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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 17:12

Je n'ai pas vraiment envie d'aller voir ce film; j'attendrai qu'il passe à la TV. L'attente ne sera pas longue. D'après ce que j'en ai vu et entendu, le réalisateur a mis l'accent sur les relations amoureuses de ce génie. Peu d'intérêt en ce qui me concerne...Quand on fait un biopic sur un artiste de génie, il est bien plus intéressant de décrire, scruter, analyser à défaut d'expliquer, les mécanismes et la structure de ce génie. C'est, pour moi, le coeur du sujet, le plus intéressant mais, certes, le plus difficile et surement  le moins attractif, donc le moins commercial.

Sans sombrer dans le psychologisme, un réalisateur qui s'empare d'un tel artiste pour nous le montrer à travers le Septième Art, ne peut préférer sa vie amoureuse sauf si elle a profondément influencé l'artiste dans sa "geste" artistique. Dans le cas d'Yves St Laurent, il ne semble pas-restons prudent- que ce soit le cas, contrairement aux couples Verlaine/Rimbaud, Cocteau/Jean Marais ou Sartre/Beauvoir.

Où est l'intérêt dans ce cas précis, de montrer la passion amoureuse? Voyeurisme? Tendance-mode? Et si cela était tout simplement le choix de la facilité?...

Il faut donc lire le film de Jalil Lespert "entre les lignes" et le spectateur attentif recueille parfois, quelques étincelles du génie d'Yves St Laurent qui disait, à tort ou à raison: "La mode n'est pas un art"...

 

 

 

 

~~Le film raconte l’histoire d’un homme très doué dans son domaine, mais un peu dépressif sur les bords. Ça arrive aussi dans d’autres corps de métier, chez les électriciens ou les chocolatiers, on n’en fait pas des films pour autant.

Cahiers du Cinéma

~~Si cette exploration psychologique du grand couturier possède incontestablement un mérite informatif, elle laisse rapidement place à l'expression d'un narrateur dictatorial, quasi-narcissique, qui compromet largement la présence du cinéaste.

Critikat.com

~~Le côté sage, scolaire du film, sa modestie aussi en un sens, risque de surprendre les spectateurs, et on sent du côté du cinéaste et dans la performance mimétique bluffante de l’acteur Pierre Niney pour le rôle-titre une inclination particulière pour le Saint Laurent introverti, précautionneux, le «séminariste» encore enfermé dans sa coquille.

Libération

~~Les zones d'ombre — les addictions multiples d'Yves Saint Laurent — sont effleurées, mais assez pour entretenir le trouble. (...) cette honnête introduction à une histoire complexe et unique attise la fascination.

TELERAMA

~~Jalil Lespert revisite la vie de Saint Laurent à travers l'évocation flamboyante de cinquante ans de création et de passion, mais aussi de tourments et d'excès. Du bel ouvrage.

Les Fiches du Cinéma

 "Il était, écrit Laurence Benaïm dans son Requiem..., la somme de tous les couturiers et celui qui les avait tous démodés, au nom d'une allure, d'un style irréductible à des lignes et des saison

"Il était, écrit Laurence Benaïm dans son Requiem..., la somme de tous les couturiers et celui qui les avait tous démodés, au nom d'une allure, d'un style irréductible à des lignes et des saison

"Mon arme est le regard que je porte sur mon époque".

Et nous voilà butant sur ce fameux style, indéfinissable et pourtant reconnaissable au premier coup d'oeil. Et l'on égrène, en un rassurant abécédaire, les noms des incontournables : le caban, la saharienne, le smoking, la blouse normande, la tunique... les mariages de matières (le lainage et la mousseline), de couleurs avant lui jugés impensables.

Et puis il y a des chefs-d'oeuvre nés des songes du couturier : féeries russes, africaines, indiennes si justes, et pourtant imaginées : Yves Saint Laurent, sauf au Maroc, n'aimait pas les voyages. Et il y a encore ces robes inspirées par les peintres, Velazquez aussi bien que Mondrian, Matisse ou Van Gogh. "Mon propos, disait-il à ce sujet, n'a pas été de me mesurer aux maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie." Le trait commun de tous ces vêtements, accessibles ou non ? L'évidence. Ce qui suppose - on y revient toujours - un formidable métier. Tentez donc un décolleté en coeur sans manche qui grigne ou freine les mouvements ! Le secret, il l'a maintes et maintes fois dévoilé. Il ne s'agit pas pour lui de projeter un fantasme sur un corps de femme, mais au contraire de partir de ce corps, d'un geste.

Dans une interview pour l'émission Dim Dam Dom en mars 1968, il précise qu'il veut "rendre les femmes séduisantes en tenant compte de leur corps, de leurs gestes, de leurs attitudes et adapter leur style à mes robes". Une connaissance et une grâce qu'il concède à Chanel (elle l'avait accusé de l'avoir copiée), dont il tient pourtant à se différencier parce que, lui, "adore [son] époque" dans laquelle il puise son inspiration. Elle, dont il compare le célèbre tailleur à "un merveilleux document", la déteste. "Mon arme, dira-t-il souvent , est le regard que je porte sur mon époque."

La femme, l'époque... Tout est là, qui lui a permis, selon Laurence Benaïm, de "ranimer une langue en voie de disparition", de comprendre que "cette langue ne pouvait plus être parlée uniquement au clergé", entendez les spécialistes et les clientes fortunées, "mais devait devenir une sorte d'espéranto", une manière d'être au monde partagée par le plus grand nombre. Cela au moment des grandes conquêtes de la libération de la femme dans ces années 60-70 où tout, absolument tout, leur paraissait possible. Yves Saint Laurent les a accompagnées et Pierre Bergé est fondé à dire que, si Chanel a libéré la femme, Saint Laurent leur a transmis, en l'adaptant, ce signe du pouvoir qu'était le vestiaire masculin . "Il a œuvré socialement" , dit-il encore . Et c'est vrai. Petit exemple : avant lui, jusque dans les bureaux sinon dans les pages du magazine Elle , le tailleur-pantalon faisait mauvais genre ! Comme il y a eu un temps Chanel on emprunte l'expression à Edmonde Charles-Roux -, il y a eu un temps Saint Laurent et c'est lui que les visiteurs du Petit Palais iront parcourir. Dans un monde désormais sans repères et qui, pour se consoler, s'enivre de nostalgie, renaîtra la légende dorée du Petit Prince, de "l'enfant aux nerfs d'acier"(Mishima), du "sorcier en chef" (Laurence Benaïm), héros des années fastes. Dans les allées, on évoquera l'amour fou, "l'amour de deux fous", dont Pierre Bergé parle de façon si touchante, sans en cacher les noirceurs, dans ses Lettres à Yves . Qu'importera alors que ces années soient magnifiées par le souvenir, qu'importeront l'alcool, la drogue, la dépression, la réclusion, cette satanée "vérité" dont nous serions, paraît-il, affamés, cette volonté de déboulonner les idoles qui est une autre passion du moment, la vilaine jumelle de la nostalgie.

Ne restera que la beauté, le rêve d'un immense couturier.

Par Marie-Françoise Leclère in LE POINT fr (10/03/10)

~"Mon arme est le regard que je porte sur mon époque" YSL

~~Un couple, vu par Le Figaro :

Le salut vient de Pierre Bergé. Rencontré lors d’un dîner chez une amie commune, il représente tout pour le jeune couturier : il est son compagnon mais également son mentor, l’homme de la stratégie. C’est lui qui le sortira du Val-de-Grâce et trouvera les fonds nécessaires à la création de sa maison de couture. Ils partagent tout.

Des années plus tard, alors que Saint Laurent loue la manière dont Bergé gère les affaires, en artiste, le financier commente : «Évidemment, je ne vends pas des petits pois !» Deux personnalités contrastées, soudées pour le meilleur. Ensemble, ils feront bien plus qu’une maison de couture. Ils se construiront des refuges en Normandie, à Marrakech, modèles du genre qui témoignent de leur sens aigu de l’esthétisme. Ce sont des amateurs érudits de tous les arts majeurs, musique, danse et, bien sûr, peinture qu’ils collectionnent et qui inspirera des robes hors du temps, belles comme des tableaux, à Yves Saint Laurent.

[Le Figaro, Catherine Saint-Jean : “Yves Saint Laurent, définitivement génial”.]

~~Un couple, vu par Libération :

A la même époque, il va faire une rencontre plus que décisive en la personne de Pierre Bergé.

De six ans son aîné, Bergé, ancien commis de librairie, est déjà une petite célébrité du milieu littéraire parisien. Après l’ébauche d’une biographie de Giono, il fréquente Mac Orlan, Carco, Anouilh, Cocteau... Dès 1949, il s’est mis en tête d’aider et de rendre célèbre un jeune peintre, Bernard Buffet, dont il devient l’amant et fait fructifier sa carrière pendant huit ans, jusqu’à ce que Buffet change de religion et se marie avec la nymphe germanopratine Annabel.

Berger tombe alors éperdument amoureux du jeune Saint Laurent avec qui il formera d’abord un couple puis un duo redoutable et redouté : Bergé aux finances, Saint Laurent à la création. Un couple fait d’orages terribles et de réconciliations foudroyantes. Bergé, qui a la dent dure, la réplique assassine mais le cœur et le chéquier grand ouverts quand il s’enthousiasme pour une cause (dans les années 80, il financera à perte un numéro spécial Cocteau édité par Libération). Saint Laurent qu’on sait capricieux, irascible, inconstant mais aussi très drôle et franc dans l’intimité.

Yves et Pierre vont pendant cinquante ans tout partager : l’amour et la mode évidemment, mais aussi un goût esthétique pour la peinture, les bibelots rares, les livres précieux et les belles maisons, entre leur «nid» du VIIe arrondissement attenant aux jardins de l’hôtel Matignon, un manoir en Normandie et la somptueuse Villa Majorelle aux murs bleus, à Marrakech. C’est Pierre Bergé qui, au retour de Saint Laurent du service militaire, et alors que sa place vacante chez Dior est occupée par Marc Bohan, va convaincre le timide de se lancer sous son propre nom. Les fonds nécessaires sont empruntés à un nabab américain d’Atlanta, J. Mack Robinson.

[Libération, Gérard Lefort : “Saint Laurent se dérobe”.]

~~Toutes les réactions à la mort d'Yves Saint Laurent

Le couturier français est décédé dimanche soir à l'âge de 71 ans. Depuis l'annonce de sa mort, les hommages sont nombreux. Tous saluent la mémoire de ce créateur hors du commun. Extraits.

Nicolas Sarkozy: "Un génie créatif" Dans un communiqué diffusé dans la nuit par l'Elysée, Nicolas Sarkozy rend hommage à celui qui fût "le premier à élever la haute couture au rang d'un art en lui assurant un rayonnement planétaire". "Par son génie créatif, sa personnalité élégante et raffinée, discrète et distinguée, Yves Saint Laurent a imprimé sa marque sur un demi-siècle de création, dans le luxe comme dans le prêt-à-porter, car il était convaincu que la beauté était un luxe nécessaire à tous les hommes et à toutes les femmes", ajoute le président français.

François Fillon: "Un créateur exceptionnel" Le Premier ministre, François Fillon, salue un "créateur exceptionnel, qui a profondément marqué l'histoire de la haute couture" et rend hommage à "l'artiste de génie qui a tant contribué au rayonnement de la France".

Christine Albanel: "Le maître de l'art de vivre Rive Gauche" Pour la ministre de la Culture, Christine Albanel, avec Yves Saint Laurent disparaît "l'élégant complice de notre quotidien, le maître de l'art de vivre Rive Gauche". Selon elle, YSL "avait l'âme d'un artiste, alternant l'enfermement créateur et les apparitions spectaculaires".

Jacques Chirac: "Il incarnait l'élégance française" L'ancien président de la République, Jacques Chirac, et son épouse Bernadette ont rendu hommage à Yves Saint Laurent, "créateur d'exception, styliste de génie", qui "incarnait l'élégance française". "Novateur, avant-gardiste, perfectionniste, il aura réussi à imposer des modes comme à inventer des styles", ajoutent les époux dans un communiqué.

La "tristesse" de Bertrand Delanoë Le maire de Paris a exprimé sa "tristesse" au lendemain du décès du couturier Yves Saint Laurent, qui selon lui "a érigé la haute couture au rang des arts" et "oeuvré pour l'évolution de l'image de la femme". "Il a été le créateur de lignes jamais démodées, toujours renouvelées", a-t-il ajouté.

Le Parti communiste français: Un "homme libre" "Avec son fameux blouson noir, le smoking féminin, la collection Shakespeare ou la saharienne, Yves Saint Laurent aura révolutionné la haute-couture par son attention aux évolutions du monde, son amour des femmes, le dialogue permanent avec les autres arts, la peinture, le cinéma, la littérature, le théâtre. Homme libre, il voulait aussi par la mode ouvrir de nouveaux espaces de liberté. C'est lui, par exemple, qui aura osé le premier offrir le pantalon aux femmes", écrit le Parti communiste français dans un communiqué rendant hommage au couturier Yves Saint Laurent. Le PCF salue encore un "homme de partage".

Pierre Bergé: YSL a donné "le pouvoir" aux femmes Pour son ami, l'homme d'affaires Pierre Bergé, YSL "symbolisera" la deuxième partie du XXe siècle, comme Mlle Chanel avait symbolisé la première. Si "Chanel a donné la liberté aux femmes, Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir", a-t-il déclaré sur France Info, ajoutant encore: "Il a quitté le territoire esthétique pour pénétrer sur le territoire social." "Saint Laurent était plus qu'un provocateur: il était un vrai créateur, et dans ce sens il était un libertaire, un anarchiste et il a jeté des bombes dans les jambes de la société. C'est comme ça qu'il a transformé la société et c'est comme ça qu'il a transformé les femmes", a-t-il encore déclaré.

Chantal Thomass: "Il a renouvelé la garde-robe féminine" Interrogée sur France Info, la styliste française spécialiste de la lingerie, Chantal Thomass, a salué celui qui a "renouvelé la garde-robe féminine complètement (...) avec ce qui restera sans doute le plus marquant, le smoking pour femmes et puis une liberté, le pantalon, tout simplement, que dans les années 60 les femmes ne pouvaient pas porter pour aller travailler".

François et François Henri Pinault: "La mode mondiale perd un génie" Les deux principaux actionnaires du groupe PPR salue la mémoire du couturier. "Avec sa disparition la mode française et mondiale perd un génie, un couturier unique qui a su porter au plus haut une vision révolutionnaire de la mode, maintenir la tradition d'excellence tout en inventant les nouveaux codes de l'élégance française. Yves Saint-Laurent a tout inventé, tout revisité, tout transfiguré au service d'une passion: faire rayonner la femme et lui permettre de libérer sa beauté et son mystère", peut-on lire dans un communiqué. la rédaction Culture - leJDD.fr lundi 02/06/08

Je doute qu'YSL ait libéré les femmes: il n'a pas inventé le jean ni les baskets...
Je doute qu'YSL ait libéré les femmes: il n'a pas inventé le jean ni les baskets...
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Je doute qu'YSL ait libéré les femmes: il n'a pas inventé le jean ni les baskets...

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 16:34
QUAI D'ORSAY

Voila un film passé quasiment inaperçu, à l'exception des inconditionnels de Tavernier. Le sujet y est sans doute pour quelque chose...Cependant, contre tous les préjugés, le monde diplomatique et la trame de son fonctionnement dans les démocraties occidentales se prête bien au récit cinématographique.

Bien sûr, les multiples "acteurs" de la Diplomatie française qui ont vu le film s'y retrouveront aisément, mais il est accessible à beaucoup d'autres spectateurs pour peu qu'ils restent attentifs et sensibles à... un certain humour.

~~ Qui mieux que des co-auteurs du remarquable livre "Splendeurs et misères du travail des diplomates" (éd. Hermann, 2013) pouvait analyser le film Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier, 2013) issu de bande dessinée éponyme de Christophe Blain (dessinateur) et Abel Lanzac ? Personne. C’est pourquoi le Diploweb.com leur a proposé de le faire. LE FILM Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier, 2013) issu de bande dessinée éponyme de Christophe Blain (dessinateur) et Abel Lanzac (scénariste, de son vrai nom Antonin Baudry qui a lui-même été conseiller au MAE) a pour mérite, au-delà de la caricature comique des traits de personnalité d’un ministre (inspiré de Dominique de Villepin), de montrer l’activité quotidienne d’un cabinet ministériel. De cette façon, le spectateur peut découvrir quelques éléments de la fabrication, au gré de logiques et de temporalités qui s’imbriquent ou se heurtent, de la politique étrangère de la France.

La description de la survenue de crises politiques (d’autant plus urgentes qu’elles sont médiatisées), des injonctions présidentielles parfois décalées (comme la préoccupation pour l’ourse Cannèle, perdue dans les Pyrénées), des stratégies des différentes directions (géographiques, politiques) pour faire prévaloir leur point de vue ou plus simplement pour garder leur place au soleil, est savoureuse. Le sentiment souvent exaltant de participer à l’histoire en train de se faire est particulièrement bien rendu. Le fait d’avoir pu tourner dans les décors réels (au Quai d’Orsay, au Bundestag, à l’ONU) donne au film un supplément de réalisme. Les anecdotes racontées en rappellent de nombreuses autres à quiconque a eu la chance d’observer de près le travail diplomatique.

Au regard de ce que l’on a pu observer par ailleurs, le film rend bien compte des conditions dans lesquelles le travail se déploie (interruptions incessantes, traitement conjoint de sujets très divers, bruit, très longues journées de travail) mais aussi du caractère très collectif du travail autour d’un produit (le discours à l’ONU…) ou d’une action de prévention d’une crise. Les contraintes filmiques et l’attention d’un scenario centrées sur la personnalité du ministre donnent, à tort, le sentiment d’une politique étrangère conçue et mise en œuvre par une poignée de personnages, ignorant l’administration du Quai d’Orsay et le réseau des ambassades.

Le film Quai d'Orsay et les rouages du travail diplomatique :

En effet, l’étude de la politique étrangère et des relations internationales (RI) a malheureusement encore peu intégré les recherches sur la place qu’y occupent les diplomates et reste très centrée sur le rôle des dirigeants politiques et de leurs proches conseillers, parti-pris adopté dans le film. Cela contribue à entretenir le flou et les représentations de sens commun sur le travail des diplomates de tous rangs et sur leur contribution essentiel à la politique étrangère française et européenne, même s’ils ne sont plus les seuls à intervenir dans ce champ peuplé par un nombre croissant d’acteurs allant des collectivités locales aux grandes entreprises, aux ONG et aux groupes d’intérêts divers. Comprendre et analyser le travail diplomatique contextualisé est l’objectif poursuivi par notre équipe de recherche au cours d’une enquête qui a duré plus de trois ans et qui s’est déployée au sein de l’administration centrale (à Paris et à Nantes), dans des représentations, des ambassades et consulats de tailles et d’importance variées en Europe, Afrique et Asie. Outre une immersion assez longue dans les différentes structures évoquées, l’observation du travail quotidien et son organisation, l’observation d’une instance de négociation ou d’une cellule de gestion de crise, nous avons pu procéder à de longs entretiens formels auprès des personnels de tous niveaux hiérarchiques (150).

L’ouvrage Splendeurs et misères du travail des diplomates publié presque en même temps que le film, hasard de calendrier, rend compte des principaux résultats de cette recherche. Cet ouvrage explore la manière dont les diplomates sont recrutés, leurs carrières plus ou moins brillantes, la nature de leur engagement, les différents mondes du travail au sein desquels se déploient leur activité, leurs conditions de travail et de vie souvent plus difficiles qu’on ne le pense et parfois même dangereuses, la multiplicité et la diversité des tâches auxquels ils sont confrontés et la manière dont ils les appréhendent : information, communication, négociations, représentation, administration, etc. Il appréhende les relations qu’ils entretiennent avec les représentants des autres administrations avec lesquelles ils ont amenés à collaborer mais aussi la dimension culturelle (au sens anthropologique de ce terme) propre à ce ministère si singulier par bien des aspects. Les représentations communes à propos des diplomates et de leur travail, en effet, sont ambivalentes. Héritiers de fonctions et de prédécesseurs dont les noms ont marqué l’histoire nationale, ils travaillent aux quatre coins du monde dans des lieux souvent remarquables choisis pour illustrer la grandeur de la France.

Aux yeux de l’opinion, les emplois diplomatiques sont prestigieux. Dans le même temps, aussi bien dans la littérature que de la part des hommes politiques, les diplomates sont désignés par des stéréotypes ou des jugements souvent péjoratifs. Certains vont même jusqu’à penser que la survivance du métier est un « anachronisme » dans un monde où les relations entre gouvernants s’appuient sur des relations directes et où, de plus, la multiplication des acteurs intervenant dans le champ des relations internationales tend, au moins en apparence, à marginaliser le rôle des diplomates. Parce que leur activité s’effectue essentiellement dans les coulisses, la scène étant réservée aux politiques, leur travail est recouvert d’un « voile d’ignorance » favorisant les stéréotypes qui se construisent sur la partie la plus visible de leur activité dont « les réceptions de l’ambassadeur » sont l’archétype. Comme n’importe quelle activité professionnelle, le travail des diplomates doit être replacé dans son contexte institutionnel et organisationnel, qu’il s’agisse de l’administration centrale, d’ambassades de taille et d’importance diverses éventuellement situées dans des contextes plus ou moins hostiles ou encore de représentations permanentes auprès de grands organismes internationaux qui, elles-mêmes, sont tributaires du prestige ou de l’importance accordée à ces institutions. Le fonctionnement du ministère et l’organisation du travail des diplomates sont paradoxaux. Aussi bien à l’administration centrale que dans les ambassades (où les diplomates sont minoritaires) le pouvoir de la hiérarchie est prégnant, celui du directeur ou de l’ambassadeur fort. La division du travail s’efface cependant lorsque la mission à accomplir exige la mobilisation de tous. Les moins gradés dont le travail est soumis à l’aval de la hiérarchie ne manquent cependant pas d’autonomie et d’un certain pouvoir d’initiative alors que les ambassadeurs eux-mêmes, qui jouissent d’une autorité locale importante, sont soumis, surtout dans les postes les plus stratégiques, aux consignes envoyées par les bureaux et à un compte rendu régulier de leurs activités via les télégrammes diplomatiques.

