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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 05:58

Le cinéma français

et la Guerre;(la mal-aimée du cinéma français).

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La guerre est un sujet susceptible d'attirer les cinéastes...Pourtant, depuis 1945, quand le cinéma français s'en empare, qu'il met en scène des soldats, c'est très rarement pour montrer des héros.

 

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  Le Crabe-Tambour.

"La guerre, c'est une dramatisation parce que la mort est un peu plus présente que dans la vie de tous les jours".

Pierre Schoendoerffer.


L'auteur de ce propos sait de quoi il parle. Cameraman des armées en Indochine, il a connu la guerre et l'a mise en scène dans ses films, de la 317e section (1964) à Là-Haut, un roi au-dessus des nuages (2004). Vous pouvez lire mon article sur cet homme hors du commun à qui je rends hommage.

 

 

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Bruno Kremer et Jacques Perrin dans la 317e Section de Schoendoerfer.

 


 

 

Ses illustres prédécesseurs derrière la caméra ne s'y sont pas trompés: dés l'invention du cinéma, la guerre est apparue comme un thème privilégié de cet art naissant.

Le premier film du genre, sorti des usines Lumière en 1897, mettait en scène la célèbre toile d'Alphonse de Neuville, les Dernières Cartouches.

 

 

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Relatant un épisode de la guerre de 1870, le tableau représente une poignée d'hommes retranchés dans une maison à Bazeilles, résistant héroïquement, jusqu'au sacrifice suprême, à un assaut prussien. A l'époque, la République loue les mérites de ses soldats et les Français ne rechignent pas encore à en faire des héros, même, et surtout, dans la défaite...

Entre 1914 et 1918, le cinéma participe à l'épopée collective de la grande guerre.

 

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 Dans les tranchées de l'enfer de Verdun, un temps de calme avant la tempête...

Le Héros de l'Yser (1915), de Louis Feuillade, Les Gants blancs de St Cyr (1915), d'Henry Diamant-Berger, pour ne citer que quelques titres, font du militaire un héros. Simple poilu ou officier, soldat inconnu et figure mythifiée, il appelle le Français de l'arrière à participer à l'effort de guerre. Même dans les films de veine pacifiste, comme le J'accuse (1919), d'Abel Gance, l'homme en uniforme est inutilement sacrifié, mais demeure toujours digne de l'estime de la nation.

 

 

 

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  Ceux-là sont des survivants du carnage: "les gueules cassées"; à jamais marqués par la guerre de 14-18, qui fut aussi le suicide de l'Europe. 

 


Dans les années 20, hantés par le souvenir des tranchées que ravive le spectacle des "gueules cassées", les Français préfèrent les comédies légères, ou, au cours de la décennie suivante, les grandes fresques romantico-coloniales.

Dans les années 30, cependant, deux films renouant avec le thème de la Grande Guerre connaissent un grand succès: Les Croix de bois (1932) et La Grande Illusion (1937), de Jean Renoir. Réveillant le débat sur le pacifisme, ce dernier évoque superbement des héros courageux et loyaux jusqu'à la mort.

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  Versailles, 28 juin 1919: Délégation française de "gueules cassées". Il y en a autant côté allemand mais ils ne seront pas invités...

 

 

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Vision d'une tranchée (1916) avant la tuerie; mais là ce n'est pas du cinéma...

 

 

Survient,à peine vingt ans après,  le deuxième traumatisme avec la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), la terrible et humiliante défaite de juin 1940 et l'Occupation. 

 

 

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Humiliés et affamés par l'intraitable Traité de Versailles, les Allemands, dans leur immense majorité,  confient, en Janvier 1933, leur destin à un chef intransigeant qui promet de les venger.

 

 

 

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La jeunesse allemande fut indéniablement séduite par le dynamisme et l'esthétique du parti National-socialiste des Ouvriers allemands.Enfin, un projet!Pour d'autres, une minorité, l'Allemagne s'abîmerait dans le chaos.

 

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3 septembre 1939: la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne qui vient d'envahir la Pologne. Mais il est trop tard: ils vont tomber dans le piège que leur a tendu Hitler: le front est enfoncé et les armées allemandes courent vers la victoire.

