimitiés redoutables...

 

 


 

 

 

France moliere main C.Antoine Corpel

 

 

France Moliere Sign

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 19:56

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SUR LA ROUTE...1947

 

 

 

 

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Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise,un apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, un jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l'entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et... d'eux-mêmes.

 

SITE OFFICIEL

 

 


 

 

 

Sur la route (On the Road) est un road movie franco-canado-brésilien réalisé par Walter Salles, adapté du roman homonyme de Jack Kerouac, sorti en 2012.

 

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Sal Paradise, jeune écrivain new-yorkais, rencontre un ex-taulard au charme ravageur, Dean Moriarty, et leur entente est immédiate. Avec la femme de Dean, Marylou, ils partent tous trois vers l'Ouest, pour la vie libre dont ils rêvaient...

 

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Aprés des decennies de tentatives abandonnées, l'adaptation de Sur la Route de jack Kerouac (1922-1969), le roman culte de la beat generation, voit enfin le jour. C'est dire si l'envie de le découvrir est grande, d'autant que c'est un vrai cinéaste qui le réalise et qu'il partage pour ce livre la passion des fans de la première heure. Le Brésilien Walter Salles n'imaginait pas qu'il réaliserait un jour ce film; c'est le détenteur des droits, Francis F.Coppola, qui lui a confié le projet. Pour s'en rendre digne, Walles a refait lui-même l'expérience de la route de Kérouac.

 

 

 

 

 

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Le résultat au niveau de la restitution des années 40 à 60 est d'un assez bon niveau, avec les clubs de jazz, la route rectiligne au milieu du désert, les pueblos mexicains écrasés par un soleil blanc. Et puis, aussi, comme dans le roman,les scènes d'alcool, drogue & sexe; elles étouffent cependant la dimension lyrique et contemplative de la route, sans laquelle on ne peut comprendre sa fascination.

Les portraits des principaux protagonistes sont bons dont les noms fictifs cachent les héros réels de la Beat Generation Allen Ginsberg (Tom Surridge) ou Camille/Carolyn Cassidi (Kirsteen Dunst).

Mais, car il y a toujours un MAIS, il me semble que le couple principal, Dean Moriarty/Neal Cassidy & Marylou/Lunne Henderton, souffre de la fadeur de leurs interprètes et il est difficile de comprendre la fascination qu'exerce Moriarty, alors que tout est là...

 

 

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LA GENERATION DE L'APRES-GUERRE
USA Armistice 1945
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On-the-Road-2.jpgSegregation 1Boxing boy Vintage-Beefcake-vintage-beefcake-30287348-500-6Training to beat or to be beaten...

 

 

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After smoking a nylon fitted carpet...
and then his drawers:that's the best!

Beat generation

 

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Mouvement littéraire et culturel américain qui a regroupé durant les années 1950-1960 des jeunes, des écrivains (A. Ginsberg, J. Kerouac [Sur la route, 1957], W. Burroughs), des artistes peintres de l'Action Painting et un poète-éditeur (L. Ferlinghetti).

 

 

Le sens du mot beat est incertain : il peut signifier « battu », « vaincu » ou « battement » (par allusion au jazz), ou encore exprimer la « béatitude ». On retrouve cette racine dans beatnik (nik, gars) ; beat peut s'employer seul comme adjectif. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Gregory Corso, Lawrence Ferlinghetti, jeunes écrivains groupés à San Francisco en 1950, se baptisèrent eux-mêmes la Beat generation, la génération vaincue, la génération du tempo.

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William Burroughs (1914-1997) à sa machine à écrire: ivre,il tua sa femme accidentellement en se prenant pour Guillaume Tell...

 


Pour comprendre ce mouvement et sa place dans l'avant-garde, il convient de rattacher sa révolte à une tradition libertaire et individualiste qui remonte au XIXe siècle américain, lorsque l'injustice de certaines lois, en contradiction avec l'idéal démocratique américain, suscita les violentes critiques de Henry Thoreau (1817-1862). Cet écrivain, qui appelait à la « désobéissance civile » et qui condamnait le code matérialiste d'un pays dont, par ailleurs, il chantait la grandeur, a été reconnu par les beatniks comme un précurseur.

L'Europe joue également un rôle majeur dans la genèse de ce mouvement. La « beat generation » lit avec ferveur William Blake (1757-1827), Antonin Artaud (1896-1948, en bas,à gauche), Henri Michaux (1899-1984), tandis qu'Aldous Huxley(1894-1963,à gauche) qui séjournait alors sur la côte Ouest, lui fait découvrir la pensée orientale et l'usage systématique et « métaphysique » des hallucinogènes.

Les beatniks admirent l'écrivain W. Burroughs, révolté et drogué, et Henry Miller (1891-1980), qui raille le « cauchemar climatisé » des États-Unis.


Henry MillerHenry Miller

 

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Cette double influence, européenne et américaine, explique l'ambivalence des rapports de la Beat generation avec son pays. D'une part, elle cherche à redécouvrir l'immense territoire américain, tel qu'il s'est offert aux premiers colons, à retourner aux sources de la liberté :

 


« Et j'attends que quelqu'un

découvre vraiment l'Amérique

et pleure…

et j'attends

que l'Aigle américain

déploie vraiment ses ailes

et se dresse et s'envole… »

écrit Ferlinghetti.

 


À bord d'une vieille voiture, souvent abandonnée à la fin du périple, ou en auto-stop, les poètes beat sillonnent les États, campant à l'écart des routes, couchant à la belle étoile. Jack Kerouac s'est fait le chantre de cette libre errance (Sur la route, 1957). D'autre part, cet amour du territoire américain s'accompagne de mépris pour le peuple qui a oublié sa liberté première, sacrifiée à l'argent et au confort. Le beatnik s'identifie parfois aux indigènes, et même à la faune, décimés par les colons :

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« Je serai moi-même

Libre, un génie embarrassant

Comme l'Indien, le bison… »

 

(Corso.)

 


Chez Allen Ginsberg (1926-1997), la critique se fait virulente. Dans son poème Howl (1955), lu d'abord en public, il attaque avec une violence forcenée les institutions et le conformisme américains.

 

Darryl-Powers-vintage-beefcake-30812821-387-576.jpgDarryl Powers ou le consumérisme éperdu.

(yum-yum!It makes you hungry!

but not angry!)

 

 

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Extrait au hasard:

"who let themselves be fucked in the ass by saintly motorcyclists, and screamed with joy"

 

 

USA pub insurances

 

 

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Cependant, la Beat generation ne s'est pas engagée politiquement. Son refus du mode de vie américain se manifeste par l'adoption d'un spiritualisme naïvement inspiré du bouddhisme. Le beatnik veut être, en même temps qu'un vagabond fuyant son état civil, « un futur Bouddha (Instrument du réveil) et un futur héros du paradis » (Kerouac).

Il est un « clochard céleste ». Mais ce déraciné volontaire peut, tel Kerouac à la recherche de ses ancêtres celtes (Satori à Paris, 1966), tel Ginsberg célébrant sa mère juive (Kaddish, 1961), être habité par la nostalgie d'une origine.

 

 


 

 

La poésie beat, très peu littéraire, est faite pour la lecture à haute voix. Les oral messages de Ferlinghetti sont « des poèmes conçus spécialement pour accompagnement de jazz ».

 


 

 

 

L'écriture beat, indisciplinée, ne marque aucun choix dans le flux de sensations qu'elle tend à épouser dans sa totalité. La prose de Kerouac, également destinée à la lecture publique, se modèle, au fil de la plume, sur l'errance et les repos du beatnik, usant d'un rythme de jazz, du ton ample de l'hymne ou de la forme relâchée de la conversation.

 

 


 

 

Devenus rapidement riches et célèbres, les poètes de la Beat generation, qui, selon eux, ne furent jamais des révolutionnaires, n'en continuent pas moins à manifester, publiquement ou dans leurs écrits, leur refus de la politique et du mode de vie américains.

 

Woodstock redmond crowd

 

Woodstock (15-17 août 1969)

 

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Bob (Zimmerman) Dylan en 1963.

 

 

 

 

 

 

L'influence de la Beat generation reste immense aux États-Unis, dans la naissance et le développement du mouvement hippy, notamment. De nombreuses chansons de Bob Dylan et le film Easy Rider (1968), par exemple, se réfèrent à la mythologie beat, qui a également suscité l'émulation dans une fraction de la jeunesse européenne.

I-am-Bored.jpg
onusida.jpgEt vint celui qui devait venir: le SIDA.
"Que faisiez-vous au temps chaud?
Vous chantiez? J'en suis fort aise! Et bien, dansez maintenant!"
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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:53

TOLSTOÏ, le dernier automne

>Site officiel<

 

 

 

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-Automne au bord de la Volga-

Aquarelle & crayon, Isaac Leviatan (1860-1900)

 

 

 

 

 

Christopher Plummer. Kinovista

En Russie, dans le domaine des Tolstoï, Iasnaïa Poliana prés de Moscou, au tout début du XXe siècle...

 

A la fin de sa vie, Léon TolstoÏ (Christopher Plummer) avait basculé dans une sorte de prophétisme qui attirait nombre de disciples, mais aussi des charlatans et des profiteurs...

Collaboratrice de toujours de son mari, sur lequel elle exerce un certain ascendant discret mais réel, Sofya Tolstoï (Helen Mirren) ne supporte pas d'être évincée au profit de nouveaux admirateurs de son génial mari...

Embauché comme secrétaire de l'écrivain, Valentin Boulgakov (James Mc Avoy), croyant débarquer dans le monde enchanté des idées pures, se trouve pris malgré lui dans une sorte de guerre des tranchées.

En effet,après cinquante ans de mariage, la comtesse Sofya Andreïvna Tolstoï, épouse aimante et dévouée de Léon Tolstoï, voit son monde s'écrouler soudain sous ses pieds. Au nom de sa nouvelle religion, traversé par une crise mystique et des scrupules qui le rongent, le célèbre écrivain est en effet prêt à renoncer non seulement à son titre de noblesse, mais aussi à ses biens et à sa famille, décidé à terminer ses jours dans la pauvreté, l'austérité et...la chasteté.