Les mandats de négociation, les actions engagées sont toujours le fruit d’une élaboration et d’un travail collectif. Avant même que ces notions n’acquièrent une certaine notoriété en matière de management, le travail en réseau et sur missions sont des pratiques courantes et anciennes au sein du ministère. Les membres de ce ministère (petit par la taille de ses effectifs et la part qu’il représente dans le budget de l’État) ont conscience de leurs qualités ; ce qui rend parfois la collaboration difficile avec les fonctionnaires détachés d’autres ministères et les agents recrutés localement, au risque de créer une sorte de « paroisse » ou prévalent les rumeurs et la surveillance réciproque des carrières. Ce sont aussi dans des contextes géographiques difficiles – ils ne manquent pas – et dans des situations de crise (conflit armée, guerre civile, catastrophe naturelle, etc.) que se révèlent des solidarités et des actes de courage remarquables qui caractérisent aussi le travail des diplomates, la dimension la plus occultée de leur travail.

L’accès au métier, très sélectif, fait du Ministère des Affaires Étrangères un ministère de « matière grise ». L’Annuaire diplomatique rend compte de l’impressionnant cursus de ses agents mais les entretiens révèlent aussi que leur choix se fonde, pour la plupart d’entre eux, sur une véritable vocation, celle-ci trouvant à s’accomplir plus ou moins bien selon la carrière en grande partie façonnée par l’institution et les contraintes qu’elle impose à ses membres. L’enquête révèle en effet l’existence en son sein de filières relativement étanches dont l’accès est en grande partie déterminé par la nature des concours passés (ENA ou concours spécifiques au MAEE) qui elle-même oriente les premières affectations. Ces filières sont hiérarchisées selon une échelle de prestige qui tend à privilégier certaines fonctions au détriment d’autres (la négociation, l’analyse politique plutôt que la protection des nationaux ou la gestion…) et donc les postes où s’exercent en priorité ces fonctions (les représentations multilatérales auprès de l’UE ou de l’ONU ou les très grandes ambassades pour les plus prestigieuses), les postes consulaires pour les moins prisés. Si l’accès au métier passe par le filtre de concours exigeant une vaste culture générale ou la spécialisation sur une ère géographique, son apprentissage est progressif, dépend des postes successifs occupés et de la qualité de l’encadrement hiérarchique. Les choix des postes et des mobilités constituent donc des enjeux de carrière majeurs pour lesquels certains disposent de plus d’atouts que d’autres.

Les contraintes de la mobilité géographique, bien connues lors du choix de la carrière, peuvent enfin se révéler lourdes de conséquences sur la situation professionnelle du conjoint, l’éducation des enfants ou les conditions de vie dans des contextes parfois hostiles. La variété des tâches prises en charge par les diplomates est considérable et les activités sont pluri dimensionnelles impliquant un fort engagement cognitif et émotionnel. Le travail des diplomates porte le plus souvent sur des situations complexes, instables et qui « ne sont pas entièrement connaissables ». Les propositions d’action qu’ils sont amenés à faire doivent prendre en compte le fruit d’une histoire et l’anticipation d’un futur. Même si l’orthodoxie républicaine impute au pouvoir politique la seule responsabilité de la politique étrangère, il est manifeste que les diplomates ne se contentent pas d’en être les exécutants plus ou moins talentueux, ils participent directement à sa conception. Au-delà des fonctions variées qu’ils sont amenés à exercer et qui exigent des connaissances étendues et précises, le métier dans sa plénitude est aussi un art qui repose sur « un savoir faire curial » impliquant l’observation et la compréhension de l’autre tout en contrôlant et maîtrisant ses propres affects et attitudes. En produisant et en collectant des informations pour son administration, le diplomate participe à la fabrique de la politique étrangère. Si d’autres groupes professionnels tels les journalistes ou les chercheurs produisent, diffusent et analysent des informations sur les relations internationales, les diplomates doivent veiller à produire une information d’un type particulier. Celle-ci est tout d’abord marquée par sa nature officielle. Représentant son pays à l’étranger, le diplomate, et notamment l’ambassadeur, est celui qui est mandaté pour collecter les informations auprès des autorités locales et les transmettre à son administration. Les messages auront donc une forme et un contenu pour une part dictés par les obligations qu’impose cette fonction. L’objectif est de participer à la production d’une certaine image publique d’une relation bilatérale ou de la gestion d’un dossier en multilatéral.

L’information produite par les diplomates doit également orienter les décisions et les choix politiques. action de la politique étrangère. Celle-ci étant construite en relation ou en réaction aux positions et aux actions des autres pays, l’information diplomatique devrait aussi, d’après les diplomates rencontrés et l’idéal professionnel qu’ils défendent, favoriser une intercompréhension, voire un rapprochement entre les positions des différents gouvernements. Au minimum, elle devrait contribuer à éclaircir et expliciter les points de désaccords et les voies possibles pour un rapprochement. Le personnage central du film Quai d’Orsay (et double fictionnel d’Antonin Baudry) est « chargé des langages » auprès du ministre. La description de son travail ne rend pas assez compte toutefois de toute la « chaine de production » d’informations qui va des postes à l’étranger (ambassades, représentations) au rédacteur, véritable cheville ouvrière, sous la supervision de son sous- directeur et directeur. Officiellement, il s’agit de faire remonter toute information qui pourrait être pertinente pour la conduite de la politique extérieure. Mais dans la pratique, le savoir-faire mis en œuvre est différent de celui d’un universitaire spécialiste des relations internationales ou d’un expert scientifique. Un « bon » télégramme ou une note pertinente doivent parvenir à intégrer dans un même « récit » un ensemble de points de vue et être cohérent avec la politique menée par le pays. Il doit prendre en compte l’image du pays et de ses institutions. Il est ainsi difficile de critiquer ou même de faire apparaître sous un jour défavorable son supérieur ou les décisions prises antérieurement. Au contraire, il s’agit de faire ressortir positivement la position et le rôle du service dans lequel se trouve le rédacteur du télégramme. Surtout, il faut que le contenu du texte soit intéressant et fasse sens pour ceux qui en sont les destinataires. Les faits et les interprétations présentés seront donc, au moins pour une part, conformes aux attentes et à la grille de lecture des décideurs. Sinon, le risque est de ne pas être lu, voire, plus rarement, d’être sanctionné.

L’information produite par le diplomate doit contribuer à poursuivre la construction de la position de son pays dans le jeu diplomatique international sur un sentier déjà largement emprunté. Les diplomates n’attendent pas que leurs recommandations soient reprises telles quelles dans la formulation de la politique, mais que leur connaissance spécifique des problèmes ou des pays dont ils ont la charge, leurs réseaux personnels, leurs analyses, participent à la construction du référentiel qui guidera la politique. Mais pour cela, ils doivent apporter la démonstration que les informations et les analyses proposées sont « pertinentes ». D’où les petits combats entre conseillers que montre le film Quai d’Orsay. L’information doit être inédite et s’inscrire dans le cadre d’analyse du décideur politique, sa propre façon de comprendre les enjeux d’un dossier. Une information trop extérieure à ce cadre risque de ne pas être entendue. L’histoire diplomatique française est riche d’exemples où des diplomates n’auraient pas été écoutés parce que leurs mises en garde allaient à l’encontre des grandes orientations politiques et des grilles de lecture du monde des décideurs du moment (Le Rwanda juste avant le génocide, la Tunise de Ben Ali, etc.).

Dans la construction du référentiel politique, les informations et analyses apportées par les diplomates sont en concurrence avec d’autres sources (agenda médiatique, groupes de pression, contacts directs entre dirigeants, proches du ministre comme dans le film, etc.). L’influence des diplomates dépend donc de leur capacité à fournir au « bon moment » les éléments qui répondront aux enjeux tels que les perçoivent les décideurs. La capacité à faire évoluer le cadre qui structure la définition même de ces enjeux est, quant à elle, plus limitée, du fait de l’existence de « lignes rouges » définies par le pouvoir politique ou par le secrétariat général, de grandes tendances dans les rapports entre États et des arbitrages entre divers intérêts tant internes qu’externes. Changer progressivement le cadre suppose un travail constant et continu. Les diplomates participent à l’élaboration de la politique étrangère de la France en informant le cadre d’analyse des relations internationales, mais également en étant partie-prenante dans les négociations. Il ne s’agit pas simplement de co-construire une représentation de l’intérêt de la France pour la défendre ensuite dans le dialogue avec les homologues étrangers

L’observation, lors de notre étude, de l’évolution et du traitement de plusieurs dossiers d’actualité a permis de comprendre le travail de négociation comme un processus collectif, largement imbriqué dans le travail de production des intérêts de la France. Une négociation suppose la construction au cours du temps d’une « position » et la tentative de défendre cette position, susceptible d’évolutions, souvent complexes et multiformes, en recrutant des alliés, en tentant d’obtenir par la discussion, le compromis, les rapports de force, la constitution, d’abord en interne au sein des différentes administrations françaises, puis en externe, auprès des autorités d’autres pays, l’adhésion à une représentation du problème débattu conforme à cette « position de la France ». Il s’agit donc de faire adhérer nos partenaires à notre « vision du monde » (comme le dit le ministre du film) ou, au minimum, de trouver la possibilité d’agir dans « un monde commun » – un même espace cognitif et axiologique – avec eux. Les exemples étudiés dans notre livre permettent de mieux définir les formes de coopération entre les différentes directions et sous-directions, les postes, le cabinet ministériel ; la dynamique et la nature du travail informationnel ; les conditions de sa « réussite » dans les différentes phases de négociation internes et externes. Ces dossiers sont marqués par un enchaînement des évènements qui semble valoriser et valider le travail collectif de réflexion des diplomates. Comme le remarque un diplomate à propos de l’un des dossiers : « C’est étonnant comme les choses se sont enchaînées, on dirait un scénario écrit par quelqu’un. »

Le travail diplomatique, comme le montre superbement le travail de Bertrand Tavernier, est en effet propice à l’écriture cinématographique. La complexité juridique (changer le droit international, tenir compte du droit humanitaire, des accords de coopération existants, etc.), politique (trouver des alliés dont les objectifs peuvent être variables et différents, créer des coalitions autour de principes ou de valeurs, etc.), technique (quelles actions militaires, de coopération seront efficaces, avec quel coût) et diplomatique (quel place dans le jeu plus large des négociations et des relations internationales), etc., des négociations diplomatiques impose une expertise plurielle, des exercices de « brain storming » et des séances de cadrage collectif à différents niveaux de la hiérarchie et de la coopération interministérielle. Lors de réunions avec des conseillers au cabinet du ministre des premières versions des textes de résolution ou d’accord sont discutées ou corrigées, les démarches bilatérales à réaliser sont décidées, les grandes lignes rouges pour les arènes internationales sont posées et éventuellement légèrement déplacées afin de faire émerger petit à petit un scénario acceptable par tous.

Le travail consulaire enfin, cette activité jugée la moins prestigieuse de toutes celles confiées aux diplomates, prolonge à l’étranger, pour les nationaux expatriés ou de passage, les fonctions de proximité exercées en France par les mairies ou les préfectures avec souvent proportionnellement beaucoup moins de moyens que n’en disposent ces dernières pour les remplir, le dévouement et la disponibilité de ses membres étant supposer suppléer à la pénurie de moyens. En cas de conflit ou de catastrophe, c’est cependant au consulat qu’échoit la responsabilité première de protection et d’assistance des nationaux dont les membres ont, à maintes reprises, fait preuve d’un courage trop souvent ignoré. Dans certains pays d’émigration (en Afrique, en Russie, en Asie), le consulat est aussi une frontière où l’on délivre des visas impliquant un important « travail de guichet », dans des conditions souvent très difficiles. Cette étude sociologique sur le travail des diplomates permet ainsi de compléter et de prolonger les descriptions du travail en cabinet ministériel proposées dans le film Quai d’Orsay.

Décembre 2013-Loriol-Piotet/Diploweb.com

En cet été 1914, les chancelleries, sans le savoir, obéissent à une logique guerrière qui va déclencher le suicide collectif de l'Europe.

Avec les régimes dictatoriaux, les démocraties affrontent une nouvelle forme de diplomatie...

La France est absente...

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 18:32
Scenario pour thriller politico-policier

Cette histoire pourrait servir de scenario à un bon thriller politico-policier...

"Esteban, j'ai peur...ils disent qu'on n'a même pas le droit de vivre..."!

Ce sont les mots qu'entend sur son téléphone portable le jeune Esteban Murillo, vingt ans, quand sa fiancée Katia l'appelle paniquée. Elle vient de faire l'objet de menaces de mort de la part d'une petite bande de gauchistes agressifs et violents...

Que s'est-il passé?

Flash back:

Paris, ce mercredi 5 juin, Samuel, Alexandre et Katia, jeunes nationalistes identitaires, décident de se rendre tranquillement à une vente privées de vêtements d'une marque qu'ils apprécient particulièrement afin de profiter de prix défiant toute concurrence...

Dans la foule qui recherche de bonnes affaires, les trois amis sont pris à partie par cinq énergumènes qui, sans motif, se jettent sur eux pour les insulter. Mais pas seulement, l'un des agresseurs exhibe des gants de boxe. Visiblement, il brûle de se servir de ses poings. Décontenancés, les trois jeunes battent en retraite devant l'assaut de ces furieux car ils ont compris qu'ils ont à faire à des activistes d'extrême-gauche qui se sont jurés de "casser du facho".

Les cinq "antifascistes", profitant de leur supériorité numérique, s'en donnent à cœur joie. Ils cherchent, selon une stratégie connue, de provoquer une réaction violente de Katia et de ses deux amis afin de se poser en victimes puis de passer des insultes aux coups.

Samuel, Alexandre et Katia gardant leur sang-froid appellent les vigiles du magasin qui ont vite fait d'analyser la situation et de comprendre que les cinq jeunes "bobos de gauche" sont les fauteurs de trouble. Ils les expulsent. Les gauchistes crient: " On vous attend à la sortie"! Dans le groupe, un des énergumènes au visage poupin ajoute:" Vous devriez même pas exister"!

Entendant ces propos, Katia prend peur, elle sent clairement que la situation est plus grave qu'il n'y parait...Les gauchistes ont proféré une menace de mort explicite et ils attendent dans la rue que les trois amis sortent pour leur règler leur compte. Une jeune fille et deux garçons contre cinq gauchistes vindicatifs et surexcités. La confrontation s'annonce inégale...

Les vigiles ont aussi tout compris; ils conseillent à Katia, Alexandre et Samuel de patienter le temps que les gauchistes s'en aillent... Katia a le réflexe d'appeler à l'aide son fiancé Esteban. Elle lui fait part des menaces de mort qu'elle vient de recevoir et de sa peur qui la tenaille de tomber dans un guet-apens. Esteban informe son patron qui lui permet de quitter son travail pour rejoindre Katia. Il la retrouve à l'intérieur du magasin avant que les vigiles ne leur permettent de sortir. Hélas! Les redskins sont à l'affut dans la cage d'escalier... Refusant la bagarre, Katia, son fiancé et leurs deux amis remontent et demandent aux vigiles d'intervenir. Ces derniers font leur travail et sortent les "rouges" totalement surexcités. Les jeunes, restés en retrait , voyant les redskins partir, décident de tenter leur chance et, peu rassurés, de quitter les lieux.

Des petites frappes gauchistes sûres de leur impunité?

Les voila dans la rue... A quelques dizaines de mètres de la boutique, une mauvaise surprise les attend: les gauchistes sont toujours là encore plus menaçants....Ils ne se contentent plus d'insultes: ils se jettent soudain sur Esteban (par derrière) et Samuel. Dans la bagarre qui va durer une longue poignée de secondes, Esteban se retrouve sous les coups de trois individus; il se défend avec ce qu'il a, ses mains. Il réussit à se défaire de deux agresseurs et le troisième lache prise aprés avoir reçu deux coups.

Les "courageux antifas" repoussés, les quatre amis s'esquivent au plus vite avant que les rouges ne reviennent à la charge; ils s'engouffrent dans le métro, soulagés d'avoir évité le pire. Ils s'interrogent alors sur les circonstances de leur agression:

-Comment ont-ils pu nous repérer dans le magasin?

-Pourquoi se sont-ils tous jetés sur moi? Se demande Esteban?

Un jeune gauchiste au visage poupin masqué: pour les medias officiels, l'image même de l'innocence toute pure...

Un jeune gauchiste au visage poupin masqué: pour les medias officiels, l'image même de l'innocence toute pure...

Scenario pour thriller politico-policier

Alors qu'Esteban, Katia, Alexandre et Samuel rentrent chez eux, ils ignorent que l'un des agresseurs a sombré dans le coma après avoir été frappé au menton...Ils ignorent surtout qu'ils seront les victimes d'une effroyable machination exploitée à fond par un régime aux abois et des medias qui répandront dans l'esprit des Français les moins avertis, l'idée que les "nazis" sont parmi nous et dangereux, que la "peste brune" n'est pas éradiquée!

D'habitude, ce genre d'agressions ne fait jamais la une des medias. Pourtant, cette rixe va se propulser à la Une de tous les medias, de façon épidermique, instinctive, émotionnelle, sans les réserves obligées par la connaissance exacte des circonstances du drame. Rapidement, les citoyens les plus avisés vont s'apercevoir qu'il s'agit d'une exploitation cynique par l'extrême gauche de la mort d'un des leurs...Alexis Corbière, secrétaire national du parti de Mélenchon diffuse alors un communiqué plus que douteux qui va jeter de l'huile sur le feu: " L'horreur fasciste vient de tuer en plein Paris!". (Aux armes citoyens!!!).

Ce communiqué va mettre le feu aux poudres médiatiques: de l'AFP à TF1 en passant par France Inter ou RTL, les medias vont déclencher une vague d'hystérie qui va se transformer en chasse aux sorcières. Ainsi donc,toute la presse bien-pensante reprend la version des faits des gauchistes, sans professionnalisme c'est-à-dire, sans les vérifications élémentaires; ils écrivent donc: "Le mercredi 5 juin, en sortant d'un magasin de vêtements,Clément Méric, jeune antifasciste et syndicaliste âgé de 18 ans, a été battu à mort par des membres de l'extrême-droite radicale". C'est un peu court mais efficace. Les mêmes vieilles méthodes depuis la Révolution de 1789...

Le très respectable quotidien Le Monde: "Clément Méric: "un "élève modèle" tué pour ses idées". (Il aurait été plus juste de préciser "...par ses idées"). Sortez les mouchoirs, il y a de l'émotion...


Radio France n'est pas en reste puisque c'est la voix officielle de la France:" Menace brune sur la France".

Mais que fait le gouvernement? Il redore son blason; ça tombe bien cette histoire, ça fait oublier le chômage et tout le reste....

Sur RTL, le pontifiant Jean-Michel Apathie (pas du tout apathique en l’occurrence) oppose à Marine Le Pen un "témoignage" affirmant qu'un des "agresseurs" de Clément Méric arborait un T.shirt aux couleurs du FN. Ben voyons...Plus c'est gros, mieux c'est lourd. Penaud, M.Apathie devra présenter ses excuses à l'antenne. Ce "témoignage" est faux; mentez, mentez, il en restera toujours bien quelque chose.

Pierre Bergé, le milliardaire égérie du lobby gay, déclare: "L'immonde Barjot avait promis du sang, le voila qui éclabousse la démocratie et la République(...) Ce sont ces inconscients de la Manif pour Tous qui ont préparé le terrain"(...) Cette "manifestation pour tous se rend-elle bien compte?" On tente de culpabiliser le camp adverse, en mélangeant les genres et en introduisant la confusion dans les esprits....

Le terroriste d'extrême-gauche Jean-Marc Rouillan (Action Directe), condamné pour l'assassinat du général René Audran, ose jeter de l'huile sur le feu: "La guerre est déclarée (...) Organisez-vous, préparez-vous!".

Le monde politique s'emballe...Le Ministre de l'Intérieur éructe avec emphase: " La haine a frappé; ce sont nos valeurs et le pacte républicain qui sont en cause. Il n'y a pas de place pour la violence. Un groupe d'extrême droite est au cœur de cet assassinat". Un assassinat c'est un meurtre commis avec préméditation.Par cette déclaration, il désigne à la vindicte publique des jeunes qui sont les victimes innocentes d'une agression préparée par les gauchistes.

Il y a eu préméditation de la part des rouges:

1/ Ils ont attendu leurs proies en dehors du magasin.

2/La police apprendra, suite à l'enquête, que les "antifascistes" rodaient dans le quartier depuis deux jours pour "se payer" des jeunes qui n'ont pas leurs idées, venus pour les soldes.

Et si la victime avait été Esteban?

La couverture médiatique et la mauvaise foi sont telles qu'elles en deviennent immédiatement suspectes; comme la profanation du cimetière juif de Carpentras....

Quand les coupables se font passer pour des innocents....Maisle juge ne l'a pas entendu de cette oreille....

Le juge s'en est tenu froidement aux faits, affirmant sa souveraineté.

Scenario pour thriller politico-policier

Mais voila que Le Point, bien introduit dans les milieux policiers, se fait écho des résultats de l'enquête: "Un vigile est qualifié de témoin "principal" . L'homme met en cause les militants du groupuscule antifasciste auquel appartenait la victime, et plus particulièrement l'un d'entre eux".

Selon ce témoignage-clé, ce militant très remonté avait des gants de boxe dans son sac et a incité les autres à se battre contre les jeunes, qui toujours selon le vigile, cherchaient à éviter l'affrontement et à partir discrètement. Cela ressemble au scenario classique d'une "bleuzaille" qui cherche à se mettre en valeur afin de trouver sa place dans la tribu. Élémentaire mon cher...

Les policiers ont aussi découvert comment les redskins avaient identifiés les jeunes comme étant des "fascistes": selon toute vraisemblance, c'est bien Clément Méric qui les a signalés à ses complices. La preuve: depuis des mois, les visages de Katia et d'Esteban auraient été mis en ligne sur les sites "antifa". En outre, le portrait de Clément Méric qui ressort de l'enquête tranche avec son idéalisation fantasmée par les médias. Riposte laïque ajoute des détails intéressants: Clément Méric faisait partie des "skinheads communistes", avant de rejoindre les rangs d' "Action antifasciste Paris banlieue " . Le jeune Clément sera endoctriné très tôt par les milices rouges. Son mentor, Julien Terzic, est membre de la mouvance des antifas "chasseurs de skins".

Rentrés chez eux, les quatre jeunes n'ont pas encore compris le lien entre leur bagarre et "l'agression fasciste" décrite par les medias. Quand ils se rendent compte qu'ils sont présentés comme des agresseurs, alors qu'en réalité et l'enquête le prouvera, ils sont les victimes de ce tragique fait-divers, les amis se rendent dans les locaux de la police pour donner leur version des faits.