 

 

 


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La panique de l'exode de mai-juin 1940: des millions de Belges, de Hollandais et de Français, fuient désespérément devant l'avancée des troupes allemandes.

  Les soldats français, britanniques, belges, néerlandais et polonais, se battent avec bravoure mais le rouleau compresseur allemand est trop puissant; ici des prisonniers anglais dans la poche de Dunkerque en juin 40, piège tendu par Hitler. La France va capituler (22 juin) tandis que l'Angleterre se retrouvera seule face à l'Allemagne.

 

 

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Les Allemands traversent les rivières et les fleuves avec une  détermination et une efficacité surprenantes.C'est comme à l'entraînement.

 

 

Allemagne-Stukas.jpg En quelques jours, en dépit du courage des pilotes français et britanniques,la Luftwaffe conquiert la maîtrise de tout l'espace aérien français.

 

 

 

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Le Secrétaire d'Etat à la Défense, le général Charles De Gaulle, s'envole à Londres, tandis que le gouvernement français demande l'armistice. Au micro de la BBC, les 17 et 18 juin 1940,dans un Appel resté célèbre, il demande aux Français de ne pas abandonner la lutte contre l'Allemagne. Il dit: "La France a perdu une bataille, mais pas la guerre...!".

 

 

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Connaissez-vous cette effroyable nouvelle? Paris est tombé!! Les Allemands sont entrés dans Paris!

 

 

 

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10 juillet 1940: Vichy, les députés votent les pleins pouvoirs à Pétain.

Humiliés, effondrés, désemparés,traumatisés, les Français s'en remettent au vieux héros de Verdun, le maréchal Philippe Pétain.

 

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Le vieux Chef de l'État français voyage partout en France (coupée en deux par une ligne de Démarcation) pour s'informer, rassurer et convaincre qu'une page de l'histoire de la France est tournée et qu'il faut dorénavant que les Français oeuvrent ensemble dans une Europe nouvelle.Le gouvernement, composé principalement de technocrates, s'attaque à trois priorités: le ravitaillement, le retour des prisonniers (plus d'un million huit cent mille), la reconstruction, le tout sous la surveillance de Berlin et le poids d'une très lourde dette de guerre à payer chaque mois à l'Allemagne, "en dommages et réparations"(l'équivalent de cent millions d'euros). La plupart des Français lui font confiance...Pour le moment.

 

 

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  A Paris, la vie reprend peu à peu son cours, au rythme des bicyclettes...

 

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Pour oublier "l'étrange défaite" (Marc Bloch), les Parisiens comme la majorité des Français, vont au cinéma, au music-hall,aux champs de courses...ou à la pêche.

 

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Les couturiers reviennent vite à Paris présenter leurs nouvelles collections (sauf Chanel).

 


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  Certains Français s'engagent aux côtés des Allemands.

 

 

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D'autres s'engagent dans la résistance à "l'oppression nazie"...

 

Mais pour l'immense majorité des Français, il s'agit tout simplement de profiter de chaque jour qui passe car nul ne sait ce que réserve l'avenir...

 


25 août 1944: Paris est libéré...

 

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  De Gaulle est de retour, sous les applaudissements d'une foule de Parisiens en liesse...

 

A la Libération, les nouveaux héros guerriers ne sont plus au cinéma des militaires, mais des résistants civils: dans la Bataille du Rail (1946), de René Clément, ce sont les cheminots qui sont à l'honneur. 

 

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Aux fresques dramatiques de ce type, s'ajouteront, au fil des décennies, de grosses pochades comiques comme la 7e Compagnie -et ses suites- de Robert Lamoureux (1970), incapables de redorer le blason d'une institution qui, à partir des années 60, sera mise régulièrement aux bancs des accusés pour cause de guerre d'Algérie.

En effet depuis 1962-1968,les films à charge, réalisés par des auteurs qui s'érigent en accusateurs et dénonciateurs,redresseurs de la morale et de la vérité historique, se sont multipliés.C'est à la mode.

