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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 17:03





LA GUERRE AU CINÉMA


Entre 1954 et 1962, plus de deux millions de soldats français ont participé à la guerre d'Algérie.
Pourtant, la Guerre d'Algérie n'est pas un bon sujet: la tyrannie de la pensée unique et de la repentance impose la mauvaise conscience et non pas la censure mais, encore plus efficace, l'autocensure...

Benoît Magimel et Albert Dupontel. Thibault Grabherr / S.N.D.
L'ennemi intime


De leur côté, les Américains ont été assez audacieux pour parler de la guerre du Viet Nam à travers de nombreux films à succès.






Marine gunner John Wilson, shouldering a rocket launcher, was part of a Marines reconnaissance  force. He was killed in action twelve days later. (LIFE)
 


Alors que les films sur la guerre du Viet Nam ne contestent nullement le bon droit pour les États Unis de lutter contre le Communisme, les films sur la guerre d'Algérie militent, sans vergogne, contre le bon droit de la France et des Français.
Excepté Le Vent de la Toussaint (1991), aucun ne montre les drames des Musulmans et des Européens. Pas un ne montre combien les Pieds Noirs furent trompés et les Harkis abominablement abandonnés...




Pourtant, le public fait un triomphe aux Centurions (1966) de l'Américain Mark Robson, d'aprés le roman à succés de Jean Lartéguy: les causes du conflit restent indiscernables; pas de jugement, et un courage admirable des deux côtés...

Côté américain, on ne fait pas trop d'efforts pour démythifier la guerre du Viet Nam: au contraire, globalement, le cinéma américain construit toute une mythologie sur la guerre du Viet Nam, comme il l'avait fait avec la conquête de l'Ouest, la Guerre de Sécession, le débarquement de Normandie ou la guerre contre les Japonais...



Affiche française. Zoetrope Studios





Sur la cinquantaine de films traitant du Viet Nam, très peu s'interrogent sur le bien-fondé de cette guerre. Ils montrent que "l'Amérique a perdu cette guerre, non parce-qu'elle était injuste, mais parce qu'elle était folle".








En bref, à travers son cinéma, l'Amérique s'est réconciliée avec elle-même; à travers le sien, la France officielle, malade de toutes ses guerres civiles depuis 1789, n'a fait que se déchirer un peu plus...


(A suivre...)


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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 08:28
Le Japon.




La Vague de Hokusaï (1760-1849)


L'ère Meiji qui débute en 1868, marque la naissance du cinéma japonais.
 

 


L'Empereur Mutsuhito (3 nov.1852-30 juil.1912)



Trés intéressés par toutes les nouveautés techniques, les commerçants importèrent en 1896 le kinétoscope, puis le vitascope d'Edison.
L'année suivante arrivait le cinématographe des frères Lumière. Dés 1897, des documentaires sont tournés sous la tutelle d'ingénieurs américains ou français, comme Geler.




Mais le mode de représentation occidental ne correspond nullement à celui des Japonais.
Au Japon, l'extrême stylisation des théâtres no et kabuki, la dissociation entre texte et action dans le bunraku (théâtre de marionettes), l'art du commentaire dans le théâtre d'images (utsushie), vont en sens inverse.

 


Théâtre no:
Le jeu des acteurs est très codifié.

 

L'héritage de la tradition orale des conteurs et diseurs d'histoires (kodan et rakugo) pèsera lourdement sur les débuts du cinéma japonais: ainsi, l'institution du commentateur de films (benshi) s'attirera les foudres de l'avant-garde cinématographique pour avoir fait passer l'image aprés le commentaire.


 
Masque de no type obeshimi (démon maléfique)

 
Les repères occidentaux ne prévalent donc pas dans le cinéma japonais. Ozu Yasushiro, possédant pourtant parfaitement la technique occidentale, est connu pour ses faux raccords de regards, ses angles aberrants, sa technique de désorientation spatiale.
Dans des films comme
Zigeunerweisen de Suzuki Seijun (1980), la rationalité et la science occidentale sont mises à mal à travers une technique qui leur est irrémédiablement liée.
Ce n'est pas le moindre des paradoxes que le cinéma japonais a dû soutenir...

Citons quatre réalisateurs qui ont marqué le cinéma japonais des débuts:

Kenji Mizogushi
Yasujiro Ozu
Mikio Naruse

Hélas, il ne reste pratiquement plus rien du cinéma japonais d'avant guerre... C'est tout un pan de la mémoire du cinéma qui a été détruit sous les bombes...
 