Sofya, qui a dédié sa vie à cet époux extraordinaire, lui a donné treize enfants (dont onze ont survécu) et a même copié "Guerre & paix", oeuvre littéraire immense, de ses propres mains, découvre avec horreur les agissements du fidèle disciple Chertkov qui veut convaincre le grand Tolstoï de modifier son testament en laissant les droits de ses romans au peuple russe plutôt qu'à sa famille!

Aussi indignée que révoltée, la comtesse décide alors de se battre férocement contre ce qui constitue à ses yeux une insupportable injustice vis-à-vis d'elle et de ses enfants.

Mais la situation empire lorsque la comtesse rappelle à son époux les années passées: les difficultés et leur amour. Or, ce "stratagème" sert plutôt le dessein de Chetkov et conforte Tolstoï dans son aspiration profonde à vivre une vie toute faite de simplicité, d'authenticité et de paix...

 

Que penseront les spécialistes de Tolstoï quant à la réalité historique de cette histoire?

Il n'empêche que le script est intelligent, superbement écrit, que les acteurs sont excellents et crédibles. Dommage qu'ils ne parlent pas le Russe mais l'Anglais!

Cocasse, tragique, émouvant et subtil, cet épisode de la vie de cet écrivain-monument de la littérature russe et mondiale, arraché à lui-même par la gloire, se regarde avec un intérêt constant...

Quant à moi, amoureux de la Russie, je salue cette oeuvre et vous invite à la voir même si je regrette qu'elle ne soit pas le fruit d'un réalisateur russe.

 


 

 

Helen Mirren et James McAvoy. Kinovista

 

Quand Boulgakov arrive, tout ému, chez le grand Tolstoï pour être son secrétaire, il le découvre dominant comme un prophète (un de plus dans la Russie de l'époque) sur les résidents du domaine.

 

James McAvoy. Kinovista

 

 

James McAvoy et Paul Giamatti. Kinovista

 

Helen Mirren. Kinovista  "Il se prend pour le Christ!"

 

L'épouse de l'écrivain oppose, comme elle le peut, son bon sens à la ferveur mystique et ascétique de son mari.

 

James McAvoy et Paul Giamatti. Kinovista

Ilest certain que le film souffre d'une certaine langueur de la réalisation qui le rend parfois pesant. Mais cela est compensé par l'intérêt du sujet, cette esquisse du vieux Tolstoï qui restitue avec puissance la stature héroïque et mystique du génie.

 

Christopher Plummer et James McAvoy. Kinovista

 

Le film n'élude pas les contradictions de cet homme complexe, et ne tourne pas en dérision l'inspiration profondément chrétienne de son utopie politique...

 

 

"Là où tu es l'air est empoisonné".

Se marier avec un génie et partager près d'un demi-siècle avec lui n'est pas un destin facile. C'est pourtant celui qu'a choisi Sophie (dite Sonia) Andreïvna Bers (1844-1919) à l'âge de 18 ans : en 1862, elle épouse Léon Tolstoï, de seize ans son aîné. De cette union naissent treize enfants dont neuf survivront. Dans la propriété d'Iasnaä Poliana, à deux cents kilomètres au sud de Moscou, Sonia assure leur éducation, gère le domaine agricole, relit et recopie les manuscrits de Léon. Elle l'entoure de sa tendresse quand il écrit Guerre & Paix dans les années 1860, mais elle se fait plus distante dans les années 1870 quand il rédige Anna Karenine et que la mésentente s'installe dans le couple.

C'est que l'homme qui aimait les plaisirs traverse une grave crise existentielle, à l'image de toute la société russe en quête d'une nouvelle identité, tiraillée depuis le règne de Pierre Ier, entre modernité et authenticité, spiritualité orthodoxe et esprit des Lumières. Tolstoï aspire, pour sa part, à un nouvel ordre social et familial dont sont bannis le profit, la propriété privée et la vie sexuelle.

"Là où tu es l'air est empoisonné", dit-il à sa femme. Finalement, c'est Léon, octogénaire qui fuit le domicile conjugal à l'automne 1910 pour aller mourir d'une pneumonie dans une petite gare. Sonia lui survivra neuf ans et confiera à la fin de sa vie:

"Je souffre tellement d'avoir mal vécu avec lui"...

 

 

 

 

 

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Isaac Levitan (1860-1900) peinture; Bois de bouleaux.

 

 

De 1828 à 1910, Léon Tolstoöi a vécu sous les règnes de quatre Tsars: Nicolas Ier, Alexandre II, Alexandre III et Nicolas II.

Deux d'entre'eux ( Alexandre II et Nicolas II) seront assassinés par des révolutionnaires.

Tolstoï aura vu l'Empire russe se transformer à une vitesse vertigineuse et par ailleurs, demeurer dans l'incapacité à anticiper les évènements et à s'adapter sereinement aux grandes mutations économiques et politiques du XIXe et du début du XXe siècle. 

 

 

 

 

 

 

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« Nul doute qu'au train où croissait l'équipement industriel pendant les années du règne de Nicolas II, sans le régime communiste, la Russie eût déjà dépassé les États-Unis ».
 Alexander Gerschenkron (1904-1978); historien américain d'origine russe, spécialiste de l'économie nord-américaine.

 

Le Tsar Nicolas II qui règna sur un Empire immense de 1894 à 1917.

Sous son règne, la Russie se modernisa rapidement sous la houlette du Premier ministre Stolypine, au point de devenir un partenaire économique et culturel très recherché par la république française (Emprunts russes) et l'Angleterre.

En dépit du caractère autocratique du régime impérial russe, ou peut-être grace à lui, les talents artistiques ne manquèrent pas de fleurir dans tous les domaines durant cette période... 

Les révolutionnaires, inquiets des progrès accomplis par le gouvernement, assassinèrent Stolypine (1911) et multiplièrent les actions violentes afin d'affoler le pouvoir impérial qui freina les réformes libérales et se crispa sur ses prérogatives, précipitant sa chute. 

Nicolas II fut sauvagement massacré avec toute sa famille en 1918 par les Bolchéviks sur ordre de Lénine.

 

 Née à la fin du temps des Troubles, installée sur le trône en 1614, la dynastie des Romanov n'aura cessé d'affronter la défiance des slavophiles, l'ambition des prétendants et les désordres qui menacent depuis toujours l'équilibre de la Russie. De Michel Ier à Nicolas II, ils ont gouverné au bord du gouffre pour écrire des pages les plus fascinantes de l'histoire du monde. La leur s'est achevée en tragédie.

 

 

 

 

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Le Tsar Nicolas II et sa famille.

 

 

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Russie-avec-cousins-anglais.jpg Avec un cousin anglais.

 

 

 

 

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Ils étaient d'une beauté racée, très unis dans la vie, comme il le seront dans la captivité et la mort...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 1918.

Les armées tsaristes approchaient...

A Moscou, Lenine,le dictateur apeuré, au bord de la folie, envoya l'ordre:en pleine nuit, les Bolcheviks regroupèrent la Famille impériale ( et le médecin et le chien du tsarevich) dans la cave de la maison Ipatiev à Iekaterimbourg. Ils les abattirent à bout portant et achevèrent les survivants à coups de crosse de fusil et de pioches. Ils découpèrent les corps dénudés, les répartirent dans des fosses creusées à la hâte et les recouvrirent de chaux, croyant faire disparaître à jamais leur crime...


 

 

 

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Les archi-duchesses Olga, Anastasia, Tatiana en captivité, quelques mois avant leur assassinat.

 

 

 

 

 

En massacrant la famille impériale en 1918, les Bolchéviques, comme les Révolutionnaires français en 1793, condamnent tout le peuple à la laideur et à l'emprisonnement des corps et des esprits.

 

 

 

 

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Le comte Léon Nikolaïevitch Tolstoï au soir de sa vie, portant la barbe, cette barbe qui fut interdite aux nobles car trop russe par le Tsar occidentaliste Pierre le Grand, vêtu à la manière du paysan qui incarne, aux yeux des slavophiles, la Russie authentique et éternelle...

Il y a dans son regard résigné, toutes les luttes, tous les conflits et contradictions intérieures de ce Russe à l'âme tourmentée à l'image de l'époque où il vécut, le reflet terrifiant de toutes les tragédies qui vont bientôt s'abattre sur cette Russie qu'il aimait d'un amour ardent.

"Généreux dans ses intentions, indécis dans ses actes, Tolstoï est grand, non par la doctrine qu'il a laissée, mais par les souffrances qu'il a endurées pour la mettre en pratique, non pour ses vaticinations sur le monde futur, mais par sa peinture du monde contemporain, non par ses élans vers le ciel, mais par sa connaissance de la terre".

Henri Troyat, dictionnaire des auteurs, Laffont-Bompiani; 1952. 

 

"Certains aspects de Tolstoï moururent de mort naturelle, faute de conditions nécessaires à leur survie, tandis que d'autres restaient prêts à intervenir, comme des acteurs dans les coulisses, à point nommé. L'homme à la mode, le joueur, le trousseur de jupons ne devaient jamais reparaître...Le libertin, le gourmand et l'aristocrate, quoique dominés, devaient encore, pendant des années, se ranimer de temps à autre. Enfin, le moraliste, le philosophe et le mystique, longtemps subordonnés au poète, devaient par la suite se réaffirmer avec d'autant plus de vigueur qu'ils avaient été plus longtemps refoulés".

Léon Derrick; Tolstoï, sa vie et son oeuvre.

 

"Rousseau et l'Evangile ont été les deux grandes et bienfaisantes influences de ma vie".

Léon Tolstoï

Cette phrase explique à elle seule toute la pensée et tous les conflits intérieurs de cet intellectuel russe, romancier, conteur et auteur dramatique, né en 1828 et mort seul, dans une gare, en 1910.