Sous la double pression médiatique et politique , le Parquet refuse de prendre en compte le résultat de l'enquête préliminaire et le témoignage des quatre victimes. Le procureur persiste dans la fiction ridicule d'un complot d'extrême droite et accuse Esteban d'avoir porté contre Clément Méric des coups avec l'intention de le tuer et l'inculpe d'homicide volontaire. Cependant, le juge d'instruction, au vu du dossier, moins soumis à des pressions, comprend qu'Esteban est la vraie victime et requalifie immédiatement les faits en "homicide involontaire" tout en signifiant un mandat de dépôt au jeune homme et à Samuel.

Une fois de plus, pour des raisons purement idéologique, une victime est transformée en agresseur. Aujourd'hui c'est lui, demain vous et moi?

Une fois de plus, pour des raisons purement idéologique, une victime est transformée en agresseur. Aujourd'hui c'est lui, demain vous et moi?

Scenario pour thriller politico-policier

En conclusion, ce que l'on peut qualifier sans exagération de mensonge d’État, a jeté deux victimes en prison.

Mais oui, le résultat est là: Esteban et Samuel sont en prison. L'opinion publique, par définition si versatile et malléable, les croit coupables d'avoir assassiné un jeune homme doux et pacifique "pour ses idées".

Les vrais responsables, les excités qui ont déclenché l'altercation dans la boutique, ceux qui ont décidé de monter un guet-apens en plein jour, en un lieu public, ceux qui ont poussé le jeune Clément à attaquer Esteban, sont en liberté. Et ils ne sont même pas mis en examen.

Cette histoire laissera certainement des traces dans la mémoire collective d'une nation déjà fragilisée par d'anciennes et douloureuses fractures...

BP4-7187 30914 Nîmes cedex

entraidesolidarité2000@gmail.com

La propagande gauchiste des medias était déjà omniprésente mais la presse nationaliste était encore très puissante...

Une dizaine de départements placés en Etat d'Urgence: du jamais vu depuis la Guerre d'Algérie (1954-1962).

Le sport, l'opium du peuple?

Fric, populo et foot...

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 21:52

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la POPULAIRe

 

 

 

 

Printemps 1958.

 

Rose Pamphyle, 21 ans, vit avec son père, veuf bourru qui tient le bazar d’un petit village normand. Elle doit épouser le fils du garagiste et est promise au destin d’une femme au foyer docile et appliquée.

Mais Rose ne veut pas de cette vie. Elle part pour Lisieux où Louis Echard, 36 ans, patron charismatique d’un cabinet d’assurance, cherche une secrétaire.

L’entretien d’embauche est un fiasco. Mais Rose a un don : elle tape à la machine à écrire à une vitesse vertigineuse. La jeune femme réveille malgré elle le sportif ambitieux qui sommeille en Louis… Si elle veut le poste, elle devra participer à des concours de vitesse dactylographique.

Qu’importent les sacrifices qu’elle devra faire pour arriver au sommet, il s’improvise entraîneur et décrète qu’il fera d’elle la fille la plus rapide du pays, voire du monde ! Et l’amour du sport ne fait pas forcément bon ménage avec l’amour tout court…

 

 

 

 

 

 

 

 

Normandie, 1958.


Rose Pamphyle (Déborah François, photo) part pour Lisieux pour postuler à l’emploi de secrétaire que recherche Louis Échard (Romain Duris), patron d’un cabinet d’assurances. Secrétaire catastrophique, Rose tape en revanche à la machine à une vitesse ahurissante.

 

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Comme Louis ne veut pas s’avouer qu’il est amoureux de Rose, il va trouver un autre moyen de lui témoigner son intérêt : faire d’elle la championne de France de dactylographie…

C’est ce qui s’appelle un “ofni” – objet filmique non identifié : un metteur en scène inconnu, un sujet improbable, une comédie acidulée et résolument stylisée comme on croyait que seuls les Américains en étaient capables.

Pourtant, après OSS 117, les Émotifs anonymes et, à un moindre degré, l’Arnacoeur, Populaire, qui ne devrait pas tarder à justifier son titre, confirme avec bonheur que le cinéma français n’hésite plus à assumer une certaine frivolité élégante. Filmé avec une vivacité et un soin du détail remarquables, jouant avec brio la carte de la nostalgie fantasmée, Populaire est une petite merveille de fantaisie, de charme, de grâce drolatique. Si tout le monde y est parfait (mention spéciale à Mélanie Bernier en pestouille du clavier), il est difficile, pour un spectateur masculin, de ne pas en sortir ensorcelé par l’énergie mutine, la fragilité déterminée et la beauté éclatante de Déborah François, magnifiée par des tenues plus Audrey Hepburn les unes que les autres. Pour un peu, on se mettrait à la dactylo.

Laurent Dandrieu in Valeurs Actuelles.net

 

 


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Une Première !

 

Après avoir réalisé des publicités et des clips musicaux pour Jean-Louis Murat ou Jane Birkin, Regis Roinsard réalise avec Populaire son premier long métrage.

 

 

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Le film a couté environ 15 millions d’euros, ce qui représente un important budget pour une première réalisation. Pour convaincre les partenaires financiers, il fallait une tête d’affiche solide et "par chance, Romain Duris a adoré le scénario et s’est engagé tout de suite."

 

 

 

Le réalisateur Regis Roinsard a eu l'idée de Populaire en 2004 lorsqu'il est tombé sur un documentaire autour de l’histoire de la machine à écrire. Ce reportage "comportait une très courte séquence sur les championnats de vitesse dactylo, raconte le cinéaste. Ces trente petites secondes m’ont tellement fasciné que j’en ai tout de suite perçu le potentiel cinématographique et dramaturgique."

 

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Romain Duris s'improvise coach!

 

 

 Devenir coach à l’écran a nécessité de la part de Romain Duris une préparation particulière. Avec Régis Roinsard, le comédien est allé à la rencontre de Régis Brouard, qui était alors l’entraîneur du club de foot de Quevilly. "Il avait déjà créé l’exploit en amenant cette "petite" équipe de National jusqu’aux demi-finales de la Coupe de France", confie l'acteur, en poursuivant :

"Et il a récidivé, depuis, en atteignant la finale. J’ai donc pu observer en détails comment il parlait à son équipe, les mots qu’il choisissait de mettre en avant dans le vestiaire, son action au jour le jour. En fait, tout est question d’autorité. Il faut savoir à quel moment on peut être très froid avec ceux qu’on coache pour doper leur motivation et jusqu’où on peut aller sans briser leur confiance en eux. Comment créer une émulation sans écraser personne. C’est une mécanique de précision fascinante à observer."

 

 

Pour incarner une jeune femme des années 50, Déborah François a visionné plusieurs films avec Audrey Hepburn, dont la coiffure est inspirée, comme que Sabrina, Ariane, Drôle de frimousse ou My Fair Lady.

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Pour son rôle, Déborah François s'est énormément entraînée à la dactylographie :

 

"Je m’y suis consacrée deux à trois heures par jour pendant trois mois dans la phase de préparation, et ensuite pendant le tournage, mais pas tous les jours, confie la comédienne. Lorsque je devais taper à la machine pour une scène, je ne m’entraînais pas le soir, parce que j’avais peur de me faire mal. Au début, d’ailleurs, j’ai failli avoir un "Dactylo Elbow", car ce n’est pas une posture naturelle et les touches des machines à écrire sont difficiles à enfoncer. C’est un geste à prendre assez particulier. Le fait d’utiliser l’auriculaire était d’autant plus compliqué pour moi que je n’avais l’habitude de taper avec tous les doigts", explique la comédienne.

 

 

 


 

Pour le choix des chansons dans la B.O, l’équipe a puisé dans le répertoire du milieu des années 50 du jazz américain, avec des artistes comme Les Baxter et Jack Ary, interprète de la chanson "Le tcha-tcha de la secrétaire".

 

 

C’est Guillaume Schiffman qui assure la photographie de ce film. Il a notamment travaillé avec Michel Hazanavicius pour The Artist où il a croisé Bérénice Bejo qui tient l’un des seconds rôles de Populaire.

 


Couleurs d'inspiration

 

Pour le travail des couleurs, le réalisateur Regis Roinsard a consulté beaucoup de publicités américaines et françaises des années 50 et a visionné la plupart des films en couleurs qui avaient été tournés à l’époque en France :

"Ce n’était pas évident, car on tournait en France encore essentiellement en noir et blanc, et les rares films en couleurs étaient eux-mêmes des films d’époque réalisés en studios", raconte le cinéaste, en poursuivant : "Le Ballon rouge ou Zazie dans le métro nous ont servi de sources d’inspiration. Mais on a un peu triché puisqu’on a aussi vu les films en couleurs de la Nouvelle Vague, comme Une femme est une femme de Godard."

 

 


 

 

 

Le réalisateur voulait que son casting soit composé d’acteurs aux références diverses. Pour le rôle principal, "Romain Duris s’est imposé tout de suite car son sens du rythme et de la comédie m’impressionne", explique-t-il.

Pour celui de Rose Pamphyle, Déborah François a été choisie parmi les 150 comédiennes auditionnées. Selon Regis Roinsard :

"Elle mêle une vraie fragilité et une étourderie touchante qui peut évoluer vers quelque chose de glamour".

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Un clin d’œil à un film d’Alfred Hitchcock s’est glissé dans Populaire, avec les dominantes de rouge et de bleu. Mais également à travers la scène où Déborah François sort de la salle de bain, comme Kim Novak dans Sueurs froides.

 

 

 

Régis Roinsard revendique l’influence du réalisateur des Parapluies de Cherbourg pour l’identité visuelle de Populaire. Le scénario de Jacques Demy s'apparente pour lui à des "histoires qui semblent assez roses en apparence, mais qui ne le sont pas tant que ça au fond."

Travail de documentation

 

Pour préparer ce film, le réalisateur Régis Roinsard a enquêté sur le "sport" de la vitesse dactylographique et sur les écoles qui enseignent la sténo et la dactylo :

"C’était en 2004 et c’était un travail difficile, parce que toutes les écoles étaient en train de disparaître et que presque aucun document d’archive n’avait été conservé", explique le cinéaste. "Sur Internet, je n’ai trouvé que de courtes vidéos sur les concours de vitesse de dactylo. Parmi les documents les plus intéressants, j’ai découvert une photo d’un championnat américain qui se déroulait dans une salle semblable à un vélodrome devant des milliers de spectateurs. J’ai aussi déniché des éléments de publicité Japy – les fabricants de machines à écrire organisaient les concours de vitesse dactylo – qui recensaient des championnats régionaux et j’ai rencontré d’anciens champions et championnes de vitesse", termine-t-il.

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C’est Charlotte David qui était en charge des costumes de Populaire. Les années 50 est une époque qu’elle connait bien, puisqu’elle a créé les costumes des deux films OSS 117.

 

 

C'est à partir d'octobre 2011 et pendant trois mois que l'équipe a tourné Populaire, posant ses valises en Normandie, en région parisienne et en Belgique, plus précisément à Liège.

 

 

 

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Ah! les années 50 en rose, comme Rose Pamphyle! Ces années sont un remède contre la grisaille actuelle et c'est tant mieux!
Mais il y a deux grandes absentes dans cet excellent film fabriqué comme une pub. Avez-vous remarqué? Non? Mais si!

C'est un choix délibéré du réalisateur de ne rien montrer, pour qui ces deux taches indélébiles auraient gaché la drôlerie de l'histoire d'amour entre Rose et Louis.
Les guerres de décolonisation.Ben oui!
Or, en 1958,59, elles sont omniprésentes dans le paysage international et surtout  français, elles se gravent profondément dans les mémoires collectives qu'elles polluent à un point tel qu'elles provoqueront la mort programmée de la IVe République et d'une certaine France; cette République qui sentait déjà la décomposition avancée depuis la chute de Dien Bien Phù en 1954. Puis en 56 le retrait en urgence des troupes britanniques, françaises et israëliennes du Canal de Suez  face aux menaces soviétiques.
Et pendant que Rose Pamphyle tape furieusement sur sa machine, ce que l'on n'ose pas encore appeler "la guerre d'Algérie" bat son plein avec son flot de violences,d'assassinats, de mensonges, de trahisons et bientôt de désespoir.
Une sale guerre d'où ni la classe politique française ni les "rebelles" algériens ne sortiront vainqueurs...
Algérie Journal 54 terrorisme Depeche quotidienne
algerie-c-est-la-france-declare-le-ministre-mitterrandalger
de gaulle alger4juin1958
"Je vous ai compris!!!"
Algérie Pieds noirs départ

Algérie Départ Pieds noirs 1962
Algérie Journal Pieds noirs Marseille Deferre
nicole ENFANTS AMPUTES ISLY ALGER
Algérie 1957 terreur bombes
Alger bressonoran 1959Algérie Oran disparus 1962 juillet
Oran, juillet 62: regardez cette femme.
Comme des milliers d'Européens, elle va disparaître, enlevée par les Algériens de l'Algérie algérienne, malgré les Accords passés avec les autorités françaises en qui elle a cru. Voyez comme cette femme est belle, fière, hiératique, résignée. Elle sait ce qui l'attend, par quelles souffrances atroces elle devra passer avant de rendre son dernier souffle. Pourtant, elle ne veut pas montrer qu'elle a peur; elle ne regrette rien de ce qu'elle fit ou dit. En l'humiliant, en l'assassinant, c'est la belle Algérie française que l'on assassine. Mais sa dignité de Pied-Noir, personne ne lui enlèvera...
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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 17:00

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Qui oserait encore dire que les années 80, c’est du passé ? Qu’elles sont "has been" ? Les producteurs, eux, ont bien compris que ce n’était pas le cas.

 

 

 

 

C  hacun a des souvenirs sur une musique de cette décennie. Chacun connaît tous les refrains qui ont faits les "eighties".

Le film "Stars 80", qui est sorti le 24 octobre, surfe sur cette vague de nostalgie qui a notamment fait le succès des précédentes tournées du même nom.

 

 

 

 

Pour y avoir assisté, je me suis rendu compte de la capacité de ces chanteurs, que certains trouveraient dépassés, à déplacer les foules. Un goût de "c’était mieux avant" se dégage de cette tendance.

 

 

 

 

Après avoir vu le film en avant-première, ce jeudi au Grand Rex, qui était suivi d’un concert live, je persiste à dire que la nostalgie n’est pas un mythe. Il faut le vivre pour le croire !

 

 

 

 

 

 

 

 

Les raisons d'aller voir ce film

 

 

 

1. Avec ce film, ne vous attendez pas à rester assis, inerte, à la limite de la somnolence sur votre strapontin. Vous ne devriez pas être dérangé par votre voisin mangeant des popcorns, mais par une salle entière qui risque de se mettre à chanter, voire à danser, durant le film. C’est en quelque sorte un film dont vous êtes le héros : la bande-son, c’est vous.

 

 

 

 

2. Vous aurez l’assurance de passer un bon moment si vous allez voir ce film. Allez-y entre amis de préférence.

 

 

 

 

3. Les musiques, vous les connaissez. Les acteurs sont drôles, parfois. Et avec un casting pareil, il y a peu de chance que vous ne trouviez pas un chanteur que vous aim(i)ez, à moins d’être définitivement fâché avec les années 1980.

 

 

 

 

4. Nous aimons tous honteusement les musiques des années 1980, quoique vous en disiez. C’est notre jeunesse, notre adolescence, nos premiers amours … Ces tubes sont définitivement restés dans la mémoire collective et en chacun d’entre nous.

 

 

 

 

Osez dire que vous ne connaissez pas le refrain de "En rouge et noir", de "Boys Boys Boys", ou des "Démons de minuit" ! Tous, nous les connaissons tous. Ils animaient les boums d’autrefois comme ils animent les discothèques d’aujourd’hui.

 

 

 

 

5. N’y allez pas pour voir un film, allez-y comme à un concert. L’avantage, c’est qu’une place de cinéma coûte moins cher qu’une place dans un zénith. C’est une autre ambiance, mais c’est une alternative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les raisons de ne pas y aller  !!!???

 

 

 

 

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Photo P&G: le Soviet

 

 

1. C’est tellement mieux en live. Allez plutôt à un de leurs concerts (quand vous pouvez). Et vous ne raterez rien du film qui, finalement, raconte la création du spectacle. L’ambiance des salles, l’émulation créée lors des lives, la présence physique des chanteurs : rien ne remplacera une prestation sur scène.

 

 

 

 

2. Avouons que le scénario n’a rien de palpitant. Il est même très light. Certains moments sont drôles, d’autres émouvants, mais je ne vois pas vraiment l’intérêt du film. Il est finalement basé sur une bande-son plus que sur un scénario.

 

 

 

 

3. Le film sonne un peu comme une promo qui va rapporter gros, et y en a marre d’être pris pour des pigeons. Ils ont inventé le moyen d’annoncer une tournée (celle de 2013) en se faisant clairement financer leur campagne de pub par les spectateurs. Et ça, ça passe mal.

 

 

 

 

Il faut dire que les places de l’avant-première au Grand Rex ont été vendues plus chères qu’une place de concert (jusqu’à 54 euros !). Même si l’équipe du film était présente pour un live (à l’exception néanmoins de Lio, Jeanne Mas et Desirless), cela s’annonçait déjà comme une sacrée machine à sous.

 

 

 

 

C’est donc vous qui voyez. En y allant vous ne regretterez pas, mais si pouvez choisir, mieux vaut aller les voir en live. Accros aux années 1980, accourez dans les salles sombres, ce film est pour vous.

 

 

 

Quoiqu'il en soit, il a tout pour accéder à la tête du box office.

 

Julien Chadeyron; Le Nouvel Obs. LE PLUS+ Le 24/10/2012

 

 

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 17:19

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Le grand réalisateur Pierre Granier-Deferre nous fait revivre les derniers jours de l'infortunée reine de France, Marie-Antoinette (magnifiquement interprétée par Ute Lemper) qui fut guillotinée au petit matin du  16 octobre 1793, et son corps jeté à la fosse commune...

 

 

 

 

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 Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche, celle qui était encore un an auparavant reine de France, est enfermée à la prison de la Conciergerie, dans la plus lugubre des cellules. Nulle n'a été aussi adulée, encensée, adorée. Au Palais de Versailles, six mille personnes la servaient comme une idole. Pour la République de1793, elle n'est plus que la veuve Capet, qui vit ses derniers jours. Une agonie qui est aussi un calvaire.

 

 

Marie_Antoinette-kucharski-1792.jpgMarie-Antoinette peinte par Kucharski; 1792.

 

La reine Marie-Antoinette (1755-1793) est guillotinée le 16 octobre 1793, dix mois après son mari, Louis XVI.

 

Le procès du roi et sa condamnation à mort pouvaient se justifier par la volonté des républicains d'en finir avec le principe monarchique qu'il incarnait et de briser le lien affectif qui rattachait la masse des Français à la dynastie.

 

Le procès expéditif de la reine (38 ans) n'est quant à lui justifié par aucune raison politique mais il est provoqué par une intensification de la Terreur, sous l'effet d'attaques tant extérieures qu'intérieures contre le pouvoir parisien.

 

 

 

Une reine mal-aimée:

 

Le 1er août, Bertrand Barère, député à la Convention et porte-parole du Comité de Salut public, fait voter un décret qui met en jugement la reine déchue en même temps qu'il programme la destruction de tous les symboles de la royauté.

 

La reine Marie-Antoinette est le quinzième et avant-dernier enfant de l'impératrice d'Allemagne, Marie-Thérèse de Habsbourg, et de son mari, François de Lorraine. Elle a été mariée au Dauphin Louis à 14 ans, en 1770, le roi Louis XV ayant souhaité rapprocher les deux grandes puissances rivales du continent européen, l'Autriche et la France.

 

M.Antoinette book

 

Mais le mariage a été d'emblée critiqué par l'opinion publique. Celle-ci, sous la monarchie comme, plus tard, sous la République, a toujours rejeté la perspective d'une alliance avec Vienne, lui préférant l'amitié du roi de Prusse.

 

Pendant toute la durée de son règne, Marie-Antoinette est surnommée avec dédain l'«Autrichienne» (rien à voir avec Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII). Elle doit faire face à l'impopularité et aux ragots. Sa réputation est atteinte par des affaires auxquelles elle n'a aucune part comme le vol d'un collier de diamants auquel Alexandre Dumas a consacré un roman célèbre : Le collier de la Reine.

 

Mal aimée de son mari, Marie-Antoinette éveille la passion d'un beau Suédois, Axel de Fersen. Celui-ci, au début de la Révolution, fait son possible pour aider le couple royal à quitter la France. Mais la fuite échoue piteusement au relais de poste de Varennes, dans l'Argonne, le 20 juin 1791.

 

M.Antoinette with 2 children

 

 

 

Infâmes accusations:

 

 Marie-Antoinette à son procès, croquis d'audience Après la chute de la monarchie, le 10 août 1792, Marie-Antoinette est jetée en prison avec son mari, sa belle-soeur, Madame Élisabeth, et ses deux enfants, le Dauphin Louis et sa jeune soeur Marie-Thérèse, surnommée «Charlotte» et plus tard «Madame Royale».

 

La famille royale est enfermée dans l'enclos du Temple, une ancienne demeure des Templiers située à l'emplacement de l'actuelle mairie du 3e arrondissement de Paris.

 

Peu après l'exécution du roi, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette a la douleur d'être séparée de son fils, le petit Louis XVII (8 ans), qui est confié à un cordonnier, le citoyen Simon, pour être élevé en domestique et en sans-culotte (il mourra deux ans après dans des conditions sordides).

 

Prodigue et légère du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette témoigne de courage et de fermeté devant le Tribunal révolutionnaire de Billaud-Varenne. Elle fait face avec dignité à d'infâmes accusations d'inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, le polémiste et jacobin Jacques Hébert.

 

Robespierre lui-même déplore la tournure du procès qui affecte l'image de la Révolution...

 

 

Marie Antoinette habillée en dame paysanne2

 

Après la déposition d'Hébert, le président Hermann interpelle l'accusée : «Qu'avez-vous à répondre à la déposition du témoin ?» D'une voix tremblante, elle répond : «Je n'ai aucune connaissance des faits dont parle Hébert».

Hébert reprend la parole et accuse la reine et Madame Elisabeth d'avoir traité l'enfant en roi en lui donnant en toutes occasions la préséance. Marie-Antoinette se tourne vers Hébert et demande : «L'avez-vous vu ?»

Hébert : «Je ne l'ai point vu, mais la Municipalité le certifiera», puis il coupe court à l'aparté et, changeant de sujet, il se lance sur une autre affaire.