 
Je vous conseille de lire, si cela vous intéresse, les excellents articles concernant les débuts du cinéma japonais sur le site  séances

Signalons quelques chefs-d'oeuvre où la calligraphie la plus pure a su se mettre au service des vertus héroïques traditionnelles:

Les 47 Ronins (1942)
L'Intendant Sansho (1954)
Le héros sacrilège (1956)
Les Sept Samouraïs (1957)
Le détachement féminin rouge (1961)
Kagemousha (1980)
Adieu ma concubine (1992)

 
Alive
 
Kagemusha

Alive


 

 

 

 

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 16:39
Au commencement était l'Histoire.
 
Charlton Heston. Collection Christophe L.
 
Tout comme l'imprimerie au 15 ème siècle avec les premières bibles imprimées en série,quand le cinématographe, à ses tous débuts, voulut traiter un grand sujet, ce fut La Passion (1902), un sujet fondateur de la civilisation judéo-chrétienne à laquelle nous appartenons. Puis,devenu le Septième Art, il produisit sa première oeuvre, intitulée L'assassinat du duc de Guise (1908), précurseur d'un genre promis à un bel avenir. C'était à Paris que cela se passait...
Il y eut ensuite des chefs d'oeuvre oubliés, mais qui eurent tous leur heure de gloire auprés d'un public enthousiaste: Les Enfants d'Edouard; Un duel sous Richelieu; Les Dragonnades sous Louis XIV; Judith et Holopherne; la Fille de Jephté; Hérodiade; Le Siège de Calais; Cadoudal; Le Mémorial de St Hélène; l'Affaire du Courrier de Lyon; Charlotte Corday; Camille Desmoulins; Quatre vingt treize, et j'en passe des dizaines d'autres, au risque de vous lasser, cher lecteur, de 1908 à la Première Guerre Mondiale. Le genre commença à s'essoufler, sans toutefois disparaître totalement .

La France.

Bien que pionnière en ce domaine, comme en tout ce qui touche au cinéma entre 1895 et 1914, la France perdit son premier rang et notre pays ne peut se vanter de ses créateurs au film historique.
Contrairement à ce que l'on pouvait prévoir, notre cinéma n'eut ni son Michelet, ni son Bainville.

Abel Gance fut à peu prés le seul cinéaste à témoigner d'un sens épique véritable: son Napoléon (1925-1927) demeure le plus grand film historique français.



Cette fresque de plus de cinq heures, pourtant prématurément interrompue, puisqu'elle s'arrête à l'entrée des troupes françaises en Italie, est portée par un souffle et témoigne d'un souci de précision historique dont on ne retrouvera jamais l'exemple chez nous.

 
Austerlitz (1960) du même cinéaste, n'égalera pas la première oeuvre historique, malgré quelques passages splendides.
La passion de Jeanne d'Arc (1928), l'autre grand film historique français du muet, est l'oeuvre d'un danois, Carl Dreyer.
Excepté à la rigueur Le miracle des loups (1924) de Raymond Bernard où Charles Dullin incarna un mémorable Louis XI; La merveilleuse vie de Jeanne d'Arc (1928) avec Simone Genevois jouant une Jeanne rayonnante et juvénile, et Le Bled (1929) où Jean Renoir fêtait le centenaire de la conquête de l'Algérie, il n'y a aucun titre à retenir pour la période muette.

Mais le bilan du parlant n'est guère meilleur...


 
Depuis soixante quinze ans, nos films historiques furent pourtant innombrables; mais aucune épopée digne de Napoléon...
Au milieu des productions françaises, une exception: Le Procés de Jeanne d'Arc (1961) de Robert Bresson.Un tel miracle est unique...

 
 
Citons Cyrano de Bergerac (1991) que j'ai vu et revu avec le même émerveillement une bonne dizaine de fois: j'y emmené tous mes amis, auxquels j'offrais la place, y compris mon camaradeThierry, sous-officier dans les paras qui n'aime que les Rambo et autres Vandamme. Il a beaucoup aimé et s'est trouvé tout retourné par la beauté des dialogues, des images et l'esprit pourtant précieux de la belle Roxanne(Anne Brochet)...

Et Christian était beau...

 
Citons
aussi...