 

 

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A travers ces films, leurs réalisateurs entendent avec la bonne conscience de chirurgiens et/ ou de psychiatres, disséquer le corps malade de la nation en armes et ne cessent tous, en leur âme et conscience, d'instruire le procés de l'armée.

Première accusée, la torture qui envahit les écrans.

Les appelés, soldats ou officiers, sont soit des victimes, soit des coupables.

Victimes, ils sont engagés contre leur gré, pris dans un système qui les force à se dévoyer. Coupables, ils sont des tortionnaires.

 

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Quelques vues d'Alger, 1950.Et vous ne percevez pas les odeurs et les parfums, ni cette joie de vivre propres aux grandes métropoles méditéranéennes...

 

L'Algérie moderne fut créée de toutes pièces par la France qui s'y ruina en énergies humaines, économiques mais non morales.Depuis 1830, l'oeuvre de la France en Algérie fut indéniablement civilisatrice.L'armée et en particulier la Légion étrangère, construisit les premières routes et fondèrent les premières villes en protégeant les premiers colons.

 

 

 

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  L'Amirauté

 

 

 

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Alger, Quartier Berthzenne.

 


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Alger, Quartier Bresson.

 

 

 

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Face aux terroristes, la méthode douce est-elle pertinente? La torture des coupables est-elle une légitime défense pour obtenir des informations propres à empêcher de nouveaux attentats et la mort d'innocents?

 

Des milliers d'Européens furent kidnappés, torturés et assassinés par les rebelles algériens durant la guerre en Algérie et même aprés le cessez-le-feu et la signature d'accords, sans que les coupables ne soient inquiétés un seul instant; pire: leurs crimes furent légitimés...

 

 


 

Entre-temps, la guerre d'Indochine est tombée dans les oubliettes de la mémoire. Le cinéma s'y intéresse aussi peu que les Français eux-mêmes. Claude Bernard-Aubert, ancien reporter en Indochine, comme Schoendoerfer, y consacre, cependant, trois films.

 

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Dans ces films, les soldats y sont souvent des hommes marqués par la Seconde Guerre mondiale; anciens collaborateurs ou résistants, la plupart sont en rupture de ban. D'autres sont des caricatures de militaires rigides et sans scrupule.

Bien peu sont les héros qui portent l'uniforme avec honneur.

C'est pourtant dans ces oubliettes de l'histoire, construites par des hommes et des femmes peu sensibles à la réalité historique et engoncés dans un confort humaniste aisé de petits bourgeois, que naîtra l'oeuvre de Pierre Schoendoerffer. Lui ne veut rien démontrer:


 

"Ce qui m'importe, ce n'est pas de savoir si ces guerres étaient justes ou injustes, stupides ou pas. Ce qui m'importe, ce sont les hommes qui se révèlent à eux-mêmes dans ces périodes de grandes intensités".

Pierre Schoendoerffer.

 

Ses personnages sont des héros, au sens antique et médiéval du terme.Ils connaissent la fragilité et la défaite, mais ne fuient jamais leur devoir. Les officiers, lieutenants et capitaines (car les officiers supérieurs ne trouvent pas souvent grâce aux yeux du cinéaste) sont prêts au sacrifice suprême, pour la France sans doute, mais aussi pour leurs hommes et leur honneur.Ils sont aussi le signe du désamour de la patrie à leur égard; leurs liens avec la nation sont ténus: au début de la 317e Section, le sous-lieutenant Torrens (jacques Perrin) baisse les couleurs du poste de Luong Ba, au Nord Cambodge. Plus jamais, dans le film, le drapeau tricolore ne flottera.

Comme ses héros, Pierre Schoendoerfffer est solitaire dans un paysage cinématographique indifférent à la chose militaire quand il n'y est pas franchement hostile. Rares sont, aujourd'hui, les réalisateurs qui semblent vouloir changer la donne.Il leur faudrait ce qui leur manque le plus: du courage et des convictions qui tournent le dos aux poncifs à la mode...