Le comte Léon Tolstoï, issu d'une famille de la vieille noblesse russe, fut toujours conscient de son rang. A cette époque, appartenir à la noblesse donne droit à des privilèges importants mais aussi à des devoirs: servir le Tsar avec fidélité et loyauté et la Sainte Russie, la Mère Patrie.

Le premier drame dans la vie de Tolstoï est la perte de ses parents alors qu'il est encore très jeune. Cette carence affective sera certainement à l'origine d'un caractère anxieux, instable et passionné. Il fut élevé par sa tante et des gouverneurs, comme c'était l'usage, dans la grande propriété de famille avec ses frères puis fit ses études à l'université de Kazan. Il en sortit sans aucun diplôme.

Dés lors, il va mener  une vie désordonné et frivole, sorte de vagabondage intérieur qui signale un grand vide et un désarroi profond, cache-misère cynique d'une existence sans idéal...

 

Cependant, durant ces années 1845-50, le jeune Tolstoï fut marqué par les écrits de J.J Rousseau et ne put ignorer les mouvements de pensée qui agitent les milieux intellectuels et politiques de cette période.

Parmi les plus importants sont les courants slavophiles et occidentalistes.

"Au début du XIXe siècle, la franc-maçonnerie offrit un cadre à la réflexion des élites; elle joua un rôle éducateur évident dont les héros des soulèvements écrasés du 14 décembre 1825 (les Décembristes) étaient les produits. Les Russes cultivés débattent interminablement dans les salons des problèmes fondamentaux de leur pays. Ce n'est plus le temps des Lumières, les philosaphes français sont dépassés; l'heure est au romantisme et à la philosophie idéaliste allemande.

 

 

 

 

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Si  les Russes lisent passionnément Schiller et d'autres auteurs romantiques, leur réflexion se nourrit surtout de Schelling  et de Hegel. Le premier à développer une pensée nouvelle propre à mobiliser les cercles intellectuels est Piotr Tchaadaev (1794-1855). Jeune officier, Tchaadaev avait combattu les armées napoléoniennes et son épopée avait été louée par Pouchkine. Franc-maçon, proche des Décembristes, il avait voyagé en Europe après l'échec de 1825. Rentré en Russie, cet occidentaliste convaincu livre ses vues dans une Lettre philosophique que publie en 1836 Le Télescope. La réaction à ce texte est immédiat: " C'est un fou!", proclame le souverain, qui fait aussitôt saisir le numéro portant le texte, interdire la revue et exiler son rédacteur en chef. Pout Tchaadaev, l'histoire de la Russie est une pure aberration, car selon lui, ce pays n'a ni passé, ni présent, ni avenir. Elle n'a pas de place dans l'univers historique, puisqu'elle n'est ni d'Occident ni d'Orient, et n'a jamais contribué à la civilisation. Elle n'a d'autres leçons à apporter à l'Occident qu'un avertissement en lui montrant les dangers mortels inhérents à une telle spécificité".

 


in Alexandre II , H.Carrère d'Encausse, de l'Académie française, éd. Fayard, 2008.

 

 

 

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Icône

La religion orthodoxe a façonné l'âme russe , tout au long des siècles, de façon irrémédiable et profonde.

 

 


 

 

S'il reste convaincu que la Russie n'a pas de passé (?!), Tchaadaev ne peut s'accomoder d'une absence de futur. Tout au contraire, il tire de cette absence d'histoire la certitude que c'est là, peut-être, la chance de la Russie. Que l'expérience des pays occidentaux peut, sur ce terreau vierge, assurer un développement si rapide que la Russie en viendra à les dépasser tous. En dernier ressort, c'est la Russie qui offrira des réponses à l'Occident!

La ligne de partage entre "un  passé inexistant" et les considérables potentialités que Tchaadaev prête à la Russie se situe dans l'oeuvre de Pierre Le Grand. Il écrit à son ami Tourgueniev:

" Un jour viendra où nous serons le centre intellectuel de l'Europe".

 

 

 

 

 

 

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"Le gouvernement de Nicolas Ier et la droite avaient alors adopté la doctrine nationale développée par le comte Ouvarov, pour qui le système russe reposait sur la trilogie orthodoxie, autocratie, génie national ( "Narodnost" de narod "peuple"). Ce dernier élément était, selon lui, la caractéristique du peuple russe, ce qui scellait son union avec le pouvoir autocratique. Le débat sur la Russie, sur sa nature, le jugement porté sur l'oeuvre de Pierre le Grand, modernisateur de la Russie, l'occidentalisant ou détruisant sa spécificité et son génie, mobilisent alors les cercles intellectuels et les  cours dispensés par les historiens.

Au premier rang de ceux qui vantent l'idée russe,Mikhaïl Pogodine, né en 1800 dans une famille modeste de Moscou, incarne déjà l'intelligentsia non aristocratique, les "raznotchintsky" qui, dans les années 1830-1840, viennent prendre part au grand débat russe. Slavophile mais loyal à l'autocratie, Pogodine conjugue dans sa réflexion trois éléments constitutifs, selon lui, du génie national russe: l'héritage de Byzance, c'est-à-dire le christianisme et la primauté du pouvoir temporel; l'apport de Pierre le Grand et la réforme du pays; enfin le rôle de la noblesse, qui ne tire pas son autorité d'un droit féodal mais au service de l'Etat".

 

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Saint Petersbourg, une ville dédiée à la Russie, comme un joyau posé sur l'eau; capitale érigée à l'ouest par la volonté de Pierre Ier, occidentaliste convaincu. Il avait voyagé en France, incognito, et fut émerveillé par Versailles. Les architectes qui ont conçu la nouvelle capitale de l'Empire russe étaient Français ou Italiens, les plus talentueux à l'époque.

 

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Pierre Ier Alexeïevitch, dit le Grand (1672-1725)

 

 

 


 Capitale des Tsars à partir de Pierre le Grand; surgit de terre à l'extrême ouest de l'Empire russe qui voulait désormais appartenir à l'Europe moderne.

Les plus grands artistes français et italiens construisirent cette cité féérique, surgie des marécages, comme un joyau posé sur l'eau, en offrande à la Fiancée: la Russie.

 

Russie Moscou

 

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Moscou la Russe

Héritière de Byzance et de Constantinople.

L'idée nationale restera intimement liée au pouvoir; elle ne suffit plus à nourrir le débat philosophique engagé sur la nature de la nation et sur celle de la Russie. C'est à cela que veut répondre la pensée slavophile, portée par Khomiakov, Kirievski, Aksakov, Odoïvski, et Samarine. Les slavophiles vont constituer un groupe de pensée très actif qui se réunit à partir de 1840 dans divers salons moscovites. Influencés, comme toute leur génération par la pensée allemande, ils l'ont cependant interprétée, assimilée, réélaborée à leur manière en  "véritable théologie".

Les slavophiles étaient étaient plutôt moscovites, de grande culture, aristocrates érudits ou propriétaires fonciers, ce qui, au temps du servage, n'était pas sans peser sur leur réflexion. 

 

 

 

 

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Art populaire russe.

Miniature sur boite.

"Les chefs de file de cette école de pensée avaient tous des compétences particulières qui leur permettaient d'apporter une véritable contribution au débat général. Alexis Khomakiov était théologien, ses mutiples curiosités étaient hétéroclites: histoire de la médecine, inventions multiples qui foisonnaient à cette époque... Ivan Kirievski était le philosophe du mouvement; il s'attacha à montrer l'unité d'une pensée russe fondée sur l'universalité de l'orthodoxie. Il constata que cette particularité entraînait chez les Russes, un système de pensée global, où vie et pensée, vie intellectuelle, vie publique et vie privée étaient totalement intriquées".

 

 

"Les slavophiles ont exalté la vocation spirituelle et historique de la Russie en tant que représentante de l'Orient orthodoxe et de la tribu slave".

-Constantin Aksakov- 1843

Ecrivain

"Le XIXe siècle appartient à la Russie qui est restée pure et jeune face à une vieille Europe épuisée qui attend de nous le salut".

Vladimir Odoïevski, in Les Nuits russes; 1845.

 

 

 

 

Tous les slavophiles étaient d'accord pour affirmer la supériorité de la Russie orthodoxe sur  sur la Russie impériale et sur l'oeuvre de Pierre le Grand,  qu'ils  déplorent. Ils accusent le Tsar occidentaliste d'avoir imposé, à un peuple dont la vocation était religieuse, le pouvoir de l'Etat alors qu'à leurs yeux le pouvoir en soi est pervers; le peuple, autrement dit les paysans, est naturellement uni dans la subornost, communauté de croyants soudés, dans un esprit de liberté et de solidarité qui est l'essence même de l'orthodoxie, mais que le pouvoir détruit. Le pouvoir, celui de Pierre le Grand notamment,est d'essence occidentale; c'est le christianisme romain organisé et rationnel qui s'oppose à l'esprit de l'orthodoxie, porteur d'harmonie, de paix, de solidarité et d'amour.

 Les slavophiles en appellent aux institutions russes du passé, la communauté paysanne (mir) et à l'assemblée de la terre (zemski sobor). Ces instances premières représentaient, tout comme la famille, une vie sociale idéale, ignorant tout pouvoir extérieur. Mais partant de ces prémices, les slavophiles aboutissent à des conclusions contradictoires: anarchistes dans leur condamnation du pouvoir, ils sont revenus à une conception plus traditionnelle de l'organisation sociale en constatant que l'homme était trop faible pour vivre par lui-même, qu'un gouvernement lui était nécessaire, que l'autocratie était préférable aux  systèmes occidentaux. S'ils acceptaient ainsi le pouvoir total du souverain russe, c'est parce-que, seul porteur du poids des contraintes, il en assumait seul la responsabilité et donc la culpabilité, laissant le peuple libre de poursuivre son destin spirituel...

