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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 09:07

Synopsis : Juin 1944. Découvrez le rôle déterminant de Winston Churchill dans cette fiction qui se situe 48 heures avant le débarquement des troupes alliées sur les plages de Normandie.
Winston Churchill (1874-1965) fut aux Britanniques ce que fut  le Général De Gaulle pour les Français. Winston Churchill fut un chef. Aristocrate dans l'âme mais sans la morgue; succédant au naïf Neuville Chamberlain le 10 Mai 1940,  il fit preuve de la trempe, de la force de caractère, de la détermination (entêtement ?) et du courage nécessaires pendant toute la Seconde Guerre Mondiale et surtout durant la période où, après la  tragique et rapide défaite de la France (Juin 1940),  la Grande-Bretagne se retrouva seule à combattre le IIIe Reich et sa redoutable puissance militaire jusqu'à l'entrée en guerre de l'URSS (22 Juin 1941) puis des Etats-Unis (7 Décembre 1941). Galvanisé par ce Premier Ministre hors norme, le peuple Britannique fit preuve d'un courage exemplaire qui tranche avec le défaitisme et le collaborationnisme des Français .

Winston Leonard Spencer-Churchill, né le au palais de Blenheim (Woodstock, Oxfordshire, Royaume-Uni) et mort le à Londres, est un homme d'État britannique. Son action décisive en tant que Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945, son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, joints à ses talents d'orateur et à ses bons mots en ont fait un des grands hommes politiques du XXe siècle. Ne disposant pas d'une fortune personnelle, il tire l'essentiel de ses revenus de sa plume. Ses dons d'écriture seront couronnés à la fin de sa vie par le prix Nobel de littérature. Il est également un peintre estimé.

in WIKIPEDIA

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 18:54

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Danemark 1770.

 

(Encore une affaire où c'est une femme  qui met la kata! LOL ou pas)

La passion secrète que voue la reine Caroline Mathilde au médecin du roi, l’influent Struensee, va changer à jamais le destin de la nation toute entière.

Royal Affair relate une page capitale de l’histoire danoise, oubliée des manuels français. La relation amoureuse et intellectuelle entre Caroline Mathilde et Struensee, fortement influencée par les philosophes des Lumières, Rousseau et Voltaire en tête, conduira au renversement de l’ordre social établi, et annoncera les révolutions qui embraseront l’Europe vingt ans plus tard.

 

 

Le film narre un fait historique majeur de l'Histoire du Danemark.

En 1770, le jeune roi Christian VII, 21 ans, se complait dans la débauche avec ses maitresses et délaisse sa femme, la reine Caroline Mathilde. Les ministres, soucieux de sa santé physique et mentale, décident de lui adjoindre un médecin allemand, Johann Friedrich Struensee. Celui-ci a eu une influence considérable auprès du jeune roi, se faisant nommer ministre et exerçant une politique libérale et humaniste, s'attirant les foudres de la noblesse danoise de l'époque. Ainsi, les mêmes ministres qui l'avaient nommé ont décidé de l'évincer.
Ce fait historique a fait l'objet d'une quinzaine de livres, d'un opéra, un ballet et il est même enseigné à l'école.
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L'actrice Alicia Vikander est très mignonne mais aucune ressemblance avec le personnage ayant existé...
Même si le film est basé sur un fait historique existant et que le cinéaste a essayé de coller au plus près de la réalité, celui-ci confesse tout de même avoir pris quelques libertés vis-à-vis de la réalité historique :
"Compte-tenu de la popularité de ces événements dans l’Histoire danoise, nous avons respecté les faits tout en nous autorisant quelques libertés dramaturgiques", admet Nikolaj Arcel.

 

 

 

 

marie antoinette fans

 

 

 

 

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Mads Mikkelsen, prix d'interprétation à Cannes 2012 pour son rôle dans La Chasse de Thomas Vinterberg, campe dans Royal Affair le médecin Johann Friedrich Struensee.

Le talentueux acteur danois, chouchou du cinéaste Nicolas Winding Refn, est devenu une star internationale depuis sa participation en tant que "bad guy" sans scrupules dans Casino Royale de Martin Campbell.

Nikolaj Arcel explique son choix :

"J’ai tout de suite pensé à Mads pour le rôle de Johann Struensee. Il était parfait pour le rôle : il est intelligent et il y a aussi quelque chose de mystérieux et de séduisant chez lui, totalement crédible dans le rôle de l’amant de la jeune reine."

 

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Pour écrire la partition de son film, Nikolaj Arcel a fait appel à un compositeur de renom en la personne de Gabriel Yared, récompensé aux Oscars 1997 pour la musique du film Le Patient anglais d'Anthony Minghella :

"A chaque fois que l’on me présentait un compositeur, je disais toujours à mes producteurs que je voulais que cela ressemble plus au travail de Gabriel Yared. C’est le compositeur du Patient anglais dont j’adore la musique, et que j’écoutais d’ailleurs lorsque j’écrivais le scénario.

Ils ont donc fini par le contacter. Je l’ai rencontré à Paris et lui ai parlé de l’histoire et de nos ambitions. Il a alors accepté d’écrire le thème principal du film. J’étais ravi! C’est un honneur d’avoir pu travailler avec lui et son co-compositeur Cyrille Aufort", proclame le réalisateur.

 

 

 

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Photo Pierre & Gilles

 

 

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Peinture de Jean-Honoré Fragonnard (1732-1806)

 

L'acteur danois Mikkel Boe Folsgaard est un talent à suivre. En effet, l'interprète du jeune roi Christian VII a reçu l'Ours d'argent du meilleur acteur à la Berlinale 2012 pour ce rôle dans Royal Affair. Nikolaj Arcel a aussi obtenu l'Ours d'argent du meilleur scénario lors de ce même festival.

 

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Le 28 avril 1772 est décapité à Copenhague le comte Johann Friedrich von Struensee. Il est précédé sur l’échafaud par son ami Enevold Brandt.

 

Singulier destin que celui de ce médecin agnostique et cultivé, fervent lecteur de Rousseau et Voltaire, né à Halle, en Allemagne, 34 ans plus tôt, le 5 août 1737, dans le ménage d’un pasteur luthérien.

 

Il crut pouvoir mettre en œuvre les idées des Lumières dans le royaume de Danemark et de Norvège en usant de ses relations très particulières avec le couple royal. Mais il paya de sa vie l'amour de la reine et sa passion pour la justice sociale.

Fabienne Manière in Hérodote.net


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L’histoire commence quelques années plus tôt, le 14 janvier 1766, avec l’avènement de Christian VII. À 17 ans, il succède à son père Frédéric V sur le trône de Danemark et de Norvège (les deux royaumes scandinaves ont été unis quatre siècles plus tôt par l’Union de Kalmar).

 

À la fin de la même année, le 8 novembre 1766, il épouse au palais de Christiansborg, à Copenhague, sa cousine Caroline-Mathilde de Hanovre. Née le 22 juillet 1751 à Londres, elle est la sœur cadette du roi d’Angleterre George III.

 

 

 

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Caroline-Mathilde de Danemark (1751-1775), château de Rosenborg, Copenhague.

 

Elle a quinze ans, elle est vive et sans façons, cultivée, pas spécialement jolie mais encore pleine de rêves d’adolescente. Son mari a tout juste deux ans de plus qu’elle mais déjà manifeste quelques signes de dérangement mental, sans doute une forme de schizophrénie.

 

Il fait un effort pour donner un premier enfant à sa femme. Ce sera le futur roi Frédéric VI.

 

 

 

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Christian VII (1749-1808)

 

Il semble avoir disposé d'une grande intelligence et de talents certains, mais son éducation, menée par un gouverneur brutal, le fit sombrer dans la folie.

 Il accéda au trône le 14 janvier 1766 mais, s'abandonnant à ses excès, il finit par sombrer dans une stupeur mentale totale, avec des crises de paranoïa, d'automutilation et d'hallucinations.


 

Là-dessus, satisfait du devoir accompli, il multiplie les virées dans les bordels de sa capitale en compagnie d’une courtisane, puis quitte le pays pour une tournée des capitales européennes. Il se fait accompagner par l’ancien ministre de son père, le comte Ernst von Bernstorff, qui dirige de fait le gouvernement avec le titre de chancelier et de ministre des affaires étrangères.

 

Le roi rentre à Copenhague en janvier 1769 avec, surprise, un médecin personnel rencontré en Allemagne : Struensee. Ce médecin se montre paternel à son égard et soigne ses troubles mentaux avec dextérité. Le roi ne jure plus que par lui et le nomme conseiller d’État à l’été 1769.

 

Struensee use de son emprise sur le souverain pour le convaincre de se raccommoder avec la reine. Celle-ci se voit derechef contaminée par la maladie vénérienne que son mari a rapportée de ses voyages.

 

Elle n’en est pas moins reconnaissante au médecin de lui avoir rendu sa place à la cour ainsi que de la soigner de sa maladie et d'avoir vacciné le petit prince Frederick contre la variole.

 

Struensee sait aussi réconforter la reine et s’immiscer dans ses rêves. Il partage avec elle une commune passion pour les «philosophes» français.

 

On est en plein siècle des Lumières et, à Copenhague comme à Paris, il n’y a de plaisir plus délicat que la conversation. Ladite conversation, de paternelle et protectrice, se fait sentimentale et amoureuse. C’est ainsi que le séduisant médecin devient à l’été 1770 l’amant de la jeune reine sans cesser d’être l’ami du roi.


 

 

 

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Struensee (1737-1772), portrait par Jens Juel (château de Rosenborg, Copenhague)

 

Dès lors, Struensee ambitionne de réformer le pays selon les préceptes du «despotisme éclairé». Il marche de la sorte sur les traces des autres gouvernants européens.

 

On est à l’époque de Catherine II de Russie, Frédéric II de Prusse et Joseph II de Habsbourg-Lorraine, plus «despotes» qu’«éclairés», mais sans doute Struensee pense-t-il plus volontiers à des hommes comme le marquis de Pombal, Premier ministre du Portugal…

 

En premier lieu, il écarte du roi son habituel compagnon de débauche, le comte Holck, et le remplace par un homme à sa main, Enevold Brandt, aristocrate falot.

Struensee peut dès lors faire signer ce qu’il veut à Christian VII.

 

Le 15 septembre 1770, avec le soutien de Caroline-Mathilde, qui ne saurait rien refuser à son bel amant, il obtient le renvoi du chancelier Bernstorff.

 

Enfin, le 8 décembre de la même année, le roi dissout le Conseil privé, un organisme consultatif composé d’aristocrates, qui s’était arrogé la réalité du pouvoir.

Struensee devient maître des requêtes, avec pour mission de soumettre au roi toutes les requêtes, faveurs et autres demandes. Il obtient un peu plus tard le titre de comte.

 

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Royaume de Danemark-Norvège & ses Possessions en 1800.

 

 

 

 

Nouvel homme fort de la cour, l'ancien médecin place ses amis au gouvernement. Il obtient même de signer des actes à la place du roi, ce qui lui permet de mettre en œuvre ses réformes avec une boulimie d’ordonnances. Deux mille en moins de deux ans.

 

Il modernise l’administration et opère les recrutements en fonction des compétences de chacun. Il impose de sévères économies dans les dépenses publiques et crée une loterie pour enrichir l’État. Il abolit la censure, le servage, la torture, la prison pour dettes…

 

Fidèle aux idées nouvelles, il abolit aussi les corporations qui entravent l’activité commerciale et artisanale.

 

Ces réformes ressemblent à celles de Turgot, en France, cinq ou six ans plus tard, mais auront un meilleur destin.


 

 

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Fort de la confiance du souverain, Struensee partage plusieurs fois par semaine le couvert royal et, bientôt, chacun se réjouit d’apprendre que Caroline-Mathilde est une nouvelle fois enceinte. Elle donne le jour à une fille, Louise Augusta, le 6 juillet 1771.

 

Tout irait pour le mieux dans ce ménage à trois si le zèle réformateur de Struensee ne heurtait trop d’intérêts.

Les aristocrates, le clergé, les marchands et l’armée lui tiennent grief qui de la suppression du Conseil privé, qui des entraves faites à l’enseignement religieux, qui de la suppression des corporations et de l’ouverture des frontières, qui de la suppression de la garde montée pour raison d’économie…

 

C'est alors que la reine douairière Juliana, deuxième épouse du précédent roi, prend les choses en main.

À son initiative, une troupe de militaires pénètre dans le château royal dans la nuit du 16 au 17 janvier 1772. Une partie se rend dans la chambre du roi pour éviter qu’il n'intervienne en faveur de son conseiller et lui faire signer un mandat d'arrêt. Struensee et Brandt sont quant à eux arrêtés et incarcérés dans la citadelle de Copenhague.

 

Pour légitimer la mise à l’écart de Caroline-Mathilde, on force Struensee à plus ou moins avouer ses relations avec la reine. Celle-ci s’effondre quand on lui montre sa déposition et avoue à son tour la relation coupable, espérant sauver la tête de son amant.

 

 

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Christian VII de Oldenbourg

(Copenhague, 29 janvier 1749 - Rendsburg, 13 mars 1808)

Prince de Danemark et de Norvège

Duc de Schleswig (1766), Duc de Holstein (1766)

Roi de Danemark (1766)

et Roi de Norvège (1766 - en union personnelle)

 

 

 

Struensee et Brandt sont condamnés à mort et exécutés pour crime de lèse-majesté.

Bernstorff reprend les rênes du gouvernement. Il revient sur plusieurs réformes comme l’abolition de la torture et de la censure mais se contente de modifier à la marge les réformes administratives de Struensee.

 

Après un divorce expéditif, la pauvre Caroline-Mathilde est recluse au château de Celle où elle a la consolation de retrouver son ancienne dame de compagnie Louise von Pleussen, la seule amie qu'elle ait eu à Copenhague avant l'arrivée de Struensee.

Elle meurt de la scarlatine deux ans plus tard, le 10 mai 1775, à 23 ans. De son fils comme de sa fille, très vraisemblablement née de Struensee, sont issus de nombreux rejetons des familles royales actuelles.

 

En 1783, le roi Christian VII est démis de ses fonctions pour maladie et son fils Frédéric VI le remplace avec le titre de régent. Devenu roi en 1808, il va gouverner le royaume jusqu'à sa mort, le 3 décembre 1839, en réacclimatant les réformes de Struensee.