Tous les matins du monde (1991); Saint Cyr (2000); Vent de Galerne (1988); Beaumarchais (1995) ou encore et surtout L'Allée du Roi (1995) qui aurait mérité le grand écran, dommage...
 








Isabelle Huppert. United International Pictures (UIP)
Saint Cyr

Isabelle Huppert et Jean-Pierre Kalfon. United International Pictures (UIP)

 

Heureusement, il y eut Jean renoir et Sacha Guitry que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître...
Au premier, on doit La Marseillaise (1938), un des grands films historiques français, étonnament objectif puisque tourné en plein Front Populaire ( c'était une commande officielle et donc un film de propagande).
L'année précédente, avec La Grande Illusion (1937), Renoir avait donné un film d'Histoire contemporaine sur la Grande Guerre, un chef d'oeuvre, car nourri de choses vécues par un cinéaste ancien combattant.

 



Jean Dasté, Pierre Fresnay, Marcel Dalio et Jean Gabin.


 
Avec Sacha Guitry, l'Histoire est sujette aux mots d'esprit; ceux que vous retenez toute votre vie et qui vous offrent le portrait fulgurant d'un personnage ou d'une époque...

Sacha avait une passion pour l'Histoire de France ( c'était pourtant un cancre mais façon aristocrate!) qu'il connaissait fort bien. Citons:

Les Perles de la Couronne (1937)
Remontons les Champs Elysées (1938)
Le Destin fabuleux de Désirée Clary (1941)
Le diable boîteux (1948)
Si Versailles m'était conté (1954)
Napoléon (1955)
Si Paris nous était conté (1956)

 

 
Il faudra attendre Eric Rohmer, avec L'Anglaise et le Duc (2001), pour savourer des propos aussi non conformistes sur la Révolution et la République.


 

 

 

 

Un Depardieu magistral pour un chef d'oeuvre du cinéma français

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 10:33
LE CINÉMA MUET AMÉRICAIN

"Le cinéma est la mise en œuvre du hasard"
Antonin Artaud












Soldats australiens ; Ypres 1917



En 1914, la Première Guerre Mondiale éclate, provoquant un "suicide collectif "de l'Europe.

Les différentes écoles européennes chercheront alors des voies nouvelles, en marge de la suprématie matérielle et esthétique du cinéma américain.





En deux ans, grâce à deux films réalisés par D.W Griffith, le cinéma acquiert une maturité certaine. Naissance d'uneNation ( Birth of a Nation;1915) et Intolérance (1916) rassemblent toutes les qualités du spectacle et de l'intimité, de l'épopée, de la tension dramatique et de la contemplation. Ces œuvres cinématographiques inspireront toute une génération de cinéastes.

Intolérance est porteur de l'avenir du cinéma mondial.





La partie babylonienne et la Passion du Christ demeurent des modèles de composition plastique et d'exaltation de l'espace. La partie contemporaine contient en puissance tout le cinéma social à venir. La construction du suspense y est déjà très élaborée.
Paroxysme et synthèse, Intolérance de David W. Griffith demeure la suprême référence.





Naissance d'une Nation ou naissance du cinéma américain.





On trouve déjà dans ce film cette ampleur et cette fièvre de l'invention qui feront le succès universel des films
d'Hollywood.
L'Amérique a trouvé dans le cinéma son meilleur moyen d'expression, une sorte de caisse de résonances à l'échelle planétaire qui lui permettra de diffuser ses points de vue, son "way of life" et pas toujours par le "petit bout de la lorgnette"!









A "la guerre civile" fatale que se livrent les pays de la vieille Europe, la jeune Amérique affiche l'exemple de son unité cruellement gagnée à l'issue de la Guerre de Sécession.

Intervenant dans un conflit pour venir en aide à "ses cousins" européens, les Américains font figure de "grands frères protecteurs" qui ont payé l'impôt du sang. Dés lors, les États-Unis deviennent une superpuissance qui supplante les puissances coloniales européennes.



Premiers transports de troupes américaines en Europe; 1917.


La conquête de l'Ouest est à peine achevée que l'Amérique s'offre un miroir magique, précis et déformant, dans les studios d'Hollywood( le bois sâcré) bâtis hâtivement sur leur nouvelle Terre Promise, la Californie!