 

 

 


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  Dien Bien Phu retour prisonnier


 

Aprés l'enfer du camp retranché de Dien Bien Phu:retour de l'enfer d'un soldat français prisonnier des camps de Ho Chi Minh.

Des milliers de soldats français donnèrent leur vie pour défendre l' Empire colonial sur ordre de politiciens incompétents de gauche de la IVe République. 

 

 

 

Deux projets, dont la sortie est prévue à l'automne prochain, devraient créer l'évènement: Forces spéciales de Stéphane Rybojad. Pour la première fois, un film français met en scènes des troupes françaises dans un conflit où elles sont engagées, en Afghanistan.

 

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Le Piège afghan, de Miguel Courtois, téléfilm dont on attend la sortie sur ARTE.

Reste à savoir si le public est susceptible d'être intéressé par des films mettant à l'honneur des figures de soldats français...

 



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landeaulouis - dans FRANCE
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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 06:25

 

RUE

CASES-NÈGRES  Carlotta Films

 

Carlotta Films

 

Carlotta Films

 
 
 
 
 
 
« Pour toutes les rues Cases Nègres du monde... »

 

 

Gouvernorat de Martinique, Rivière-Salée. Août 1930…

 

Carlotta Films
 


Le film débute à Rivière-Salée du Nord, un village d'ouvriers agricoles du Gouvernorat de Martinique, en août 1930. Il met en scène le combat d'une grand-mère, M'man Tine, afin que son petit fils José, qu'elle élève seule, jouisse d'une bonne éducation et d'une instruction lui permettant de devenir fonctionnaire et, ainsi, lui éviter de travailler sa vie durant dans les champs de canne. José est initié à la tradition et aux cultes des anciens par son ami Médouze le vieux sage du village. Monsieur Roc l'instituteur sera un soutien constant pour le jeune garçon. La fin du film est placée à mi-mai 1932 (le vendeur du journal Le Temps crie : « Le président Dou-mer as-sas-siné » : n° 25823 du 8 mai 1932).

Voila un petit chef-d'oeuvre, tel que le cinéma français peut les produire. Petit budget, grands talents.

J'ai vu ce film cinq fois de suite lors de sa sortie, avec le même plaisir, toujours avec plus d'émotions...


Carlotta Films

La description historique de la situation en Martinique au début des années 30 est décrite avec réalisme et simplicité, sans battage idéologique revendicatif et militantisme anti-colonialiste, mais avec finesse et poésie, ce qui n'enlève rien à la réalité du régime colonial français. Mais pas de misérabilisme ou de fatalisme pesants, ni d'idéalisme, juste un hymne au courage face à l'adversité: en particulier celui de M'man Tine qui, au lieu de sombrer dans le désespoir et l'alcoolisme comme beaucoup de ceux qui l'entourent, va, avec détermination à l'essentiel, pour sauver son petit-fils, en lui faisant saisir sa chance dans un système peu propice. Sa chance, c'est l'ascenseur social offert par l'instruction, l'école républicaine, première clé de l'émancipation. 

Carlotta Films

 

En 1983, Euzhan Palcy obtient à la Mostra de Venise le Lion d'Argent pour la meilleure première oeuvre et Darling Légitimus, le Lion d'or et la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine, pour son interprétation du rôle de Man Tine. En 1984, la réalisatrice martiniquaise obtient le César de la meilleure première oeuvre. Ce film a obtenu le prix du public au 9e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou en 1985.

Séduit par l'oeuvre, François Truffaut participa à l'écriture du scénario, aux côtés de la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy.

Née en 1958 en Martinique, Euzhan Palcy fut la première femme noire à réaliser un film à Hollywood avec Une saison blanche et sèche en 1989. Dans ce film, où Donald Sutherland et Marlon Brando se donnent la réplique (et pour lequel Brando fut cité à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle), le régime de l'Apartheid en Afrique du Sud est au coeur du récit.