 

Très populaire au Danemark, la tragique romance de Caroline-Mathilde et Struensee a inspiré au cinéaste Nikolaj Arcel le film Une royale affaire (2012).

 

 

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Royal Mikkelsen: il porte sur ses épaules cette "Royal Affair", passionnante fresque historique.

 

 

Des pommettes taillées à la serpe, une lippe qui exprime tantôt le mépris, tantôt la sensualité; Mads Mikkelsen est un "canon". Un de ces très beaux gars au charme scandinave, d'un cinéma mondial toujours en quête de virilité charismatique, c'est-à-dire devenu de plus plus rare.

Il doit sa consécration à un autre canon, James Bond, qu'il  attachait, déshabillait intégralement puis fouettait les parties les plus viriles (scène des plus érotique) avant de s'attirer cette réplique d'anthologie: "Vous allez mourir en me grattant les couilles".

Le Chiffre, alias  Mikkelsen, n'allait pas survivre en effet à cette partie de bondage entre hommes. Mais l'acteur, lui, explosa,consacré "méchant entre les méchants" grâce à son regard bleu acier très trempé (il ne lui manque qu'un rôle de "méchant Nazi") et à ce  "Casino Royale" qui, tant mieux pour lui,avait touché le jackpot.

Les Américains, toujours protectionnistes, tolèrent les Européens à condition  qu'ils jouent les bad boys; Mads Mikkelsen est le méchant du Nord, la réincarnation du Viking! Au secours, ils vont tous nous massacrer!

 

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Îles Feroe; Danemark.



 

 


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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 18:42

JEANNE D'ARC AU CINEMA

 

 

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Gravure enluminée de Ste Jeanne d'Arc (1412-1430) ; XVe siècle,Atelier parisien.

 

 

Il y a 600 ans, naissait Jeanne d'Arc, Fille de France et de l'Église.

 

 En salles depuis le 16 novembre 2011, Jeanne captive , de Philippe Ramos,est le dernier en date des films sur Ste jeanne d'Arc, dont le nombre et la diversité étonnent.

Ces visages de Jeanne sont multiples; autant de façon de regarder sa figure unique.

Ou de se regarder...

 

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Avec quelque vingt-cinq films, Jeanne d'Arc est l'un des personnages historiques qui a le plus inspiré le cinéma. Et ce, depuis l'origine du Septième Art.

Imagine-t-on que les premiers films sur la pucelle datent du XIXe siècle? De 1898 exactement, avec un premier court métrage de Georges Hatot, que suivront plusieurs autres dont un des frères Lumières et un autre de Georges Méliès. Jeanne attire les plus grands réalisateurs du moment!

Les premiers longs métrages sont également signés par de grands noms comme Ubaldo Maria Del Colle (Les derniers jours de Pompeï) et Cecil B. De Mille (Les Dix Commandements). La Jeanne d'Arc de ce dernier (1916) étonne aujourd'hui, jouée par une cantatrice, Géraldine Farrar, plus propre à l'opéra (les Jeanne de Verdi ou de Tchaïkovski) qu'au cinéma, dont les plus gros plans sont sans pitié...

 

 

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Les gros plans sont justement le moyen que va utiliser Carl Dreyer pour mettre en scène sa propre jeanne d'Arc et réaliser ce qui reste encore, de l'avis unanime, le plus grand film sur la sainte de France. Nous sommes en 1927, et  le cinéaste danois, qui s'est fait un nom, est invité à travailler en France. Il reçoit un texte de Joseph Delteil, dont il tire le scénario de La passion de Jeanne d'Arc.

 

 

France-Jeanne-passion-Dreyer.jpg Maria Falconetti

 

Le choix de l'interprète est déterminant.Coup de génie! C'est une actrice du théâtre de boulevard: Maria Falconetti, que Dreyer engage dès son premier essai; car le cinéaste décèle en elle, sur son visage d'abord,"bien des épreuves, bien des souffrances"... Dreyer sait qu'elle seule peut révéler la passion de Jeanne d'Arc, en même temps que le vrai visage de l'humanité souffrante.

Quand un spectateur, lors de la première projection, s'écrie: " Comme cette femme a dû souffrir!", personne ne demande s'il parle de l'actrice ou de la sainte. En fait, le film les a fondues en une seule femme . D'autant plus intimement que Falconetti ne tournera pas d'autres rôles à l'écran.


Dés l'année suivante, en France, Marco de Gastyne fait briller dans les salles obscures "La Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc". Ce film qui reste dans l'ombre de celui de Dreyer, mérite pourtant un meilleur sort.On redécouvre avec étonnement cette superproduction, en voyant la puissance des images  et la merveilleuse intensité de Simone Genevois, l'une des plus touchantes Jeanne du cinéma.

 

 

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La plus célèbre, pourtant, hors le cas atypique de Maria Falconetti, est Ingrid Bergman.Elle sera Jeanne deux fois: l'une en 1948, sous la direction de Victor Fleming, qui fait ressembler la geste de Jeanne aux grandes épopées médiévales à la Richard Thorpe (Ivanhoe); l'autre en 1954, dans un film de Rosselini où, grâce à une mise en scène inspirée, elle ne  paraît plus très âgée pour le rôle!

Rosselini adapte l'oratorio de Honegger  et Claudel, Jeanne au bûcher, mais ce qui aurait dû n'être que du théâtre filmé prend sous son oeil une vie nouvelle:

" C'est du cinéma, et même du néo-réalisme dans le sens où je l'ai toujours tenté".

 

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Comme Rosselini adapte un mystère lyrique, Otto Preminger adapte une pièce, "Sainte Jeanne", de George Bernard Shaw, en 1957.

Le scénario de Graham Greene ôte beaucoup de son acidité au texte, et Preminger en donne une illustration statique  où Jean Seberg dont c'est le premier rôle, a du mal à faire triompher sa jeunesse tout en évoquant,malgré elle, une époque indéniablement marquée par l'emprise du matérialisme, du consumérisme et de la sécularisation. Bref, dans ce film,Jeanne n'appartient plus à l'Eternité...

 

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Retour en France avec Robert Bresson qui fait en 1962 le film sur Jeanne d'Arc qu'il se devait de faire...

Aussi austère que ses autres oeuvres, son Procès de Jeanne d'Arc évacue tout sentiment ou émotion, afin de concentrer l'attention sur la lettre du procès, citée exactement, meilleur moyen, pour lui, d'en révéler l'esprit.On risque la lassitude devant ces répliques, sans autre flamme que celle de la musique même des mots, mais si on la domine, on plonge profondément dans le mystère de Jeanne, à qui Florence Carrez prête beaucoup plus de sensibilité qu'un regard superficiel n'aperçoit.

 

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  Après trente ans, la flamme johannique renaît au cinéma en 1993, avec "Jeanne la Pucelle" de Jacques Rivette. Le déroutant ténor de la Nouvelle Vague surprend encore en choisissant ce thème, et en le traitant avec une ampleur inconnue. Un film en deux parties, "Les Batailles" et "Les Prisons", pour une durée totale de plus de cinq heures et demie. Ce qui n'a pourtant pas rebuté les nombreux spectateurs qui, de bouche à oreilles, ont fait du film un franc succès; impressionnés par cette vision nouvelle, à la fois immense et très quotidienne, et emportés par la fraîcheur désarmante de Sandrine Bonnaire.

La jeune comédienne restera marquée par ce rôle...

Rivette préfère rester au seuil du Mystère mais son film ne ferme pas les portes. Là est le génie de l'artiste...

 

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  Enfin, du Jeanne d'Arc de Luc Besson (1999), il a été dit beaucoup de mal, ce qui est bien juste étant donné la distance vertigineuse entre son héroïne

( jouée par Milla Jovovich) et celle de l'Histoire.

Guerrière funky dans le style wargame video, sa Jeanne est un personnage de synthèse dont il ne faut rien attendre puisqu'il ne peut rien donner.

 

 

 

France affiche-jeanne-d-arc Besson

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il a un mérite: il a poussé si loin le n'importe quoi dans la "modernisation" de l'héroïne qu'un cinéaste d'aujourd'hui comme Philippe Ramos doit revenir à l'Histoire. Sa "Jeanne captive" n'est certes pas un chef d'oeuvre et peut déconcerter par sa narration elliptique et son formalisme où la grâce a peine à couler, mais dans un ciel lavé, elle fait à nouveau claquer comme un étendanrt le nom de Jeanne d'Arc.

 

 

 

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 05:47

L'AIGLE DE LA NEUVIÈME LÉGION

 

d'après le roman éponyme de Rosemary Sutcliff (1954)

 

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

>SITE OFFICIEL<

 

Vers l'An 140, dans l'Empire romain et  dans les brumes des îles britanniques au-delà du mur d'Hadrien, là où Rome se termine et commence le monde barbare, mystérieux, dangereux, maudit  ...

La geste du jeune centurion Marcus Aquila pour restaurer l'honneur de son père, disparu dans des conditions mystérieuses au nord de la (Grande) Bretagne, avec les 5000 hommes de sa Légion.

Flanqué de son esclave Esca, Marcus part récupérer l'Aigle de cette Légion, que certains ont cru voir dans un temple barbare.

Mais au-delà du Mur construit sous le règne de l'Empereur Hadrien, en ces mystérieuses et effrayantes contrées du nord, que va-t-on découvrir?

 

 

 

 

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L'Aigle n'est pas seulement un bout de métal; l'Aigle c'est Rome.

 

 

 

Denis O'Hare & Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

Le soldat romain est le fondement de Rome.

"Discipline, endurance, piété"

 

Retrouvant Jeremy Brock, son scénariste du Dernier roi d’Écosse, le réalisateur écossais Kevin Macdonald offre ici un "anti-péplum", où les fastes militaires de Rome laissent la place aux échauffourées de petites escortes perdues dans la lande du nord aux confins des limes de l'empire et de son influence. 

Donald Sutherland & Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

Le ton voulu est celui du documentaire, ce qui oblige à un grand réalisme de détails, de décors comme de costumes. Cette ambition est  atteinte, ce qui est en soi déjà une prouesse mais en plus, le spectateur suit la progression anxieuse du jeune légionnaire Marcus et d'Esca vers les inquiétants barbares septentrionaux avec l'impression de participer à une expédition commando actuelle.

 

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

 

 

 

Les deux jeunes acteurs principaux sont remarquables, l'athlétique Channing  Tatum (Marcus) comme le frêle et nonobstant valeureux Jamie Bell (Esca). Ils nous entraînent de façon convaincante dans leur double quête: l'honneur pour Marcus, la liberté pour Esca; à travers mille ruses et bravoures, qui scellent peu à peu leur amitié...

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

Ayant retrouvé ses lettres de noblesse avec Gladiator, le genre du péplum connaît aujourd'hui des déclinaisons inédites (Centurions). Qui aurait pensé à Kevin Macdonald, pour porter à l'écran le roman historique de Rosemary Sutcliff (1954)? Le réalisateur s'attaque sans doute ici à l'une de ses lectures d'enfance, d'autant plus chère à ses yeux que cette histoire de Celtes et de Romains se passe dans son Écosse natale.

Metropolitan FilmExport Kevin Macdonald pendant le tournage. L'allure primitive quasi néolithique des Celtes choisie dans le film n'est sans doute pas fidèle à la réalité historique.

 

Channing Tatum, Jamie Bell et Tahar Rahim. Metropolitan FilmExport

 

Très loin, géographiquement, de la Rome de Ben Hur ou de Cléopâtre, on est aussi très loin, esthétiquement, de ces péplums canoniques. Après un passage où Marcus est en convalescence  chez son oncle (Donald Sutherland), nous laissant  apercevoir les charmes de la civilisation romaine, le film ne se déroule plus que dans les paysages pelés et brumeux des Highlands. Non pas dans les plaines ensoleillées où les puissantes légions romaines peuvent se déployer et manœuvrer à l'aise selon une stratégie dont ils ont le secret, mais dans des reliefs inquiétants, propices aux embuscades, nous plongeant dans la froide et lourde atmosphère de confins insoumises. Nous suivons deux hommes perdus, Marcus et son esclave Esca, pataugeant dans les marécages de contrées hostiles où rôdent des ennemis farouches et invisibles autant que les âmes errantes car sans sépultures de soldats romains...

Channing Tatum et Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

Sur la trame simple de la recherche d'un trésor symbolique, le film est d'abord la rencontre de deux hommes représentant deux cultures et deux conditions sociales opposées évoluant de l'affrontement à la reconnaissance, puis à l'amitié.

Un chemin finalement lumineux mais qui passe par l'obscurité de la barbarie quand ils affrontent, au bout du monde, le mystérieux peuple "phoque"(?).

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

 

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

Deux acteurs remarquables: Jamie Bell (Esca) et l'athlétique Channing Tatum (Marcus).

 

 

Carte Empire romain

 


Rome domina la Méditerranée durant presque cinq siècles. Jamais un si vaste empire ne dura si longtemps.

 


Pax romana


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L'Aigle des légions romaines veille sur la paix.

Aprés avoir soumis les peuples barbares, Rome les assimile afin d'unifier un empire immense: un empereur, une langue, une armée, un seul but: la paix et la prospérité. Toute civilisation ne pouvant s'épanouir qu'à l’intérieur de frontières sûres, l'armée romaine fut pendant toute l'histoire de Rome, contrainte et forcée de pacifier les territoires conquis et de sécuriser les limes . Les légions romaines, outre la guerre, accomplirent une œuvre immense dans la romanisation: constructions de routes, de ponts, de fortifications, mises en valeur de terres, colonisation. Le soldat romain doit savoir tout faire.

 

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 Vestiges du Mur d'Hadrien (76-138). Après des années de campagne infructueuses,Rome renonça à soumettre l'extrême nord de la Britania et préféra rester sur la défensive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Channing Tatum, Jamie Bell et Mark Strong. Metropolitan FilmExport "La discipline de l'armée romaine était extrêmement sévère. La survie de Rome en dépendait. La férocité des lois, telle qu'elle existait dès les premiers temps de Rome, s'y conservait entière.

La prestation du "sacramentum" donnait à l'"imperator" droit absolu de vie et de mort sur ses soldats, et aussi le droit de les châtier corporellement. De l'un et l'autre droit, les généraux ne se faisaient pas faute d'user.