Là, se créent les films poursuites de Mack Sennet, qui révèlent le fabuleux besoin de dépense d'énergie de la civilisation industrielle qui s'affirme.
Le goût de l'efficacité, de la préparation méthodique,de l'expression juste et directe se retrouve dans le découpage technique des westerns de Thomas Ince: Pour sauver sa race (the Aryan, 1916), Carmen du Klondyke (1918).

Douglas Fairbanks incarne quant à lui, la magnifique santé d'un peuple jeune, sa bonne conscience et son sens de l'humour: Robin des Bois (Robin's Hood, 1922), Le signe de Zorro (The mark of Zorro,1920), Le voleur de Bagdad (The thief of Bagdad, 1924).
Que l'on ne s'y trompe pas, ses exploits acrobatiques sont aussi des figures de liberté.




Une des premières star du cinéma américain, Douglas Fairbanks est aussi un sex symbol.


AH! L'ÉPOQUE BÉNIE DE LA CENSURE A HOLLYWOOD!

Avant l'instauration, en 1934, du Code Hays encadrant la production de films, Hollywood n'hésitait pas à choquer (à des fins commerciales) en abordant les thèmes les plus sulfureux.
1921:San Francisco; la jeune actrice Virginia Rape est retrouvée morte chez Fatty Arbuckle,star du muet, accusé du meurtre avant d'être innocenté.
Un nouveau scandale à Hollywood, considéré comme un lieu de débauche.
Quelques années plus tard, en 1930, le sénateur William Hays donne son nom à un code de censure et prend la tête d'un Comité d'Autorégulation créé par les studios.
D'abord ignoré, le Code Hays est appliqué dès 1934 et prévoit quelques mesures fortes:
ne pas rendre les criminels sympathiques (anarchisme);éviter les gestes à connotation sexuelles (Puritanisme protestant).Bien sûr, la nudité est proscrite, tout comme les moqueries envers la Patrie et le religion.

Avant l'application du code, les cinéastes luttent contre la censure et n'hésitent pas à aborder les thèmes bannis.
Ainsi, dans "L'Ennemi public", le héros est un bandit, alors que dans "La Bête de la Cité", on voit des policiers mourir à l'écran; intolérable pour Hays et son comité! même des comédies musicales comme "Gold Diggers of 1933" de Mervin LeRoy, ou "Le Tourbillon de la danse", avec Clark Gable et Joan Crawford, sont jugées trop sensuelles.
Autre sujet qui fâche, la place de la femme dans la société: celle-ci doit se comporter comme une épouse modèle et non pas se laisser séduire (Puritanisme protestant, comme dans  "The Barbarian", de Sam Wood, ou dans "Vies privées", de Sidney Franklin, où deux couples se laissent aller aux joies du marivaudage.

Mentionnons aussi "La femme aux cheveux rouges", dans lequel la blonde Jean Harlow interprète une femme légère prête à tout pour réussir! Produit par la MGM, le film déclenche une tempête de protestations...sans effet puisque la Warner propose l'année suivante un film sur le même thème, "Baby Face".

Avec le temps, ce code sera de moins en moins appliqué puis deviendra obsolète pour être remplacé en 1968 par le système actuel de classification.





Jean Harlow et la naissance du mythe des Blondes.



(à suivre...)
 


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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 19:54
LE TEMPS DES PIONNIERS (1895-1914):




"Le cinéma est la mise œuvre du hasard"
(Antonin Artaud)
La première projection du cinématographe Lumière a lieu le 28 décembre 1895, au Grand Café, boulevard des Capucines à Paris.
Les frères Lumière ont emprunté le terme "cinématographe" à Léon Bouly, considéré par les historiens comme le véritable inventeur du cinématographe.



Les frères Lumière









Le nouvel art puisera abondamment dans le trésor dramatique, aussi bien théâtral que romanesque, du XIXème siècle finissant. Il lui empruntera sa puissance d'évocation liée à l'appétit de conquête d'une société industrielle en plein essor; il prolongera sa vocation à l'universel...

A l'aube du 20ème siècle, au moment où tous les arts se découvrent dans une impasse et doivent se soumettre à des mutations, le jeune cinéma voit s'ouvrir devant lui le plus vaste et le plus neuf des champs d'investigation.




En France, Louis Lumière se contente de cinématographier, comme il a toujours photographié, avec une science discrète de la composition. Il filme la sortie de ses usines, l'entrée en gare d'un train ( qui provoque la panique dans la salle), une baignade en mer, un bocal de poissons rouges...