 

 

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Paysans dans un mir (milieu du XIXe); selon les slavophiles la communauté paysanne traditionnelle est celle qui correspond le plus à la mentalité russe.Les Soviétiques pervertiront ce concept en créant les fermes collectives contrôlées d'une main de fer par le Parti bolchévique.

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   Paysan russe au milieu du XIXe siècle; la question lancinante et obsédante du servage et de la place de la paysannerie dans la société russe sera en partie règlée par le Tsar Alexandre II en 1863 qui, en l'occurence, aura fait preuvre d'un grand courage et d'une habilité politique inattendus.       

 

 

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 Les slavophiles plaidaient tous pour l'émancipation des serfs et pour des réformes politiques garantissant la liberté de parole et d'expression.Leur position était en définitive cohérente: ils plaidaient pour la liberté du peuple, contre la bureaucratie et ses empiètements sur cette liberté. Leur propos était clair. Mais le pouvoir ne pouvait les tolérer et n'hésita pas à saisir les publications des slavophiles.

             Les occidentalistes, amis des Lumières, n'étaient pas moins utopistes, à leur manière, que les slavophiles. A la Russie idéale et pure de ces derniers, ils opposaient un Occident idéal, propre à servir de modèle à la Russie pour la moderniser et lui permettre de prendre part à  l'histoire commune. Contrairement aux slavophiles qui étaient presque tous issus de la noblesse, les occidentalistes annonçaient déjà la différenciation sociale qui va caractériser les hommes nouveaux de la génération suivante, celle des années 1860. Si Bakounine était noble, Belinski était fils d'un médecin pauvre.

Slavophiles et occidentalistes se référaient à la philosophie idéaliste allemande et tiraient d'elle leur vision de la Russie et leurs propositions. mais les premiers en concluaient à la spécificité russe et à la nécessité de construire l'avenir sur ce fondement. Les seconds prenaient l'Occident pour indispensable modèle.

 

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"Jour de Fête"

Peinture de Nikolaï Dimitrievitch Kouznetzof (1850-1929)

Moscou, Galerie Tretiatov.

Dans les campagnes, rien ne semble bouger; tout est immuable, comme les saisons, les travaux des champs et les fêtes paysannes.

Dans les villes, à partir des années 1860, et alors qu'Alexandre II fait souffler sur la Russie un vent de réformes sans précédent, une petite partie des élites urbaines, surtout dans les Universités, s'imprègnent d'idées subversives venues d'ailleurs et qui vont menacer l'ordre établi... 

 

En 1848, Tolstoï retourna dans sa propriété de Iasnaïa Poliana, décidé à améliorer le sort de ses paysans, mais il se heurte au poids des mentalités encore archaïques de ces derniers, à ses méthodes peu adaptées et fit un constat d'échec. En 1851, voulant donner un sens à sa vie, il partit comme volontaire se battre au Caucase, vaste territoire en cours de conquête par les Russes où les tribus musulmanes ont déclenché des insurrections, véritables Jihad (guerre sainte) contre les Communautés chrétiennes que l'armée russe, peu habituée à la guerilla a du mal à éteindre. Pour un jeune aristocrate, partir là-bas, c'est participer à la conquête de terres nouvelles au service de la Sainte Russie et de l'empereur, c'est mourir ou revenir en héros. Et en 1852, parut sa première nouvelle, Enfance, qui aussitôt publiée le rendit  célèbre. Il écrivit ensuite Adolescence en 1854 et Jeunesse l'année suivante, formant ainsi une remarquable trilogie autobiographique. Après trois ans passés au Caucase, il participa à la défense de Sébastopol dans le cadre de la catastrophique guerre de Crimée contre la France et l'Angleterre inquiètes de la poussée impérialiste de la Russie vers les mers chaudes.

La défaite russe demeurera une humiliation longue à effacer et un coup de semonce contre le régime. C'est de la ville assiégée qu'il écrira ses fameux Récits de Sébastopol (1854-55). Tolstoï quitta l'armée en 1856 et partit pour deux ans à l'étranger: en France, en Suisse, en Italie et en Allemagne. Il y fut frappé par l'égoïsme, le matérialisme et le cynisme des élites bourgeoises; ce fut alors une déception de plus contre un Occident en pleine révolution industrielle, particulièrement en France et en Allemagne, menée à marche forcée, infligeant une violence sociale inouïe à la paysannerie et à la classe ouvrière naissante. Il livre ses impressions dans Lucerne (1857-58).

 

 

 

 

D e retour à Iasnaïa Poliana, Tolstoï fonda une école populaire  et édita un journal pédagogique: Iasnaïa Poliana.

Durant la même période, Alexandre II travaillait d'arrache-pied à réformer le statut des paysans en abolissant le servage, se heurtant à l'égoïsme d'une bonne partie de la noblesse conservatrice. Même si sa marge de manoeuvre était serrée, le "Tsar Réformateur" était décidé à laver cette tache qui souillait la société russe et le prestige de l'Empire.

 

 

 En 1862, Tolstoï se maria, voulant, semble-t-il, atteindre par là un certain confort moral  (Le Bonheur de la Famille, 1862). Il eût treize enfants. L'année suivante, parut sa nouvelle Les Cosaques, qu'il avait commencée alors qu'il était au Caucase, et il se mit à travailler à sa grande oeuvre qui a pour cadre les guerres contre  Napoléon (1805-12) et qu'il ne devait terminer qu'en 1869: Guerre & Paix. Cette fresque s'inscrit, plus ou moins consciemment,  dans une démarche de restauration de la fierté nationale, après la défaite russe en Crimée et grâce aux efforts d'Alexandre II, le retour de la Russie sur la scène internationale en tant que puissance.

Puis, de 1873 à 1877, il écrivit son second grand roman Anna Karénine. Ces deux romans lui apportèrent la gloire et une célébrité mondiale. 

Soudain, en écrivant Anna Karénine, il fut saisi d'une crise morale et religieuse aigüe qui le mena à la conversion, décrite en 1882 dans Confession. D'athée, il devint croyant et d'auteur réaliste et vitaliste, il devint un écrivain moralisateur mais toujours rationnaliste.

 

 

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Le Christ dans le désert; Yvan Kramskoi ( 1837-1887).

 

Mais du christianisme, il ne retint que l'aspect moral et se mit à condamner tout ce qui était violence ou recherche du plaisir et du luxe ( La Mort d'Ivan Illitch, 1887, admirable réflexion sur la solidarité humaine et sur la mort; La Sonate à Kreutzer, 1889).

C'est à cette époque qu'il écrivit des pièces de théâtre comme La puissance des Ténèbres (1887) et Le Cadavre vivant (1901), pièces qui avaient toutes un but moral et éducatif. En 1897, parut Qu'est-ce-que l'art? où Tolstoï dénonce "l'art pour l'art"; en 1899 il publia un long roman, Résurrection , qu'il avait commencé en 1889 et où, décrivant un amour coupable, il tire une leçon de morale, illustrée par l'Evangile.

Son point de vue trop rationaliste sur l'orthodoxie le fit excommunier par le saint-synode en 1901.

Deux récits marquèrent encore la fin de sa vie: Le Père Serge (1890-98), histoire d'un aristocrate qui devient moine, et Haji Mourat (1896-1904) où il raconte de façon émouvante la longue guerre du Caucase.

En contradiction intérieure continuelle entre sa doctrine morale exigeante et la vie facile qu'il menait, il finit par quitter sa maison en octobre 1910 et mourut un mois plus tard dans une petite gare de province... 

 

 

 

 

" Oui, nous marchons , toi et moi , sur des voies différentes depuis notre enfance. tu aimes la campagne, le peuple, les enfants des paysans, tu aimes cette vie primitive dont tu es sortien m'épousant.  Je suis moi une citadine, et j'ai beau me raisonner et m'efforcerd'aimer la campagne, le peuple, je ne pourrai jamais me dévouer à eux de tout mon etre. Je ne comprends pas et ne comprendrai jamais les paysans. Ce que j'aime, c'est la nature et elle seule, et,  dans cette nature, je pourrais vivre jusqu'à la fin de mes jours avec délice. Ta description des petits moujiks, de la vie du peuple, etc., vos contes et vos conversations, tout cela est resté sans changement depuis le temps de ton école d'Iasnaïa Poliana. Mais il est regrettable que tu n'aimes guère tes propres enfants. S'ils étaient les enfants d'une paysanne, il en irait tout autrement...!".

 

Lettre de Sonia à Léon Tolstoï, le 9 décembre 1889; in La comtesse Tolstoï, Bertrand Meyer-Stabley, éd. Payot; 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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-.Jeune fille sur un banc avec ses lévriers-

"Raisonner avec les femmes ne mène à rien. C'est du temps perdu. Leur intelligence est incapable de raisonner. Je dirai même plus: alors même qu'une femme jugerait sainement, elle agirait toujours sous l'empire de ses émotions...

Léon Tolstoï à sa belle-soeur Tania (Lettres).

...Depuis sept ou huit ans , toutes mes conversations avec toi se terminent, après des heurts douloureux, par ceci: je te dis qu'il ne peut y avoir d'entente et d'amour entre nous tant que tu n'en arriveras pas au point où je suis arrivé moi-même, cela, soit par tendresse pour moi, soit par instinct, soit par conviction personnelle... Si ma conscience et ma raison exigent que je fasse queque chose, je ne puis refuser de le faire et être tranquille; je ne puis sans souffrir voir les gens que j'aime et qui savent ce qu'exigent la conscience et la raison refuser, de leur côté, de le faire...
Il se trouve que, par un tragique malentendu, tu n'as pas compris l'ampleur du bouleversement qui a transformé ma vie et que tu t'es comportée en l'occurence sinon avec hostilité, du moins comme s'il s'agissait d'un phénomène anormal, clinique. Tout ce qui, pour moi, était important et précieux t'es devenu odieux: notre vie paisible, modeste, admirable, à la campagne, les gens qui y participaient... Alors tu as adopté à mon égard la même attitude que si j'étais un malade mental. Tu avais toujours été hardie et résolue, mais, à partir de ce moment, ta décision s'est reforcée, comme il arrive chez les gens qui soignent des malades dont chacun sait que le cerveau est dérangé".