Polybe (vers 202-vers 120) nous a transmis le souvenir de scènes de la vie de la troupe en campagne: il nous raconte comment, chaque matin, un homme du dixième manipule de chacun des ordres ( hastari, principes, triarii) se présente à la tente du tribun commandant la légion et reçoit de celui-ci une tablette sur laquelle est inscrit le mot de passe. Revenu dans son unité, il transmet, en présence de témoins, la tablette au commandant du manipule suivant (le 9ème) qui, à son tour, la remet selon le même cérémonial  au commandant du 8ème, et ainsi de suite jusqu'à ce que la tablette soit parvenue au chef du premier manipule, qui la rend finalement au tribun avant la tombée de la nuit... De la sorte, avant le commencement des gardes de la nuit, le chef de la légion est certain que tous les commandants d'unité connaissent le mot de passe.Si l'une des tablettes ne lui a pas été retournée à temps, il lui est facile de retrouver le coupable, qui est sévèrement puni...".

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport Esca, le Celte, juge les Romains cruels. Marcus juge les barbares insoumis dangereux pour la sécurité de Rome.

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

 

"...La garde de nuit était toujours cruciale et exigeante, c'est le moment de tous les dangers pour la sécurité du camp:  les vélites ont pour mission de veiller sur le retranchement du camp et de fournir, à chaque porte, un poste de dix hommes. Les autres hommes sont de service à la tente du commandant et à celle des tribuns. Chaque soir, le premier homme de garde dans chaque manipule est conduit au tribun par un sous-officier et, pour chaque poste, celui-ci remet aux soldats de service une tablette (tessera) portant un signe déterminé et correspondant aux quatre veilles de la nuit. Quatre cavaliers recevaient d'autre part la mission d'effectuer quatre rondes, une par veille. Lorsque le clairon sonnait, annonçant le début d'une veille, les cavaliers commençaient la ronde, accompagnés de témoins et, abordant tout à tour chacun des hommes de garde, se faisaient remettre leur tessera: si l'une des sentinelles était endormie ou avait déserté son poste, il le faisait constater  par les témoins qui l'accompagnaient et continuait la ronde. Au matin, les "tesserae" étaient apportées au tribun qui constatait  immédiatement les irrégularités. Une enquête rapide permettait de retrouver le coupable qui était immédiatement traduit devant un tribunal formé des tribuns et condamné à mort".

 

 

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Le camp romain et la règle militaire qui s'y applique sont des prodiges d'efficacité.

 

"Le supplice était appliqué au condamné avec un rituel et une rigueur qui ne laissaient aucune place à la  pitié ou à une quelconque tolérance: le tribun prenait un bâton et en effleurait le condamné; sur quoi  tous les soldats l’assommaient à coups de bâton et de pierres. Si miraculeusement le condamné ne mourait pas, il était jeté hors du camp et abandonné. Le supplice de la bastonnade était aussi le châtiment des voleurs, des soldats convaincus de faux témoignages, des déserteurs et même celui que l'on appliquait dans des cas d'insubordination caractérisée. Lorsqu'une unité entière était coupable, par exemple si un manipule avait abandonné son poste au combat, les soldats qui en faisaient partie étaient "décimés": l'unité coupable était rassemblée à part devant la légion et l'on tirait au sort le nom d'un homme sur dix. Ceux dont le nom était sorti étaient exécutés; les autres recevaient des rations d'orge au lieu de blé et devaient camper hors du retranchement jusqu'à ce qu'ils fussent rachetés par quelque action d'éclat".

in La Civilisation romaine de Pierre Grimal; éditions Les grandes civilisations Arthaud, Paris 1984.

 

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 Gladiateur au repos,1789, baron Françoix-Xavier Fabre (1766-1837).

 

 


 

 

 

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La louve nourrissant Remus & Romulus. Selon la légende une louve avait nourri le fondateur de Rome.

 

 

 

   

La fondation de Rome est environnée de légendes. Les historiens racontent que Romulus et son frère Rémus, exposés sur les bords du Tibre peu de jours après leur naissance, furent miraculeusement allaités par une louve qui sortit des bois. Elle était envoyée par le dieu Mars, qui était le père des Jumeaux, et les Romains, jusqu'à la fin de leur histoire, aimeront se dire "les fils de la louve". Recueillis par un berger, le bon Faustilus -dont le nom est à lui seul un augure favorable puisqu'il est issu de favere- Romulus et Rémus furent élevés par la femme de celui-ci, Acca Larentia. Des noms de divinités se dissimulent derrière ceux de Faustilus et de sa femme; le premier est très voisin de celui de Faunus, le dieu pastoral qui hantait les bois du Latium, le second rappelle celui des dieux lares romains (protecteurs du foyer), et il existait à Rome même un culte à une certaine Mère des Lares qui pourrait bien avoir été, en définitive, que l'excellente mère nourricière des Jumeaux - à moins, ce qui est plus probable, que la légende n'ait emprunté des noms divins pour donner une identité à ses héros.

Pierre & Gilles, le pâtre.

 


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 Pierre & Gilles; Hermès, le dieu messager.

 

 

 

 

 

   

 

 

 

On sait comment devenus hommes, les jumeaux se firent reconnaître par leur grand-père qu'ils rétablirent sur son trône, et partirent fonder une ville sur le site qui leur avait été si favorable. Romulus choisit, pour consulter les dieux, le Palatin, berceau de son enfance. Rémus, cependant, s'installait de l'autre côté de la vallée du Grand Cirque, sur l'Aventin. Les dieux favorisèrent Romulus en lui envoyant le présage extraordinaire d'un vol de douze vautours. Rémus, lui, dans le même temps, n'en voyait que six. A Romulus revenait donc la gloire de fonder la Ville, ce qu'il fit aussitôt, traçant autour du palatin un sillon avec une charrue; la terre rejetée symbolisait le mur, le sillon lui-même le fossé, et à l'emplacement des portes la charrue, soulevée, ménageait un passage.

A cette histoire, assurément, tous les Romains ne croyaient pas, mais, très superstitieux, ils l'acceptaient cependant; ils savaient que leur Ville n'était pas seulement  un ensemble de maisons et de temples, mais un espace de sol consacré (ce qu'exprime dans des cas divers les mots de pomerium et de templum), un endroit  doté de privilèges religieux, où la puissance divine était particulièrement présente et sensible.

 

Mais, tout ceci était trop beau... Le récit affirmait de façon dramatique la consécration de la Ville: Rémus, moqueur, avait raillé le "mur" de terre et son fossé dérisoire; d'un bond, il les avait franchis, signant par cet acte irréfléchi, arrogant, imprudent et funeste, son arrêt de mort. Romulus se jeta sur lui et l'immola en disant: "Ainsi périsse quiconque, à l'avenir, franchira mes murailles!".

 

 

 

 

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Svend Radsack;  Caïn tuant son frère Abel, 1910. La plupart des récits sacrés, fondateurs de civilisations, racontent le drame d'un meurtre fratricide.

Geste ambigu, criminel, abominable, propre à troubler l'harmonie cosmique et provoquer la colère des Dieux puisqu'il était le meurtre d'un frère et mettait sur le premier roi la souillure d'un fratricide, mais geste nécessaire, puisqu'il déterminait mystiquement le futur et assurait, semble-t-il à jamais, l'inviolabilité de la Ville. De ce sacrifice sanglant, éminemment païen, le premier qui ait été offert à la divinité de Rome, le peuple conservera toujours un souvenir épouvanté. Plus de sept cents ans après la Fondation, Horace le considèrera encore comme une sorte de faute originelle dont les conséquences devaient inéluctablement provoquer la perte de la Cité en poussant ses fils à se massacrer entre eux.

A chaque moment critique de son histoire, Rome s'interrogera avec angoisse, croyant sentir peser sur elle une malédiction. Pas plus qu'à sa naissance elle n'était en paix avec les hommes, elle ne l'était avec les dieux.

Cette anxiété religieuse pèsera sur son destin...


  

 


Il est trop aisé d'opposer cette angoisse existentielle à la bonne conscience apparente des Cités grecques. Athènes aussi avait connu des crimes: à l'origine du pouvoir de Yhésée, il y avait le suicide d'Egée. La préhistoire mythique de la Grèce est aussi pleine de crimes que la légende romaine, mais il semble que les Grecs aient considéré que le fonctionnement normal des institutions religieuses suffisait à effacer les pires souillures... Oreste est toujours acquitté par l'Aéropage, sous la présidence des dieux. Et aprés tout, la souillure qu'Oedipe inflige à Thèbes est effacée par le bannissement du criminel; le sang qui coulera plus tard, en expiation, ne sera jamais que celui des Labdacides.

Rome, au contraire, se sent désespérément solidaire du sang de Rémus.

 

 

 

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 Derrière les boucliers de ses légions, Rome est tremblante. La légende des premiers temps de Rome est ainsi pleine de "signes" que s'emploie à déchiffrer les historiens d'aujourd'hui. Quelle que soit l'origine des différentes légendes particulières, ces récits reflètent autant de convictions profondes, d'attitudes déterminantes pour la pensée romaine.

C'est pourquoi quiconque essaie de surprendre le secret de la romanité doit en tenir compte, puisqu'ils sont autant d'états de conscience toujours présents à l'âme collective de Rome.

 

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 La Légion aujourd'hui: l'esprit de Rome est toujours vivant.

 

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 Légionnaires en situation de prisonniers. Certaines âmes trop  sensibles disent: "brimades humiliantes". Dans le cas où il serait capturé par l'ennemi, le légionnaire doit tenir bon et supporter les tortures psychologiques; l'esprit doit être aussi robuste que le corps.

 

 

 

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 Toujours prêts à embarquer...

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Shanning Tatum lui aussi prêt à embarquer, mais la destination n'est certainement  pas la même...

 

Légion espagnole


  

   

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La chemise volontairement ouverte est un défi  lancé aux balles de l'ennemi.

 

 


 

 

 

 

 

 



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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:18

KAROL

l'homme qui devint pape.

 

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(1er mai 2011, Jean-Paul est béatifié).

 

 

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Une histoire superbe, un film d'action pour tous, que l'on soit croyant ou pas.

"Quand le producteur m'a proposé un film sur Karol Wojtyla, je ne voulais même pas en entendre parler. Un film sur l'un des personnages les plus marquants du XXe siècle, si charismatique et médiatique : une pure folie ! En plus, même si j'ai reçu une éducation catholique, je ne suis pas croyant. Je savais que de nombreux scénarios avaient été écrits sur Karol Wojtyla, sans qu'aucun soit exploitable.

Pour finir, je redoutais de possibles interventions du Vatican. Toutefois, le producteur a tellement insisté que j'ai commencé à me renseigner sur Karol Wojtyla, son passé, ses origines. J'ai commencé à lire ses écrits, ses discours les moins connus, ses poèmes, les pièces qu'il a écrites dans sa jeunesse. Puis je me suis penché sur l'histoire de la Pologne et sa littérature. Toutes ces lectures m'ont séduit, j'étais très intrigué et même fasciné par cet homme qui, à l'orée de sa vie, projetait de devenir acteur et dramaturge, de se marier et d'avoir une famille.

Puis vint la guerre, la Pologne sous le nazisme. Karol a été témoin des pires atrocités. Il a connu le désespoir à travers la solitude et la tristesse. Se considérant comme un survivant, il a alors décidé de changer complètement de vie, pour la consacrer à la défense de la dignité de chaque être humain. C'est une histoire superbe. C'est cela que je me suis finalement senti prêt à raconter dans un film." (Giacomo Battiato)

En Pologne, de 1939 année de l'invasion de la Pologne par les Allemands et les Soviétiques, jusqu'à 1978, année de l'élection du cardinal Karol Wojtyla sur le trône de Saint Pierre. 

La vie de Karol Wojtila fut une vie de prières, de combats et de révoltes. D'abord contre l'invasion de son pays natal par des troupes qui veulent sa destruction totale, c'est-à-dire détruire son âme et ses racines profondes qui puisent leurs forces dans la religion catholique. Après les cinq années de guerre, ce fut l'occupation communiste et l'instauration d'un régime brutal, vulgaire et athée.

Dans le film, bien des détails sont vrais, d'autres inventés mais qui n'ont pas d'incidences majeures: le personnage de Tomasz Zaleski qui est inventé, ou Hanna et l'évocation de Jan Tyranowski. 

Cependant, l'on voit aussi très intelligemment mis en scènes les points forts de la vie et de la pastorale du cardinal polonais. On peut regretter que ce film ne montre pas vraiment le côté contemplatif et priant de cet homme de Dieu qui fut un homme d'action; mais celle-ci fut toujours efficace car soutenue par la prière. Certes, l'audiovisuel a sans doute toujours eu quelques difficultés dans ce domaine... 

 

 

Le scénario de Giacomo Battiato s'inspire du livre de Gianfranco Svidercoschi et l'excellent Piotr Adamczyk incarne très justement ce personnage ordinaire et en même temps, hors du commun. La musique est de...Ennio Moricone, sans doute inspiré par "le justicier" que fut durant toute sa vie terrestre Jean-Paul II.

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23 août 1939 au matin: le monde stupéfait apprend que l'Allemagne et l'URSS ont signé, dans la nuit, un Pacte d'assistance mutuelle dans les domaines économiques et militaires.

Les communistes, intrinsèquement pervers, laissent croire qu'ils s'imaginent que cette alliance sauve la paix.

Le Pacte germano-soviétique (Pacte des loups) prépare en fait l'invasion de la Pologne et de l'Europe de l'ouest.

 

 

 

 

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1er septembre 1939: au petit matin, l'Allemagne envahit la Pologne par l'ouest; le 17, les troupes soviétiques attaquent pat l'est. L'armée et les populations polonaises sont prises en tenaille.

Ainsi, Hitler tient ses promesses: il venge le peuple allemand du Traité de Versailles qui, entre autres, créa un Etat polonais indépendant en annexant une partie du  IIe Reich.

3 septembre: La France et la Grande-Bretagne déclarent, un peu tard, la guerre à l'Allemagne; la Seconde Guerre mondiale a commencé, elle fera 50 millions de morts; fait nouveau, ce seront principalement des civils...

 

 

 

 

 

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La capitale Varsovie et les principales villes polonaises sont écrasées sous les bombes des bombardiers et des Stukas qui sèment la terreur.Le traumatisme est immense pour les Polonais...

 

 

 

 

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L'armée polonaise se bat avec grande bravoure, en particulier la cavalerie, face à des machines de guerre allemandes et soviétiques modernes.