Sortie des usines Lumière


Il envoie ses opérateurs à travers le monde filmer Venise ou la somptueuse cérémonie du Couronnement du Tsar
Nicolas II.


Nicolas II
Le dernier Tsar


Le cinéma permet désormais d'enregistrer un évènement, du plus mince au plus considérable dans sa durée propre. Le cinéma ne reproduit pas seulement le réel, il fixe à raison de 16, puis de 24 images/secondes des moments d'attention pure, exacte, singulière.
Jusqu'à Lumière, la réalité n'était que le modèle proposé à l'artiste. Dés ses premiers films elle change de fonction en devenant une matière, aussi digne que le marbre du sculpteur, la couleur du peintre, les mots de l'écrivain: le cinéma devient le 7 ème Art.

" Ecrire pour le cinéma, écrire des films, c'est écrire avec le vocabulaire le plus riche qu'aucun artiste ait eu jusqu'ici à sa disposition, c'est écrire avec la pâte du monde".




"Enchanter la vulgaire réalité":


Parallèlement, Georges Méliès poursuit par d'autres voies son métier qui est celui d'illusionniste. Il se sert du même appareil pour saper les vérités irréfutables établies par Lumière: les personnages apparaissent, disparaissent, se substituent les uns aux autres, voyagent " à travers l'impossible"...







"L'Automaboulof", tourné en 1904, emporte ses passagers dans le soleil puis retombe sur la Terre et s'enfonce dans l'océan, mais une explosion le ramène à la surface. La seule magie de la réalité découverte par Lumière ne suffit plus.







La fantaisie et la fièvre hallucinatoire qui emportent les films de Méliès visent avant tout à l'effet de surprise ou d'émerveillement, à l'effet d'émerveillement.
Avec les cinéastes anglais de l'école de Brighton, le cinéma découvre sa troisième fonction, celle du récit visuel. Anciens photographe de plage, Williamson et Smith seront les premiers à faire valoir l'utilisation du découpage et les différentes échelles de plans.

Thèmes et tensions:

Avant la guerre de 1914, le cinéma explore les voies où il s'engagera dans les cinquante années suivantes.
Très logiquement, l'art se confond rapidement avec la fabrication et le commerce de pellicule impressionnée.

En France, Charles Pathé et Léon Gaumont bâtissent leur empire. Aux Etats-Unis, de récents immigrants, William Fox, Louis B.Mayer, Adolph Zukor, les frères Warner, s'emparent du marché de l'exploitation avant de conquérir les instruments de production.




Studios Mayer 1914


Le cinéma international est une gigantesque foire d'empoigne où la propriété artistique se débite au mètre, où l'on s'attaque allègrement aux plus grands thèmes de la culture universelle.
De culture judéo-chrétienne, les pionniers américains s'intéressent aux récits bibliques : en 1904, Ferdinand Zecca tourne La Passion en s'inspirant de tableaux célèbres, dont la Cène de Léonard de Vinci. Or, c'est déjà la troisième vie du Christ portée à l'écran, sans compter Le Christ marchant sur les eaux de Méliès (1899).
Le cinéma exploite donc tous les thèmes existants avant de donner un éclat jusqu'alors inconnu à certains d'entre eux, qui apparaîtront bientôt comme les siens propres: l'érotisme, le grand spectacle, le réalisme, le suspense, la tarte à la crème, le western...

Déjà les premières tensions surgissent: la projection de sujets grivois, dans les Nickel odéons (permanents à 5 cents) américains, suscite une première levée de boucliers des multiples et puissantes ligues de vertu, qui imposent la création d'une censure; plus précisément de quarante huit censures différentes, correspondant à chacun des États américains.Mais l'érotisme reparaît au Danemark, qui invente la vamp (avec Asta Nielsen) et filme un baiser prolongé.





Asta Nielsen


A la veille de la guerre, les cinéastes danois Urban Gad (L'Abîme, Le Vertige) et Holger Madsen (Les Morphinomanes, L'Amitié mystique) se sont acquis une réputation internationale.

( A suivre...)






 


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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 09:36
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ASPECTS GÉNÉRAUX

Un rêve de bourgeois capitaliste?