Léon Tolstoï à Sonia (Lettres).

 

 

 

" Il y a longtemps que vous êtes arrivée?

- Non, Madame, depuis hier seulement.

-Votre mari se porte-t-il bien?

-Votre Majesté est bien bonne! Il se porte bien!

-J'espère qu'il écrit quelque chose?

-Non, Madame, pas en ce moment; mais je crois qu'il se propose d'écrire quelque chose pour les écoles, dans le genre de "De quoi vivent les gens?".  A ce moment, Mme Chostak intervient:

"Il n'écrira plus de romans. Il l'a dit à la comtesse Alexandrine Tolstoï."

Tournée vers Sonia, l'impératrice réplique:

-Est-ce-que vous ne le désirez point? Cela m'étonne!"

Sonia décontenancée, ne sait que répondre et préfère interroger l'impératrice:

"J'espère que les enfants de Votre Majesté ont lu les livres de mon mari!"

L'impératrice, amusée, incline la tête et dit en souriant:"Oh! Je crois bien!".

 

Lettre de Sonia à son mari et à ses enfants du 25 fèvrier 1885.

(Malgré les appuis dont elle jouit à la Cour, Sonia ne pourra faire lever la censure qui frappe certains livres de son mari).

 

 

 

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-Bois de bouleaux-

1879

Huile sur toile 97x181; Moscou

Arkhip Ivanovitch Kovindji (1842-1910) 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La routine reprend à Moscou et Iasnaïa Poliana... Tolstoï se tient de plus en plus éloigné de la capitale.

Sonia, elle, a ses moments de spleen. Quand le jour se termine, elle reste assise une heure ou deux sur un banc de bois sous les bouleaux... Le ciel au-dessus d'elle commence à se piqueter d'étoiles, et elle sent qu'elle ouvre les yeux sur l'infini. Son coeur lui dit: " Je suis tout à toi mon Dieu. Prends-moi, prends-moi". Elle veut Dieu; ou l'oubli.

Un soir, elle aurait pu rester assise là si Ivan, le cocher, ne l'avait vue.

"Est-ce-vous, Comtesse?

-C'est moi, Ivan.

-Vous vous sentez bien?

-Je ne me sens pas bien du tout, Ivan. aidez-moi".

Il la prend par la main et la ramène à la maison, comme une vieille mule qu'on conduit à l'écurie".

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-Noël russe-

Peinture d'Alexis Savrasov (1830-1897)

 

 

 

 

 

 

 

" A u début de 1886, le destin porte un nouveau coup à Sonia.

Un matin, Alexis, son petit garçon adoré de  quatre ans, sort en gambadant. Presque aussitôt, il est saisi d'un violent mal de gorge. Après trente six heures d'intense fièvre pendant lesquelles Sonia ne quitte pas son chevet, il se redresse soudain sur son séant, les yeux grands ouverts, comme devant une vision merveilleuse. Il murmure: "Je vois... Je vois..." et retombe sans vie dans les bras de sa mère.

 

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-La vision de l'enfant Bartholomé-

(d'après une légende russe)

1889-90

Huile sur toile (1OOx211) de Mikhaïl Vassilievitch Nesterov (1850-1942).

 

 

Tolstoï ne s'oppose pas à des funérailles orthodoxes. Sonia va retourner le fer dans sa plaie en se persuadant qu'elle est punie par la mort de cet enfant bien-aimé, de n'avoir pas souhaité sa naissance. Elle essaye de s'étourdir par un surcroît de travail. Puis, au bout de neuf mois, elle note: "Nous sommes restés à Iasnaïa Poliana plus longtemps que de coutume. Les forces me manquent pour entreprendre quelque chose, mais ma conscience, elle, ne sommeille point et me reproche le fléchissement de mon courage. Il faut continuer fermement, suivre la voie qu'on croit juste; et moi, je continue par inertie...Je vais à Moscou pour ressouder la famille, je m'occupe des publications et je me procure l'argent que Léon vient me réclamer, en affectant l'indifférence et l'hostilité pour ses protégés et ses pauvres...Mes enfants, eux aussi, viennent me réclamer tout ce qu'ils peuvent, tout en tombant sur moi à cause de mes dissensions avec leur père.

Partir! Partir! Et je partirai d'une façon ou d'une autre. Je n'ai plus assez de forces, d'endurance, je ne suis pas assez attachée à mon travail, à ma lutte. En attendant, je tiendrai mon journal; cela me rendra meilleure et plus silencieuse, et mon agitation sera pour ces pages  ".

 

 

 

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" Chagrin commun aidant, la vie des époux est plus harmonieuse pendant quelques mois, chacun s'efforçant de ménager l'autre. Léon Tolstoï achève  son essai Que devons-nous faire? puis son récit La Mort d'Ivan Ilitch, et compose encore des contes pour Le Médiateur, un article virulent contre le précédent Tsar Nicolas Ier, "Nicolas la Trique", une petite pièce de théâtre, Le Premier Bouilleur de cru". Pour se consoler de la mort de son dernier fils, Sonia de son côté, se réfugie dans la musique. Elle finit par faire un véritable transfert affectif sur le pianiste-compositeur Sergueï Ivanovitch Taneïev, amour passionné qui, tout en restant platonique, exaspère son mari.

 La musique est d'ailleurs l'une des grandes passions de Tolstoï. Dans sa jeunesse,  il travailla pendant plusieurs semaines avec l'aide d'un jeune compositeur allemand pour trouver un nouveau mode de transcription et composa même une valse. La musique le bouleverse. Son impact  sur sa nature hypersensible est tel qu'il ne peut s'empêcher de pleurer en l'écoutant".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Sonia voit pour la première fois Taneïev sur scène à Kiev. Elle comprend tout de suite qu'elle est en présence d'un génie. Elle pleure intensément en l'entendant  jouer L'Appasionata de Ludwig von Beethoven. A la sortie du concert, le malheureux est environné de femmes qui crient comme des forcenées...Sonia ne peut supporter la vue d'une telle hystérie et demande à son valet de pied de faire quelque chose. Ce dernier s'avance bravement à travers la foule en criant:" Place à la comtesse Tolstoï!". Elle le suit, bien que gênée par l'attention dont elle est l'objet. Il se fait dans la foule un grand silence et le passage s'ouvre pour elle, quasi miraculeusement, jusqu'aux pieds de Sergueï Ivanovitch. Sonia se sent comme la reine du bal.

"C'est un immense honneur, dit Taneïev en lui baisant la main.

-Vous avez joué merveilleusement ce soir, lui dit-elle. Surtout L'Appasionata; c'est ma sonate préférée.

-Je vous remercie, comtesse. Tout le monde n'apprécie pas Beethoven."

Elle l'invite à monter dans sa voiture, la sienne n'étant visible nulle part, ce qu'il accepte sans se faire prier. En le conduisant à l'hôtel, elle mentionne discrètement qu'elle aussi joue du piano. En précisant aussitôt qu'elle n'est, à côté de lui qu'une horrible amatrice.

-Je pourrais peut-être vous donner quelques leçons; cela vous intéresserait-il, comtesse?

-Moi? Vous seriez mon professeur?"

Taneïev viendra souvent à Iasnaïa Poliana, mais toujours contre la volonté de Tolstoï. A Moscou, leur duo est plus aisé. Le pianiste joue pendant des heures dans le grand salon, après quoi, Sonia l'invite à prendre le thé ou à faire des courses. On les voit parfois à la pâtisserie Trembles où ils se gavent de macarons ou de truffes au chocolat et repartent à l'arrière du traîneau comme deux enfants heureux... ".

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Jour de marché; 1910

Boris Kustodiev (1878-1927)

Moscou, galerie Tetratiov

" a fin de l'été... puis l'hiver. Sonia retombe dans la mélancolie...Tolstoï s'inquiète de sa santé et l'accompagne dans le train qui la ramène à Moscou. Dans son journal, il note: " Elle était assise là, assise dans le wagon, et je mez mis à avoir terriblement pitié d'elle, non parce qu'elle partait mais pous son âme. J'éprouve encore ce sentiment, et j'ai du mal à retenir mes larmes. J'ai pitié d'elle car elle est triste et solitaire et que c'est dur pour elle. Elle n'a personne que moi, personne d'autre à qui se raccrocher, et dans les profondeurs de son âme, elle a peur que je ne l'aime pas, que je ne l'aime pas de toute mon âme, et que cela soit dû à notre différence de point de vue sur la vie. Et elle pense que je ne l'aime pas parce qu'elle n'a pas su me rejoindre ".

Et les lignes suivantes s'adressent directement à Sonia: " Ne crois pas cela. Je t'aime encore plus. Je comprends tout., et je sais que tu n'as pas pu me rejoindre , et que c'est pour cela que tu es si seule. Mais tu n'es pas seule: je suis avec toi. Je t'aime comme tu es, et je t'aimerai jusqu'au bout aussi fort qu'il est possible d'aimer".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 06:03
NANNERL, LA SOEUR DE MOZART
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De 1763 à 1766, Léopold Mozart emmène ses deux enfants prodiges, Wolfgang et Nannerl, dans une tournée européenne restée célèbre.
A Fontevraud, Nannerl se lie avec une fille de Louis XV.
A Versailles, le Dauphin l'incite à composer...

Il est réjouissant qu'un cinéaste rende hommage à "l'autre" Mozart, Nannerl dont Wolfgang vantait les dons et ce n'est que justice.