 

 

 

 

Varsovie, ville martyre, aujourd'hui reconstruite...

 

 

 

24 sept.39: la capitale polonaise est écrasée sous les bombes.

 

 

 

 

Les élites polonaises sont massacrées dans les forêts de Katyn par les Soviétiques sur ordre de Staline qui laisse accuser les Allemands (V.mon article sur le film de Wajda KATYN).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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Le petit Karol nait en 1920 dans une Pologne qui est devenue indépendante après la Première Guerre mondiale. Ses frontières occidentales , approximativement celles de 1772, sont fixées par le Traité de Versailles (1919).

En 1772, après maintes vicissitudes, la Pologne fut partagée: une partie à l'Empire des Romanov, une partie à l'Empire des Habsbourg, une partie à la Prusse. Le fier sentiment national polonais est très fort. La religion catholique est le ciment de la nation et cependant, contrairement à de nombreux préjugés,la communauté juive y fut plus nombreuse et plus prospère que dans n'importe quel pays d'Europe. 

 

 

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Armoiries royales de Pologne

 

 

 

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Le premier drame dans la vie du petit Karol est la mort de sa maman alors qu'il n'est qu'un enfant. Son père, officier, est brisé par le chagrin mais élève sa famille avec courage et foi.

Karol a une âme d'artiste. Il voudrait devenir comédien et ses talents sont reconnus dans son université où il participe au club de théâtre: il écrit des pièces ainsi que des poèmes.

 

Puis vient la guerre. Elle saccage tout sur son passage, bouscule et bouleverse les vies. Karol a tout juste 19 ans; comme tous ses compatriotes, il est meurtri par la destruction programmée de sa patrie occupée par les Allemands et les Soviétiques. Les plus cruels ne sont pas ceux que l'on croit. Pour résister, il  choisit une forme de résistance passive et cependant très efficace: la résistance culturelle. Bien que son université soit, comme toutes les autres fermées et les professeurs exécutés,  il anime avec un groupe d'étudiants, une troupe de théâtre, et aussi, clandestinement, au péril de sa vie, un cercle littéraire dont l'objectif est de faire vivre la littérature polonaise.

 

 

Mais en réalité, au plus profond de lui, Karol sent un appel auquel il répondra sans tergiverser. Dans une Pologne puis une Europe à nouveau à feu et à sang, Karol choisit la porte étroite: au péril de sa vie il entre dans un séminaire clandestin. Il veut devenir prêtre.

 


 

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 Juillet 1939: la montée des périls se fait sentir partout en Europe et particulièrement en Pologne: Karol, comme tous les jeunes Polonais doit effectuer une série d'entraînements militaires au cas où...

 

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Le jeune Karol Wojtila sur un chantier: l'homme d'Église fut toujours proche des ouvriers dont il partagea la condition. Il sera la cheville ouvrière de la lutte contre le régime communiste, intrinsèquement pervers qui, opprimant les ouvriers, leur fait croire qu'ils ont le pouvoir.

 

 

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Karol Wojtila, jeune prêtre au milieu des jeunes: il eut une aura incomparable auprès de la jeunesse du monde entier et sut mieux que quiconque qu'une nouvelle ère d'évangélisation devait forcément passer par les jeunes. Ces jeunes étaient selon lui "la jeunesse, la lumière et la joie de Dieu dans le coeur de des hommes".

 

 

 


 

 France,1946

Après la guerre, le Parti communiste français se fait passer pour le seul Parti capable d'écraser le "fachisme" (?). Les Communistes européens construisent une propagande affirmant qu'ils furent les seuls résistants au Nazisme, en occultant le pacte germano-soviétique de 1939 et la terreur stalinienne. Les Soviétiques financent les Communistes de tous les pays et font main basse sur l'Europe de l'Est, avec l'accord tacite des État-Unis. Dans cette grande démocratie qui s'érige en 1945 en puissance mondiale,  la condition des ouvriers demeure après la guerre, une des plus pénibles dans les pays industrialisés. Les droits civiques y sont absents pour les Noirs vivant dans les États du sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

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URSS 1935: omniprésente, la propagande exalte les progrès tous azimuts afin de construire le paradis soviétique grâce aux efforts "consentis" par les ouvriers et les paysans...

Partout, les idéologies matérialistes (capitalisme & communisme) se développent et s'affrontent,  éloignant les hommes de la Parole de Dieu.

 

 

 

 La réponse de Jean-Paul II aux idéologies matérialistes et totalitaires, qu'elles soient communistes ou capitalistes, a un monde qui "meurt de soif au bord du puits" est le rappel que l'homme ne se nourrit pas seulement de pain mais doit aussi suivre l'enseignement du Christ.

Le rôle d'un pape est avant tout d'affermir ses frères dans la foi. Ce faisant, il est conduit à intervenir également dans les affaires temporelles qui sont de la responsabilité des laïcs, soit directement lorsqu'il s'agit des mœurs, soit indirectement sur nombre de sujets non religieux, son pouvoir lui étant alors conféré par son influence morale. Cependant, ni en 1914, ni en 1939, les appels pressants et répétés à la paix, adressés aux chefs d'États par les papes n'ont été écoutés.

Depuis, après quelques déclarations de principes,les papes se sont tus, sachant que lorsque les hommes ont décidé de s'entretuer, rien ni personne ne pouvait les en empêcher .

Néanmoins, dans ces domaines temporels, Jean-Paul II a marqué son époque, tant son charisme d'évangélisateur, sa personnalité, son courage et sa probité exceptionnels ont été reconnus de tous. C'est peu dire qu'il a redonné une visibilité à l'Église, même s'il a souvent prêché dans le désert, à temps et à contre temps.

Sur ces questions temporelles, Jean-Paul II restera sans doute dans l'Histoire, le pape qui a contribué à faire chuter le communisme en Europe. Quand il est élu en 1978, le communisme est tout-puissant et l'Ostpolitik vaticane, mise en plce par Paul VI, trop complaisante, n'a connu que des échecs. Au lieu de la stratégie antérieure, entérinant de mauvaises nominations épiscopales en espérant en échange un adoucissement du sort des Chrétiens, il passe à l'offensive en promouvant ses propres candidats, parfois après d'homériques bras de fer avec les pouvoirs communistes, et surtout, en s'adressant directement aux foules et en réclamant inlassablement l'application des Droits de l'Homme. 

 

 

 

 

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 Jean Paul II et Lech Walesa, le leader du syndicat Solidarnosc: les catholiques ont une longue tradition de la lutte contre les totalitarismes.

 

 

 

 

Au cours de ses nombreux voyages, Jean Paul II invite à la résistance spirituelle, à l'Est contre la dictature rouge, à l'Ouest contre la tyrannie consumériste, en prônant une nouvelle "évangélisation" du Vieux Continent par un retour à ses racines chrétiennes, seules bases sur lesquelles l'Europe pourra réellement se construire et enfin respirer avec ses deux poumons: Orient et Occident. A la même époque, la pensée de Jean Paul II est relayé par celle du philosophe dissident Soljenitsyne.

C'est par l'exemple de la Pologne que le communisme a d'abord vacillé, puis s'est effondré, et nul doute que les interventions et la ténacité du pape ont été le moteur de l'héroïque résistance polonaise.

"Rien de ce qui s'est passé à l'Est n'aurait pu se produire sans ce pape-là".

Mikhaïl Gorbatchev

2009

 

 

En tant que Polonais, patrie longtemps écrasée entre ses puissants voisins russe et germanique, le pape est viscéralement attaché à sa culture à laquelle sa nation doit sa survie. Cela explique sa défense des nations, non sous l'angle de l'organisation politique qui n'est pas du ressort direct de l'Église- y compris à propos de l'Europe- mais en vertu de leurs cultures, elles-mêmes dépendantes de leurs racines spirituelles- d'où son insistance à faire reconnaître les racines chrétiennes de l'Europe.

 

 

" Veillez par tous les moyens à votre disposition sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-la comme la prunelle de vos yeux pour l'avenir de la grande famille humaine".

Jean-Paul, Discours à l'UNESCO; 1980.

 

 

 

 

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  Jean-Paul II à Washington: dans la capitale du capitalisme et des libertés, le pape ose délivrer un message rappelant au monde riche ses devoirs envers les pauvres. 

 

Deux sujets méritent encore d'être rapidement évoqués: son attachement à la doctrine sociale de l'Église, qu'il a lui-même contribué à enrichir, se maintenant sur la ligne de crête plutôt difficile, entre les erreurs socialistes et celles des libéraux, en éliminant au passage et en douceur la théorie de la libération en Amérique du Sud. Jean Paul II a consacré une encyclique magistrale à la situation de l'Après-communisme en Europe, Centisimus annus (1991), qui, loin de marquer un changement de cap comme certains libéraux l'ont alors écrit, fustige le "matérialisme mercantile" qui règne à l'Ouest.

Et puis, il y a son magnifique et incessant combat contre "la culture de mort" -expression qu'il a lui-même forgée- et plus généralement contre la dérive relativiste de nos démocraties modernes qui, livrées à elles-mêmes, installées dans un confort d'auto-satisfaction, ont perdu la capacité à limiter la folie des hommes. Dans Evangellum vitae (1995), encyclique prophétique, il prévient que de telles démocraties dérivent insensiblement mais inexorablement vers un " totalitarisme caractérisé".

Jean Paul II fut dérangeant à plus d'un titre: en intervenant contre les guerres  injustes menées par l'Occident (Irak, ex-Yougoslavie).

 

Jean Paul II à Washington (1er-8 octobre 1979): dans la capitale de la première puissance politique, économique et militaire de la planète, le pape dénonce les démocraties qui dérivent vers un "totalitarisme caractérisé" et le libéralisme qui, en dépit des apparences, est aussi destructeur que le communisme.

"...La vie , toute vie, est sacrée depuis sa conception...".

 

 

 

 

 

 


 Ce pape étant devenu bien trop gênant, Moscou commandita son élimination physique via les services secrets bulgares en armant la main d'un musulman qui tira sur Jean Paul II le 13 mai 1981, en la fête de Notre Dame de Fatima.

 


 

 

 

 

Miraculeusement, les balles qui lui étaient destinées ne touchèrent aucun organes vitaux et Jean Paul II se remis de ses blessures. Il rendit visite à celui qui avait voulu l'assassiner,  le Turc Ali Agska, musulman fanatique, et lui pardonna. Geste éminemment chrétien.

Rappelons que le pardon n'existe pas chez les Musulmans, l'Islam assimilant cette démarche à de la lâcheté.

 

 

 




 

 

N'ayez pas peur!



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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 08:02

CINÉMA & BIOPICS

 

 

 

Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger Arpajou

 

 

 

 

Pathé Distribution

 

Les sorties de Coco (Chanel) & Igor (Stravinski), de Gainsbourg (vie héroïque), ou encore d'Invictus,en passant par le Che et bien d'autres, présents ou à venir, illustrent la vogue des "biopics", ces films biographiques qui sont souvent autant d'albums photos de la culture générale contemporaine.

Mais est-ce-encore du cinéma?

La vogue des biopics (contraction anglaise de biographical pictures) ou, en bon français, biografilms, est-elle révélatrice d'une crise de l'imagination chez les scénaristes?

Vincent Cassel et Jean-François Richet aux César. Mireille Ampilhac pour AlloCiné Disons que le biopic est une moderne façon d'apprendre l'histoire:la petite histoire comme dans Moi,Pierre Rivière, 1975, de René Allio; ou la grande comme dans le Cléopâtre de Mankiewics en 1963.L'histoire politique (Nixon, 1995, et W, l'improbable président, 2008, d'Olivier Stone),l'histoire religieuse (Thérèse, 1986, d'Alain Cavalier),sociale (Hiver 54, l'abbé Pierre, 1989, de Denis Amar, Harvey Milk, 2008, de Gus Van Sant)et aussi bien sûr culturelle (La Symphonie fantastique, 1941, de Christian-Jaque, sur la vie de Berlioz; Surviving Picasso, 1996, de James Ivory, ou encore les récents films sur le couple Sartre- Beauvoir...).

 

 

 


Bref, les biopics sont les albums photographiques de la culture générale moderne. Des albums très éclectiques,car on y trouve aussi bien des âmes généreuses que des malfrats...avec une préférence pour ces derniers.

Surtout en France.

 

 

 

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  Mesrine présenté comme un Jésus-Christ sur la Croix: toute la perversité et l'orgueil à la française qui fait passer le criminel pour l'Agneau-Innocent...

 

 

 


 


 


Le cas des films sur les grands criminels est, en soi, très ambigu.En effet, dépeindre la vie d'un assassin échappe forcément à l'analyse froide du clinicien. Filmer l'histoire et l'environnement d'un meurtrier, c'est dévoiler ses faiblesses, ses failles, sa vie sentimentale, souvent les caprices d'un destin qui s'acharne sur lui, donc son humanité. En outre, se crée parfois mystérieusement chez les cinéastes, une naturelle empathie entre le personnage, la caméra et le public. Ainsi en est-il pour l'étrange Landru de Claude Chabrol en 1962.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'excellent Charles Denner dans le rôle de l'assassin "Gentleman" & séducteur: un fabuleux numéro de charme. Humour, dérision,numéros de claquette. Du coup, le film virait à la glorification du personnage.

 

 

 

 

 

 

Paris occupé Rivoli

 

 

 

Rue de Rivoli,Paris 1941

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Docteur Petiot (1990) de Christian de Chalonges. Une distanciation stylisée pour un criminel particulièrement odieux qui piégeait ses victimes, pour la plupart des Juifs, en leur promettant de les faire passer en zone libre.Le très talentueux Michel Serrault réussit à "déréaliser" le personnage par une performance cabotine et souvent hilarante qui relève plus du théâtre de mime, donc de l'excès, que de la pure reproduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.frLe dyptique de Jean-François Richet L'instinct de mort et L'ennemi public n°1 (2008) relève plus du western; Vincent Cassel, le prodigieux comédien aux mille visages,s'est à ce point identifié au personnage de Jacques Mesrine qu'il en a parfois tressé des louanges, le faisant passer pour une innocente victime de la société de consommation des années 60 voire un héros romantique dans un monde de ripoux.Mais n'est-ce-pas aussi le cas de la plupart des héros de Clint Easwood, en butte à un monde où ils préfèrent se faire justice eux-mêmes...Reste que le western est une convention cinématographique quand des victimes de Mesrine sont encore vivantes.