Un juré dont on n'a pas le nom se lève et demande : «Citoyen-Président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils». Le président répète la question et la reine se lève - «vivement émue» affirme le procès verbal - : «Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère». Elle se tourne vers la foule : «J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici».

 

 

 

 

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« C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra21, recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. »

Marie-AntoinetteSignature-copie-1.png

 

1793

 

Deux témoins, les frères Humbert, rapportent qu'un courant passe dans la foule, même les tricoteuses se sentent remuées. L'audience est suspendue quelques minutes et la reine, se penchant vers son avocat Chauveau-Lagarde, lui demande à voix basse : «N'ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ?»

– Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien ; mais pourquoi cette question ?

– C'est que j'ai entendu une femme du peuple dire à sa voisine : vois-tu comme elle est fière !

 

La belle-soeur de la reine, Madame Élisabeth (29 ans), est à son tour guillotinée le 10 mai 1794. Marie-Thérèse («Charlotte») a plus de chance. Elle fait l'objet d'un échange contre des prisonniers français et quitte la France pour l'Autriche le 19 décembre 1795, le jour de ses 17 ans. Elle mourra en 1851 dans son pays d'adoption.

 

Le 21 janvier 1815, les restes de la reine Marie-Antoinette seront transférés avec ceux de Louis XVI dans la basilique Saint-Denis, traditionnelle nécropole des rois de France.

 

 

Fabienne Manière in Hérodote.fr

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 17:07

 

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Dans le sud de la France, Marc, marié et père de famille, mène une vie confortable d'agent immobilier. Au hasard d'une vente, il rencontre une femme au charme envoûtant dont le visage lui est familier. Il pense reconnaître Cathy, l'amour de ses 12 ans dans une Algérie violente, à la fin de la guerre d'indépendance. Après une nuit d'amour, la jeune femme disparaît.

Au fil des jours un doute s'empare de Marc : qui est vraiment celle qui prétend s'appeler Cathy ? Une enquête commence.

 

 

 

 

 

 


Marc (formidable et touchant Jean Dujardin) est agent immobilier dans le sud de la France. Marié, père de famille, il travaille dans l'agence de son beau-père et pense mener une existence agréable, sans nuages.

Au hasard d'une vente, il rencontre une femme au charme envoûtant dont le visage fait ressurgir tout un pan de son passé. En elle, il croit reconnaître Cathy, le grand amour de ses 12 ans, là-bas, en Algérie.

Refoulés au plus profond de lui, ses souvenirs refont surface...

Des frôlements de mains, des rires complices et des balades sur le balcon d'un immeuble d'Oran donnant sur la mer. La violence de la fin de la guerre d'indépendance avait enterré ces instants précieux.

 

Déstabilisé, amoureux fou dont la vie bascule, Marc tente d'y voir plus clair, d'autant qu'après une nuit d'amour avec la belle inconnue, celle-ci disparaît. Quel est ce mystère ? Cathy est-elle celle qu'elle prétend être ? Les proches de Marc affirment que la petite fille est morte lors d'une explosion.

En se servant de la trame classique du thriller à la Hitchcock (on pense notamment à Vertigo pour la recherche obsessionnelle de la blonde/brune Kim Novak), Nicole Garcia orchestre un somptueux suspense romanesque, autour d'une vamp mystérieuse emportée par les événements de la guerre d'Algérie.

Finalement, le balcon sur la mer est celui qui permet à Marc d'observer son passé, le ressac d'une mémoire douloureuse et d'un amour enfoui sous l'écume des jours.

 

Olivier Lacroix, in Figaroscope du 14/12/2010.

 

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Défragmentation de la mémoire: c'est plus douloureux que sur votre PC...

 

 

 

 

 

Marc Palestro a la réputation d'être un gendre idéal. Son beau-père l'a enrôlé dans son agence immobilière, il travaille avec intégrité, les affaires marchent. Apparemment, il est heureux. Trompeuse quiétude. Passif, il est pensif. "C'est la ouate", chante Caroline Loeb à la radio. Marc Palestro a du coton dans la tête, jusqu'au jour où l'apparition d'une acheteuse, lors de la vente d'une maison, le bouleverse. Il a reconnu en elle l'amour de ses 12 ans, la jeune Cathy, voisine dont il fut arraché à la fin de la guerre d'indépendance algérienne.

 

Nicole Garcia est adepte des intrigues à plusieurs fils. Celles d'Un balcon sur la mer mixent des lieux liés à des souvenirs, convoquent des hommes mélancoliques, font surgir des petites filles détentrices de secrets. Oran, le rapatrié d'Algérie d'origine espagnole, la petite Marie-Jeanne qui s'est mise à faire du théâtre... autant de flash-backs qui viennent troubler la conscience du personnage principal, mais qui s'affichent aussi comme indices intimes d'une réalisatrice n'ayant encore jamais évoqué son enfance de l'autre côté de la Méditerranée et les blessures engrangées là-bas.

 

Ce film est un thriller sentimental, l'histoire d'un homme arraché à ses deux passions de jeunesse : un pays (l'Algérie), une gamine (Cathy). Hanté par l'atmosphère hitchcockienne qui planait déjà sur Place Vendôme (1998), le film entrelace le maelström d'émotions et la ténébreuse enquête. Par quoi ce Palestro perdu (magistral Jean Dujardin) et cette énigmatique Marie-Jeanne sont-ils enchaînés ? Nous ne le dirons pas. Mais la réussite du film tient en partie à ce dosage subtil de réminiscences et de trafics de sentiments, sur fond de magouilles, offenses, revanche, d'apparition de femme fatale.

 

Du Fils préféré (1994) à L'Adversaire (2001), on voit bien la cohérence de cette filmographie vouée à l'exhumation de fêlures, d'hommes fragiles dont le traumatisme ressurgit.

Nicole Garcia orchestre de tragiques délivrances.

 

Le goût de l'enfance, infini, reste brûlant chez lui, comme chez la jeune femme qui n'est ni tout à fait Cathy ni tout à fait une autre. Les hommes ont le dos courbé sous le poids de deuils informulés chez Garcia, les femmes sont en perdition, otages de fraudes financières, prête-noms, appâtées par l'argent facile (Nathalie Baye dans Un week-end sur deux, 1990, Catherine Deneuve dans Place Vendôme). Les premiers restent captifs de leur fantasme, les secondes trouvent leur salut dans l'imaginaire.

Jean-Luc Douin, in Le Monde; 14/12/2010.

 

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Nicole Garcia signe un film sur la quête d'identité et la quête amoureuse.

En effet, la recherche de soi et de l'autre y sont concomitantes. Marie-Jeanne renvoie à Marc des images de son passé et veut en même temps être prise pour ce qu'elle est réellement. Elle s'oublie dans le mensonge, malgré elle. C'est ainsi que la réalisatrice choisit à la fois de les réunir et de les séparer aussitôt: "C’est peut-être la première fois que je me laisse entraîner à la tentation du couple, même si l’homme et la femme ne sont pas dans le même plan durant plus de la moitié du film !

Comme si je m’étais, pour les filmer, inconsciemment fixée cette condition : les séparer à tout prix…", confie-t-elle.


Retour dans le passé...

 

 


 

 


 

 


 

Un balcon sur la mer est le premier film de Nicole Garcia à se passer, en partie, à Oran, sa ville natale. Le choix s'est donc porté assez vite sur l'Algérie, d'autant plus que le scénariste est aussi né là-bas.

La réalisatrice était pourtant réticente, avouant avoir développé un "rapport intranquille" à son enfance. Tourner dans le pays n'a donc pas été si facile. C'est cette résistance qu'elle a su mettre à profit dans le film, chaque personnage dévoilant son rapport ambigu à l'enfance et à la naissance:

"Marc Palestro a refoulé son enfance, pour des raisons personnelles et historiques. Il a oublié la fille du droguiste comme il a oublié le lynchage d’un algérien, événement que lui rappelle Marie-Jeanne au début du film." rapporte la réalisatrice.

Foulant le pavé de la ville algérienne, Jean Dujardin avoue s'être laissé emporter par l'émotion:

"J’ai éprouvé, d’un coup, le retour de l’exil, et les larmes sont venues naturellement. Ce n’était plus seulement l’enfance de Marc, de Nicole, c’était aussi la mienne, celle de tout le monde, quand on la sait à jamais perdue."


Les blessures de l'Algérie comme toile de fond:

 

Nicole Garcia explique qu'à l'origine du film, il y a une mésentente entre un homme et une femme. Marc n'a pas voulu voir Marie-Jeanne dans son enfance, elle est restée tapie dans l'ombre et voilà qu'elle réapparaît avec toute sa susceptibilité.

L'histoire politique vient corroborer la difficulté pour cet homme d'assumer son identité. La Guerre d'Algérie est donc présente mais en arrière plan. Les flashbacks permettent de re-situer l'intrigue dans ce contexte troublé, la réalisatrice explique:

"L’histoire étant vécue à hauteur d’enfants, il n’y avait pas de place pour le commentaire directement politique. L’action des factions, la guerre civile, les terroristes devaient être montrés sans analyse, dans un quotidien immédiat."

 

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Évidemment connu pour ses comédies et ses rôles humoristiques, Jean Dujardin s'oriente vers un autre registre du Convoyeur (2003) au Bruit des glaçons (Bertrand Blier), en passant par Contre-enquête de Franck Mancuso (2007) dans lequel il interprète un policier et un père à la dérive après l'assassinat de sa fille.

Le choix de Nicole Garcia s'est porté sur lui car elle sentait que sa personnalité sur le fil était à exploiter:

"Je le connaissais comme tout le monde le connaît, comme un acteur de comédie, mais j’ai senti qu’il y avait en lui des zones d’ombre et une mélancolie qu’il était prêt à offrir à un personnage."

 

La femme dans les films de Nicole Garcia

 

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Selon Jacques Fieschi, le scénariste d'Un balcon sur la mer:

"Dans les films de Nicole Garcia, apparaît toujours une figure de femme bousculée, en perdition (...) Nicole n’a pas de discours à proprement parler féministe, mais il y a ce désir que les femmes arrivent à vaincre les humiliations que leur ont fait subir les hommes. Les films sont là pour les délivrer."

Pourtant, dans ce film, les femmes en prennent aussi pour leur grade: Marie-Jeanne manipule Marc en se faisant passer pour Cathy, et l'entraîne ainsi dans ses troubles.


Marc Palestro par Jean Dujardin

 

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Le rôle de Marc a été une véritable révélation pour Jean Dujardin. Outre le fait qu'il ait dû composer avec un personnage faussement banal, il estime avoir appris beaucoup de choses sur la situation des français d'Algérie:

"A la fin du film, je me sentais l’un des leurs. C’est la force de l’acteur, non ? Ils m’ont aidé à mieux comprendre ce garçon à qui ses parents ont dit à 13 ans qu’il allait devoir tout quitter, et recommencer une vie bien réglée, ailleurs.".

La présence chaleureuse et empathique de Nicole Garcia n'y a pas été pour rien:

"Elle cherche la fragilité nichée au fond de l’être humain. Ce qui m’a intrigué dans notre travail, c’est que Nicole n’oublie jamais sur un plateau l’actrice qu’elle est (...) Elle vous accompagne d’une manière qui fait viscéralement corps avec le film", confie l'acteur.


Marie-Jeanne par Marie-Josée

 

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Métamorphosée en blonde platine, Marie-Josée Croze change de registre dans ce film en interprétant une femme mystérieuse et manipulatrice, un peu malgré elle, selon l'actrice:

"Marie-Jeanne a un problème avec l’estime d’elle-même (...) L’amour propre est quelque chose qui se construit depuis l’enfance, c’est un long travail. Et celui qui n’en a pas, a des comportements autodestructeurs".

Elles ont créé, à quatre mains, avec Nicole Garcia, la créature Cathy/Marie-Jeanne:

"On a créé ensemble ce blond platine, ces tailleurs ajustés, cette démarche ralentie, ce déguisement de femme de paille.".

Pour autant l'actrice considère qu'il serait faux de parler d'une femme aux visages multiples alors qu'elle est seulement perdue et se pare d'apparences au moment où elle rencontre Marc.

Finalement Marie-Jeanne se rapproche d'une actrice se jouant d'elle-même.

 

carte Algerie

 

 

 

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Alger Rade Alger 1850
Alger isly place-copie-1
L'Algérie moderne est une création de la France:
Alger, place d'Isly au début des
années 50.
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Alger
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Oran, 1959: dans trois ans, ce petit bout de paradis sur la terre d'Algérie, bâti en à peine cinquante années, se transformera en enfer...
oran Hôtel de Ville construit en 1886


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Oran Bd du Lycée
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Dans les flammes, les exactions et les sangs mêlés s’achève l’aventure impériale de la France outre-mer.

 

France Exposition coloniale de Paris - 1931 1

 

Par Benjamin Stora [Le Monde, 27 août 1992]

 

Évoquant Oran dans le préambule de la Peste, Albert Camus écrivait :

" Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville (est-ce l’effet du climat ?), tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. Mais, ce qui est original, c’est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir ! "

 

 

 

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Oran, lundi 25 juin 1962, les réservoirs en feu de la BP (©J.P. Biot/Paris-Match)

 

 

 

 

Fin juin 1962 : Oran est devenue cette ville de la peste que Camus décrivait. Les ordures s’amoncellent au milieu de la rue. Les téléphones sont coupés. Les magasins éventrés vomissent leurs débris sur le trottoir par-dessus les chats crevés. Les petites rues en pente, vidées de leurs habitants, dégagent une puanteur sans nom.

Le lundi 25 juin, à 17 h 45, c’est l’apocalypse dans le ciel de la ville. Les réservoirs à mazout de la British Petroleum ont été plastiqués, et 50 millions de litres de carburants brûlent. Vision dantesque de flammes qui montent souvent à plus de 150 mètres. Dans certains quartiers, il fait presque nuit, et cette " éclipse " dure deux jours. Des pompiers, aidés de fusiliers marins de Mers-el-Kébir, tentent de maîtriser l’incendie, tandis que les derniers desperados de l’OAS (Organisation de l’armée secrète) essaient, en tirant à la mitrailleuse sur les réservoirs voisins, d’étendre le désastre.


Pourquoi est-ce à Oran que les derniers mois de l’Algérie française et les premiers jours de l’Algérie indépendante ont été les plus meurtriers, les plus terribles ?

 

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Oran est la première ville d’Algérie où la population européenne dépasse en nombre la population musulmane.


En 1961, les statistiques donnent, en gros, 400 000 habitants, dont 220 000 Européens et 180 000 musulmans. Cette proportion explique la particulière acuité du conflit dans cette deuxième cité de l’Algérie. Tout au long d’une histoire coloniale commencée en 1830, les mariages avaient brassé les descendants des communautés originelles métropolitaines, ibériques et italiennes ; venaient s’y ajouter quelques gouttes de sang grec ou maltais.

Mais la plupart des Européens étaient des descendants d’émigrés espagnols qui, au milieu du siècle dernier, avaient fui la misère de leur pays. La proximité de l’Espagne facilite cette arrivée massive (par temps clair, du haut de la rade de Mers-el-Kébir, il est possible d’apercevoir à l’horizon le sommet de la cordillère du cap de Gata). En 1931, on estime la population oranaise originaire d’Espagne à 65 % du total des Européens, 41 % étant déjà naturalisés. Cette influence espagnole se voit par le sens ibérique de l’hospitalité et par une religiosité puissante. Depuis 1849, l’église Notre-Dame-de-Santa-Cruz est la patronne qui veille sur la ville, le port, le rivage. Le catholicisme devient un puissant instrument de référence identitaire, face à des Algériens musulmans de plus en plus minoritaires et marginalisés.

Les juifs d’Oran, naturalisés par le décret Crémieux de 1870 et victimes de violentes campagnes antisémites dans les années 1890, se groupent sur le plateau ouest de Karguentah. Et les " Arabes ", comme on appelait à l’époque les Algériens musulmans, sont au sud de ce même plateau, dans ce qui est resté longtemps le " village nègre ", avant de devenir la " ville nouvelle ".

 

 

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Comme la guerre de conquête coloniale s'effectue toujours par des armées régulières mais en marge des Lois de la Guerre  par la pratique de méthodes terroristes, en toute logique,la guerre de décolonisation et d'indépendance applique les dures règles du terrorisme et de la responsabilité collective...

 

 


 

Dans cette guerre d’Algérie qui dure déjà depuis sept ans, il semble impensable à la majorité de la population européenne de quitter Oran, de concevoir une indépendance sous l’égide du FLN.

 

Certains hommes politiques français, au moment des négociations avec les indépendantistes algériens en 1961, avaient même envisagé la partition, avec Oran pour capitale, d’une nouvelle Algérie française... Pour les commandos de l’Organisation Armée Secrète(OAS), dirigés dans l’Oranie par le général Jouhaud (1905-1995) et par son adjoint le commandant Camelin, cette idée n’existe plus au début de l’année 1962. Le moment est à la radicalité extrême.

Avec retard sur Alger, mais avec les mêmes moyens, l’OAS d’Oran se lance aussi dans le terrorisme, les coups de main spectaculaires, les hold-up dans des banques ou dans des entreprises pour se procurer des fonds, les expéditions sanglantes contre des Algériens musulmans. Ainsi, le 13 janvier 1962, six hommes de l’OAS, déguisés en gendarmes, se présentent à la prison d’Oran, où ils se font remettre trois militants du FLN condamnés à mort. Ils les exécutent quelques instants après. Le lendemain, quatre autres prisonniers du FLN s’évadent. L’OAS leur donne la chasse, les retrouve, les exécute.

 

L’organisation activiste développe des émissions de radio pirate, publie un faux numéro de l’Echo d’Oran, le 6 février, tiré à vingt mille exemplaires, condamnant la "politique d’abandon de de Gaulle ".

 

Le 19 mars 1962, à midi, au moment où le général Ailleret, commandant en chef en Algérie, ordonne l’arrêt des combats, une émission pirate de l’OAS fait entendre la voix de Raoul Salan (1899-1984), qui, avec véhémence, condamne le cessez-le-feu et les accords d’Evian, puis donne l’ordre de " harcèlement contre les forces ennemies ".

Le 20 mars, un détachement de l’OAS tire au mortier sur la casbah d’Alger : 24 morts et 60 blessés, tous Algériens. Le même jour, fusillades à Oran : 10 morts et 16 blessés. Le 26 mars, l’armée, débordée, tire sur une foule d’Européens à Alger. On relève 46 morts et 200 blessés rue d’Isly. Pendant qu’Alger connaît ces heures sanglantes, Oran est frappée de stupeur : le général Jouhaud et son adjoint Camelin sont arrêtés.

 


 

Le 28 mars, Abderrahmane Farès (1911-1991), président de l’"exécutif provisoire" mis en place après Evian, s’installe avec son équipe à la cité administrative de Rocher-Noir. Le 8 avril, un vote massif au référendum organisé par l’Elysée (90,7 % des suffrages exprimés, 24,4 % des électeurs n’ont pas participé au vote) donne au président de la République la capacité juridique " d’établir des accords et de prendre des mesures au sujet de l’Algérie, sur la base des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 ".

Loin d’apaiser, les résultats de ce référendum poussent le commandement de l’OAS dans une folle escalade : la politique de la terre brûlée.

 

Le 24 avril au matin, à Oran, l’OAS s’attaque à une clinique, celle du docteur Jean-Marie Larribère, militant communiste très connu dans la ville. Deux femmes, dont l’une venait d’accoucher, échappent à la destruction complète de l’immeuble. Les plastiquages, les mitraillages, prennent une cadence infernale. Des gendarmes mobiles sont agressés, des blindés ripostent au canon de 20 mm et 37 mm. Les coups partent au hasard, contre des immeubles habités par des Européens. Des avions se mettent de la partie, avec leurs mitrailleuses lourdes.

Le 23 avril 1962, le conseil de l’ordre des avocats d’Oran publie un communiqué dénonçant " ces attaques contre une population civile qui seraient, en temps de guerre, contraires à la Convention de La Haye [...]. En temps de paix, et entre Français, elles dépassent l’imagination. "

 

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Attentat OAS; Alger, 26 avril 62.

 

 

 

 

 

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En dépit des consignes de l’OAS, qui interdit le départ des Européens (avec surveillance des agences de voyages), l’exode commence vers la métropole.

Le 15 avril, le Chanzy débarque un premier contingent de "rapatriés" venant d’Oran. Les attentats de l’OAS ne cessent pas. On pourrait même dire que le terrorisme croît en violence : assassinats individuels de musulmans, chasses à l’homme, plastiquages, tirs de mortier.

 

A la fin du mois d’avril, une voiture piégée explose dans un marché, très fréquenté par les Algériens en ce moment de ramadan. C’est une première du genre (le 2 mai, le même procédé _ une voiture piégée qui explose dans le port d’Alger _ fait 62 morts et 110 blessés, tous musulmans). En mai, à Oran, quotidiennement, de 10 à 50 Algériens sont abattus par l’OAS.

La férocité est telle que ceux qui habitent encore des quartiers européens les quittent en hâte. Chacun se barricade, se protège comme il peut. Certains musulmans quittent Oran pour rejoindre leurs familles dans les villages ou les villes n’ayant pas une forte population européenne. D’autres s’organisent en une sorte d’autonomie dans l’enclave musulmane. Des commissaires politiques du FLN font surface, une vie s’organise (approvisionnement, ramassage des ordures...). Mais, dans ce cycle infernal qui continue, avec les rafales d’armes automatiques résonnant çà et là, jour et nuit, que va-t-il advenir de la population européenne ? Surtout quand les troupes de l’ALN pénétreront dans la ville après la proclamation de l’indépendance ?

Les dirigeants du FLN ont de plus en plus de mal à retenir une population musulmane exaspérée, et qui veut riposter. Les responsables de l’OAS encore en liberté savent pourtant que la partie est perdue. L’armée française n’a pas basculé en leur faveur, le moral est au plus bas après les arrestations de Salan, Jouhaud, Degueldre et l’échec d’un maquis de l’OAS dans l’Ouarsenis. Aucun espoir, non plus, à attendre de l’étranger. Et puis il y a cet exode, cette hémorragie qui se poursuit.

Chaque jour, à partir de fin mai, ceux que l’on appellera plus tard les " pieds-noirs " sont de 8 000 à 10 000 à quitter l’Algérie, emportant hâtivement avec eux ce qu’ils ont de plus précieux.

 

Algérie Départ Pieds noirs 1962Les voilà les damnés de la terre d'Algérie qu'ils ont embellie, fait fructifier comme un jardin d'Eden.

Abandonnés et trahis par un gouvernement qui avait le devoir de les protéger, accusés de tous les maux, de tous les crimes, ils  sont devenus en quelques semaines  des parias.