Cette aînée eut des débuts brillants mais elle vécut dans l'ombre de son frère, sans écrire la musique qu'elle aurait pu composer...
Pour René Féret qui a choisi ses propres filles comme actrices, ce manque est dû à l'interdiction de composer pour les femmes de l'époque.
Or, cette interprétation est à nuancer car le XVIIIe siècle est le siècle des femmes par excellence, contrairement au XIXe qui, par réaction sera le siècle des hommes, à commencer par Napoléon, militaire, dictateur et originaire d'une culture méditerranéenne profondément misogyne.
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L'histoire a retenu les noms de compositrices du XVIIIe siècle, comme Wilhelmine Friederike Sophie von Bayreuth, la duchesse Anna Amalia ou la princesse Amalia; mais on pourrait citer Elizabeth Vigée-Lebrun dans le domaine de la peinture de portraits; Madame de Pompadour et la reine Marie-Antoinette, usant de leur pouvoir, protégèrent et encouragèrent de nombreuses artistes dans tous les arts...
Sinon, le film est d'une grande vérité historique, qui s'exprime dans la beauté des décors, des costumes, mais aussi et surtout dans les visages, les attitudes et les tenues des acteurs qui semblent sortis vivants de tableaux d'époque.
En outre, Féret a choisi d'offrir aux spectateurs la musique de Nannerl que celle-ci n'a pu écrire; il en a confié l'écriture à Marie-Jeanne Séréro, qui a su imaginer une musique mozartienne, belle et un peu monotone, comme l'est la mise en scène du film. Choix de la lenteur et de l'austérité, destinés  à manifester purement la beauté tragique de l'histoire de Nannerl. Un pari difficile dont on salue la belle exigence...


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Le talent n'attendant pas le nombre des années, les enfants Mozart, Maria-Anna surnommée affectueusement "Nannerl" et Wolfgang Amadeus furent des génies. Leur père, Léopold les forma de façon très exigeante pour les mener à un degré de virtuosité extraordinairement élevé, par un goût immodéré de la perfection et afin de satisfaire un public également très exigeant. Le XVIIIe siècle fut l'apogée de la civilisation européenne.






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Léopold Mozart ou le complexe du père.

" ...La petite fille joue admirablement le petit frère joue juste, les yeux fermés, le clavier couvert par une bande de tissu qui cache les touches. c'est le ravissement, l'excentricité quelque peu inhumaine des grandes et des petites Cours, puis cette interrogation déjà cruelle: cet homme qui a si bien dressé ses enfants, qu'en fera-t-il par la suite? Saura-t-il s'arrêter? Sept années de voyages, sept années de vie publique, qui mettront les enfants Mozart au contact d'un monde qu'il faudra d'une certaine façon quitter, puisque jamais adulte ne pourra passer pour un enfant prodige...".
in Mozart; le complexe du père par Alfred Kern. éd. du Chêne; 1985.




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Les Mozart voyagèrent beaucoup afin de se produire devant les Cours européenne où un public exigeant les attendait.
A Versailles, la Cour de France était la plus prestigieuse et la plus cultivée de toutes les Cours d'Europe; c'est là que se faisaient et se défaisaient les réputations.
Mais à force de voyages, de cours en cours, de châteaux en châteaux, les enfants Mozart sauront-ils où et qui ils sont?




Armoiries France royale


Les armes de France



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Toutes les élites européennes se pressent à Versailles "capitale du monde"
et " vitrine de tous les talents" du royaume des lys.

 

Depuis Louis XIV,Versailles donne le ton.
 Dans toutes les Cours d'Europe, on se doit de parler français, de goûter à la gastronomie française. Il faut visiter le plus beau, le plus riche et le plus prestigieux des pays d'Europe.
En outre, le royaume de France est ouvert et accueillant...





Le talent de Nannerl commença à s'épanouir; mais à l'ombre de son frère et des préjugés de son père, il ne put être reconnu à sa juste valeur.
Le cinéma français lui rend aujourd'hui justice; telle est la force du Septième Art: faire connaître la vérité étouffée ou mentir...

Née en 1751 à Salzbourg (petite ville d'Autriche), l'aînée des enfants Mozart fut une musicienne et une concertiste virtuose; finalement, elle fit un mariage de raison à trente deux ans avec un veuf père de cinq enfants et tout en faisant la promotion de la postérité de son frère, elle mourut dans le dénuement en 1829. Le film raconte surtout l'histoire d'un renoncement déchirant, avec un minimalisme distancié qui met en valeur la justesse des sentiments.









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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 06:19

RAY

RAY
"The Genius"



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La vie de Ray Charles (1930-2004),
de son enfance pauvre en Géorgie jusqu'à l'apogée de sa carrière dans les années 1970.
Un itinéraire traversé de luttes et de drames incessants.
Derrière l'image du chanteur idéal on découvre un être rongé par la culpabilité, aussi insatiable en femmes et dur en affaires que faible devant l'héroïne.
In carnée avec un mimétisme stupéfiant par Jamie Foxx, la vie de ce géant du jazz est retracée par un scénario souple réalisé dans le grand style hollywoodien.
Surtout, il y a la musique, avec les succés de Ray Charles, comme l'emblématique " I got a Woma" que celui-ci a réenregistré pour le film, peu avant de mourir, et que Foxx joue avec un parfait feeling.
Un film qui vous fera swinger. Oh, yeah!
L'âme du blues; genèse d'un génie...
Personnage singulier, Ray Charles peut être comparé à Louis Armstrong par bien des côtés.
Au-delà de leurs voix si reconnaissables, Ray et Louis ont en commun une liberté totale d'inspiration, un éclectisme et une sensibilité musicale capables de leur faire aborder différents rivages de la musique, même les plus disparates.
Tout cela, avec une justesse et une pertinence remarquables.
Ils possèdent en commun un amour de la scène inlassable et poussé à ses limites, un humour jamais en défaut et une générosité immense qu'ils ont portés avec ferveur et conviction sur toutes les scènes du monde.


Mais n'oublions pas que, comme des millions de Noirs américains de cette époque, Ray Charles fut marqué par une enfance dramatique.

Ray Charles Robinson voit le jour à Albany, en Géorgie, le 23 septembre 1930, dans une famille très pauvre.

Esclave escaped Slaves mai août 1862

Le Sud des États-Unis: les colons y construisirent une civilisation très différente du Nord. Il fut ravagé par la guerre de Sécession (1860-1865); les Nordistes  punirent les États du Sud avec une brutalité inouïe sous le prétexte d'éradiquer l'esclavage des Noirs.

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L'Amérique sombre alors dans la grande dépression économique depuis un an et les populations noires, déjà fragilisées, en plus d'une scandaleuse ségrégation, souffrent de la récession et du chômage.



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La plus grande démocratie du monde n'abolira les lois raciales qu'à la fin des années 60.

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Bien que ses parents ne soient pas mariés, il prendra le nom de son père.
Bailey Robinson  occupe un emploi de poseur de traverses de chemin de fer entre Perry (Floride) et Adel (Georgie), de sorte qu'il est presque toujours absent du foyer. Ray est élevé par sa mère, Bertha, appelée familièrement Retha, à Greenville,
en Floride, que tout le monde prononce "Greensville", et où la famille a déménagé peu de temps après sa naissance.
Greenville est un petit village typique du Sud, où les communautés noire et blanche ne se mélangent pas. La ségrégation y est parfois violente.
La famille vit dans une sorte de baraquement typique de cette partie des États-Unis, sorte de bidonville amélioré mais sans confort...

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Georgia in my mind


Le choix de Greenville correspond au désir de Bailey de se rapprocher de sa femme légitime, Mary Jane, laquelle va assumer le rôle de deuxième mère du petit Ray, sans doute pour compenser la perte de son propre enfant, Jabbo. C'est ainsi que le jeune Ray est élevé par deux femmes. Il appelle Bertha "maman" et Mary J "mère". Bertha, de santé fragile, fait de la lessive et du repassage. Mary Jane travaille dans une scierie, et leurs ressources sont mises en commun.

Un an après la naissance de Ray, Bertha accouche d'un second garçon, George. Les deux enfants sont inséparables. Le dimanche, tous se rendent à l'église de Silo pour l'office.
Ray découvre la musique à travers les chants d'église, mais aussi au Red Wing Café de Wylie Pitman, où trônent un piano et un juke-box.



 

Il reste de longues heures à écouter M. Pit interpréter des boogies au piano ou bien des disques sur ce tout nouvel appareil magique qu'est le juke-box.Sensible à l'intérêt de Ray pour l'instrument, M. Pit lui donne ses premières leçons de piano...



 
Comme la majorité des Noirs, l'église est pour Ray et sa famille un lieu de réconfort où l'on chante ses peines et ses joies et surtout ses espérances...


Un drame qui le marquera toute sa vie

Ray a cinq ans lorsque son frère se noie sous ses yeux en tombant dans un baquet d'eau. Il conservera toute sa vie ce souvenir traumatisant.
Quelques mois à peine après ce drame, les yeux de Ray commencent à pleurer... Il est atteint d'un glaucome et perd progressivement la vue. Deux ans plus tard, il est définitivement aveugle.
Ray ne se plaint pas et fait preuve d'un courage qui force l'admiration de son entourage...Il apprend patiemment à se déplacer seul et à exécuter un certain nombre de tâches quotidiennes sans aide: un combat de chaque jour. Malgré ce handicap, il continue de fréquenter le café de M. Pit qui lui prodigue des leçons de piano...

A l'institut pour aveugles

Totalement aveugle, le petit Ray, qui vient d'avoir sept ans est admis dans une institution d'État, l'école de Saint Augustine, spécialisée dans l'enseignement aux sourds et aux aveugles, située à deux cent cinquante kms de Greenville.
Son départ pour l'internat en septembre 1937 et la séparation  d'avec sa mère sont une épreuve particulièrement douloureuse pour le jeune garçon. Il souffre, la première année, d'un sentiment d'abandon et de solitude d'autant plus aigu qu'au moment de Noël il restera seul à la pension, sa mère n'ayant pas les moyens de payer le train pour le faire revenir à la maison.Déjà timide, Ray se referme sur lui-même et sur son chagrin; il subit les quolibets des autres pensionnaires qui ne manquent aucune occasion de railler "le bébé qui pleure tout le temps"...
A l'école, on sépare les sourds des aveugles, les Noirs des Blancs et les garçons des filles. Ray ne comprend pas que l'on puisse séparer des aveugles pour la raison d'une couleur de peau qu'ils ne peuvent pas voir...
Cependant, Ray est un bon élève, il apprend le braille avec facilité, excelle dans les travaux d'atelier et fait du sport (course et football américain).
Quand c'est possible, il s'approche des classes de musiques pour écouter les sons qui s'en échappent, bien qu'il n'y ait pas accès la première année. Il s'adapte pourtant progressivement à ses nouvelles conditions de vie...
Au cours du second semestre, son oeil droit le fait souffrir: il faut lui retirer.