 

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 Bird (1988) de Clint Eastwood, un excellent biopic sur la vie du jazzman Charlie Parker.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le dernier roi d'Ecosse (2006) de Kevin Mc Donald, ne cherche pas à glorifier le dictateur ougandais Idi Amin Dada (un nom déjà tragi-comique): sous la peau de l'excellent Forest Whitaker, le tyran qui fut soutenu par la France sous Valéry Giscard d'Estaing, apparaît dans toute son ambivalence, c'est-à-dire un mélange d'affabilité et de cruauté, de sottise et d'intuition, de mégalomanie, de  raffinement et de puérilité.

 

 

 

 

 

 


TFM Distribution Le cas le plus complexe, le plus inévitablement ambigu et controversé est celui des films sur Adolf Hitler.

On se rappelle la polémique qui a suivi la sortie du film La Chute, d'Oliver Hirschbiegel, en 2004.(Voir mon article sur ce film dans la catégorie Allemagne).Pour la première fois, les Allemands faisaient in situ un film sur le dictateur. On y voyait un Hitler paranoïaque, hystérique, parfois effrayant mais aussi parfois doux, câlin, charmeur,soucieux des autres, en proie à des crises d'angoisse, bref, très humain,trop humain, tel un héros shakespearien. Certaines grandes âmes, donneuses de leçons et de règles de pensées normatives, se sont offusquées qu'on puisse lui accorder la plus petite once d'humanité, considérant que cet homme n'était pas un être humain mais un monstre, "un fruit de Satan".

Il s'agissait donc de diaboliser le personnage une bonne fois pour toute, en oubliant surtout, heureuse mémoire sélective, qu'il fut élu puis suivi par tout un peuple, jusqu'au bout, dans une aventure haletante qui devait sortir l'Allemagne, au moins pour un temps, de l'humiliation où les vainqueurs de 1918, en particulier la IIIème République française, l'avait cruellement maintenue.

 

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autant que la performance de l'acteur suisse Bruno Ganz (icône des films de Wim Wenders) conférait une épaisseur et une densité remarquable au personnage. Mais tel était bien l'enjeu de ce film: rendre son humanité à un être trop souvent réduit à des photos de propagande, des cris et des excès. C'est en montrant un Hitler quotidien qu'on peut précisément en approcher sa dimension tragique. Le voir sous un jour banal est forcément troublant puiqu'il nous renvoie à "l'homme ordinaire" qui peut se révéler être une forme de génie et de visionaire tel qu'Hitler apparaissait à des millions d'Allemands et même au-delà.



 

 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Changement brutal de registre:le succés planétaire du champion toutes catégories de la non-violence: Gandhi de Richard Attenborough(1982).La vie du père de l'indépendance des Indes fut assassiné par un islamiste (déjà) en 1946 démontre s'il le fallait ce besoin ancestral pour les masses de bons et nobles sentiments et de destins grandioses.

 

 

 

 

 

 

Difficile dés lors d'échapper à la mode pour les religions orientales: le très sirupeux Little Buddha de Bertolucci, en 1993.

Depuis ses premiers coups de manivelle, le cinéma a tenté de retracer la vie de Jésus-Christ.Mais le grand écran n'est pas un vitrail et il est bien difficile de s'attaquer à une figure aussi plaquée qu'intemporelle. Du fondateur Intolérance (1916, de Griffith) à l'indigeste Passion du Christ (2004,de Mel Gibson), en passant par le souvent grotesque Golgotha (1935), de Duvivier, où le génial Le Vigan en fait des tonnes, les résultats sont très inégaux.

 

 

 

Remarquons au passage que dans ce registre délicat, la seule réussite fut L'Evangile selon Saint Matthieu(1964) réalisé par le sulfureux (marxiste et homosexuel)  Pier Paolo Pasolini assassiné par "les mauvais garçons" qui le fascinaient.Dans ce chef-oeuvre, Pasolini n'a pas cherché à nous montrer autre chose que l'homme-Jésus, nu et sans miracle, avec une épure qui, paradoxalement, confine à la sainteté, dans la ligne de pensée du concile Vatican II.

 

 

 

 

 

 

 

Pareillement en ce qui concerne Jeanne d'Arc, qu'elle soit filmée par Dreyer en 1928 et Bresson en 1962.

Il faut tout le jansénisme de ces cinéastes danois et français pour tenter de retrouver l'absolue pureté d'une figure qui, devant d'autres caméras, peut verser dans le chromo ou la niaiserie. Exemple parfait: le piteux Jeanne d'Arc (1999) de Luc Besson, où la top modèle serbo-américaine (ou américano-serbe),Milla Jovovich, par ailleurs très joliment androgyne,incarne, avec les moyens dont elle dispose, la Pucelle d'Orléans.Mais du mannequinat à la sainteté, il n'y a qu'un pas, non?

 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

 

A l'heure où les imitateurs sont nos modernes augures, le biopic permet à certaines stars d'accéder à la célébrité en s'appropriant, ni plus ni moins, une gloire d'un passé récent, comme si elles cherchaient une filiation... Ainsi le comique Francois-Xavier Demaison dans L'histoire d'un mec (2008) d'Antoine de Caunes; ainsi le comédien Geoffrey Rush qui incarne l'acteur Peter Sellers dans Moi, Peter Sellers (2004) de Stephen Hopkins; ainsi l'actrice Marion Cotillard qui s'identifie à Edith Piaf dans La Môme (2007) d'Olivier Dahan. Cette dernière performance a fait couler beaucoup d'encre et a propulsé la comédienne française au rang de star internationale.

 

 On peut toutefois s'interroger.

Un comédien doit parfois "inter-préter" un personnage ayant réellement existé, mais le public est en droit d'attendre aussi que l'artiste se l'approprie et relise le personnage qu'il incarne, en donnant sa propre vision, en s'introduisant dans ses replis pour mieux nous le faire connaître et ce,au-delà de ce que le public croyait savoir par la presse, quelques interviews ou quelques photographies.Que ce soit Cotillard avec Piaf, Sylvie Testud dans Sagan (2008, de Diane Kurys), Philip Seymour Hoffman dans Truman Capote(2005, de Bennet Miller),nous sommes finalement face à de simples performances, à des exploits qui se banalisent à force de se répéter.

 

 

A ces reproductions impeccables, où tout est en place(décors, costumes, mimiques), où les comédiens s'effacent derrière leur modèle au point de s'y fondre,n'est-il pas préférable d'être surpris par les visions véritablement cinématographiques, donc artistiques, d'un Fellini qui moule Donald Sutherland en Casanova (1976), d'un Pialat qui peint Dutronc en Van Gogh(1991), ou d'un Robert Guédiguian qui donne à Michel Bouquet l'un de ses rôles les plus étranges dans Le Promeneur du Champ de Mars (2005)? Cet immense acteur ne tente pas de reproduire le Mitterrand des dernières années: pas de mimétisme vocal, pas de grimaces superflues; juste un jeu subtil, si fin, qu'on oublie et Mitterrand et Bouquet pour découvrir un tiers,crédible et humain, qui est pure création.

S'il est un paradoxe du comédien, il est bien ici. 

 

 

 

 

Les Productions de la GéodeVincent Van Gogh, autoportrait(1889, St Rémy de Provence); c'est bien lui,mais l'artiste s'est revu et corrigé avec son style.

Se sentant un peu mieux, Van Gogh se représente avec un gilet, un veston et une chemise élégante. Son intention est de montrer une physionomie "calmée" aprés ses graves crises de démence. Pourtant, son regard est vague et tourmenté. La barbe rouge contraste fortement avec la dominante bleue du fond, dont les coups de pinceau énergiques et tourbillonnants semblent refléter son tourment intérieur. A l'époque, beaucoup criaient au scandale.Il connut une misère morale et matérielle profonde et ne put jamais vivre dignement de son art.Aujourd'hui tout le monde admire un génie.

 

 

 

Mais la qualité et l'originalité d'un biopic tiennent autant au comédien qu'au cinéaste. Nous sommes aujourd'hui esclave d'une technique presque parfaite, qui nous permet de reproduire idéalement n'importe quelle époque, n'importe quel visage. Forts de ce potentiel, les réalisateurs ne font plus preuve d'aucune innovation artistique et se contentent de donner à un public de moins en moins exigeant ce qu'il réclame: de la photographie.

Si l'on regarde rétrospectivement, les biopics délirants filmés par Ken Russel dans les années 70, on croit rêver...Qu'il retrace la vie de Tchaïkovski (Music Lovers, 1970), celle de Mahler (1974, Mahler) ou de Liszt (Lisztomania, 1975), le réalisateur anglais prenait des libertés absolues avec l'histoire-très différentes des anachronismes incultes de Sofia Coppola dans son horripilant Marie-Antoinette (2005)-, mais faisait oeuvre réellement créatrice.

Peu importe qu'il ne rende pas au bouton de culotte prés la Russie impériale ou de la Vienne de Klimt, il creusait au plus profond des êtres pour nous montrer leur réalité intérieure; il nous révélait l'invisible, l'impalpable, l'indicible, ce qui, de Murnau à Tarkovski, est la vraie mission du cinéma.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 



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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 21:39

STALINGRAD

31 Janvier 1943: les Allemands capitulent à Stalingrad.

 

 

Septembre 1942: Hitler décide de faire tomber la ville de Stalingrad, coûte que coûte... Ce sera alors pour le Troisième Reich le début de la fin...

 

Joseph Fiennes et Jude Law.

 

Dans Stalingrad en ruines: Joseph Finnes incarne Yvan Danilov, officier commissaire politique et Jude Law, Vassili Zaisev, ancien berger, recruté pour ses talents de tireur d'élite en tant que "Snaypersky". Sa mission: éliminer le plus d'officiers allemands possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allemagne NachdemKampf Otto Breker

"Nach dem Kampf"

1942

Buste en bronze d'Arno Breker.

A utomne 1942.

Le Troisième Reich est au sommet de sa puissance. Staline, il y a peu de temps encore complice d'Hitler, est avec Churchill, l'ultime rempart contre la domination nazie en Europe.  

Stalingrad (anciennement Tsaritsyne, débaptisée en 1925) est une ville industrielle stratégique (verrou des voies de ravitaillement des soviétiques vers le sud caucasien) et symbolique puisque rebaptisée en l'honneur de Staline qui la défendit contre les Russes "Blancs" de Krasnov en 1918. Hitler veut faire tomber Stalingrad. 

Vassili Zaisev (Jude Law) est jeté dans la bataille. Doué d'une stupéfiante adresse au tir, le jeune homme est remarqué par un officier politique de son âge, Yvan Danilov. Il décide de faire de Vassili un héros afin de remonter le moral des troupes soviétiques qui est au plus bas... Berlin réplique en envoyant son meilleur tireur afin d'éliminer le sniper soviétique qui éclaircit les rangs de ses meilleurs officiers.

Vassili, amoureux de la belle Tania (Rachel Weisz ) doit subir de surcroît la jalousie menaçante de son "ami" et Camarade Yvan.

 

Jude Law.

 

 

 

 

 

Rachel Weisz et Jude Law.

Vassili et Tania: un amour ardent dans l'enfer de Stalingrad...

Jude Law.

C e Stalingrad de Jean-Jacques Annaud demeure, du point de vue strictement cinématographique, une oeuvre remarquable. Le fait de focaliser le regard du spectateur sur deux hommes, deux adversaires implacables qui représentent deux nations, deux idéologies s'affrontant dans une lutte à mort, avec pour la romance, une belle histoire d'amour nichée au milieu des ruines, du sang, de la peur et de la mort qui rôde, est une démarche originale à laquelle peu de cinéastes auraient pensé.

Mais le piège du manichéisme n'a pas manqué de se refermer sur cette tragédie: Ed Harris joue parfaitement le rôle du parfait salaud de Nazi (le Major König) qui commet l'acte symboliquement le plus abject qui soit aux yeux des spectateurs: faire pendre un enfant russe qu'il avait au préalable apprivoisé, tandis que Vassili est fabriqué comme le sympathique et parfait héros soviétique. Du coup, le public  en conclue, une fois de plus, que les Nazis ont le monopole exclusif de la cruauté et du sadisme. On rajoute une couche de vernis supplémentaire sur les idées reçues qui peuplent les esprits de nos contemporains,  pour mieux les fixer.

 

 

 

 Allemagne Pacte germano sovietique

 

 

 

 

 

23 août 1939: à la stupéfaction générale, le monde apprend que Staline et Hitler ont signé, en pleine nuit, un Pacte d'Acier, qui va déboucher sur l'agression de la petite république polonaise et un conflit mondial. Staline peut ricaner...

 

Le cinéaste pacifiste et conservateur d'idées reçues J.J.A s'est donc plu à conforter le spectateur ordinaire dans ses préjugés et autres confortables clichés. Il suffit de parcourir dans la presse et sur la Toile les longues tirades jaculatoires des critiques des spectateurs. Il est vrai que, pour le public actuel, comme celui de l'immédiat après-guerre, il ne convient pas de bousculer l'idéologie du politiquement et historiquement correct.

La majorité des spectateurs s'est donc satisfait d'un "bon film de guerre" où les Soviétiques sont des innocents affreusement agressés par des Nazis diaboliques.

 

Allemagne Rudolf Hermann 1902-1994

 

Les salauds sont les Nazis, les héros sont les Soviétiques. Point final.

Le lessivage des mémoires fontionne donc parfaitement: oubliée la révolution bolchévique et ses millions de morts du communisme, oublié le Pacte germano-soviétique qui permit aux Allemands et aux Russes d'écraser la Pologne et de la dépecer, en se partageant son territoire et ses richesses, oublié les massacres de Katyn perpétrés par les Soviétiques sur ordre de Staline puis mis sur le dos des Allemands pendant plus de cinquante longues années avec la complicité tacite des élites occidentales. (Voir mon article sur le film bouleversant KATYN d'Andrej Wasjda, que la direction des programmes de la télévision française refuse encore de diffuser en dépit de l'envoi de milliers de lettres de demandes de télespectateurs).

 

 

Jean-Jacques Annaud (réalisateur) et Jude Law.    N i véritablement un film de guerre, ni un documentaire sur le tournant de la Seconde Guerre Mondiale, disposant de gros moyens, Annaud projette le spectateur  dans un univers apocalyptique pour suivre le duel à mort de deux héros antagonistes; mais cependant, à y regarder de plus  prés, ces deux cinglés de la gâchette ont quelques points de ressemblance, dont le plus saillant est une froide détermination.