Ils fuient les massacres, les enlèvements, les tortures, les viols. Ils ont tout vendu à la hâte, à vil prix,à des familles musulmanes qui "récupèrent" villas, appartements,meubles, voitures,bijoux, postes radio et télévisions.

 


 

Le 7 juin 1962 est un des points culminants de la politique de la terre brûlée. Les commandos Delta de l’OAS incendient la bibliothèque d’Alger et livrent aux flammes ses soixante mille volumes. A Oran, c’est la mairie, la bibliothèque municipale et quatre écoles qui sont détruites à l’explosif. Plus que jamais, la ville, où règne une anarchie totale, est coupée en deux : plus un Algérien ne circule dans la ville européenne. La décision de Paris d’ouvrir la frontière aux combattants de l’ALN stationnés au Maroc provoque une panique supplémentaire chez les Européens. Dans un fantastique désordre, l’Algérie se vide de ses cadres, de ses techniciens. Inquiet de la paralysie générale qui menace le pays, Abderrahmane Farès, par l’intermédiaire de Jacques Chevallier, ancien député et maire d’Alger, décide de négocier avec l’OAS.

 

L’accord signé le 18 juin par Jean-Jacques Susini, au nom de l’OAS, avec le FLN, est rejeté à Oran. Les 25 et 26 juin, dans la ville recouverte par la fumée des incendies, les commandos de l’OAS attaquent et dévalisent six banques. En fait, il s’agit de préparer la fuite, après l’annonce du colonel Dufour, ancien chef du 1 REP et responsable de l’organisation pour l’Oranie, de déposer les armes. Sur des chalutiers lourdement chargés d’armes (et d’argent), les derniers commandos de l’OAS prennent le chemin de l’exil. Pendant ce temps, le départ des Européens d’Oran a pris l’ampleur d’une marée humaine. Des milliers de personnes, désemparées, hébétées, attendent le bateau dans le plus grand dénuement. Il faut fuir au plus vite ce pays, auquel ils resteront attachés de toutes leurs fibres, transformé en enfer.

 

Le 1er juillet 1962, la population algérienne vote en masse l’indépendance de l’Algérie. Le " oui " obtient 91,23 % par rapport aux inscrits, et 99,72 % par rapport aux votants.

Le 3 juillet, jour où l’indépendance est officiellement proclamée, sept katibas de l’ALN défilent à Oran, boulevard Herriot, devant une foule énorme. Les Algériens déploient leur drapeau d’une Algérie nouvelle, vert et blanc, frappé d’un croissant rouge, manifestent leur joie avec des cortèges scandés par les youyous des femmes, des chants, des danses. Le capitaine Bakhti, chef de la zone autonome d’Oran, s’adresse aux Européens dans une allocution en français : " Vous pourrez vivre avec nous autant que vous voudrez et avec toutes les garanties accordées par le GPRA. L’ALN est présente à Oran. Il n’est pas question d’égorgements. " Est-ce, avec la fin officielle de la guerre, l’arrêt, enfin, des flots de sang ? Le 5 juillet 1962, c’est le drame. La foule des quartiers musulmans envahit la ville européenne, vers 11 heures du matin. Des coups de feu éclatent. On ignore les causes de la fusillade. Pour les reporters de Paris-Match présents sur place, " on parle, bien sûr, d’une provocation OAS, mais cela semble peu vraisemblable. Il n’y a plus de commandos, ou presque, parmi des Européens qui sont demeurés à Oran après le 1 juillet, que d’ailleurs on considérait là au moins comme une date aussi fatidique que l’an 40 ". Dans les rues, soudain vides, commence une traque aux Européens.

 

 

de-gaulle-alger4juin1958.jpgAlger, 4 juin 1958:De Gaulle fraîchement nommé président du Conseil d'une IVe République à l'agonie.

"Je vous ai compris!"

 

 

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L'Echo d'Alger; 14 octobre 1958: on abreuve encore  le peuple de grand discours.

 


 

 

 

Sur le boulevard du Front-de-Mer, on aperçoit plusieurs cadavres.

 

Vers le boulevard de l’Industrie, des coups de feu sont tirés sur des conducteurs, dont l’un, touché, s’affaisse au volant tandis que la voiture s’écrase contre un mur. Une Européenne qui sort sur son balcon du boulevard Joseph-Andrieu est abattue. Vers 15 heures, l’intensité de la fusillade augmente encore. A un croc de boucherie, près du cinéma Rex, on peut voir, pendue, une des victimes de ce massacre. Les Français, affolés, se réfugient où ils peuvent, dans les locaux de l’Echo d’Oran, ou s’enfuient vers la base de Mers-el-Kébir, tenue par l’armée française.

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« Aujourd'hui encore je suis accusé d'avoir empêché mes unités d'intervenir dans cette malheureuse affaire. Pas plus qu'après le 5 juillet 1962, Paris n'a jamais fait une mise au point pour rétablir la vérité… Je m'attendais à ce que Pierre Messmer, ministre des Armées, apporte un démenti à ces accusations dénuées de tout fondement. Il n'en fut rien…

J'ai trouvé la raison du silence du ministre des Armées et du gouvernement dans l'ouvrage d'Alain Peyrefitte : C'était de Gaulle, où il rapporte ce qu'avait déclaré le Général25 avec une sombre détermination au conseil des ministres du 24 mai 1962 : “La France ne doit avoir aucune responsabilité dans le maintien de l'ordre après l'autodétermination. Elle aura le devoir d'assister les autorités algériennes, mais ce sera de l'assistance technique. Si les gens s'entre-massacrent, ce sera l'affaire des autorités algériennes26.”

Voilà pourquoi aucun démenti ne fut fait en juillet 1962 car il aurait mis en cause le Général et son gouvernement. » 

 

Pendant ce temps, le général Katz (1907-2001), commandant de la place militaire d’Oran, déjeune à la base aérienne de La Sebia. Averti des événements, il aurait, selon l’historien Claude Paillat, répondu à un officier : " Attendons 17 heures pour aviser. "

Les troupes françaises restent l’arme au pied, le ministère des armées leur ayant interdit de sortir de leur cantonnement. Précisément, à 17 heures, la fusillade se calme. Dans les jours qui suivent, le FLN reprend la situation en main, procède à l’arrestation et à l’exécution d’émeutiers.

 

Le bilan du 5 juillet est lourd. Selon les chiffres donnés par le docteur Mostefa Naït, directeur du centre hospitalier d’Oran, 95 personnes, dont 20 Européens, ont été tuées (13 ont été abattues à coups de couteau). On compte, en outre, 161 blessés. Les Européens racontent des scènes de tortures, de pillages et surtout d’enlèvements. Le 8 mai 1963, le secrétaire d’Etat aux affaires algériennes déclare à l’Assemblée nationale qu’il y avait 3 080 personnes signalées comme enlevées ou disparues, dont 18 ont été retrouvées, 868 libérées et 257 tuées (pour l’ensemble de l’Algérie, mais surtout en Oranie). On ne parlera plus, pendant longtemps, de ces " disparus ".

 

Ici s’arrête la présence française, dans ce " joyau d’Empire " qu’était l’Algérie française.

Le 12 juillet 1962, Ahmed Ben Bella pénètre dans Oran. Une autre bataille commence, celle pour le pouvoir en Algérie. De l’autre côté de la Méditerranée les pieds-noirs n’ont plus qu’une pensée : faire revenir la " protectrice " d’Oran. Notre-Dame-de-Santa-Cruz recevra l’hospitalité dans l’humble église de Courbessac, près de Nîmes.

 

Benjamin Stora

 

 

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Oran5juillet1962.jpgOran, 5juillet 1962.L'avertissement écrit sur la banderole s'avèrera lourde de sens...

 

La version d'un Pied-Noir:

 

"Ni Mauriac, ni Sartre ne s'émurent, ni l'archevêque d'Alger... Aucune des hautes consciences qui font résonner le monde de leurs sermons et tiennent toujours prêtes des pétitions couvertes de signatures, ne vit dans ces massacres la moindre atteinte à la dignité des hommes. Il reste des chiffres partiels, mais qui, même tronqués, entrouvrent d'étranges meurtrières sur ce qui s'est passé en Algérie au cours du printemps et de l'été terribles de 1962". 

 

La nuit tomba sur Oran.


Le couvre-feu le plus pesant de toute l'histoire de cette ville s'abattit sur les Oranais encore assommés par ce qu'ils venaient de vivre. Les quartiers européens n'existaient plus, ils avaient été rayés de la carte. Oran la ville lumière, celle que l’on surnommait « l’Andalousie française », était morte...


A la radio française, le speaker annonça d'une voix calme :

« Quelques incidents se sont produits à Oran » et le journal du jour avait reproduit une déclaration de Ben Khedda (1920-2003) qui, s'adressant aux Européens avait dit : « Nous appliquerons loyalement les accords d'Evian car les Européens ont leur place ici ».


A cet instant, toutes les pensées étaient dirigées vers la ville arabe où étaient retenus des centaines -peut-être des milliers- de Français. Une étrange lueur montait du village nègre en liesse. Quels sacrifices célébrait-on?

Au même moment, un grand gala avec la participation de nombreuses vedettes avait lieu sur la Côte d'Azur. Dans la joie, au son des orchestres, on dansa tard dans la nuit... comme on avait dansé dans l'insouciance à la cour de  Versailles le 10 février 1763, pendant que la France perdait le Canada...


Le lendemain 6 Juillet, Oran se réveilla hébétée. Tous ceux qui avaient pu conserver la vie voulaient partir. Oui, fuir… quitter cette ville au plus vite et cette odeur de sang. Courir sans se retourner, et que tout cela s’efface à jamais, Seigneur Dieu…

Ce brusque retour à la sauvagerie, ces crimes d'une cruauté inconnue qui, en quelques heures, achevèrent de vider la cité, créèrent l'irréparable. Les Oranais se sentaient tellement menacés en ville qu'ils préféraient camper, entassés au port ou à la Sénia (aéroport), sous un soleil de plomb, dans des conditions absolument inhumaines. De jeunes enfants, des vieillards en moururent. Les avions étaient inexistants, les transports maritimes en grève.

Cette ultime brimade sonnait le glas des Oranais. On leur refusait les moyens de sortir de leur enfer ; on leur marchandait l'exode. Jamais! Jamais ils ne devraient oublier!...

 


Ce jour là, le journal « Le Monde » avait titré :

 

« LA CELEBRATION DE L’INDEPENDANCE DE L’ALGERIE »

 

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Une fusillade éclate à Oran au passage d’une manifestation de Musulmans. La responsabilité de ces incidents entre Européens et Algériens n'a pu être établie. Ce sera vite chose faite.

Tout comme les services officiels d'information, le général Katz laissa supposer que le massacre résultait d'une provocation attribuée à l'OAS. Pourtant un Musulman, le préfet d'Oran, M. Laouari Souiah, officiellement désigné par l'exécutif provisoire ne rejettera nullement la responsabilité sur l'OAS qui, faut-il le rappeler, n'existait plus à cette date. Il proclama à cet effet :

"Les événements de la veille sont le fait d’irresponsables qui seront sévèrement châtiés. »

 

Algérie Oran disparus 1962 juillet

"Rare photo d' Européens arrêtés et menés à l'abattoir.

Oran,5 juillet 62.

Regardez bien cette photo d'une rue d'Oran.

Un groupe d'une quinzaine d'hommes de tous âges et une seule femme. Ce groupe surveillé par un homme armé d'une mitraillette, avance,manifestement contraint. Aucun ne parle. L'angoisse transpire de leur attitude, de leur pas mal assuré, de la position de leurs épaules, de leurs regards...

La femme en robe d'été, environ 35 ans, belle, les traits fins,marche la tête droite, le regard lointain. Elle serre les mâchoires, elle serre les lèvres, elle serre les poings.

On comprend qu'elle est consciente des traitements ignomineux qui l'attendent. Elle veut cacher sa peur, elle veut garder sa dignité jusqu'au bout. Elle ne veut pas donner à ses bourreaux le plaisir de voir sa détresse, son angoisse,ses faiblesses. Elle veut rester digne, quoiqu'il arrive. Voila ce que la photographie laisse supposer de cette femme.

Son attitude incarne le stoïcisme grec, la virtus romaine, la foi des premiers chrétiens. C'est une statue du courage".

Paul G.; Marseille.

 

 

 


Cependant, beaucoup refusaient encore le départ, attendant désespérément le retour d'un mari, d'un enfant, d'un frère disparus depuis la veille. Pour eux c'était l'attente inhumaine, sans nom. L'espoir était bien maigre, mais chacun s'y accrochait. Peut-être l'armée se déciderait-elle "enfin!" à réagir et tenterait une opération de secours... une opération humanitaire pour sauver ces malheureux? Et dans toutes les administrations, aux commissariats, aux gendarmeries, à l'état-major de l'armée française, à la mairie, à la préfecture, les déclarations de disparition s'accumulaient. Des scènes déchirantes avaient lieu ; des mères terrassées par le chagrin et l'angoisse s'effondraient. En quelques heures, des milliers de noms furent enregistrées… mais le général Katz ne s'émut pas pour autant. Pire, au lieu d'ordonner une perquisition générale dans la ville arabe, alors qu'il en avait militairement les moyens, il affirmait que ces disparitions étaient l'œuvre de personnes « ayant quitté Oran dans la journée du 5 Juillet ».


Ainsi donc, des pères, des mères, des enfants s'en seraient allés, séparément, au plus fort de l'émeute, sans prévenir personne, abandonnant leurs familles? De qui se moquait le "boucher d'Oran" ?

Et pour justifier son ignominieuse conduite, il déclara haut et fort que le nombre des disparus était exagéré et que l'OAS avait provoqué les incidents en tirant sur les Arabes...

Et pourtant, il était très facile pour l'armée française de sauver tous ces malheureux. Son effectif s’élevait, pour la seule ville d’Oran, à 18000 hommes qui demeurèrent inertes face à ce massacre. Il est à noter cependant que sur le millier d’officiers présents, moins d’une dizaine (dont le lieutenant Kheliff(1933-2003), d’origine algérienne) refusèrent d’obtempérer aux ordres indignes de la hiérarchie et se portèrent, la plupart du temps avec un effectif réduit limité à une section, au secours d’Européens, leur évitant ainsi une mort atroce.

Par ailleurs, si les gendarmes mobiles -au lieu de se contenter d'investir les quartiers européens- avaient poussé leur progression vers la Ville Nouvelle (quartiers arabes), ils auraient libéré en un rien de temps les centaines, voire les milliers de pauvres gens retenus captifs. Toutes les exécutions n'avaient pas encore eu lieu et ce ne fut que les jours suivants, pour effacer toutes traces, que les victimes furent massacrées et dépecées quand elles ne furent pas acheminées dans des endroits tenus secret pour y être réduites à l'esclavage et à la prostitution.

 

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Eté 62: Tandis qu'en France, les yéyés font danser le twist à toute une jeunesse-née après 42;voici la nouvelle Vague- parisienne et insouciante...

En Algérie,une vague de folie meurtrière s'abat sur les Européens et leurs alliés les plus valeureux et les plus fidèles: les Harkis et leurs familles, lâchement abandonnés à une mort atroce par les autorités françaises qui feignent l'ignorance.

Les assassins utilisent des techniques ancestrales de tortures, resurgies du fond des âges les plus barbares au son des you-you des femmes.

 


 Dans les témoignages qui affluaient de toute part, les autorités militaires notaient qu'il était souvent question du "Petit Lac". Des exécutions en série y avaient lieu.

Le « Petit Lac », était un endroit situé à la périphérie d'Oran, en plein quartier arabe. C'était une grande étendue d'eau salée qui servait de dépotoir clandestin et aux abords duquel aucun Européen ne s'aventurait jamais depuis plus d'un an. Bientôt des camps furent dressés où furent parqués les "disparus", survolés en cela par l'aviation française, ce qui ajoutait à la torture physique des malheureux, la torture morale qui était d'espérer et d'attendre l'intervention de l'armée française.

Pourtant, ils y croyaient fermement car, comble d'ignominie, à proximité de leur univers concentrationnaire, existait un camp militaire français dont la sonnerie du clairon leur parvenait distinctement matin et soir. Que d'horribles, que d'épouvantables hurlements ces militaires français ont-ils du entendre des jours durant, eux qui étaient terrés derrière leurs remparts de barbelés, l'arme au pied, attendant la quille prochaine!...


Mais "la grandeur gaullienne" ne s'abaissa pas à donner les ordres nécessaires pour sauver ces sacrifiés et les cadres de l'armée respectèrent les ordres reçus de ne pas intervenir, abandonnant ceux qui n'étaient plus que des morts en sursis, oubliant que, pour des raisons similaires, on condamna à la fin de la seconde guerre mondiale, les officiers allemands qui ne s'étaient pas opposés aux ordres d’Hitler.

Ils sauvèrent ainsi leur carrière, certes! Plus tard, colonels et généraux, couverts de titres et de médailles usurpés, ils se prélasseront et se féliciteront de leur "bon choix". Mais, où est leur honneur? Que devient une armée sans honneur?


Le samedi 7 Juillet, le journal Le Monde annonçait :

"Une trentaine de personnes tuées au cours des incidents de jeudi". Page 2, dans son développement, l'information passait au conditionnel : « La fusillade d'Oran aurait fait plus de trente morts » et France-Soir, pour sa part, ne parlait que de « nombreux blessés » (!)...

Pourtant à trois reprises sur les ondes de la radio, M. Souiah, le Préfet d'Oran, avait déclaré :

« Nous ne pouvons tolérer de pareils actes criminels à un moment où il est demandé une mobilisation générale de toutes les énergies saines ». Comme la veille, il rejeta la responsabilité de l'émeute sur des éléments provocateurs, mais à aucun moment il ne fit allusion à la défunte OAS.

La rancœur de Katz était sans bornes. Mais le préfet n'en resta pas là. Pour mieux se faire comprendre, il donna l'ordre de désarmement aux éléments incontrôlés, annonçant des mesures très sévères à cet effet. Le coup de grâce était assené au "boucher d'Oran" qui, dit-on, faillit manger son képi.

Le préfet, lui, un chef de la rébellion venait de confirmer devant la presse internationale que les "éléments incontrôlés" n'étaient pas le fait d'irréductibles de l'OAS... alors qu'il lui aurait été facile de le laisser croire à l'opinion. De plus, si la presse française, dans son ensemble (hormis le journal L'Aurore), continuait de mentir sur les événements du 5 Juillet, les Arabes eux-mêmes, pris d'un certain sentiment de culpabilité -et peut-être de honte- se livrèrent à quelques déclarations. C'est ainsi que dans « L'Echo d'Oran » du 9 Juillet, page 6, le Docteur Mustapha Naid, directeur du Centre Hospitalier d'Oran, parlait déjà de 101 morts européens et de 145 blessés, sans compter les disparus. On était encore très loin du compte mais on y venait peu à peu...


Le mardi 10 Juillet sera un jour noir pour le « boucher d'Oran ».

Tous les journalistes présents furent conviés à une conférence de presse du capitaine Bakhti, le responsable de la zone autonome d'Oran. Il s'agissait de faire la lumière sur les récents événements.

Vers dix huit heures, au lycée Ardaillon, le capitaine annonça que tout le monde allait être conduit en un lieu où étaient détenus plus de deux cents bandits responsables des massacres. Cette nouvelle fit sensation. Katz pâlit, il était effectivement sur le point de croquer son képi. Toutefois un espoir subsistait... Bakhti avait parlé de bandits sans indiquer leurs origines. Peut-être s'agissait-il de « désespérados » de l'OAS ?... Peut-être avait-il eu "l'idée" de puiser dans la masse des "disparus" européens ces deux cents bandits que l'on aurait facilement fait passer pour des activistes?...

Quelques minutes plus tard, les journalistes prirent la direction de Pont-albin, un petit village situé à une dizaine de kilomètres d'Oran où étaient installés les détachements de l'ALN. Là, le capitaine Bakhti leur présenta les deux cents meurtriers qui, expliqua t-il, composaient un gang d'assassins de la pire espèce dans les faubourgs du Petit Lac, de Victor Hugo et de Lamur. Ce furent -aux dires de l'officier- eux qui provoquèrent le massacre.

A leur tête, se trouvait un assassin notoire -une bête sanguinaire- : Moueden, dit Attou, connu pour son caractère particulièrement violent et sauvage et sa cruauté qui lui procurait une indicible jouissance.

Bakhti expliqua que lors de son arrestation, ce bandit tenta de résister et fut abattu. De plus, deux tonnes de matériels de guerre, armes et fournitures diverses, furent récupérées ainsi que des quantités d'objets volés aux Européens le 5 Juillet et les jours précédents.

Ce fut là la version officielle reprise en toute bonne foi, sur le moment, aussi bien par les journalistes de la presse internationale, que, plus tard, par d'éminentes personnalités telles que Claude Martin, Marcel Bellier, Michel Pittard qui relatèrent cette tragédie. En outre, cette version officielle fut confirmée -trente ans après- par le général Katz, en personne, dans son recueil d'ignominies et d’infamies : « L'honneur d'un général ».


Pourtant, un premier coup de théâtre sema le trouble parmi ceux qui avaient travaillé sur le sujet.


Le 6 Juillet 1972, le journal « RIVAROL » révélait sous la plume du Docteur Jaques Couniot, que « le dit, Attou, se portait comme un charme et qu'il était même (ça ne s'inventerait pas) employé aux Abattoirs municipaux d'Oran », ajoutant même à l'adresse d'Attou :

« Un homme, vous le voyez, dont la vocation est indéracinable »...

 

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Les choses en seraient restées là s'il n'y avait pas eu, en 2002, la parution d'un ouvrage remarquable intitulé "Fors l'Honneur", qui contait la guérilla OAS à Oran en 1961/62 et dont l'auteur n'était autre que Claude Micheletti, responsable du Renseignement au sein de l'Organisation oranaise.


Second coup de théâtre : P. 215, nous apprenions avec stupéfaction que le sinistre Attou ne pouvait être, le 5 juillet, à la tête des tueurs dès lors qu'il avait été abattu quelques semaines plus tôt par un commando de l'OAS. Faisant preuve d'un scepticisme bien légitime après 40 ans de désinformation, je m’en ouvrais directement à l'auteur qui, avec compréhension, m’apporta les éléments qu'il était le seul à détenir.

De plus, à l'appui de ses explications verbales, il me fit parvenir, pour exploitation, une liasse de documents originaux « top secrets », émanant de sources officielles de l'époque, notamment du FLN/ALN et de la gendarmerie "blanche".