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De retour à Greenville pour les vacances d'été, il continue de fréquenter le Red Wings Café, pratique de plus en plus souvent du piano avec un brio déconcertant pour son âge;  et commence à jouer pour les gens.
Il apprend à se déplacer tout seul, sans l'aide de quiconque, s'orientant aux sons et aux odeurs que sa mémoire enregistre, quand il ne s'oriente pas à l'instinct et esprit de déduction; il fait déjà l'admiration de beaucoup par le courage avec lequel il accepte son handicap sans gémir et l'énergie qu'il déploie afin de ne dépendre de personne. Sa mère le stimule afin qu'il soit autonome et a la grande sagesse de le laisser aller et venir à sa guise...
Pendant sa deuxième année à l'école pour aveugles, il commence à apprendre sérieusement le piano.  Durant les séances où il travaille des petites pièces de Chopin et de Strauss ou lorsqu'il écoute la radio qui diffuse les airs joués par les grands orchestres du moment:
Glenn Miller, Glen Gray, Benny Goodman et Tommy Dorsey, il se prend à rêver qu'il sera un jour un grand pianiste...

Il commence à s'intéresser à l'orchestration, découvre Artie Shaw, dont il aime particulièrement "Stardust", et Art Tatum, pour lequel il a une admiration sans borne; dès qu'il le peut, il joue du blues et du boogie en dehors des heures de classe, pour la plus grande joie de ses camarades.


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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 10:25
RIMBAUD VERLAINE
TOTAL ECLIPSE

Leonardo DiCaprio et David Thewlis. Collection Christophe L.

Aux branches claires des tilleuls

Meurt un maladif hallali.

Mais des chansons spirituelles

Voltigent parmi les groseilles.

Que notre sang rie en nos veines,

Voici s'enchevêtrer les vignes.

Le ciel est joli comme un ange.

L'azur et l'onde communient.

Je sors. Si un rayon me blesse

Je succomberai sous la mousse.

Qu'on patiente et qu'on s'ennuie

C'est trop simple. Fi de mes peines.

Je veux que l'été dramatique

Me lie à son char de fortune.

Que par toi beaucoup, ô Nature.

- Ah moins seul et moins nul ! - je meure.

Au lieu que les Bergers, c'est drôle,

Meurent à peu près par le monde.

Je veux bien que les saisons m'usent.

A toi, Nature, je me rends ;

Et ma faim et toute ma soif.

Et, s'il te plaît, nourris, abreuve.

Rien de rien ne m'illusionne ;

C'est rie aux parents, qu'au soleil,

Mais moi je veux rire à rien,

Et libre soit cette infortune.

 

Vers nouveaux et Chansons

 

 


Septembre 1871

Sur le quai d'une petite gare des Ardennes, un jeune homme de dix sept ans attend le train de Paris avec comme seule carte de visite, un poème: "Le Bateau ivre".
Son nom, Arthur Rimbaud (1854-1891).
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A Paris, sur le quai de la gare de l'Est, un homme l'attend qui a l'allure d'un employé de bureau; il est en réalité l'un des représentants les plus brillants d'un nouveau mouvement littéraire, le Parnasse Contemporain: Paul Verlaine (1844-1896) , auteur des "Fêtes galantes". Il n'a que vingt sept ans et a invité Rimbaud chez lui...
Mais malheureusement, "chez lui", c'est chez les autres: ses beaux-parents, les très bourgeois Mauté de Fleurville. Rapidement, Rimbaud se conduit mal, horripilé par le décors gracieux et les personnages conventionnels, à la pensée statique qu'il découvre.
Il est chassé; Verlaine lui trouve un nouveau logement et le présente au "Cercle des vilains bonhommes", un groupe marginal d'artistes bohèmes.
Même là , les excentricités et les imprécations du jeune poète font scandale.
Cependant, Paul Verlaine va s'attacher passionnément à ce surprenant personnage, beau et talentueux, à sa folle jeunesse,  dont l'idéal est "changer la vie"...

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Rimbaud, icône des poètes révoltés et maudit est né à Charleville en 1854 dans un milieu de paysans, et mort à Marseille en 1891.
Dés le collège, où il se montre à la fois brillant et révolté, Rimbaud sentit s'éveiller sa vocation poétique; ses premiers poèmes, s'ils révèlent encore manifestement l'influence de Victor Hugo et des parnassiens, montrent l'adolescent décidé à "monter sur tout comme sur un cheval"...

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Verlaine en fera l'éprouvante expérience...


Leonardo DiCaprio. Collection Christophe L.

Rimbaud veut "déporter les honnêtetés tyranniques" qu'il stigmatise avec une extrême violence (cf. A la musique, 1870; Les Assis, 1871).

D'autres poèmes, d'un rythme personnel, célèbrent le bonheur sensuel goûté dans la nature (Sensation, Ma bohème, 1870).




Bouleversé par la déclaration de guerre, puis  par l'échec de la Commune et "pressentant violemment" qu'il y trouvera la liberté, Rimbaud tente différentes fugues vers Paris encerclé et assiégé.

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Ce ne sont alors que cris de révolte, contre la guerre (Le Dormeur du val, 1870; Les corbeaux, 1872), contre la religion chrétienne (Les premières communions, 1871), contre la vie effroyable...

C'est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

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Il pleure dans mon coeur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon coeur ?

 

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un coeur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

 

Il pleure sans raison

Dans ce coeur qui s'écoeure.

Quoi ! nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

 

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon coeur a tant de peine !

 


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Ainsi se confondent poésie et soif de révolution sociale ou morale.

Écrit en septembre 1871, Le Bateau ivre se présente comme une allégorie superbe des aspirations du poète aux "nuits sans fond", de l'inconnu, dangereux voyage intérieur dont il attend "les aubes navrantes".
Dès la Lettre du Voyant (mai 1871), Rimbaud avait affirmé son ambition de vivre, mieux que Baudelaire, une expérience prométhéenne de "voleur de feu"; il écrit alors: " la première étude de l'homme qui veut être est sa propre connaissance entière"; or "Je est un autre" et c'est au prix d'un "long , immense et raisonné dérèglement de tous les sens " qu'on peut , au-delà de la conscience individuelle rejoindre le moi profond et l'unité cosmique.

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A Paris, à Londres, en Belgique, lors de sa relation orageuse avec Verlaine, Rimbaud tente par "l'alchimie du vers", "d'acquérir des pouvoirs surnaturels".
Les vers et les poèmes en prose des Illuminations (1872-1873) publiées en 1886, sont l'exploration d'un univers imaginaire par "un verbe poétique accessible à tous les sens de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée; et tirant". Ainsi Larme, La Rivière de Cassis, Marine (en vers libres)ou Barbare, Fleurs, Phrases, s'appliquent-ils à "fixer des vertiges" par des images éblouissantes, des refrains obsessionnels, des raccourcis métaphoriques qui déplacent les sensations. A cet "opéra fabuleux" répond Une Saison en Enfer, autobiographie en prose poétique (achevée après la rupture dramatique avec Verlaine; août 1873). Verlaine y analyse son expérience "révolutionnaire" de poésie en acte.




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("J'ai brassé mon sang, mon devoir est remis").

Rejetant abruptement la poésie dont il dénonce l'impuissance à "changer la vie", à "rendre l'homme à son état primitif de fils du Soleil", il va, durant dix huit ans de silence, connaître "la réalité rugueuse à étreindre", voyager en Europe, puis se faire explorateur et trafiquant d'armes en Abyssinie avant de mourir, après l'amputation de la jambe droite à l'hôpital de Marseille, soigné et sans doute converti à la religion catholique par sa soeur...
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Comment un jeune provincial de dix sept ans fait irruption dans la vie d'un poète assez mièvre (Paul Verlaine) pour le transformer en un écrivain déchirant pendant trois années d'une liaison passionnelle?
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Rimbaud-Verlaine n'est pas un film sur la poésie.
On doit n'y citer en tout et pour tout qu'une dizaine de vers.
C'est avant tout un film sur le destin de deux hommes hors normes; des poètes, écorchés vifs dans une société en pleine et brutale mutation ou les conventions hypocrites et les biens matériels priment sur tout...

Le scénario a été écrit par Christopher Hampton ("Les Liaisons dangereuses"), diplômé d'Oxford grâce à une thèse sur Rimbaud; la réalisation est de Agnieska Holland ("Europa Europa").
Face à un grand Leonardo Di Caprio dans le rôle de Rimbaud, on retrouve le très talentueux David Thewlis ("Sept ans au Tibet); Romane Bohringer interprète avec un talent pathétique son épouse, et Dominique Blanc, toujours efficace, la sœur de Rimbaud, Isabelle.
Il aura fallu du temps pour que ce film, achevé en 1996 arrive jusqu'ici...Heureusement que L.Di Caprio y joue Rimbaud. peut-être que que, sans le succès de l'un, le film ne serait jamais sorti.
Un film qui par ailleurs, reste très attaché à la vraie personnalité du poète qui fait encore rêver aujourd'hui.
Un film peu commercial puisque même si ça l'est moins aujourd'hui, il montre encore cet esprit de révolte d'un jeune poète idéaliste jusqu'au désespoir...
Arthur Rimbaud est l'un des poètes les plus influents et novateurs de la fin du XIXe siècle. Il inspira le mouvement surréaliste, Jack Kerouac et la Beat Generation en passant par Jean Cocteau.