Par ailleurs et pour aller plus loin, le film pose aussi la question de la propagande lors d'un conflit militaire, quel qu'il soit. Celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain, dans tous les camps. Le personnage de Vassili est montré en exemple, présenté comme un héros, afin de "réveiller la Mére patrie"; avec son nombre impressionnant d'officiers abattus, il a la carrure du Stakhanoviste idéal sur fond de batailles homériques dans et autour de Stalingrad ayant coûté deux millions de tués et blessés. 

 

 

 

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Carte de la contre-offensive soviétique.  Pour les Allemands,la Volga demeura infranchissable; le piège se referme. 

 

 

 

 

Allemagne--Helmut-Ulrich-43-Stalingrad.jpg Helmut Ulrich; Stalingrad, 1943.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allemagne-Richard-RudolphKameraden-43.jpg Rudolf Richard; Kameraden, 1943.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bombardements de Stalingrad: quelques 36 000 immeubles détruits et 40 000 civils qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir furent tués.

 

D'un point de vue historique, il est également intéressant de s'attarder, comme J.J.A nous y invite, sur le sort de ces soldats russes qui craignent bien plus leur Etat-major que les soldats allemands. En outre, la politique du Camarade Staline concernant ses "camarades" soldats, fait littéralement froid dans le dos; souffrant d'un manque évident de munitions et de coordination face à une armée prussienne très bien équipée et organisée, l'Armée soviétique n'avait d'autres choix que d'épuiser les munitions ennemies en remplaçant sans relâche les hommes tombés.

 

Jude Law.

 

Vassili Zaisev (Jude Law)  aurait réellement existé; il est évoqué dans le roman de William Craig "Enemy at the gates". Ancien berger, c'est aussi et surtout un surdoué de la gâchette: froid, calme, posé et terriblement efficace. Il ne tardera pas à se faire un nom, fortement aidé en cela par son ami Danilov qui voit d'abord en Vassili un merveilleux tremplin pour atteindre les hautes sphères du tout-puissant Parti.

Mais l'arrivée d'un tireur allemand va tout remettre en cause: les rapports de force s'inversent brusquement. La terreur des officiers allemands devient à son tour la proie d'un tireur d'élite au regard bleu-froid comme l'acier produit par la Ruhr. Le jeune Russe se rend vite compte que l'adversaire est plus fort que lui. Le chasseur devient chassé. Tout comme les assiégeants sont devenus les assiégés...Vassili devient donc nettement moins utile pour son camarade Commissaire Danilov.

Le récit brasse avec un certain brio, à la fois les valeurs de l'amitié, de l'héroïsme, de l'amour, du don de soi, sans pour autant s'éparpiller en s'éloignant de sa ligne de conduite réaliste.  

Petite anecdote amusante: dans le documentaire présent dans le bonus du DVD, on apprend que le vrai Vassili Zaitev, bien que très bon Snaypersky, n'était pas le meilleur. En revanche, il était le plus beau parmi les bons, ce qui lui valu d'être élevé au rang de héros (sorte de demi-dieu pour les masses), au détriment de tireurs plus doués mais un peu moins avantagé par Dame Nature...ou quand la petite histoire met les pieds dans la grande.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Personnellement, je préfère ce Stalingrad, tourné par les Allemands en 1992.

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Eté 1942. Hitler a décidé de faire plier la résistance russe et de percer le front à Stalingrad. Les Soviétiques opposent une résistance acharnée et alors que l'hiver arrive, les Allemands se retrouvent encerclés.

Berlin envoie ses meilleures troupes combattre l'ennemi dans tous ses retranchements, rue après rue, maison après maison...

         

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Et c'est ainsi que Hans von Witzerland (Thomas Kretschmann) et ses amis de la VIème Armée, fiers de leurs succés en France, en Italie et en Afrique du Nord, prennent pied dans l'enfer du froid. Très vite, ces jeunes gens comprennent qu'ici, la guerre sera totale.

Peu à peu, l'entêtement du Führer leur devient perceptible. Mais il est trop tard...

 

 

 

 

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Un commando allemand d'élite participe à la bataille de Stalingrad. Très vite, 340 des 400 hommes meurent. Les survivants ont ordre de se battre jusqu'au bout.

Après un demi-siècle, l'Allemagne ose enfin une superproduction sur un épisode phare de la Seconde Guerre Mondiale, la grande bataille de Stalingrad, où du demi-million d'Allemands, seuls six mille sont revenus.

Si de gros moyens sont employés pour camper l'arrière-fond de la bataille, le film reste intimiste, concentré sur quelques hommes qui représentent les différents degrés d'implication des allemands dans l'affrontement.

Un schématisme qui n'empêche pas le film d'avoir une grande puissance visuelle et de poser, dans les termes vrais, les questions que suscite la guerre.

 

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C'est un film injustement méconnu qu'il importe, de l'avis de nombreux critiques, de réévaluer au plus vite.

Cette oeuvre est, contrairement au film de J.J Annaud, un juste équilibre entre fiction et documentaire.

Dans ce STALINGRAD là, il n'y a pas, sauf exceptions qui confirment la règle, de héros, de gentils ou de méchants. Juste des soldats allemands jetés dans un enfer d'acier et de sang, dans une guerre qui s'éternise et se révèle plus dure que prévue, où l'armée la plus puissante du monde est en train de se briser sur l'Armée des Rouges. Choc des Titans.

Pas d'effets spéciaux à foison, ni de duels entre snipers sur fond de romance. Une reconstitution du quotidien d'une des plus effrayantes batailles de tous les temps, entre exécutions sommaires, blessés qui agonisent dans la neige et ce froid. Ce froid russe, omniprésent, toujours plus mordant, qui pénètre jusqu'aux os...et qui tue.

On pourra regretter parfois, néammoins, le manque de rythme qui aurait tendance à plomber cette chronique d'une bataille tragique célèbre; regrettable surtout l'évocation douteuse et repentante de la lâcheté ou du sadisme de certains officiers qui contraste avec la bravoure lucide de certains autres, tel le maréchal von Paulus qui préféra désobéir aux ordres d'Hitler afin de sauver la vie des hommes qui pouvait l'être. 

Rappelons que sur 500 000 soldats allemands, seuls 6000 rentrèrent dans une Allemagne en ruines. Certains d'entre eux, n'ayant plus de famille ni de liens avec la nouvelle Allemagne, s'engageront dans la Légion Etrangère pour aller se battre à nouveau en Indochine et en Algérie.

Ce sera pour eux la poursuite logique de la guerre qu'ils avaient juré de mener contre le Communisme...

 

 

 

 

 

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Nous étions des camarades...

 

 

 


 

 

 

 

 

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Dominique Horwitz: Obergefreiter Fritz Reiser

Thomas Kretschmann: Lt Hans von Witzland

Jochen Nickel: Unteroffizier Manfred  Rohleder

Sebastian Rudolf: GeGe Müller

Dana Vàvrovà: Irina

Le scénario est de Johannes Heide.

 

 

 

 

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Thomas Kretschmann 

 


 

 

 

 

 



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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 09:10

LES CHEMINS DE LA LIBERTE

" Si les forces spirituelles d'une nation sont épuisées, aucun gouvernement ne pourra plus la sauver. Un arbre au coeur vermoulu ne peut survivre. De toutes les libertés, celle d'être malhonnête apparaîtra la première".

-Soljenitsine-

Intellectuel dissident russe, déporté au goulag.

>Site Officiel<

 

Une histoire vraie...? Une belle histoire!

 

1940-41 au nord de la Sibérie, Camp de travail N° 303, puis dans le désert de Gobi, aux sommets de l'Himalaya, au nord de l'Inde...

Colin Farrell, Jim Sturgess et Ed Harris. Metropolitan FilmExport Sept courageux prisonniers, venus de divers horizons, s'échappent d'un camp de travail stalinien (goulag). Ils vont alors découvrir la véritable signification de l'amitié tandis que leur périple leur fait traverser des milliers de kilomètres de terres hostiles sur les chemins périlleux qui doivent les mener en Inde. Mais la liberté a un prix; celui-ci sera très élévé... 

 

 

Pas d'héroïsme ici mais des hommes, qui bien que différents, face à l'adversité, veulent forcer leur destin et se voient égalitairement contraints de devenir les héros de leur propre survie...

Il y a les paysages époustouflants et grandioses, les climats extrêmes, les problèmes de survie. Mais dans ce type d'oeuvre cinématographique, le plus difficile pour le réalisateur est de ressusciter le cheminement intérieur, la ténacité humaine, la solidarité confrontée à la disparité des hommes.

 

 

 

Metropolitan FilmExport

Au départ de cette aventure incroyable, ils sont six Polonais, un Ukrainien, un Croate et un Américain. Ils ont en commun d'avoir été condamnés brutalement aux travaux forcés dans l'enfer du goulag stalinien en Sibérie, par un régime politique qui, depuis 1917 et la prise du pouvoir par les Bolchéviques, a enfermé la Russie dans un système totalitaire et paranoïaque.  

Le film, écrit et réalisé par Peter Weir dont la dernière oeuvre fut Master & Commander, est inspiré par une histoire vraie, que de nombreux historiens mettent cependant en doute. The Way back, titre original du film, est basé sur  "The long walk", (" A marche forcée", éditions Phoebus) le mémoire du Polonais Slavomir Rawicz. Il semblerait donc que, sans rentrer dans les détails, sa véracité soit douteuse...

Quoiqu'il en soit, Weir nous offre un beau film d'aventures, qui comme beaucoup d'aventures, paraissent le plus souvent incroyables, et c'est ce qui compte. Mais Les Chemins de la Liberté est bien plus que celà.

Jim Sturgess. Metropolitan FilmExport Jarnusz (Jim Sturgess), jeune officier polonais, accusé d'espionnage, torturé et déporté en Sibérie. Les Polonais furent particulièrement persécutés par les Soviétiques. Leur pays fut attaqué à l'ouest par les Nazis et à l'est par les Soviétiques qui avaient conclu, à la stupéfaction générale, le Pacte germano-soviétique dans la nuit du 23 août 1939. La Pologne  impitoyablement écrasée malgré une résistance héroïque, Staline ordonna l'élimination physique des élites polonaises (voir mon article sur le film Katyn d'A.Wajda) afin de détruire l'âme du peuple polonais.

Filmant ces fugitifs de près, observant les liens qui se tissent entre eux, Weir ne s'enlise pas dans la psychologie mais se pose auprés d'eux, tout simplement. Là, à leur hauteur, il rejoint la nature humaine dans ses profondeurs; la Nature aussi, accédant aux sublimes paysages d'une géographie et de climats les plus souvent hostiles que sa caméra exalte.

Le film ne ménage pas de suspense, certes; mais il se regarde plutôt comme une stèle monumentale et artistiquement ornée...Car dans un film qui se veut historique et raconte une telle aventure, la qualité de la transposition est essentielle et il faut, en plus des détails véridiques, que soufflent l'esprit des morts et la grâce des survivants.

 

Ed Harris & Colin Farrell. Metropolitan FilmExport

Colin Farrel et Ed Harris: deux des meilleurs acteurs du film.

Colin Farell incarne Vaka, le Russe, criminel de droit commun, habitué à la violence et à se faire obéir à l'intérieur même du camp.

Ed Harris joue le rôle d'un ingénieur américain, M. Smith qui ne veut pas dire son prénom... Dès les années 20, des intellectuels américains communistes, s'enthousiasmèrent pour le régime soviétique et rejoignirent "la patrie des ouvriers" en demandant la nationalité russe; Staline les utilisa puis les jeta.

 

Colin Farrell. Metropolitan FilmExport Colin Farrel: avec sa personnalité de "dégenté", il trouve une place de choix dans ce film d'aventures, où les liens avec les autres deviennent plus complexes, où la Nature la plus extrême rend les hommes définitivement fous ou sages.

 

 

 

Il y a aussi Tamasz (Alexandre Potocean) qui dessine des femmes alanguies... Le jeune Kaziz (Sebastian Urzendowsky) et Zoran (Dragos Bucur) qui a toujours le mot pour rire; autant de profils différents, autant de destins singuliers. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peter Weir. Metropolitan FilmExport En mettent en scène l'évasion d'un groupe de prisonniers du goulag au nord de la Sibérie, le cinéaste néo-zélandais Peter Weir nous montre de façon époustouflante la dure confrontation de l'homme avec la Nature.

 

 

 

Metropolitan FilmExport Loyal envers l'histoire, Peter Weir a tourné in situ, imposant à son équipe le froid glacial de Sibérie ou la fournaise du désert de Gobi.

 

 

 

Metropolitan FilmExport

 

 

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Forêts de Sibérie

 

 

 

 

Weir ne nous donne pas des héros ou des saints en spectacle, mais de misérables êtres humains confrontés à des géants impitoyables: chaînes de montagnes, déserts, tempêtes, la soif, le froid et la fournaise, la peur et la faim.

La grandeur de leur courage, de leurs faiblesses aussi et la soif de liberté, les hissent pourtant au sommet de ce que l'homme possède de plus grand et de plus fort au fond de lui et qu'il doit souvent découvrir à travers un chemin initiatique douloureux et mystérieux.

Le scénario tente d'approcher les hommes, de brosser des portraits contrastés et tirer une leçon d'humanisme intemporel. Non, pas d'héroïsme ici mais des hommes qui, bien que différents, font face à l'adversité et veulent forcer leur destin dans le sens qu'ils ont choisi, se voyant égalitairement contraints de devenir chacun le héros de leur propre survie...

Malgré certains temps faibles, ces "chemins" qui mènent à la liberté trouvent surtout dans la seconde partie, un rythme et un souffle épique, étrangement serein qui atteint parfois le sublime...

 

Saoirse Ronan. Metropolitan FilmExport

 

 




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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 09:16

 

 

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

NAPOLÉON AU CINÉMA

Napoléon (1769-1821) est le personnage historique qui a inspiré le plus de films, plus que Jeanne d'Arc, Lincoln, Lénine ou Jésus réunis...
Leur nombre a été accru de façon inattendue pendant la Seconde Guerre Mondiale, où il devint un thème de propagande idéal. C'est qu'il es lié, non seulement  à l'Histoire de la France mais aussi à celle de l'Europe.
Il est le personnage le plus connu de l'Histoire universelle et le plus facile à représenter: le petit chapeau, la redingote grise, la mèche et la main dans le gilet; auparavant, le jeune et maigre officier aux longs cheveux et aux traits méditerranéens.
Déjà un héros romantique...