Concernant le triste sire Attou, sa férocité était telle qu’il répandait la terreur au sein même de sa bande de tueurs…

Pour un mot, un geste, un rien, il torturait à mort ses propres coreligionnaires, femmes et enfants inclus, trouvant dans les délices des sévices une jouissance indicible...

L'écho de ces excès ne manqua pas de parvenir aux sphères dirigeantes de la rébellion qui, à maintes reprises, "avertirent" Attou de réfréner sa frénésie hystérique sur la population musulmane. Rien n'y fit! Le sang l’enivrait et le meurtre, chez lui, était profondément enraciné.

 

Abd-El-Aziz-Meliani-Le-Drame-Des-Harkis-Livre


Les recommandations -voire, les réprimandes- adressées par la hiérarchie n'ayant aucun effet sur ce tortionnaire, en "désespoir de cause", le FLN décida de "lâcher" Attou en le livrant à la gendarmerie "blanche" française. Cependant, convaincue que ce dernier serait aussitôt libéré s'il était présenté à un juge ; las de rédiger des P.V mortuaires où les sévices du dénommé Attou gagnaient chaque jour en raffinements et ulcérée de constater les connivences dont profitaient les égorgeurs patentés, la gendarmerie informa, le 24 Avril 1962, le 2ème Bureau de l'OAS (Renseignements) dirigé par Claude Micheletti et lui livra l'intéressé. De ce jour, Mouedenne Attou, né le 17 Août 1921 à Thiersville, C.I n FU68038, n'eut jamais plus l'occasion d'exercer ses cruautés...

Par ailleurs, de Pont-Albin où avait été organisée la mascarade, aucun journaliste ne fut convié à se rendre en Ville Nouvelle et au Petit Lac, là précisément où les survivants étaient regroupés avant d'être exterminés...

Ainsi, malgré le grotesque de cette mise en scène qui consista à faire endosser à un mort la responsabilité exclusive du génocide du 5 juillet, avalisée en cela par un général Français, il fut officiellement confirmé qu'aucun Européen ne fut à l'origine de l'émeute sanglante.

Un journaliste demanda au capitaine Bakhti pourquoi le gouvernement français tenait-il tellement à faire rejeter la responsabilité du massacre sur des éléments de l'OAS qui n'existait pourtant plus. L'officier répondit dans un sourire amusé que le gouvernement et ceux qui le servaient –sous entendu, le général Katz- détenaient, seuls, la responsabilité de leurs propos... ce qui fit dire tout haut à un journaliste Pied-Noir, à rencontre de ses confrères :

« Si le 26 Mars, pour la fusillade de la rue d'Isly, vous êtes arrivés à faire croire que c'était l'OAS qui avait ouvert le feu sur la foule... cette fois-ci, c'est râpé »

D'après certaines "mauvaises langues" de l'entourage de Katz, il paraîtrait que le valeureux général n'en dormit point de la nuit...

Le 11 août 1962, l'Echo d'Oran informait ses lecteurs que la décharge du "Petit Lac" allait disparaître :

"Le gouvernement algérien a commencé son œuvre de salubrité. Cela représente quinze hectares d'immondices de cinq mètres de haut. L'odeur qui s'en échappait était devenu insoutenable."

Bien qu’une partie du « Petit Lac » subsiste encore aujourd’hui, ainsi seront murés définitivement les tombes des torturés, des lynchés, des égorgés du Village Nègre du 5 juillet et la trace de cet odieux holocauste à tout jamais effacée.

alg juillet5 1962

 


Les victimes de cette journée meurtrière avaient été évaluées officiellement à trois mille personnes, disparus inclus, et quand on sait avec quelle parcimonie le gouvernement diffusait ses informations, on tremble à l'idée de ce que pourrait être le véritable bilan de ce génocide. On ne connaîtra jamais le nombre exact des morts, des blessés et des disparus ; la France ne le dira probablement pas... en admettant qu’elle ne le connaisse jamais.

Ces morts, les Français ne les ont guère pleurés. Il est vrai qu'ils ne surent pas grand chose de leur fin tant les organes d'information, et les responsables politiques, heureux d’avoir retrouvé "enfin" la paix, se gardèrent bien d'assombrir les multiples réjouissances. Après tout, il ne s'agissait là que de victimes Pieds-Noirs, de colonialistes et de sueurs de burnous. On leur avait tant répété durant sept ans que la guerre d'Algérie n'était rien d'autre que la révolte des pauvres indigènes opprimés contre les "gros colons", qu'ils ne pouvaient éprouver la moindre compassion à l'égard de ce million de nantis européens. Ils méritaient leur sort, voilà tout!... Et la France, Patrie des droits de l'homme, ferma les yeux et tourna la page.

 

José CASTANO

 

 

Algérie Bouteflika

 

Le visage de l'Algérie algérienne: corruption, chômage, islamisme, pénuries, suicides...

 

Algérie détresse des jeunes

 

...et s'installera finalement en France...


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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 08:03

 

 

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Algérie; années 30.

 

Younes, 9 ans, est confié à son oncle, un pharmacien oranais marié à une Française.

Le langage cinématographique d'Arcady n'a pas le même force poétique que le roman de Yasmina Khadra qui a inspiré cette fresque historique: les personnages semblent d'abord réduits à quelqies traits, et les situations surlignées...Mais au fil des séquences, ils prennent chair et leurs sentiments nous touchent.

Du bel ouvrage, à défaut d'être un chef-d'oeuvre...


Pour ma part, je regarde toujours les films évoquant l'Algérie française avec un pincement au coeur, une brûlure. Alors, je me laisse submerger par une immense nostalgie, comme lorsque  l'on se réveille, hagard, après un cauchemar...ou exalté et haletant après un rêve magnifique et définitivement éteint tout en essayant de se rendormir pour retrouver, évoquer à nouveau mais en vain, les images, les parfums et les odeurs, les voix et les bruits, les sentiments et les émotions, le goût d'un bonheur de jeunesse envolé...

 

 

 

 

 

 

 

 

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L'acteur Fouad Aït Aatou, formé au cours Florent incarne Jonas,un personnage tragique digne des Héros de la Grèce antique ou de Shakespeare...

 


 

 

 

 

Cela doit avoir un nom. Arcady vient d'inventer l'équivalent algérien du pudding. En guise de farine, il a puisé à la louche dans un roman de Yasmina Khadra, ce qui déjà ne constitue pas un signe de légèreté. Trente ans de l'histoire du pays en 2 h 40, l'intention est louable. Le résultat, lui, est d'un pesant!

 

Ah, le petit Younes qu'on rebaptise Jonas lorsque ses parents le confient à un oncle pharmacien! Qu'il est mignon avec ses yeux bleus. Son charme ne laisse pas indifférente la blonde Émilie qui vient chez lui prendre des cours de piano. Les années passent. Les copains ont grandi. Un jour, Émilie réapparaît au bal du village. Tous les garçons en pincent pour elle. Les gosses de riches reluquent sa robe blanche.

 

Vincent Perez parcourt ses domaines à cheval. Le jeune héros couche avec une femme mûre, qui se trouve être la mère d'Émilie. Damned! La vie est mal faite. Comment lui avouer la vérité? Il la laisse se marier avec un gandin. Pendant ce temps, les événements grondent. Tout cela dans un décor de carton-pâte, filmé comme un feuilleton de M6, avec des dialogues téléphonés et des acteurs qui jouent aussi mal que les protagonistes d'un porno soft. Quant à Nora Arnezeder, elle se fait voler la vedette par la brune Marine Vacth qu'on ne voit pas assez. Tellement démodé que ça en devient touchant.


Eric Neuhof in LE FIGARO Web (11/09/2012)

 

Une guerre sans nom...


Il était peut-être difficile de faire mieux; mais il était impossible de faire pire: retour sur quelques épisodes d'un immense gâchis. La IV ème République en périra lamentablement dans la honte. Le sang et les larmes seront réservés pour les autres...

 

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Guy et Jeanine Monnerot symbolisaient en tant qu'instituteurs français ce que les rebelles haïssaient le plus.

 


 


La guerre proprement dite a commencé sans dire son nom dans les gorges de Tighanimine, au coeur des Aurès, le matin du 1er novembre 1954. Une dizaine d'hommes armés arrêtent le car Biskra-Arris. A son bord, outre quelques fellahs enturbannés, un couple de jeunes instituteurs français, 23 et 21 ans, Guy et Janine Monnerot. Et puis, il y a aussi le caïd Hadj Sadok, lieutenant de réserve de l'armée française qui veut s'interposer. Le caîd et l'instituteur sont tués. Madame Monnerot, violentée est laissée pour morte.

La rébellion a bien choisi ses symboles: un musulman fidèle et un instituteur européen assassinés, une Européenne violée. Tout un programme...

 

Algérie Journal 54 terrorisme Depeche quotidienne

 

Novembre 1954.

 


Quelques autres attentats ont été commis un peu partout en Algérie, sans portée apparente; au total pour ce 1er novembre: huit morts, dont quatre militaires français.Le mouvement est dirigé par le CRUA (Comité révolutionnaire  d'unité et d'action), une dissidence activiste du MNA de Massali Hadj (1898-1974). IL donnera naissance peu après au FLN (Front de Libération nationale); son but est simple: l'indépendance de l'Algérie avec un pouvoir exclusivement arabe et musulman.

 

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1955: le terrorisme.

 


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Les moyens militaires engagés par l'ALN (Armée de Libération nationale), en novembre 54, sont modestes. Quelques centaines d'hommes armés, principalement dans les Aurès, en Kabylie, et quelques poignées de terroristes qui se fondent  dans les  populations urbaines, surtout à Alger.

Faute de troupes, la réaction militaire française est faible.

L'armée d'Algérie -49 000 hommes- est composée d'unités de dépôts peu combatives: ce n'est pas une armée d'occupation. (En mai 41, il y a 465 000 soldats allemands sur le territoire français dont 80 000 en partance pour le Front de l'Est).

Dans les premiers mois de 1955 arrivent les premiers renforts, les parachutistes de la 25ème DP, quelques bataillons de chasseurs, des tirailleurs et des légionnaires. Gênées par les limitations du temps de paix (rappelons que l'on fait "du maintien de l'ordre" et non la guerre), ces troupes lancent des opérations souvent infructueuses et pourchassentes petits groupes de ceux qu'on appelle "les HLL" (hors-la-loi) ou les "fellouzes".

L'action policière en ville est entravée par Jacques Chevallier, secrétaire d'Etat à la Défense du gouvernement de Mendès France, maire d'Alger, qui doit son élection aux messalistes (Roger Vétillard, 20  août 1955 dans le nord constantinois; un tournant dans la guerre d'Algérie, Editions Riveneuve, 2012).

Les Français n'ont pas compris grand chose à la stratégie de leurs ennemis. Les attentats désordonnés semblent relever de simples opérations de police. Il suffit de montrer sa force, de condamner les auteurs de violences, de tendre la main  aux autres en promettant des "réformes"  dans la pure tradition égalitaire et républicaine...

 

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Enfants européens assassinés à El-Halia: semer la haine et enclencher le cycle infernal de la répression. Les rebelles saccagent la vie des plus faibles et des innocents par cruauté et lâcheté: se confronter à l'armée exigerait plus de bravoure de leur part...


 
 
Non, les Français n'ont pas compris la stratégie d'ennemis formés dans la culture islamique de la cruauté, et dans celle, plus nouvelle, de la révolution communiste et maoïste.

Le FLN cherche tout d'abord à s'emparer de l'esprit des musulmans. Il y réussit  en quelques mois  par l'invocation du jihad et par le terrorisme: il ne s'agit plus seulement d'effrayer les Européens, mais surtout d'arracher les populations musulmanes à l'influence française par la terreur. Les cadres musulmans plus ou moins francisés sont systématiquement assassinés. Les limites extrêmes de l'horreur sont vite dépassées: l'égorgement ou "sourire kabyle", la castration assortie de la profanation des cadavres (parties sexuelles tranchées et enfoncées dans la bouche), l'éviscération, la section des mains, des oreilles, des lèvres et du nez, le viol et massacre des femmes et des nouveaux-nés, l'ouverture du ventre des femmes enceintes laissées agonisantes avec leur bébé pendant au bout du cordon ombilical... Ces procédés issus du fin fond des âges de la barbarie, sont exhumées des pratiques traditionnelles du Jihad des années suivant l'année de l'Hégire (an 622 de l'ère chrétienne) puis de la fulgurante conquête par les Musulmans des terres chrétiennes.

 

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Fellag (1954); traduction de "bandit" ou " casseur de tête". Spécialisé dans le viol et l'égorgement des femmes et des enfants. Sans honneur ni panache.

Sanctifié par le régime algérien.

 

 


Le FLN a également mené la guerre en dehors de l'Algérie avec succès.

En France, il installe "la discorde chez l'ennemi", obtenant  qu'une part de l'opinion, lasse et se sentant sourdement coupable et honteuse, ne voie d'autre solution que dans la négociation. Sur la scène internationale, il obtient évidemment l'appui des pays arabes, de l'URSS qui fait peser son joug sur de nombreux peuples, mais aussi et surtout des États-Unis, grands donneurs de leçons de morale républicaine alors que la ségrégation sévit officiellement sur ses territoires du sud. La France de la IVème République est acculée à l'isolement diplomatique.

En face, les Européens souffrent d'une faiblesse mortelle:en raison de leur dépendance à l'égard de la France, de l'absence de toute élite autochtone  et peut-être aussi de leur tempérament, ils ne pourront jamais constituer un parti communautaire capable de les défendre et de les représenter.

En dépit des préjugés et des clichés toujours trop confortables, les pieds-noirs ne sont pas de "gros colons" mais de petites gens livrés à eux-mêmes, sans personne pour les orienter.

 

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Attentat au Milk Bar rue d'Isly, Alger. Les enfants y dégustaient des glaces américaines quand soud...

 

 

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Cadavre d'un jeune appelé torturé à mort après être tombé dans une embuscade dans les gorges de Palestro avec ses camarades tout juste arrivés en Algérie en 1956.Les photos des cadavres des victimes tombées entre les mains des rebelles seront soigneusement censurées par les autorités. Aujourd'hui, tout remonte à la surface, mais une autre forme de censure s'appliquent à ces témoignages atroces: la lâcheté des uns est toujours remplacée par celle des autres...Quelle que soit le régime en place à Paris, la censure par le silence des bien-pensants s'avère tout aussi efficace; si ce n'est plus...

 

 

 

 

 

Jacques Soustelle et l'intégration.

 


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Dés le début de l'insurrection , sont venus sur place Pierre Mendès-France (1907-1982), chef du gouvernement, et François Mitterrand (1916-1996), ministre de l'Intérieur. L'un et l'autre veulent avant tout rassurer: " L'Algérie, c'est la France". Ils sont gagnés à l'idée de réformes profondes, sinon d'une indépendance future mais qui laisse sans réponse  la question du million d'Européens. Sans doute imagine-t-il un scénario idéalisé par leur idéologie: une Algérie où vivraient en parfaite harmonie les musulmans et les Européens. Cette image  ne colle pas à la réalité. C'est un rêve de politicien. Car la classe politique de la IVème République et les Français métropolitains ne connaissent que parcellairement  les réalités de leur Empire colonial et en particulier de l'Algérie.

Mitterrand et PMF donnent des gages d'anticolonialisme. Ainsi commence l'équivoque d'une politique de bascule. Pour le mettre en oeuvre, PMF choisit Jacques Soustelle (1912-1990) qui est nommé gouverneur général de l'Algérie en  janvier 1955. Il est, entre autres anticolonialiste ce qui est malaisé pour un "gouverneur général" de territoire colonial. Il inquiète les Pieds-Noirs. 

Mais rapidement au contact des réalités,il énoncera plus tard une doctrine résumée par un mot,"l'intégration": "L'assimilation visait l'individu, l'intégration vise la province. Il faut renoncer à l'illusion de faire de chaque musulman un Français de France". Autrement dit, il faut les intégrer sansvouloir en faire des Français. On se place dans la complexité... Soustelle reconnaît donc l'originalité humaine, culturelle, historiquede l'Algérie. Dans les faits, l'intégration demeurera unslogan assez creux. Tout en recherchant la paix, Soustelle est condamné à faire la guerre...

 

 

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Les massacres du 20 août 1955.

 

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Région de faible peuplement, le Constantinois est la plus favorable aux insurgés. C'est donc là que le commandement français a engagé ses plus grands efforts après le 1er novembre 1954.

 

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1956; paras commandos de l'armée de l'air en Algérie.

La IVème République dont les finances ne sont guère florissantes après la désastreuse guerre d'Indochine doit compter sur des soldats professionnels valeureux.Leur sacrifice aura été rendu vain par les politiciens dans les bureaux feutrés de Paris et d'Alger.

 

 

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La Légion étrangère défile à Alger: la construction de routes, la sécurisation des villages,des voies ferrées, les attaques les plus périlleuses, dans tout l'Empire,c'est eux.

 

 

 

 

  Abd-El-Aziz-Meliani-Le-Drame-Des-Harkis-Livre.jpgEt parmi les plus valeureux: les Harkis qui seront lâchement abandonnés...

 

 

 

Zighout Youssef, chef FLN du Nord-Constantinois, sent que son mouvement décline. A défaut d'une guérilla malmenée,il opte pour l'action de masse, jouant du racisme.


Pour créer une rupture, il décide d'organiser des massacres d'Européens, le 20 août 1955, anniversaire de la déposition du sultan du Maroc. Les radios des pays musulmans débordent d'invectives contre les Français. Chauffés à blanc, des milliers de musulmans entraînés par quelques meneurs déferlent sur les faubourg de Philippeville. Ils massacrent tous les Européens qu'ils croisent sur leur passage...Mais les paras du colonel Mayer (1er RCP) réagissent rapidement et ouvrent le feu. C'est à la mine d'El-Halia, à quinze kilomètres à l'est de Philippeville, qu'ont lieu les tueries les plus atroces. Les Européens y vivaient apparement en bonne entente avec les Musulmans. Mais ce 20 août, 71 femmes et et enfants d'ouvriers européens sont bestialement massacrés par leurs voisins et collègues. La répression sera sévère. Le FLN a atteint son but: il a séparé les deux communautés et a relancé la rebellion.

Traumatisé par ce qu'il a vu à El-Halia et à Philippeville, Soustelle abandonnera ce qui lui restait comme illusions et concluera à la priorité de la lutte.

 

Repères

 

5 juillet 1830: Capitulation d'Alger devant les Français.

 

12 novembre 1848: L'Algérie devient un "territoire français".

 

1880: Fin des insurrections.

 

1912: Les "jeunes Algériens" réclamant les droits civiques sont reçus à Paris.

 

8 mai 1945: Début des massacres de Sétif et Guelma.

 

1er novembre 1954: Début de la guerre d'indépendance.

 

1962: Accords d'Evian.

Alger Rade Alger 1850

 

Alger est sous contrôle relatif de l'Empire ottoman. C'est depuis des siècles un port d'attache de tous les brigands et pirates qui sèment la terreur sur les côtes de la Méditerranée, enlevant des jeunes filles blondes à peine pubères pour les harem et les bordels musulmans.

Les puissances maritimes occidentales ont décidé, après une succession d'échecs, d'en finir car ils nuisent gravement au commerce du Levant. C'est au roi Charles X en 1830 que revient l'honneur d'engager les hostilités après un incident diplomatique avec le Dey d'Alger. La conquête durera plusieurs décennies.

 

 

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Henry d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897).

 


Sous-lieutenant en 1839, il part pour l'Algérie en 1840 et participe au combat de l'Affroun (27 avril), mais doit rentrer en France l'année suivante pour raison de santé, avec le grade de lieutenant-colonel du 17e Léger.

Il retourne en Algérie en 1842 avec le grade de maréchal de camp (7 septembre 1842) et se distingue lors de la prise de la smala d'Abd El-Kader (16 mai 1843). À la suite de cette campagne, il est promu lieutenant général (3 juillet 1843) et nommé commandant de la province de Constantine. Il dirige l'expédition de Biskra (1844). Il prend part à la pacification dans les Aurès et à la tête des légionnaires du colonel de Mac Mahon, il enlève la position de M’Chounech. II est nommé gouverneur des possessions françaises en Afrique en 1847 mais il est exilé en 1848.

 

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10 oct.1837; conquête de l'Algérie. Constantine, le général Damrémont à la tête de ses légionnaires repousse une attaque.

 

 

 

 

 

 

Une nouvelle "colonie", l'Algérie ?


Dans ces années 1830, mieux vaut éviter ce terme associé à l'héritage esclavagiste (en 1836, un manifeste réclame la Décolonisation d'Alger, première occurrence du mot "décolonisation"). La parade est trouvée : l'Algérie est un appendice de la France, "à l'instar de la Corse". Argument qui sera repris par la IIe République : en 1848, d'une main, elle abolit l'esclavage et, de l'autre, elle transforme l'Algérie en "territoire français", mesure qui "disait encore le refus d'appeler colonie ce qui y ressemblait pourtant de plus en plus fortement".


Un quiproquo durable veut que la France ait mis en place en Algérie une politique d'assimilation. Elle ne concerne en vérité que le territoire et les colons venus d'Europe, très nombreux, incités à devenir français par le droit du sol accordé à leurs enfants dès 1889. Les Français musulmans (et juifs avant le décret Crémieux de 1870), eux, restent en marge des droits civiques.

On apprend que les juristes coloniaux présentent l'indigénat, ce régime de nationalité exceptionnelle (puisque sans citoyenneté), comme respectueux des coutumes locales : l'"indigène" a des droits particuliers, assurés notamment par le maintien de la juridiction des cadis.

 

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L'Emir Abdel-Kader (1808-1883): un seigneur de la guerre, l'âme de la résistance à l'invasion des Européens.

 

 

L'Algérie moderne est une création de la France:

quelques vues de la plus belle capitale d'Afrique, Alger.

Alger

Logements sociaux à la pointe du progrés sur les hauteurs d'Alger: contrairement à une idée reçue, l'Algérie coûta plus à la IVème République qu'elle ne rapportait dans l'économie française.

L'historien/ économiste Jacques Marseille a définitivement démontré que ces colonies  étaient un boulet économique et un facteur de division de la cohésion nationale. De Gaulle fit le choix de s'en débarasser au plus vite; ce qu'il fit sans états d'âme.

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Le Port

Alger 1950

Les Jardins de l'Horloge

 

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Place d'Isly

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La Ferrière

 

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Aéroport Maison Blanche

 

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L'Opéra

 

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Amirauté

 

 

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Bresson

 

 

 

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Le Casino, la Corniche

 

 

 

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Diar es Saada

 

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L'Horloge végétale

 

 

 

Pourquoi défendez-vous une sorte de suprématie de la culture européenne ?