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Il est le digne représentant d'une folle jeunesse sans compromis.
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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 17:46
Warner Bros. France


Amadeus


"Beau mais faux"

 

En 1823, le compositeur Antonio Salieri, reclus dans un asile d'aliénés, s'accuse d'avoir tué Mozart trente deux ans plus tôt...

Ses souvenirs font revivre la vie fulgurante d'un musiciens génial...

Mais est-ce bien celle de Wolfgang Amadeus Mozart? 

Mon cher cousin, voilà un film qui n’'est pas historique, mais plutôt une sorte d’adaptation de la pièce de Monsieur Peter Shaffer, né en 1926, écrivain et dramaturge anglais, qui a brodé sur le mythe d'’un Antonio Salieri  (1750-1825), compositeur italien et... assassin de Mozart.

 Cette oeœuvre cinématographique est encensée par les médias ! Et savez-vous pourquoi ?

Parce qu’elle nous montre un Wolfgang ébouriffé, grossier et même vulgaire,c'’est-à-dire proche de ces faiseurs de modes à penser et à sentir ! Mais ce n’est pas notre sentiment ; hormis quelques instants, ce film est irritant de flagornerie !

 

 

 

Tom Hulce. Warner Bros. France

 

"Je n'aime pas ceux qui ne rient jamais: ce ne sont pas des gens sérieux"

 

Saviez-vous que Mozart avait un rire de benêt?

 

 

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L'ombre du père...

 

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"Pour vous plaire, je vous sacrifierais volontiers mon bonheur, ma santé, ma vie"

Wolfgang à son père Léopold...

 

 

Voyages...

 


 

 

 

France place Louis XV

 

Paris, place Louis XV.

 

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Canaletto; Londres, la Tamise.

 

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Italie

Comedia dell'arte

 

 

 

"Le vrai génie sans coeur est un non-sens. Car ni intelligence élevée, ni imagination, ni toutes deux ensemble ne font le génie.

Amour! Amour! Amour!

Voila l'âme du génie!"

 

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Warner Bros. France

 

Wolfgang Amadeus Mozart fut tout sauf un révolutionnaire ou un être vulgaire. Peut-être succomba t-il à quelques vanités et caprices?

Curieux, ouvert, inventif, son œuvre témoigne d'une grande élégance d'esprit. Mozart demeure le meilleur représentant du style "classique" du XVIIIe siècle et sa manière inimitable, se reconnaît à l'oreille, souvent dès les premières mesures.

Ce touche-à-tout de génie a abordé tous les genres et porté chacun à un niveau de perfection inégalé. Cet aspect du personnage est très bien restitué par Milos Forman.

Passionné par son art, en plein dans son époque où tout est mouvement sous des dehors semble-t-il immuables, Mozart s'inspira de ses illustres prédécesseurs tels que Bach, Händel... mais resta fidèle à lui-même.

 

Joseph Haydn

 

Josef Haydn (1732-1809) qu'il connut, de vingt ans son aîné a écrit:

" Mon cher Léopold, devant Dieu et en toute honnêteté, je vous le dis, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom, il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition...".

Mozart lui dédie six quatuors et écrit:

" Lui seul a le secret de me faire rire et de me toucher au plus profond de mon âme...".

 

Haydn lui survit dix-huit ans et se désole:

"Je fus hors de moi à cause de sa mort; je ne pouvais croire que la Providence eut si tôt repris la vie d'un homme aussi indispensable...".

 

Ceux qui lui succédèrent, comme Beethoven, Schubert... ne purent que s'inspirer de l'esprit de ses œuvres tant le génie de Mozart marqua son époque et bien après...

 

 

 

Tom Hulce. Warner Bros. France

 

 

 

 

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Les passages qui nous montrent Mozart à l'œoeuvre sont époustouflants!

 

"A mes débuts, le son de l'orchestre n'était pas celuy que j'avais en moi; je rêvais d'un son et je n'en entendais que... comment dire?...La doublure".

 

 

F.Murray Abraham. Warner Bros. France

 

 

Un Salieri, dans le film, tout simplement diabolique!

Mais en dépit de tous les soupçons, les historiens sont sûrs, aujourd'hui, qu'il ne fut en rien responsable de la mort de celui qu'il admirait, peut-être jusqu'à la jalousie...

 

 

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Mozart par Lange; certainement le portrait le plus ressemblant.

(1756-1791)

 

 

Mozart

 

A Toi quand j’écoutais ton arc—en-ciel d’été:

Le bonheur y commence à mi-hauteur des airs

Les glaives du chagrin

Sont recouverts par mille effusions de nuages et d’oiseaux,

 

Une ancolie dans la prairie pour plaire au jour

A été oubliée par la faux,

Nostalgie délivrée tendresse si amère

Connaissez-vous Salzburg à six heures l’été

Frissonnement plaisir le soleil est couché est bu par un nuage.

 

Frissonnement — à Salzburg en été

O divine gaîté tu vas mourir captive ô jeunesse inventée

Mais un seul jour encore entoure ces vraies collines,

Il a plu, fin d’orage. O divine gaîté

Apaise ces gens aux yeux fermés dans toutes les salles de concerts du monde.

 

(Pierre Jean Jouve)

 

Un artiste plein de vie, épris d'indépendance, mais aussi angoissé par la mort...

 

" Il est profondément certain que le génie de Mozart est sous le signe de la mort; mais ceci requiert aussitôt explication. La mort est à l'origine  d'une forme merveilleusement  parfaite, d'une "limite" touchée de façon exquise et toujours exactement remplie, jusqu'au bout...Il y a quelque chose d'inhumain , ou de surhumain dans la musique de Mozart.

Probablement ce qu'il propose tient-il du miracle".


Pierre-Jean Jouve ; poète et écrivain français.

(1887-1976)

 

 

 

 

Mozart à beau être nommé compositeur de la Chambre impériale et royale, les problèmes financiers se multiplient, et des difficultés de toutes sortes s'accumulent..."

 


Le 9 mai 1781, Mozart doit affronter son protecteur et maître, le prince archevêque HieronimusColloredo: celui-ci lui ayant interdit de donner des concerts pour son propre compte et le somme de quitter Vienne; Mozart passe outre l'interdiction.

L'archevêque  le traite de "pouilleux" de "crétin" de "débauché" et de "gueux" en lui montrant la porte!

L'affaire se termine par un coup de pied au postérieur asséné par le comte d'Arco, maître des cuisines.

Mozart paiera cher sa liberté: plus aucun prince ne voudra le prendre à son service et il devra terminer sa vie d'artiste libre dans une relative pauvreté car ce génie ne sait pas gérer sa fortune et mène grand train de vie.

 

 

amadeus-hand-up.jpg

 

"Le faux Mozart a été inventé par des hommes légers, sourds aux promesses spirituelles, qui tournèrent les vertus de Mozart contre Mozart lui-même, qui firent de la puissance lumineuse une brillante parure, afin de rendre invisibles les secrets sanglotants(...)

Génie étrange et de proportions fantastiques, il tient son oeuvre dans la dépendance de son bizarre personnage: il est anti-goethéen en ce sens qu'il s'ignore lui-même  et doit demeurer  dans la sainte ignorance. Sa conscience est d'être  tout simplement  tout chant, toute musique; de pouvoir (comme l'annonce fièrement une lette d'Italie) composer dans tous les styles .

Paradoxe génial, qui voulait que Mozart allât en Italie pour y apprendre à être seulement Mozart, à créer un style inimitable dés le premier pas, à faire, à l'aide de la superficielle Italie, ce que l'Italie ne pourrait jamais produire: le monde-Mozart".

 

Pierre-Jean Jouve



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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 18:03
LA JEUNE FILLE A LA PERLE





Vue de Delft par Jan Vermeer







Pathé Distribution

Depuis la naissance du cinéma, l'art pictural et le septième Art ont toujours été fascinés l'un par l'autre: Rembrandt, Gauguin, Van Gogh, Picasso...


La jeune fille à la perle est un tableau peint par Vermeer, vers 1665, que l'on peut admirer au musée Mauritshuis, à La Haye, aux Pays Bas.



Jan Vermeer (1632-1675)



L'identité du modèle demeure inconnue...Qui était cette jeune fille au regard triste sensuel?




Adolescente, la romancière américaine Tracy Chevalier avait accroché dans sa chambre un poster de ce chef d'oeuvre et songeait constamment au modèle qui avait inspiré Vermeer.
Elle inventa donc, autour de la réalité connue du peintre de Delft, le personnage de Griet, ravissante servante engagée à seize ans par lui et sa femme pour s'occuper de leur maison et de leurs six enfants, la belle-mère, la gouvernante, chacune très jalouse de leurs prérogatives.
Peu à peu, la douceur, la sensualité, la vivacité, l'intelligence de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit peu à peu dans son univers...

Colin Firth et Scarlett Johansson. Pathé Distribution

Le livre passionnant de Tracy Chevalier, publié en 1998, a été vendu à plus de deux millions d'exemplaires (éditions Quai Voltaire).


Colin Firth et Scarlett Johansson. Pathé Distribution

 Peter Webber avait déjà réalisé une fiction télévisée sur la vie de Franz Schubert, mais La jeune fille à la perle est son premier long métrage, et c'est une vraie réussite!
Il a respecté l'esprit du livre mais aussi le souhait de Tracy Chevalier de ne pas faire une œuvre hollywoodienne.

Il s'est donc plongé dans la réalité flamande du XVIIème siècle pour recréer à l'écran la topographie et l'ambiance du Delft de l'époque.

Colin Firth et Scarlett Johansson. Pathé Distribution

Une ambiance de l'époque d'une fidélité surprenante: un voyage dans le temps et les couleurs du XVIIème siècle hollandais.


Colin Firth et Scarlett Johansson. Pathé Distribution

Tout artiste doit trouver sa " perle" pour ne plus la lâcher...


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