"Le cinéma est la mise en œuvre du hasard"
(Antonin Artaud)


Le cinéma est né à la fin du 19ème siècle, à peu prés en même temps que l'avion et l'automobile, lors de l'apogée de la bourgeoisie et du capitalisme triomphants.
Le cinéma s'enracine parfaitement dans les rêves de la bourgeoisie d'affaires: comme l'automobile et l'avion, il répond au besoin inconscient du "voyage immobile". Il parvient à réconcilier deux désirs contradictoires: faire vivre la plus grande aventure dans l'espace et le temps et néanmoins s'enfermer dans une coquille, fauteuil douillet, chambre noire, matrice accueillante. En cela, le cinéma, comme l'automobile et l'avion, conduit à une attitude régressive...Mais, dans ce retour à une sorte de situation fœtale, il nous lance vers les exploits les plus dynamiques, les conquêtes les plus exaltantes!





Dans la salle de cinéma ou notre salon, immobile, nous chevauchons d'un bout à l'autre de la planète, nous vivons des rencontres pleines de surprises, de passions, de violence, de sang et de meurtres...
Parfois, "l'Autre", c'est Moi...





Nous sommes conquérants sans quitter notre petit domaine; nous n'avons plus à sortir de notre maison pour affronter le monde et le saisir. Le monde vient chez nous: il suffit de s'installer dans la salle ou notre salon et d'attendre, en guetteurs impassibles, que la fenêtre de l'écran s'illumine, palpite et nous fasse vibrer...

Jude Law. United International Pictures (UIP)








On s'aperçoit que la télévision n'est que l'accomplissement inéluctable du cinématographe; le spectateur, toujours plus ou moins solitaire dans la salle de spectacle, devait tôt ou tard se retrouver chez lui avec le cinéma.
L'évolution logique du cinéma, c'est de faire entrer l'image du monde chez soi, dans notre domaine personnel. Cette évolution est l'aboutissement de l'individualisme. Ainsi, l'avenir du cinéma était programmé pour aboutir au film sur disque que l'on choisit comme un moyen de voyager à domicile.





Des origines à nos jours, le cinéma est le fruit de ce désir apparemment contradictoire de vivre une autre vie et demeurer ici.





Un art ou une science?


"Le cinéma est la mise en oeuvre du hasard"
(Antonin Artaud)

Est-ce un hasard si les pionniers de l'invention du cinématographe au cours du XIXème siècle étaient des hommes de science. Rappelons que celui qui fit faire un pas décisif à cette longue suite de découvertes était un physiologiste, Etienne Marey comme son prédécesseur Muybridge. Il était passionné par l'étude du vol des oiseaux. Son "fusil photographique" était un moyen pour arrêter le mouvement et l'analyser. Le rêve qui sous-tend cette invention, nous l'avons déjà vu, c'est celui d'arrêter le temps, autrement dit, de l'éterniser...




Un besoin de rêve éveillé, une utopie?

Nous savons, après Freud et Bachelard, ce que signifie une telle rêverie: ni plus ni moins que l'Éros, ou que la mort; le cinéma serait-il d'abord une tentative d'interroger, de retenir le spasme. Celui de la volupté autant que celui de la mort.
L'évolution de ces mythes (violence, érotisme) était contenue dans l'instrument lui-même.
Et toute notre civilisation de l'image avec lui, héritière de la société bourgeoise du XIXème siècle.






"Le cinéma est la mise en œuvre du hasard"
(Antonin Artaud)
Mais cette société ne se rendait pas compte qu'en donnant un support mécanique à ses rêves, elle forgeait en même temps l'arme de sa destruction. Car l'image était justement l'ennemi menaçant de cette société, dans la mesure où, en dépit du progrès des techniques, l'image est incontrôlable, comme le rêve,comme le chaos de l'inconscient.





En donnant un miroir à nos désirs les plus secrets, une chair et un visage, "une réalité" à nos rêves les plus intimes, le cinéma appartient au domaine de l'utopie. Il provoque une soif insatiable, il crée une sorte de déserts emplies de mirages.




Toute l'histoire du cinéma jusqu'à nos jours verra se succéder ce règne de l'imagination triomphante et tyrannique mais aussi celui d'une "réalité" toujours plus ou moins minée par "l'imaginaire névrotique".
Elle est toujours la brèche par laquelle le monde fait irruption; le monde dans son chaos, fascinant et redoutable.

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METROPOLIS ; Fritz Lang, Allemagne 1928




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