 

 

 

Avant d'être un film, Rue Cases Nègres est une oeuvre célèbre de la littérature antillaise, écrite par Joseph Zobel. En 1947, Zobel est professeur adjoint au Collège François Premier de Fontainebleau et commence à écrire La rue Cases Nègres, qu'il termine en 1949. Et pourtant, les éditeurs auxquels il présente son manuscrit -Julliard, Albin Michel, La table Ronde- n'en veulent pas pour des motifs divers : pas de public pour un tel ouvrage, trop "progressiste", style entaché de "créolismes". Publié finalement par les Éditions Jean Froissard, il obtient le "prix des lecteurs" en octobre 1950, décerné par un jury composé de mille lecteurs de la "Gazette des lettres".

Carlotta Films 

Adapté du roman de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres, d'Euzhan Palcy, n'est pas seulement un des plus gros succès de 1983, avec ses 3 millions d'entrées. L'histoire, en 1931, de cet orphelin sorti des plantations de canne à sucre et envoyé à l'école est, d'abord, un beau et bon film. Qui, pourtant, a failli ne jamais voir le jour.



En 1981, Euzhan Palcy, Martiniquaise inconnue de 21 ans, reçoit l'avance sur recettes sur scénario : près de 300 000 euros d'aujourd'hui. C'est exceptionnel. N'empêche : en quête d'une maison de production, elle essuie refus sur refus. "Chez Gaumont, on m'a dit que c'était sympathique, mais pas le genre de la maison, se souvient-elle. D'autres avaient du mal avec le titre ou pensaient qu'une affiche avec un enfant noir était invendable." Dix-huit mois de galère et d'humiliations.
Épaulée par François Truffaut, elle déniche finalement un producteur, Michel Loulergue, ponte de la publicité désireux de se lancer dans le cinéma, et un distributeur, Claude Nedjar, "à qui le film doit beaucoup", insiste Euzhan Palcy. Elle trouvera aussi les 400 000 euros nécessaires au bouclage du budget auprès d'Aimé Césaire, alors maire de Fort-de-France. 
Des quotas pour les Noirs dans la fiction française:
La suite, on la connaît : César du meilleur premier film, plébiscite international... Ceux qui avaient renvoyé la réalisatrice à ses chères études ne jurent évidemment que par un Rue Cases-Nègres 2. Tout autre projet d'Euzhan Palcy ne les intéresse pas. D'où le départ de la cinéaste pour Hollywood, où elle réalise Une saison blanche et sèche, avec Marlon Brando (1989). Depuis, elle se partage entre Los Angeles et Paris. Là-bas, elle tourne des téléfilms. Ici, elle se bat. "Quand j'ai proposé un film sur le chevalier de Saint-Georges, il m'a été répondu : "Les bronzés, ce n'est pas simple en France. Quand le téléspectateur en voit un, il zappe.''
A défaut d'une meilleure solution, elle réclame des quotas pour les Noirs dans la fiction française. Vingt-sept ans après le succès de Rue Cases-Nègres, rien n'a vraiment changé. Malheureusement. 

Carlotta Films Entre les Blancs et les Antillais les relations sont parfois âpres...

 

 

 

 

 

 

 

France Exposition coloniale de Paris - 1931 1

 

 

 



À six mille kilomètres de la métropole qui prépare l'Exposition coloniale de 1931, la Martinique vit à l'heure des vacances d'été.




Carlotta Films
Au milieu de la plantation, la rue Cases-Nègres : deux rangées de cases de bois désertées par les adultes partis travailler dans la canne à sucre sous le contrôle des économes et des commandeurs. Parmi les enfants qui passent leur été à s'amuser se trouve José, onze ans, orphelin élevé avec dureté et amour par M'an Tine, sa grand-mère. Protégé du vieux Médouze, qui lui conte les récits d'esclaves africains, José est un dépositaire des traditions orales. Bientôt, la vie séparera les enfants, au gré de leurs succès ou de leurs échecs scolaires : la "canne" pour les uns, le certificat d'études pour les autres, et pour les plus studieux, le lycée de Fort-de-France…



Rue Cases-Nègres est l'adaptation passionnée du grand roman créole de Joseph Zobel. 