 

Je pense que la culture européenne est une métaculture dans le sens où elle a imposé ses normes aux autres peuples à travers la découverte et l'étude de leurs cultures. Aucune autre culture n'a inventé l'ethnographie ou l'anthropologie. La volonté de transgresser les frontières, d'aller voir plus loin l'inconnu, cette curiosité insatiable de l'autre est une attitude typiquement européenne. Toutes les autres cultures ont été des idiosyncrasies qui se sont perçues sous un angle particulier alors que la culture européenne a instauré une culture de l'universel. Il est vrai qu'elle en a parfois fait mauvais usage.

 

C'est tout le problème de la colonisation.

 

L'histoire humaine est marquée par une suite de colonisations.


La Gaule a été colonisée par Jules César et elle est devenue gallo-romaine avant d'être colonisée par les Francs, qui ont donné son nom à notre peuple. La colonisation est une greffe qu'une civilisation implante dans une autre. Toutes les cultures ont été colonisées ou colonisatrices, comme la Grèce.

L'originalité de la colonisation européenne, qu'elle soit le fait des Français, des Anglais, des Espagnols ou des Portugais, c'est qu'elle a apporté aux autres peuples son universalité. Le verbe latin colere signifie "habiter", "cultiver", "soigner" et "élever un culte". C'est cette racine qui a donné le mot colonia, ou "colonie". Autrement dit, étymologiquement et intellectuellement, la colonisation, la culture et le culte énoncent la même idée : l'être humain doit prendre soin de ce qu'il cultive. Loin d'être l'abomination que l'on dénonce aujourd'hui, et en dépit de ses abus et de ses violences, la colonisation a été le processus historique de développement de l'humanité dans sa recherche de principes et de savoirs universels.

 

Vous trouvez donc inutile la mode actuelle de la repentance ?

 

Oui, parce que cela permet à certains de nos contemporains de se donner bonne conscience à peu de frais en battant leur coulpe sur les crimes de leurs prédécesseurs.

D'autre part, nous ne pouvons revenir en arrière : les colonisations ne sont plus actuelles. En outre, la plupart des peuples, à un moment ou à un autre, ont été colonisateurs, et pas seulement les peuples européens. Enfin, on ne veut voir que les méfaits de la colonisation, qui sont indubitables, et on oublie ses bienfaits. Prenez l'Algérie.

 

La colonisation par la France a été la plus courte de ce pays, de 1830 à 1962, après celle des Phéniciens, des Romains, des Arabes et des Ottomans, parmi d'autres envahisseurs. Mais elle a été la plus prodigue dans le développement de la Régence d'Alger, qui n'était pas encore un pays unifié et autonome.

 

Ne va-t-on pas vous reprocher une forme d'arrogance européenne ?

 

L'originalité de la pensée européenne, c'est qu'elle est toujours critique à l'égard d'elle-même.

Même lorsqu'elle s'arroge le droit de parler aux autres peuples, elle revient toujours sur elle-même et fait son autocritique. Considérez Montaigne et le chapitre des Essais qui s'appelle Des cannibales. Il nous dit que les Indiens du Nouveau Monde, que l'on qualifiait alors de "barbares", étaient moins barbares que les Espagnols et les Portugais. C'est là l'une des premières critiques de la colonisation qui s'appuie sur les principes juridiques, moraux et religieux des Européens.

La grandeur de la civilisation européenne a toujours été de prendre conscience de ses méfaits et de tenter de les corriger. Son humanisme si décrié est pourtant à l'origine de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, aujourd'hui reconnue par la plupart des peuples.

 

Propos recueillis par Michel Colomès in Le Point; 26 mai 2011.Extraits.

 

 

 

 

Le procès de l'Europe. Grandeur et misère de la culture européenne, de Jean-François Mattéi (PUF, 264 p., 22 euros).

 

  Repères:

 

 1941 : Naissance à Oran, en Algérie.

 

1962 : à 21 ans, exil vers la France.

 

1965 : diplômé de sciences politiques de l'IEP d'Aix-en-Provence.

 

1967 : agrégé de philosophie.

 

1967-1979 : professeur au lycée Fermat de Toulouse et au lycée Thiers de Marseille.

 

1980-2006 : professeur à l'université Nice Sophia-Antipolis.

 

1993-1994 : conseiller personnel du ministre de l'Education nationale François Bayrou.

 

1996 : Platon et le miroir du mythe (PUF).

 

1999 : La barbarie intérieure (PUF).

 

2005 : De l'indignation (La Table ronde).

 

2006 : La crise du sens (Cécile Defaut).

 

2006 : L'énigme de la pensée (Ovadia).

 

2009 : Le sens de la démesure (Sulliver).

 

 


 

 

VIII - C hansons de pirates

 

Nous emmenions en esclavage

Cent chrétiens, pêcheurs de corail ;

Nous recrutions pour le sérail

Dans tous les moûtiers du rivage.

En mer, les hardis écumeurs !

Nous allions de Fez à Catane...

Dans la galère capitane

Nous étions quatre-vingts rameurs.

 

On signale un couvent à terre.

Nous jetons l'ancre près du bord.

À nos yeux s'offre tout d'abord

Une fille du monastère.

Prés des flots, sourde à leurs rumeurs,

Elle dormait sous un platane...

Dans la galère capitane

Nous étions quatre-vingts rameurs.

 

- La belle fille, il faut vous taire,

Il faut nous suivre. Il fait bon vent.

Ce n'est que changer de couvent.

Le harem vaut le monastère.

Sa hautesse aime les primeurs,

Nous vous ferons mahométane...

Dans la galère capitane

Nous étions quatre-vingts rameurs.

 

Elle veut fuir vers sa chapelle.

- Osez-vous bien, fils de Satan ?

- Nous osons, dit le capitan.

Elle pleure, supplie, appelle.

Malgré sa plainte et ses clameurs,

On l'emporta dans la tartane...

Dans la galère capitane

Nous étions quatre-vingts rameurs.

 

Plus belle encor dans sa tristesse,

Ses yeux étaient deux talismans.

Elle valait mille tomans ;

On la vendit à sa hautesse.

Elle eut beau dire : Je me meurs !

De nonne elle devint sultane...

Dans la galère capitane

Nous étions quatre-vingts rameurs.

 

Victor Hugo, Les Orientales; 1829.

 

Esclaves blanches captures barbaresque

 

Esclaves blanches 0

 

Esclaves blanches Harem

 

Le courant orientaliste en Occident au  XIXe siècle a su édulcorer les réalités les plus abjectes...

 

 

 

 

Algérie Bouteflika

 

L'Algérie algérienne de Bouteflika ( sur qui certains soupçons pèsent quant à l'organisation du massacre des harkis) : corruption, pénuries, chômage, désespoir, drogue, harragas; islamisme...

 

 

Algérie massacres

 

Algérie 8e1-harraga

 

Algérie entre hogra et harga

 

Algérie drogue

 

algérie émeutes

 

Et toujours plus d'immigration vers la France et l'Europe.

 


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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:53

 

 

 

...Elle n'est pas morte Adèle!?!?...

 

 

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En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c'est la panique ! Un œuf de ptérodactyle, vieux de 136 millions d'années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l'oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d'autres surprises extraordinaires...Et j'ai revu à la TV cet excellent film avec beaucoup de plaisir!

 

 

 

 


 

Le film est l'adaptation de la célèbre BD de Jacques Tardi, publiée pour la première fois en 1976 et qui relate les aventures d'une journaliste intrépide dans le Paris de la Belle Epoque. Luc Besson a décidé de mettre en scène deux des neuf albums dans Adèle Blanc-Sec et prévoit de décliner la saga en trois volets:

" J’ai écrit une première adaptation en m’efforçant de rester très fidèle à la BD, à l’univers de Jacques Tardi, aux caractéristiques profondes du personnage d’Adèle Blanc-Sec. C’est avec une angoisse non dissimulée que j’ai remis mon script à Tardi ! C’était angoissant dans la mesure où il est un auteur de BD et que je m’étais approprié son personnage en l’adaptant. Et puis j’ai eu beaucoup de chance parce qu’il a lu le script et il m’a dit… : « Voilà c’est super ! ».

 


 

 

Il reconnaissait complètement sa BD, complètement son personnage et en même temps il découvrait l’adaptation cinématographique de sa BD et pas une simple transposition de sa BD en images. C’est cela qui l’a vraiment séduit. La seule modification qu’il m’ait demandée est de changer le prénom d’un des personnages."

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Quelle frimousse et... quel (sale) caractère!

 

 

C'est le premier grand rôle incarné par Louise Bourgoin, ancienne miss météo de Canal+, au cinéma, puisqu'elle incarne l'héroïne éponyme du film. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Luc Besson lance la carrière d'une actrice au cinéma, on pense notamment à Anne Parillaud dans Nikita ou encore Milla Jovovich dans Le Cinquième élément.

Pour interpréter Adèle Blanc-Sec, le réalisateur dit avoir hésité entre quatre actrices françaises, dont Sylvie Testud, qui a elle-même incarné une héroïne de BD, le personnage de Calamity Jane dans Lucky Luke aux côtés de Jean Dujardin. Luc Besson raconte sa rencontre avec Louise Bourgoin :

 

 

C'est-y- pas mignons tous les deux?!

 

"Cela faisait pas mal de temps que j’observais Louise Bourgoin, la Miss Météo fantasque de Canal + que l’on connaît puis tête d’affiche au côté de Luchini dans le film d’Anne Fontaine. Le fait qu’elle soit capable d’interpréter toutes sortes de personnages différents m’a séduit car cette aptitude là est rare. Son talent est parfaitement adapté au rôle d’Adèle pour lequel elle doit avoir une quinzaine de déguisements. Nous nous sommes rencontrés, elle m’a plu tout de suite, j’étais sûr que c’était elle Adèle. Louise est une personne très ouverte, toujours sur le coup, capable de passer du chaud au froid en un clin d’oeil tout comme le personnage d’Adèle en moins folle… Elle est une jeune femme extrêmement sérieuse sur qui l’on peut compter. Avec Adèle c’est un peu plus compliqué parce qu’elle poursuit sa route et rien ne peut l’arrêter ! Sur le tournage, l’équipe avait surnommé Louise « la comptable » parce qu’elle passait son temps à vérifier les raccords, les nombres de plans, elle savait tout. Notre collaboration a été une vraie révélation."

 


 

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’essentiel du tournage s'est fait en studio. Les décors ont nécessité près de huit mois de préparation et ont été développés sur près de 800 m2, comprenant des reconstitutions de lieux historiques tels que le Louvre ou encore la grande pyramide d’Egypte.

 

 

Rondelles de Mort-Adèle ?
Perspicace Adèle! Voila une Française qui ne risque pas de se faire niquab!


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"C'est une longue histoire. En fait, je suis tombé amoureux de son personnage il y a une dizaine d'années. J'avais essayé de contacter Tardi une première fois mais malheureusement il voulait faire Adèle avec un autre metteur en scène. Sur le moment, j’étais un peu triste mais comme c’était un « grand » réalisateur, j’ai trouvé cela bien et lui ai souhaité bon courage. J’ai attendu avec impatience un film qui n’est jamais venu. Au bout de trois ou quatre ans, j’ai rappelé Tardi qui m’a dit être très fâché contre ce metteur en scène, contre le cinéma tout entier. Bref, il ne voulait plus entendre parler de rien. J’ai dû le convaincre de revoir sa position. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Il a fallu lui redonner confiance, montrer patte blanche et attendre encore un an pour récupérer les droits que son agent avait cédés à quelqu’un d’autre. Après six années d’attente et de négociations, Tardi a fini par accepter de me céder les droits de son Adèle."

 

 


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Ce n'est pas la première fois que l'acteur Mathieu Amalric joue les méchants; on a pu le voir notamment dans Quantum Of Solace en 2008, face à James Bond joué par Daniel Craig. Luc Besson explique les raisons pour lesquelles il l'a choisi pour incarner le redoutable Dieuleveult:

" Mathieu Amalric est l’un des premiers acteurs que j’ai choisi sur Adèle. J’aime beaucoup Mathieu, aussi bien l’homme que l’acteur, l’un des plus doués de sa génération, capable de se métamorphoser d’une manière incroyable. Sa performance dans Le Scaphandre et le papillon est prodigieuse ! J’ai donc vu Mathieu pour lui proposer le rôle de Dieuleveult. Il m’a dit qu’il avait décidé de ne plus faire l’acteur, qu’il se consacrait à la mise en scène. Et puis en fait, je l’ai eu aux sentiments et avec l’aide de ses enfants. Il est rentré chez lui et je crois qu’il en a parlé à son fils qui lui a dit : « Mais tu es fou, Tardi, Adèle Blanc-Sec c'est génial, il faut que tu le fasses ! ». Il m’a rappelé pour me dire qu’il ferait une exception pour Adèle. Voilà pour la petite histoire et ce tournage a été un réel plaisir. Maintenant, quand on découvre le personnage de Dieuleveult dans le film, je pense que si on ne sait pas que c’est Mathieu qui interprète ce rôle, c’est impossible de le reconnaître, sa physionomie a changé, même son timbre de voix est modifié. C’est une composition totale et assez exceptionnelle du personnage...

 

 


Pour camper Caponi, Gilles Lellouche dont la rencontre avec Luc Besson date de 2003 sur le tournage de son premier court métrage Pourkoi... passkeu, a dû prendre un peu de poids.

"Je ne lui ai pas demandé de prendre trente kilos en deux mois comme Scorsese l’a exigé de De Niro pour Raging Bull, nous lui avons simplement mis des coussins un peu partout ", précise le cinéaste. Il ajoute: " Il a un comique de situation en permanence, il est toujours un peu décalé. C’est l’un des personnages charnière de l’histoire et c’est un bon contre poids au personnage de Louise et à son enquête."

Luc Besson a travaillé sur Adèle Blanc-Sec avec d'anciens collaborateurs à la technique, s'entourant de Thierry Arbogast à la lumière, avec qui il travaille depuis Nikita, mais aussi d'Olivier Beriot pour les costumes avec qui il a notamment travaillé sur la trilogie Arthur.

Pour les décors qui occupent une place prépondérante, le réalisateur a fait appel à Hugues Tissandier (Jeanne d'Arc, la trilogie Arthur ):

"Nous avons travaillé, comme à chaque fois, sur des maquettes de décors assez petites. Le fait de préparer sur des volumes réduits permet de mieux définir les angles de la caméra. On s’aperçoit rapidement si les plafonds sont trop hauts, trop bas, les murs trop loin les uns des autres. Hugues utilise à présent le numérique pour préparer et pré-visualiser ses décors. Cela me permet de m’y balader virtuellement, de définir les axes de tournage, d’affiner mes choix de focales très en amont. Nous faisons aussi des économies grâce à cette nouvelle technologie dans la mesure où nous réduisons la construction des décors à ce qui sera filmé. Notre travail de recherche a été facilité par l’abondance de documents sur l’Egypte et par la collaboration précieuse de Tardi qui nous a ouvert sa bibliothèque personnelle. Jacques possède un appartement rempli d’ouvrages et de documents d’époque et Hugues a passé beaucoup de temps avec lui. Je crois que Tardi a été assez impressionné par la qualité de notre travail si j’en juge par sa réaction lorsqu’il a découvert l’appartement d’Adèle. C’était une scène très émouvante. Jacques arrive sur le décor et pénètre dans l’appartement d’Adèle qu’il a donc dessiné et tout à coup, Adèle / Louise en costume vert avec son chapeau à plumes vient à sa rencontre et lui tend un livre d’Adèle qu’elle venait de lui dédicacer. C’était vraiment un beau moment."

 

 

 


"Comme quoi l'argent ne fait pas toujours le bonheur Aziz..."

dixit Adèle.

 

Tardi raconte que le personnage d'Adèle Blanc-Sec lui est venu en tête avant tout parce qu'il n'y avait pratiquement que des héros masculins dans l'univers de la bande dessinée, hormis quelques exceptions comme Barbarella, dans un registre érotique, ou encore Bécassine. Il raconte ainsi comment il a construit le personnage de femme émancipée et moderne qu'est son Adèle:

 

"J’ai par ailleurs toujours été très intéressé par le roman-feuilleton dont la grande époque se situe à la fin du XIXe, début du XXe siècle. Un des plus célèbres romans-littéraires parus en 1910 est Arsène Lupin par exemple. Du coup, j’ai décidé que mon héroïne serait contemporaine de ces années là. La question était aussi de savoir ce qu’elle allait bien pouvoir faire comme métier (...) elle pouvait faire le même métier que moi et transposer en 1910, elle serait feuilletoniste. On la voit de temps en temps sur sa machine à écrire, on la voit chez son éditeur, elle en parle et même si, au bout du compte on la voit très peu travailler, cela nous donne une indication sur son style et son niveau de vie. Elle n’est pas une grande bourgeoise, elle travaille, c’est une femme émancipée, une femme résolument moderne qui n’a pas du tout la mentalité des femmes de cette époque. Enfin, il me fallait un décor de base. J’utilise les lieux de Paris car j’aime les dessiner. J’aime beaucoup les musées car ils m’inspirent et en particulier le jardin des plantes avec sa verrière, ses vitrines et tout le bazar scientifique qu’il renferme. Dès lors, j’avais mon personnage et le point de départ d’une histoire : le jardin des plantes et bien avant Jurassic Park et Indiana Jones je précise, un œuf de ptérodactyle vieux de 136 millions d’années qui allait éclore et semer la terreur sur le Paris de 1900."

 

 

Cela faisait dix ans que Luc Besson souhaitait acquérir les droits d'adaptation de la bande dessinée de Tardi. A l'époque, ils avaient été cédés à un réalisateur de renom mais le projet n’a jamais vu le jour. Lorsque le réalisateur a appris que les droits étaient de nouveau disponibles, il a immédiatement proposé de les racheter.

 

 

 


 

"L’Adèle de Luc est un peu moins antipathique que dans la bande dessinée. Elle est plus humaine, elle a une vraie sensibilité. Au fil de l’histoire, on se rend compte qu’il y a des choses qui la blessent, qu’Adèle a des failles qu’elle essaye évidemment de dissimuler. Elle est opiniâtre, effrontée, touchante, franche et elle a beaucoup d’humour. C'est une sorte d'Indiana Jones au féminin. Tout au long du scénario, elle vit des aventures rocambolesques comme chevaucher un ptérodactyle, réveiller des momies, naviguer sur le Nil dans un sarcophage, sauver le Président de la République et traverse des moments plus intimes, plus émouvants, avec sa sœur notamment. C’est agréable de jouer une héroïne aussi physique et aussi courageuse. C’est rare dans ce genre de cinéma. Les femmes sont plus souvent les faire-valoir des hommes. Elles répondent à des stéréotypes, elles sont les passe-plats du rôle principal qui est la plupart du temps masculin. Dans le film de Luc, il y a une héroïne qui contrôle l’histoire du début à la fin. C’est un vrai beau rôle !"

 

 


 

 

Tardi avoue s'être inspiré de Fritz Lang pour le côté fantastique de son œuvre ainsi que de Jules Verne pour son côté " bricolage et inventions", ce qui explique une ambiance poético-scientifique, ainsi que "des histoires délirantes qui ne tiennent pas debout mais dans lesquelles on se laisse embarquer de manière presque enfantine".

La productrice Virginie Besson-Silla, explique la nécessité pour Besson et elle-même d'impliquer Tardi dans le processus d'écriture du scénario afin de rester davantage en cohérence avec sa bande-dessinée:

" Luc avait son idée en tête de l’adaptation et des éléments cinématographiques qui se devaient d’exister dans le film. Néanmoins, il tenait à ne pas dénaturer l’oeuvre de Tardi avec qui nous avons organisé quelques séances de travail, la question étant de savoir ce que Tardi voulait voir à l’image. Cela étant, Luc voulait aussi étoffer le personnage d’Adèle et la rendre plus émouvante. C’est une des raisons pour laquelle il a intégré le personnage d’Agathe, la soeur d’Adèle. L’écriture a été assez rapide, il faut dire que Luc avait ce projet en tête depuis dix ans ! Tardi a aimé le scénario dès la première lecture. C’était essentiel pour nous qu’il ne se sente pas trahi et qu’on ne dénature pas son oeuvre".

 

Le dessinateur a été également sollicité durant le tournage du film :

"Dès la préparation, Hugues Tissandier, le chef décorateur, et Olivier Beriot, le créateur des costumes, sont allés chez Tardi pour consulter ses archives et s’imprégner de son univers. Pendant le tournage, Tardi est venu régulièrement voir les décors qui se montaient et nous donner ses remarques".

De la BD au film

L'adaptation d'une bande dessinée au cinéma est un pas de géant qui exige de faire des choix. La productrice Virginie Besson-Silla, revient sur la façon dont l'adaptation des aventures d'Adèle a été abordée: "Je pense qu’au départ, il est essentiel de jauger les éléments qui nous font aimer la bande dessinée et qui la rendent unique. Il faut ensuite élaborer la structure narrative d’un long métrage et déterminer toutes les scènes de la bande dessinée que l’on veut garder. Pour Adèle, nous nous sommes attachés à conserver les personnages de la bande dessinée avec leurs physionomies tellement particulières, les décors incroyables, l’ambiance et nous avons pioché dans différents albums.…".

 

 

 


Elle en a dressé des plus coriaces, Mam'zel Adèle!!

 

 

 

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Le chalet du cycle au Bois de Boulogne vers 1900, peinture de Jean Beraud; musée Carnavalet, Paris.

 

AH! LA BELLE EPOQUE!

(1890-1910)

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Il existe deux images de la Belle Époque: celle qu'ont forgée les souvenirs idéalisés des Français après la boucherie de la Grande Guerre; celle que nous impose la vérité de l'Histoire.

1900, c'est Maxim's, l'Exposition Universelle,  la paix depuis trente ans, les flonflons des Polkas, la première ligne du métro, la rente à 3,5% la douceur de vivre et une certaine insouciance procurée par les progrès des techniques et des sciences, l'homme qui peut finalement se passer de Dieu...

L'autre Belle Époque, celle de l'histoire, ne lui ressemble que de fort loin.

C'est l'Affaire Dreyfus qui divise encore plus les Français, dont beaucoup sont royalistes de coeur, l'Etat qui se dégrade dans le laisser-aller, l'amertume  et l'humiliation après la défaite de 1871, une Alsace-Lorraine annexée par une Allemagne puissante, fière  et prestigieuse. En attendant la revanche, on regarde vers d'autres horizons: l'Afrique, l'Asie où la France veut se tailler un Empire colonial.