Un personnage en définitive conçu pour l'image et le cinéma.
Il fut aussi et surtout un homme d'État auquel tous les dictateurs du XXè siècle ont voulu se comparer.
Victor Hugo l'avait pressenti: "Toujours Lui; Lui partout".




Ce "Napoléon" d'Abel Gance (1927) demeure, de l'avis de tous les connaisseurs, un chef-d'oeuvre, un monument du cinéma français, vaste fresque de plus de cinq heures, à une époque où la république française était devenue, après la Grande Guerre, la première puissance militaire européenne.
Le souffle épique de ce film restitue l'épopée napoléonienne qui, tel un ouragan, recomposa violemment le Vieux Continent, avant de s'éteindre dans la morne et funeste plaine  de Waterloo.



Napoléon Ingres


Napoléon avait prévu que la postérité lui rendrait justice. Mais comment aurait-il pu envisager qu'il deviendrait un thème de propagande par des imitateurs plus ou moins doués?
Ce fut la cas au cours de la Seconde Guerre mondiale où sa personnalité fut utilisée par tous les camps.
 
 
 
 
Quand la propagande s'empare de Napoléon:
 
 
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  Napoléon Bonaparte guérissant les lépreux à Jaffa, comme les rois thaumaturges.
 
 
 
 
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  Comme Hannibal, il franchit les Alpes...
 

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Bonaparte franchissant les Alpes lors de la campagne d'Italie (1796-97):  immortalisé par David. C'est en sa qualité de militaire que Bonaparte devint célèbre. Dès lors, son ascension vers les sommets d'un pouvoir qui ne demande qu'à être saisi, devient inéluctable.

 

9-10 novembre 1799

 

 

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Bonaparte devient Premier Consul: après des années de désordres révolutionnaires, la guerre et la Terreur, la France est ruinée et les Français sont las. Bonaparte sera le restaurateur de l'ordre; non de l'ordre ancien mais d'un ordre nouveau. Le sien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Napoléon Ingres

 

1804: Bonaparte devient Napoléon Ier

(peint par David).
Ayant décapité leur roi et leur reine en 1793, les Français héritent d'un empereur, de guerres meurtrières incessantes, de l'invasion et de l'occupation de la France,et d'une cascade de changements de régimes, de guerres, d'invasions, d'un abaissement inéluctable de la France...



 

Italie benito mussolini a

L'inventeur du fascisme c'est lui et lui seul...

 

Tout commence avec Benito  Mussolini (1883-1945), le premier des grands dictateurs du XXème siècle.
Émile Ludwig, historien de Napoléon, considérait Mussolini comme étant, vers 1930, le chef de l'État qui se rapprochait le plus de Napoléon.Le Duce s'enticha de l'Empereur. Il donna à Ferzano, auteur fasciste, l'idée d'une pièce, "Campo di Maggio", qui fut présentée à Paris en 1931, au théâtre du Nouvel Ambigu, avec Firmin Gémier dans le rôle de Napoléon; celui-ci était transformé en porte-parole du Duce.

 

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 Vittorio Mussolini, fils du dictateur, en tira un film tourné en studio et à l'île d'Elbe qui sortit en 1935, au moment où la menace de guerre commençait à se préciser. Benito Mussolini assista aux prises de vue et régla, en connaisseur, les mouvements de foule.
"Si j'avais vaincu à Moscou, mon rêve se serait réalisé, celui d'une Europe unifiée et d'une paix éternelle".

Napoléon dans le film en quittant l'île d'Elbe.

La séquence où la Chambre des députés s'opposait à l'Empereur après Waterloo invitait au rejet du régime parlementaire, coupable par ses mesquineries de paralyser les grands destins. La démocratie se confondait avec la médiocrité. Mussolini méditait ensuite un Jules César qui fut remplacé par un Scipion l'Africain qui exaltait la politique africaine de l'Italie. 

 

 

 


Allemagne Triomphe de la volonté

 

 

Mussolini ouvrait la voie aux autres dictateurs, qui comprirent vite l'importance du cinéma comme arme de propagande et l'impact d'un personnage comme Napoléon.

 





HitlerJugend flag

 

 

 

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Affiches de propagande italiennes et allemandes: les nouveaux régimes autoritaires, socialistes et populistes, exaltent la race, la jeunesse, la force, la virilité, le chef, la guerre, la vitesse, le futurisme, l'antibolchévisme et l'efficacité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allemagne Arno Breker

 

 

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Italie cartolina rgt san marco anni 30

 

 

Italia Roma Stade dei Marmi

 

 


Mais les démocraties ne sont pas en reste.
Elles mobilisent à leur tour Napoléon, qui se retrouve une nouvelle fois dans le mauvais camp.

A l'instigation de Churchill, Alexander Korda, fuyant les bombardements sur Londres, part en 1941 aux États-Unis tourner en six semaines That Hamilton Woman. Derrière les amours d'Emma Hamilton et de l'amiral Nelson se cache une oeuvre de propagande: inviter, à travers Napoléon, "à combattre ceux qui veulent imposer leur volonté au monde", comprenons Hitler.
Un mot d'ordre: "On ne peut faire la paix avec les dictateurs".
La reconstitution de la bataille de Trafalgar renvoie à la bataille qui se joue dans l'espace aérien anglais; les aviateurs de la RAF sont les héritiers des marins de Nelson... Il y eut aussi en 1942 un Young Mr Pitt dû à Carol Reed, futur réalisateur du Troisième Homme. Comment ne pas comparer le ministre anglais, adversaire implacable de Napoléon, avec son successeur Churchill, l'âme de la résistance à Hitler?


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Le piège de Dunkerque, tendu par les Allemands en mai-juin 1940, se referme cruellement sur les troupes anglo-françaises. La défaite de la France est inéluctable, celle de l'Angleterre est envisageable...

Et en France occupée?

 

 

 

 

 



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Après l'effroyable défaite de juin 1940, les Français tente de reprendre le cours de leur quotidien. Pour l'immense majorité d'entre eux, surtout dans les grandes villes comme Paris, la priorité des priorités est de se nourrir.







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En 1941 sort l'un des trois premiers films produits sous l'Occupation: Madame Sans-Gêne, de Richebé, une adaptation très fidèle de la pièce Victorien Sardou.
Est-ce une façon de rappeler aux spectateurs la gloire passée de la France au temps où elle dominait l'Europe? Ou bien s'agit-il de divertir des spectateurs encore traumatisés par la défaite de juin 1940? On sait que la censure d'alors coupa le mot "insurrection" dans un discours de Robespierre. Pourtant ce film n'incitait guère à la résistance. Retenons surtout la présence d'une Arletty déchaînée qui faisait sa rentrée, par ailleurs rendue toute guillerette par une liaison amoureuse avec un bel et fringant officier allemand, ce qui lui vaudra quelques mois de prison à la Libération.

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Dans Madame Sans-Gêne, l'actrice Arletty joue avec un naturel déconcertant ces femmes issues des couches populaires et "ennoblies"  qui peuplaient la Cour de Napoléon en essayant, en vain, d'imiter les grandes dames de l'Ancien Régime.

 
Peu après, Sacha Guitry tourne Le destin fabuleux de Désirée Clary, l'histoire de l'éphémère fiancée de Bonaparte qui devint, par son mariage avec Bernadotte, reine de Suède,  fondant la dynastie qui règne encore aujourd'hui sur ce pays.
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Le film est le prétexte à des répliques qui font mouche. Ainsi, le père de Désirée affirme-t-il:
" La France est le plus beau pays du monde et si jamais vous la voyez dans le malheur, ne vous effrayez pas plus qu'il ne faut; relisez son histoire: elle s'en tire toujours. Seulement, pour s'en tirer, il faut qu'elle travaille, qu'elle soit ingénieuse et qu'elle ait du bon sens".
Tout le programme du gouvernement de Vichy et de la Révolution nationale est contenu dans cette phrase et les spectateurs de l'époque la comprendront.
Pour se justifier après la Libération qui lui vaudra les ennuis que l'on sait, Sacha Guitry fera appel à nouveau à l'époque napoléonienne: il choisira Talleyrand dans le Diable boiteux pour faire l'apologie du double jeu dans une époque d'oppression...



Désirée Clary (1777-1860): fille d'un riche marchand de Marseille, elle connut un fabuleux destin en devenant reine de Suède.
 
 
 
La Résistance ne dédaigne pas le cinéma et Napoléon, si l'on en croit Jean Delannoy. Il présentera son Pontcarral colonel d'Empire, peinture d'un demi-solde bonapartiste qui refuse de reconnaître en  Louis XVIII le roi légitime (pourtant accueilli par la majorité des Français avec soulagement) et entend être fidèle à l'Empereur exilé et honnis par l'Europe. Napoléon-De Gaulle face à Pétain- Louis XVIII?
Le film sort à Paris le 11 décembre 1942, et certaines tirades de Bernard Zimmer brocardant le pouvoir royal, interprétées dans un autre sens, auraient été alors applaudies. D'ailleurs, l'un des chefs de la Résistance prit le surnom de Pontcarral.
 



 

Allemagne Pacte germano sovietique



Nuit du 23 août 1939: le monde stupéfait apprend, au petit matin, la signature du Pacte germano-soviétique.
Hitler & Staline d'abord alliés pour dépecer la Pologne, se livreront ensuite une lutte à mort.

Allemagne Richard RudolphKameraden 43Dessin de Richard Rudolf; Kameraden, 1943.



1943:Stalingrad, première défaite de l'armée allemande.

Quand l'URSS est envahie par les forces du Troisième Reich (21 juin 1941), Staline, après un moment d'abattement, songe à stimuler la résistance du peuple face à la menace allemande. Comment ne pas invoquer le précédent de 1812? Déjà, en juillet 1942, a été créée une décoration militaire, l'ordre de Koutouzof, le chef militaire qui opta, contre l'avis général, pour la stratégie de la terre brûlée face aux armées de Napoléon.


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Le général Koutouzof, Feld maréchal (1745-1813)
 S'inspirant de la lutte des Espagnols, il comprit qu'il ne fallait pas affronter les armées napoléoniennes de façon académique mais faire preuve d'imagination.

Pour l'âme russe, cette option comprenait une part de sacrifice: laisser penser à l'ennemi qu'il est déjà vainqueur... Là, réside toute la stratégie de la terre brûlée.


Après la victoire de Stalingrad, Staline décide de faire tourner un film à la gloire du héros de la campagne de Russie.
Les prises de vue commencent le 26 août 1943 et dureront six mois. La mise en scène est confiée à Petrov, dont le ditacteur avait apprécié le Pierre le Grand.
La bataille de Borodino est tournée sur les lieux mêmes avec d'énormes moyens.
Il est évident et en même temps très surprenant que dans cette oeuvre Alexandre Ier personnifie Staline, Koutouzof Joukof et Napoléon...Hitler. Bref, on va chercher les héros là où ils sont, c'est-à-dire dans l'histoire glorieuse de la Russie impériale.


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1944-45.Comme toutes les villes allemandes Dresde, magnifique cité baroque n'ayant aucun intérêt stratégique est en ruines.

Changement de ton avec Kolberg, entrepris en Allemagne à partir d'octobre 1943, achevé en août 44 et projeté dans Berlin en ruine à la fin de janvier 45.
Le Reich est à son tour envahi par les Soviétiques. Goebbels, Ministre de la Propagande, songe alors à mettre en chantier un film qui inciterait la population allemande à résister héroïquement malgré une défaite inéluctable.
Où puiser un élan ultime d'optimisme et de bravoure? Dans l'histoire de la campagne de 1806, qui vit l'armée prussienne battue à Iéna par Napoléon, prendre ensuite sa revanche sur Blücher à Waterloo.

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Évoquer, par un film à grand spectacle, le souvenir de la défense héroïque de Kolberg en 1807, face aux troupes françaises, avait pour but de relever le moral allemand face à l'Armée rouge.

Kolberg de Vet Harlan (réalisateur du fameux Juif Süss) arrivait trop tard pour relever le moral des Allemands.

L'attention de Goebbels se porta sur la ville de Kolberg, défendue par Gneisenau, qui, refusant de capituler, fut impitoyablement bombardée par les canons du général Loison en février 1807. Kolberg en flammes, ville martyre, c'est Dresde en ruines sous l'action "héroïque" de l'aviation des Alliés.
Le message de Kolberg est clair: la situation est difficile mais un nouveau Blücher assurera bientôt la revanche de l'Allemagne. Dans ce film, Napoléon n'incarnait pas le péril nazi, mais "la menace judéo-démocrate", un Napoléon verdâtre que l'on voyait s'incliner pourtant devant le tombeau de Frédéric II. D'énormes moyens furent mobilisés au point de retirer des troupes du front pour les utiliser dans la reconstitution des combats. Et l'Agfacolor brillait de ses mille et ultimes couleurs...

Allemagne NachdemKampf Otto Breker

"Nach dem Kampf"
(Après le combat...)Arno Breker






 
Autre dictateur se tournant vers Napoléon comme instrument de propagande: Franco.

Espagne FranciscoFranco


Francisco Franco: il mit fin aux gabegies et à la terreur de la République par un Pronunciamento (juillet 1936) puis institua une dictature de 1939 à 1975 afin de restaurer les valeurs de l'Espagne éternelle.



En 1950, le Caudillo incite la CIFESA (Studios cinématographiques espagnols) à tourner Agustina de Aragon, remake d'une œuvre de 1928. Il s'agit d'évoquer la résistance de Saragosse face aux soldats de Napoléon lors de la terrible guerre d'Espagne. Palafox, héros de ce siège, est surnommé "le Caudillo" (parallèle avec Franco lourdement souligné) et tient de violents propos contre "les puissances dissolvantes de l'Europe", comprenons contre les vainqueurs de 1945, qui ont mis en quarantaine l'Espagne franquiste tout en se servant d'elle par la suite comme rempart contre le communisme. Cette Espagne isolée, assiégée, c'est Saragosse résistant aux canons de Lannes et de Lefebvre...