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Et si une partie de la jeunesse dorée, poétique et rêveuse, fait ses délices de ce qu'il est convenu d'appeler "l'esprit fin de siècle" ("Nous nous regardions mourir soignant notre attitude"), toute une jeunesse s'élance à l'assaut de la planète...La deuxième Révolution industrielle donne du travail à des ouvriers et ouvrières qui ne partent jamais en vacances et n'ont qu'un jour de repos dans la semaine. Enfin, la Belle Époque, c'est aussi la confirmation du combat pour la justice sociale, inscrit dans le cadre du triomphe de la bourgeoisie, celle-là même qui fit la Révolution de 1789 mais qui peine toujours à partager le produit de la richesse et à payer l'impôt sur leurs revenus souvent colossaux.

Au service de la grande et petite bourgeoisie, la police doit affronter un nouvel et redoutable adversaire: l'anarchiste. Les meurtres et les attentats en milieu urbain sont sa spécialité...

 

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Les laveuses; Abram Jefimowitsch Archipow (1862-1930) Russie, 1901.

Cette peinture montre le labeur harassant et sous-payé de certaines femmes en milieu urbain,  à la Belle Époque en Russie; mais la même scène aurait pu se rencontrer en France

où la durée maximale de travail des adolescents de treize à dix huit ans et des femmes est ramenée à partir du 2 novembre 1892 de douze à onze heures  par jour. Les femmes et les adolescents devront, en outre, disposer d'un jour de repos par semaine.

 

 

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Sous-titre: "L'Apache est la plaie de Paris: plus de 30 000 rôdeurs contre 8000 sergents de ville".

 

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Un des premiers attentats anarchistes en 1891: il vise le commissariat de police de la rue des Bons-Enfants à Paris.

Les forces de l'ordre républicain sont sur les dents...

 


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Après la courte période de calme qui suit les élections de 1889, le scandale de Panama et les attentats anarchistes dominent la vie du pays de 1892 à 1894...

 

"Dieu, c'est le Mal; la propriété, c'est le vol!".

Et par comble de malheur, Caponi aime les oeufs durs...

 

L'idéologie anarchiste, internationaliste, issue du socialisme avec Joseph Proud'hon (1809-1865) est contenue dans ce slogan qui condamne les deux fondements de la société du XIXème siècle.

Cette idéologie nihiliste eut pour théoriciens les russes Bakounine et Tropotkine puis les Français Elisée ReclusMalatesta ou Jean Grave. Dés 1876, les anarchistes prônent " la propagande par le fait"; puisque la société est décidément bien mal construite, ils vont procéder à coups de "reprises individuelles", c'est-à-dire en volant et en tuant. La misère persistante, le conservatisme "petit bourgeois" de la IIIème République et ses scandales politico-financiers expliquent la vague d'attentats anarchistes contre les biens et contre les personnes, que connaît la France dans les années 1892-1894. Puis, dès 1895, s'opère un chagement: l'engagement dans les syndicats et le militantisme auprés des "travailleurs", ceux qui ne vivent pas de leurs rentes.

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Le président Sadi Carnot et le tsar Alexandre III scelleront par une poignée de main historique l'accord signé en décembre 1893 entre la France et la Russie.

Les deux chefs d'Etat mourront assassinés...

 

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Le pont Alexandre III à Paris est inauguré par le tsar Nicolas II en 1896.


 

L'Alliance franco-russe: la petite  III ème République s'allie avec le géant de  l'Autocratie.

 

Surprise! Avant 1914, l'Europe la plus moderne est constituées de monarchies soutenues par des aristocraties dynamiques...

 

La convention militaire est signée le 17 août 1892; elle équivaut à une alliance encore secrète qui stipule que les deux pays se soutiendront mutuellement en cas d'attaque de l'Allemagne qui s'est dangereusement rapprochée de l'Autriche-Hongrie. Il y a désormais deux blocs d'alliance en Europe: tout est prêt pour la déflagration de 1914...

Pendant des decennies, la propagande soviétique a déformé la réalité de la Russie prérévolutionnaire, proclamant sa prétendue arriération économique et sociale. Un examen rigoureux des faits et des statistiques confirme au contraire ce que les analystes impartiaux savaient dés l'époque de Boris Souvarine (1895-1984; historien, essayiste, journaliste russe): loin d'être un pays  retardé ou totalitaire, la Russie à la veille de 1914 est depuis dix ans un pays en plein essor: démographique d'abord mais qui occupe déjà la cinquième place dans le monde pour la production économique et la première pour la production industrielle, battant tous les records mondiaux avec une croissance moyenne de 10% par an entre 1898 et 1913, ce qui explique les tensions sociales dans cet immense empire. La production d'acier est multipliée par cinq et les chemins de fer connaissent une progression titanesque aboutissant à 70 000 kms de voies dés 1914: le spectaculaire transsibérien est achevé en 1902.

Le servage est aboli (3 mars 1861) avant l'esclavage dans le sud des Etats-Unis où il faudra pour cela cinq années de guerre civile impitoyable.

Ce dynamisme s'accompagne d'une extraordinaire effervescence intellectuelle et artistique. Pendant que l'Occident émerveillé  découvre avec retard  les immenses génies de la seconde moitié du XIXème  siècle, Dostoïvski, Tchaïkovski ou Rimsi-Korsakov, une autre génération est déjà à l'oeuvre: celle des Scriabine et des Stravinski, des Biély, Blok, Bounine, Brioussov ou Andreiev, dont la "modernité" ne le cède en rien à celle  de la France, et qui vaudra à cette époque l'appellation d' "âge d'argent"...

 

 

 

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  28 juin 1894, le président de la République Sadi Carnot est assassiné à Lyon par un anarchiste italien.


D'autres attentats sont perpétrés : le 12 février 1894, une nouvelle bombeest lancée au Café Terminusde la Gare St Lazare à Paris, faisant de nombreuses victimes.

Le 24 juin suivant, le Président de la République Sadi Carnot -celui qui avait signé l'Accord franco-russe- arrive à Lyon pour inaugurer les fêtes de l'Exposition du Parc de la Tête-d'Or; à 9h du soir, se rendant à une représentation de gala, il traverse la ville en voiture, lorsqu'il est poignardépar un anarchiste italien de vingt et un ans, Jeronimo Caserio. Ce dernier voulait venger l'exécution de Vaillant, un autre anarchiste qui avait lancé une bombe à la Chambre des Députés.

Le 25 juin est un jour de deuil mais aussi de colère dans tout le pays où quelques excités pillent les boutiques italiennes.

A la suite de ces attentats, les forces de police sont considérablement renforcées...

 

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Les Français (et les Françaises) des années 1890 découvrent les joies du sport; cette mode vient d'Angleterre où les jeunes aristocrates, étudiants dans les plus prestigieuses universités, s'affrontent au rugby, au football au polo, à la boxe anglaise et au tennis.

C'est alors que les premières compétitions sportives sont organisées sur le modèle anglais. La grande bourgeoisie et l'aristocratie européennes sont passionnées de tennis, d'équitation, de golf ou d'escrime avec des variantes selon les pays: en France les jeunes gens pratiquent la boxe française ou savate; mais un des sports préféré est la bicyclette...

 

Dés 1880, un élève de l'Ecole alsacienne , Jean Charcot, crée avec quelques camarades une société de football; des élèves du Lycée Condorcet , de l'Ecole Monge et du Collège Rollin fondent, en 1882, le Racing Club, Société de course à pied.Deux ans plus tard, les Lycéens de St Louis  les imitent avec le Stade français.Les deux sociétés athlétiques s'unissent en 1887 dans l'union française des sports athlétiques, présidée par le baron  Pierre de Coubertin (1863-1937).

Dés 1888, Coubertin songe à remettre à l'honneur la compétition internationale des Jeux Olympiques. En 1894, lors d'un congrés à la Sorbonne, il réunit les représentants de quatorze nations. La décision officielle du rétablissement des jeux est adoptée; il est précisé qu'ils auront lieu en Grèce pour renouer symboliquement avec la tradition. Grâce à une souscription publique publique et avec l'aide d'un riche grec, Averof, le stade Périclès est reconstruit en 1895 et accueille dés l'année suivante les premiers Jeux olympiques modernes.

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Leyendecker, 1910; USA.

 

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Taking the count,Thomas Eakins (1844-1916); England.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Le boxeur triste" de Konstantin Somov, 1916; Russie.

 

 

 

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Leyendecker, 1907;USA.

 

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Affiche de Toulouse-Lautrec pour les cycles Michaël; 1896.

 

 

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Course du Mont Ventoux (Vaucluse); France, 1900.

 

Premiers internationaux de France de tennis en 1891; premier Championat de Rugby en 1892; de Football en 1894; première course de ski féminin dans les Alpes en 1893... Le sport connaît un essor sans précédent au cours de la décennie 1890.

De nouvelles "machines" apparaissent : la bicyclette, mise en vogue dans tous les milieux par les compétitions. De nouveaux journaux s'en font l'écho: Le Vélo qui devient L'Auto-Vélo, puis L'Auto, dont le directeur Henri Desgrange, est à l'origine, en 1903, du premier Tour de France, compétition rapidement populaire. Bientôt, Paris compte quatre vélodromes: Parc des Princes, Vélodrome d'Hiver, Buffalo et piste d'été de Vincennes.

Des courses automobiles sont organisées: Paris-Versailles en 1886, Paris-Rouen en 1894, Paris-Bordeaux-paris en 1895; très suivies, elles montrent les progrés en matière de vitesse: en 1900, Charron atteint 60 km/h de moyenne sur Paris-Lyon, en 1901, Fournier, 90 km/h sur Paris-Bordeaux.

Les Européens en général et les Français en particulier se passionnent enfin pour l'aviation naissante et les exploits de Louis Blériot ou de Roland Garros.

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Louis Blériot (1872-1936); ingénieur "touche-à-tout" comme il y en avait tant à cette époque: il améliore les automobiles, les bicyclettes, les avions...

 

 

 

La Grande-Bretagne et l'Allemagne se disputent la suprématie maritime dans les domaines civils et militaires; pour satisfaire une clientèle de voyageurs de plus en plus  exigeants, ce sont les seules puissances industrielles capables de rivaliser en gigantisme, en rapidité et en confort luxueux pour atteindre l'Amérique.

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"Bremen", Allemagne; 1910

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Riesendampfer VATERLAND 1913"Vaterland" , Allemagne;1913

 


Adriatic (1907)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Adriatic"; GB, 1907

 

 

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"Le Café parisien" à bord du Titanic.

 

Titanic before departure Southampton

 

"Titanic", GB; 1912

 

Mademoiselle Blanc-Sec s'embarqua sur le Titanic: elle est morte Adèle?!?!

 


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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 15:07

 

 

 

  France Bernadette Sagols panorama sourire

 

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  "On ne m'a pas demandé de vous convaincre, on m'a demandé de vous le dire".

 

 

 

 

Entre les mois de février et juillet 1858, dans la Grotte de Massabielle, la Vierge est apparue dix-huit fois à Bernadette Soubirous, petite fille misérable de Lourdes. Une véritable "révolution" mariale qui, au cœur du Second Empire (1852-1870) , scientifique et industriel, miltaire et conquérant, positiviste et sceptique, bousculera l’ordre établi par son message universel d’amour et de prière.

 

"Dieu ne se révèle qu'aux petits".

 

 

France-Bernadette-Sagols-panorama-sourire.jpgLe Ciel

 

 

 

France-Bernadette-Sagols-panorama-angoisse.jpgLa Terre

 

 

 

 

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L'Eau

 

 

 

 

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Le Feu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est un projet que vous avez initié, un personnage qui vous attirait, une histoire qui vous interpellait ?

Absolument pas, c'est un projet qui s'est présenté de façon indirecte à l'origine, par le biais d'un ami qui avait déjà produit en 1987 le film de Jean Delannoy, Bernadette. Comme il y avait eu en 1943 le film de Henry King, Le chant de Bernadette, avec Jennifer Jones, il s'est dit qu'il fallait revenir sur ce thème régulièrement, se tourner vers une nouvelle génération ne connaissant pas ou peu Bernadette Soubirous. Pour différentes raisons qui me sont personnelles, je me suis alors demandé ce que j'allais pouvoir proposer, ce qui m'intéressait de montrer au travers de ce personnage. Je ne voyais pas comment me positionner par rapport à ce sujet. Il était hors de question pour moi de reprendre le scénario de Jean Delannoy, je voulais tourner un nouveau film. Je leur ai proposé d'écrire un scénario avec Serge Lascar, de raconter ce récit à notre manière, de sortir du conte et d'imposer notre opinion, tout en respectant la symbolique de cette figure de la religion.

 

 


 

 

Quelle fut alors votre approche, que vouliez-vous faire ressortir de cette histoire ?

Il y a une phrase qu'elle a prononcée qui nous a beaucoup frappé: « Je ne suis pas là pour vous faire croire, je suis là pour vous dire ». Ce n'est pas un prêche, elle ne s'est pas servie de sa vision, elle ne l'a pas revendiquée pour se mettre en avant et pour imposer sa parole. Elle a simplement raconté ce qui s'était passé. Elle a parallèlement précisé « qu'un miracle ne s'explique pas, il se vit ». Nous sommes partis du postulat que c'est elle qui fait vivre cette histoire, qu'elle en est le moteur et nous nous sommes beaucoup centrés sur la façon dont elle a affronté l'opinion, les pouvoirs publics et l'église, à une époque où Napoléon III venait de promulguer un arrêté sur les écoles défendant la laïcité. Cette histoire a du coup pris une ampleur extraordinaire et Bernadette a défendu avec force sa position. C'est peut-être cela le miracle, cette force qu'elle ne pouvait pas avoir naturellement, à travers quelque chose qu'elle a ressenti. Est-ce effectivement de l'ordre du ressenti, est-ce une vraie vision ? Je ne suis pas là pour y répondre, je ne le sais pas. Ce qui nous intéressait, c'était cette volonté qui fut la sienne, je ressens quelque chose, je vois quelque chose, je vous le dis, point final et ne cherchez pas à me perturber, ne cherchez pas à vouloir me faire dire le contraire.

 

 

 


 

 

Sur quels éléments vous êtes-vous appuyés pour construire le scénario ?

Tout est réel, nous nous sommes reposés sur les huit livres écrits par l'abbé Laurentin. Il a consacré une grande partie de sa vie à recueillir tous les documents existants autour de cette histoire, il a tout décortiqué, avec une grande honnêteté, sans passer sous silence certains faits, notamment, par exemple, les réactions des religieuses qui se sont montrées assez violentes à l'égard de Bernadette lorsqu'elles l'ont recueillie. La seule chose que nous avons redessinée par rapport à la réalité, ce sont les personnages des deux journalistes. Nous voulions représenter, au travers de leur présence, une forme d'actualité, un agnostique, un trublion face à un jeune qui sera bouleversé par Bernadette, dont la présence le renvoie à sa propre histoire. Cette parenthèse nous permettait également de montrer comment la « folie » et la dépression étaient alors traitées. Ces deux journalistes nous donnaient également la possibilité de répondre à certaines questions que l'on peut se poser, comme se demander logiquement si sa vision n'était pas tout simplement une forme de transe.

 

 


 

 

 

Vous avez été surpris, saisi par cette destinée atypique ?

Complètement et j'ai été saisi surtout par le tempérament de Bernadette, c'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de raconter son histoire. Aujourd'hui nous perdons de plus en plus nos repères, et pas seulement nos repères religieux. Bernadette n'avait pas l'instruction voulue pour ancrer sa vision dans la structure de la religion, elle disait d'ailleurs avoir vu une « dame », pas la vierge et j'ai été surpris par sa volonté, sa position face à ceux qui ont tenté de la faire plier, qui ont été submergés par ce qu'elle leur lançait en pleine figure. Elle a tenue tête à l'église, qui, analysant un miracle, ne savait pas comment le gérer, aux pouvoirs publics, au commissaire qui voit sa commune de 4000 habitants envahie par une horde, prés de 500 000 personnes, au procureur du Roi, qui a reçu l'ordre formel de tout faire arrêter. Comment pouvaient-ils se comporter face à elle, pouvaient-ils recevoir sa vision ? Elle est toujours restée ferme face à eux, leur a renvoyé son regard perçant et je pense que sa force a beaucoup troublé ceux qui l'ont approchée. En ce sens c'est un personnage puissant et c'est sa conviction qui nous a motivé avec Serge, l'envie de dire aux jeunes d'aujourd'hui ne déviez pas, allez jusqu'au bout de vous-même, de vos envies, de vos projets. Alors que Serge est juif et que si j'ai reçu une éducation catholique, je ne suis pas pratiquant, nous avons été littéralement portés par cette figure, par cette histoire et les incroyables pistes qu'il en ressortait. C'est un personnage qui dépasse les codes de la religion.

 

 


 

 

Par rapport à la religion justement, par rapport à votre propre position, comment avez-vous tranché la problématique des visions de Bernadette, leur représentation ?

Nous en avons beaucoup parlé avec toute l'équipe. Henry King a choisi de montrer ces visions, Delannoy les a contournées. Nous avons imaginé les projeter au travers de ses yeux, mais c'était une approche trop personnelle. Nous avons finalement choisi de les placer dans une sorte de grande blancheur, une lumière violente. Je ne voulais pas tricher sur son regard, vraiment montrer qu'elle voyait quelque chose que les autres ne voyaient pas. Ne rien montrer sous-entendait que nous partions du principe qu'elle ne voyait rien, ce qui me gênait dans le film de Delannoy. Je voulais la faire entrer dans une forme de transe, ce qui marchait assez bien dans le film d'Henry King, mais leur approche me semblait également beaucoup trop réaliste.

 

 

Qu'est-ce que vous recherchiez au-delà comme atmosphère générale ?

     

Nous avons tourné au  
Portugal où nous avons, presque naturellement, trouvé cette atmosphère d'époque que nous ne pouvions recréer avec des décors. Je ne recherchais pas forcément une forme de froideur, plus un éclairage assez tamisé, lié à ces atmosphères issues de l'éclairage des bougies. Pour l'ambiance musicale je recherchais une certaine forme de lyrisme.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à choisir Katia, qu'est-ce qui vous a séduit dans sa personnalité ?

Elle avait un côté tranché, buté qui me plaisait. Elle est très carrée et en même temps convaincue. Je la voulais dans son naturel, sa simplicité, je lui ai juste demandé de s'approprier une forme de gestuelle physique. Ce qui m'a séduit c'est son regard, il fallait que l'on ressente une forme de magie et devant la grotte elle est lumineuse. C'est intéressant qu'elle ne soit pas connue, il ressort d'elle une innocence, elle apparaît soudainement, comme Bernadette, elle surgit sur nos écrans.

Qu'est-ce qu'il vous reste de cette aventure ?

 

 


 

J'ai changé, vraiment, sur un plan personnel. Je ne peux plus rester indifférent aujourd'hui à ce que propose l'histoire de cette fille. Pour moi Lourdes c'était Mocky, du mercantilisme... Lorsque je suis allé à Lourdes pour les premiers repérages, j'étais avec les producteurs, il faisait très chaud, nous nous sommes assis en fin de journée et nous avons vu tout un cortège de malades, poussés par des jeunes, qui remontaient de la procession. Ils sont passés devant nous et nous avons été stupéfiés par leur sourire, par les signes de bonheur qu'ils       nous adressaient. J'ai eu le sentiment que c'était ça le vrai miracle de Lourdes, ce qu'il reste de Bernadette, cette intensité, cette vigueur qu'elle avait en elle, qu'elle insuffle à ces personnes, croyantes ou non croyantes.

Propos recueillis par Sophie Wittmer

(in excessif)

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...Jeudi 25 février;

 

"Alors le boiteux bondira comme le cerf et la langue des muets sera déliée...Parce-que les eaux se sont répandues dans le désert...".

 

A l'aube, il y a encore quatre ou cinq cents personne à Massabielle: des ferventes, comme Emmanuélite Estrade , des sceptiques bienveillants, comme son frère des négateurs malveillants, comme Mme Jacomet, la femme du commissaire.

Melle Lacrampe, -Elfrida- était, elle, une femme de tête, et pieuse avec sévérité. Elle estimait "peu recommandable" l'entourage de Bernadette, et les Estrade durent beaucoup insister d'aller voir avant de juger.

De prime abord, tout lui déplut; surtout que Bernadette fendit la multitude en disant: "Laissez-moi passer"! d'un ton que plus d'un trouvait impatient...

Il faut reconnaître que, pour un esprit prévenu, critique, coriace, le 25 février, en apparence, n'était pas un bon jour. Ce jour-là, à genoux, Bernadette se mit à gravir et à redescendre la pente qui menait à l'intérieur de la grotte. "Je ne vis là qu'une agitation ridicule, car elle me semblait sans objet", commenta Elfrida, tandis que d'autres témoins étaient touchés aux larmes par la dignité que gardait l'enfant.

La grotte n'était pas alors aussi profonde qu'aujourd'hui: du sable amoncelé, obligeaient à se plier en deux pour qui voulait y pénétrer. C'est pourquoi Bernadette s'arrêta; elle regarda alors du côté de l'Apparition qui se tenait dans la cavité communiquant avec la niche. Alors, on la vit se courber jusqu'à terre, gratter le sol, et reparaître le visage barbouillé de boue....

La foule poussa un "oh...!" consterné. Et quand elle arracha trois touffes d'herbe qu'elle mâcha et avala. Des femmes se voilèrent la face avec leurs mains.

 

 

"On la vit s'essuyer avec un mouchoir, d'autres disaient avec son jupon et revenir à sa place : "Elle est folle!...".
Les plus bienveillants éprouvaient une tristesse profonde: quoi, ces sourires, la petite figure ordinaire transfigurée en visage céleste, les beaux récits, le majestueux signe de croix, tout cela n'était-il que dérangement de l'esprit? 
Quant aux malveillants, ils triomphaient.
Rien ne manqua de ce qui pouvait fournir argument à leur malignité: lorsque Bernadette se fut à nouveau agenouillée, elle glissa la main sous son serre-tête et se gratta longuement et ostensiblement; en fait, la vermine pullulait dans le cachot qui servait de logis aux Soubirous.
Melle Elfrida fit remarquer ce geste à Melle Emmanuélite: " Et vous voudriez me faire croire que cette fille-là voit la Vierge!"."
in Bernadette; Marcelle Auclair, 1977, Bloud & Gay, Paris.

 

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Chasse de Bernadette à Nevers 

 

 

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