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En 1950, Franco fait tourner Agustina de Aragon (la Jeanne d'Arc espagnole) qui exalte la résistance espagnole face à l'implacable occupation française. Implicitement, c'est la France antifranquiste qui est dénoncée...

 

 

 


 

 

 

 




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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:40
DOCTOR ZHIVAGO

Collection Christophe L.


Docteur Jivago contre Lénine.
Cinq Oscars !
 

Pour la première fois, un écrivain soviétique contestait l'image officielle de la Révolution.
Il mourut sans savoir qu'un film admirable magnifierait son courage...


La
 plupart des films consacrés à la révolution d'Octobre
ayant été conçus en URSS, répondaient à des commandes d'État. Ils ont en commun un enthousiasme idéologique et éducatif forcé, brodant lourdement sur les thèmes de la lutte des classes, de l'édification du socialisme et du combat héroïque des Rouges contre les Blancs.

Si bien que, pour les spectateurs allergiques à la "vulgate" communiste, le seul film non-aligné traitant de ces évènements reste l'oeuvre du cinéaste britannique, David Lean, adaptation du roman de l'écrivain dissident russe, Boris Pasternak.

La publication du Docteur Jivago en Italie en 1957 fut pour le producteur Carlo Ponti l'occasion d'un coup de maître. Il se fit céder les droits du roman pour le compte de la Cie américaine MGM qui confia la réalisation au Britannique David Lean.
Le cinéaste délicat de Brève rencontre (1946) devenu le réalisateur couronné d'Oscars de superproductions prestigieuses, avait montré qu'il était capable de marier avec bonheur l'ampleur épique et le raffinement psychologique.


 

 Moscou, 1913.

Armoiries Russie-copie-1

Russie Famille impériale


La famille impériale de Russie en 1912.
Une famille très unie, pour le meilleur et pour le pire...
Les Bolchéviques les massacrèrent tous sur ordre de Lénine le 16 juillet 1918 à Ekaterinbourg.

Russie Nicolas II

Nicolas II Alexandrovitch Romanov
(1868-1918)
Le dernier Tsar.
Faible et indécis, il n'a aucune des qualités de son père Alexandre III.
Monté sur le trône en 1894, marié à Alice de Hesse-Darmstadt (Alexandra), il règne sur un Empire immense dont le ministre Witte modernise l'économie à grande vitesse. Mais la politique ne suit pas.
Le jeune Tsar s'affole, traumatisé par les assassinats et les attentats qui se multiplient, perpétrés par les révolutionnaires afin de pousser le Gouvernement au cycle infernal de la répression . Nicolas II se crispe alors sur les formes autocratiques de son pouvoir. Il manque d'être renversé une première fois en 1905; l'énergique ministre Stolypine sauve le trône et entreprend de grandes réformes. Efforts ruinés par son assassinat en 1911.
A l'été 1914, l'entrée en guerre de la Russie se révèlera fatale à un régime en perdition.
Contraint d'abdiquer le 15 mars 1917, le Tsar et toute sa famille sont massacrés à Iekaterinbourg, sur ordre de Lénine, le 16 juillet 1918.
La famine, la guerre civile et le chaos s'abattent sur un des plus beaux Empires d'avant 1914.
Jusqu'alors ouverte sur le monde, dirigée par des élites cultivées, la Russie soviétique va devenir en quelques mois une vaste prison, de 1917 jusqu'en 1990.



Youri Jivago, médecin et poète, marié à Tanya, fille de ses parents adoptifs, rencontre l'ardente Lara, fille d'une couturière et fiancée au révolutionnaire Pasha.




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Youri tombe amoureux de la jeune fille, tandis qu'éclatent les premières violences annonciatrices de la Révolution.
Commence par la suite, durant la guerre civile, un long exode qui sépare Jivago de la femme qu'il aime.
Les hasards des évènements les réunissent à nouveau, mais dans Moscou bouleversé par le chaos révolutionnaire, Jivago est suspecté à cause des poèmes qu'il a publiés.






Il est enlevé par des partisans et reste leur prisonnier pendant plus d'un an, tandis que Pasha est devenu le général bolchévique Strelnikov, sorte de reptile au sang froid qui fait régner la terreur .
Lorsque Jivago parvient à s'échapper, il trouve sa maison vide, sa femme Tanya et ses enfants, ayant fui la révolution, ont gagné la France.





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Docteur Jivago fut en grande partie tourné en Espagne, près de Madrid, où le cinéaste, David Lean, perfectionniste méticuleux, fit "reconstruire" le Moscou du temps des Tsars.Une reconstitution qui , aujourd'hui encore, est considérée comme le plus prestigieux décors de cinéma jamais réalisé; mais le budget initialement prévu de 8 millions de dollars atteignit le double!
Un roman-fleuve au succès retentissant, une grande fresque romantique avec juste ce qu'il faut d'adultère pour pimenter la situation, des personnages aux destins tragiques, emportés dans la tourmente d'une révolution sanglante, la splendeur des costumes et des décors, une musique demeurée célèbre ("La chanson de Lara"), la Panavision et le 70 mm qui donnent aux scènes spectaculaires un souffle grandiose, la technique éblouissante de David Lean, l'ampleur de sa vision, son goût des belles images, des acteurs inoubliables -Omar Sharif, Julie Christie, Géraldine Chaplin-, enfin l'excellent argument publicitaire que constituait le souvenir des déboires de l'auteur Boris Pasternak: toutes les conditions étaient réunies pour un succès phénoménal.




Docteur Jivago, 5 Oscars, fut l'un des plus grands succès de la MGM, rejoignant Ben Hur et Autant en emporte le vent.
Le film a tiré des larmes aux spectateurs du monde entier (sauf les miennes), mais il s'est attiré des réactions virulentes de la part des critiques de gauche pour la liberté et "la froide indifférence" avec lesquelles le cinéaste, "habile fabricant de succès commerciaux", évoque les idéaux révolutionnaires.
Procès dévié.
Mais David Lean, lui, ne déviait pas de la ligne générale de son œuvre.
Dans les personnages de Boris Pasternak, il a reconnu ses héros: des idéalistes cherchant obstinément à construire leurs rêves en ignorant les réalités du monde qui les entoure, et toujours vaincus par la société, la nature, l'histoire...
Jivago est un héros solitaire qui poursuit son idéal...





Dans le film, l'affrontement violent entre l'ordre ancien et les temps nouveaux, faits de sang et de boue, est aussi la confrontation de l'utopie révolutionnaire et de l'idéaliste généreux.
A travers Pasha qui veut changer l'ordre du monde et abattre le pouvoir et l'argent par la force, David Lean, fidèle en cela à Boris Pasternak, reconnaît la pureté d'intention de l'idéologue, mais il condamne un remède pire que le mal. Malgré la noblesse de son inspiration, Pasha apparaît comme une incarnation de la médiocrité et de la perversion intellectuelle qu'engendrent fatalement les utopies révolutionnaires.

Jivago n'a que son innocence de poète. Certains diront son "humanisme", d'autres son "fatalisme", à opposer au fanatisme du révolutionnaire.
Mais en forçant un peu les choses, son échec existentiel peut apparaître comme une victoire spirituelle, conformément à la philosophie du roman.
 

Russie églises moscou
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Boris Pasternak est né à Moscou en 1890 et mort en 1960, sans avoir vu les héros de sa fresque historique des "années terribles" de la Russie vivre sur les écrans du monde entier.
Doctor Zhivago était le défi d'un homme seul face à un système d'opression. Pasternak y voyait l'oeuvre capitale de sa vie car sa propre destinée s'y trouvait intégrée. C'était la première fois qu'un écrivain soviétique connu contestait les bases idéologiques du communisme.
Pourtant, ce poète était un grand admirateur des symbolistes; il cherchait l'harmonie entre l'inspiration lyrique et "le vent de l'histoire". Il n'était en rien un contre-révolutionnaire.
Dans ses premières oeuvres ( Ma soeur la vie-1917; Haute maladie-1923; Les voies aériennes-1924), il a, au contraire, magnifié la révolution et l'abnégation des partisans. En cela, il fut le bâtisseur d'un mythe qui dure encore dans l'esprit des communistes d'aujourd'hui, ou le peu qui restent...
En 1923, la passion lui inspira sa seconde femme, Zinaïda Neuhaus, fut pour lui une "seconde naissance" qui le rendit perméable à la propagande stalinienne.
Mais le malaise qu'il ressentait transparaît cependant dans Sauf-Conduit (1927), une apologie de la poésie face à un régime déshumanisé.
En 1936, il publia dans les Izvestia, un poème célébrant Staline comme "le génie de l'acte". Cependant, son refus de s'associer à une protestation collective contre le Retour d'URSS, d'André Gide, fit scandale et le rendit suspect. L'arrestation et le procés de Boukhanine (un vieux bolchévique, longtemps complice de Staline) en 1938, dans le cadre des "Grandes Purges" visant le Parti, dissipèrent ses dernières illusions...



Conçu dés 1932, achevé en 1955, Doctor Zhivago fut refusé par tous les éditeurs soviétiques car le roman était suspect de contestation intellectuelle. Publié à Milan, en 1957, ce fut un évènement de portée mondiale. Outre son sujet qui fit sensation, ses qualités littéraires lui assurèrent un large succès populaire.
L'attribution du prix Nobel en octobre 1958, si elle lui apporta le soutien d'une partie de l'opinion mondiale, fit de Pasternak, en URSS, un paria et un traître, taxé d'idéalisme, accusé de prôner l'individualisme contre le communisme et de ne pas souscrire aux clichés officiels pour dépeindre la Révolution.
Une violente campagne de presse à laquelle s'associèrent, en Europe et spécialement en France, bon nombre d'intellectuels proches des communistes se déchaîna contre lui. Les autorités soviétiques lui interdirent de se rendre à Stockholm.

Exclu de l'Union des écrivains soviétiques, donc privé de tout moyen d'existence légale, et menacé d'exil, Pasternak dût s'incliner, refuser le Prix et adresser au Soviet suprême une supplique où il désavouait l'interprétation politique donnée à son oeuvre en "Occident".
Doctor Zhivago ne paraîtra en Russie qu'en 1988, à la faveur de la perestroïka.


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Nuit blanche sur Saint-Pétersbourg.


CINÉMA & PROPAGANDE

"De tous les arts, il est pour nous le plus important"

Lénine, 1919.

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Vladimir Ilitch Oulianov, surnommé "Lénine".
(1870-1924)
Sans lui, pas de révolution d'octobre.
Cet agitateur professionnel est né dans une famille de la bourgeoisie de Simbirsk.
Étudiant en droit converti à la révolution, il est arrêté en 1895 et expédié en Sibérie où il épouse une militante exaltée. Le couple s'exile à Paris, Londres et Zurich.
En 1902, Lénine rédige Que faire?, programme d'action du futur parti bolchévique.
De manoeuvres tortueuses en congrès truqués, il assure sa suprématie sur le milieu révolutionnaire.
La guerre en août 1914, lui offre l'occasion de sa vie.
Rentré en Russie en 1917 grâce aux autorités allemandes qui espèrent que ce révolutionnaire aidera à détruire l'État russe en répandant ses idées comme "le bacille de la peste", il est rejoint par Trotski.
Après un échec en juillet 1917, les deux compères renversent Kerenski en octobre (novembre) 1917.
Commence alors la chasse aux opposants virtuels et l'application sanglante de l'utopie communiste.
Au lendemain de l'effroyable guerre civile (1918-1921),  qui entraîne une famine gigantesque, Lénine décrète une pause (la NEP).
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Réduit à l'état de loque par des attaques d'apoplexie, il meurt à moitié fou le 21 janvier 1924.
Arrive alors la dictature de Joseph Staline...
Comme Lénine, il se servira de l'art cinématographique comme arme de propagande afin de soumettre les masses.

URSS LENINE et STALINE 1933 Gramota-total
Le cinéma soviétique des années 20 et 30 est l'enfant de la Révolution; ce qui ne l'empêche pas, d'un point de vue purement artistique, d'être digne d'intérêt.

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Octobre (1927) de Sergueï Eisenstein.
Un film officiel commandé par l'État soviétique pour le 10ème anniversaire de la révolution d'octobre. Il retrace les principaux évènements de l'année 1917 jusqu'à l'assaut du Palais d'Hiver et la prise du pouvoir par les Bolchéviques. Défendant ouvertement la révolution à laquelle il adhère sans restrictions, Eisenstein ne s'écarte pas de la version officielle de l'Histoire; ainsi, au moment où le cinéaste monte Octobre, Trotski ayant été exclu du Parti bolchévique est tout simplement effacé du film et d'un évènement dont il fut cependant un auteur décisif.
Comme les Révolutionnaires français en 1793, les Bolchéviques vont se supprimer les uns les autres au fil des années en instaurant un régime de terreur.





La Fin de Saint-Pétersbourg (1927) de Poudovkine.
C'est également un film commandé par l'État.
L'éveil à la conscience révolutionnaire d'un jeune paysan se développe parallèlement à la marche des évènements.
La maîtrise des images et du montage n'empêchent pas le manichéisme et la lourdeur.



Tchapaiev (1934) de Serge & Georges Vassiliev.

En 1919, dans l'Oural, un vaillant mais fruste capitaine, commande un groupe de partisans rouges et meurt héroïquement.
L'archétype du "réalisme socialiste" visant à l'exaltation patriotique des masses.


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Les Marins de Cronstadt (1936) d'Efim Dzigan.

Octobre 1919: des marins rouges se défendent héroïquement  contre la Flotte des Blancs (contre-révolutionnaires).
Un souffle épique et des scènes de bataille bien règlées.
Mais l'épilogue est absent: les marins se révoltèrent contre la tyrannie bolchévique et Lénine les fit  tous massacrer.

Marins-Russie-cadets.jpg

Marine russe; Cadet.




Chtors (1939), de Dovjenko.

Une commande de Staline.
Les combats menés en Ukraine contre les Allemands, en 1918, par les partisans commandés par Chtchors, un héros qui a toujours raison, selon les principes du culte de la personnalité.
Un classique du lyrisme épique.

 

" Si les forces spirituelles d'une nation sont épuisées, aucun gouvernement ne pourra plus la sauver. Un arbre au coeur vermoulu ne peut survivre. De toutes les libertés, celle d'être malhonnête apparaître la première".

-Soljenitsine-

Intellectuel russe, dissident déporté dans un Goulag, 1989.
 








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