Sous le regard d'un jeune garçon situé à un âge charnière, c'est une page de l'histoire coloniale qui se raconte, contre l'omission et l'injustice d'un système aliénant. Soutenue à l'époque par François Truffaut, Euzhan Palcy filme ce récit de cœur avec une justesse naturelle, sans misérabilisme ni édulcoration. Récompensé par de très nombreux prix à travers le monde, Rue Cases-Nègres demeure un classique universel.



"Antillais en France, on doit en permanence refaire ses preuves".
Entretien d'Olivier Barlet avec Euzhan Palcy au festival de Cannes:
 
Que ressentez-vous alors que Rue Cases nègres va être présenté à la prestigieuse sélection "Cannes Classics" en présence du ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand ?

 

 

 

Carlotta Films      C'est un grand honneur, un réel plaisir, surtout quand on voit à quel point cette sélection est prestigieuse. Quand le film était sorti, je rêvais d'être dans une sélection cannoise mais cela n'avait pas été le cas. Je comprenais qu'il y a tellement de bons films et que la concurrence était rude mais en tant qu'Antillaise française, j'étais déçue car j'avais très envie que nous existions sur les écrans. Mais il fut sélectionné à Venise et fut en 1983 le film français le plus vendu à l'étranger. Plus de 20 ans après, Cannes reconnaît le film : la boucle est bouclée !

 
Mais cela représente une consécration sur le tard. N'y a-t-il pas là le signe d'une attitude, celle d'une société française qui a du mal à reconnaître sa partie antillaise ? C'est à cause de cela que vous êtes partie ?


      Certainement. J'ai quitté la France à l'époque à cause de ce genre de comportements.
Après le succès de Rue Cases nègres, je me suis dit que les choses allaient bouger et qu'on verrait davantage de films des Antilles françaises, mais j'étais naïve. Il avait fallu faire le forcing pour ce film. Et c'est finalement lui qui m'a ouvert les portes d'Hollywood. En France, on était prêt pour un Rue Cases nègres numéro 2, mais pas pour autre chose. On doit en permanence refaire ses preuves. Un combat gagné ne l'est pas pour régler un problème définitivement : c'est comme un champion qui doit en permanence reconquérir son titre. En tant qu'Antillaise française, il faut être la meilleure. Il faut travailler dix fois plus que les autres pour être reconnue. Et quand on est reconnu, ce n'est jamais acquis.

 

Est-ce-que cela a débouché?

 On a eu une vraie discussion.
Au début, il était sur ses gardes mais je n'étais pas venue avec des revolvers dans les poches. Je lui ai dit que je me faisais le porte-parole de cette part de la population que vous laissez pour compte. Je lui ai proposé d'aller au bout des choses : pourquoi des Noirs dans les séries américaines qu'ils programment et personne dans des rôles positifs dans les productions françaises ? Obama a été servi par le fait que les films et séries mettaient grâce aux quotas des Noirs dans des rôles importants, y compris celui d'un président. Je ne crache pas sur la télévision : on a connu une période où on disait que ceux qui font de la télé sont des miséreux, des sous-réalisateurs ! Il y a des films faits pour le grand écran et d'autres pour le petit.
Je dis souvent aux jeunes avec qui je travaille qu'il ne faut pas viser seulement le grand écran car des films magnifiques sont parfois faits pour le petit. On peut être plus connu par la télévision que par le cinéma, vu sa pénétration dans les foyers, alors que pullulent les films qui ne font qu'une semaine en salles. 
 
     

 

Carlotta Films     

Et vous êtes partie...

      Oui, car j'avais plein de projets.
Les Américains m'ont proposé différents films alors que j'avais envie de continuer en France mais que cela ne pouvait se faire. Quand je suis revenue, j'avais des projets magnifiques, adaptation d'un roman ou scénarios originaux, mais toujours avec des protagonistes noirs. Là était la difficulté. Je suis arrivée à un moment de bascule où le cinéma n'était plus financé par le cinéma mais par la télévision. C'est ce qui coinçait : mes projets ont été refusés car on me disait très ouvertement que les gens zappaient quand ils voyaient des Noirs à l'écran. C'était pourtant le cas de Rue Cases nègres ! Et puis on me disait que si j'avais Depardieu ou Daniel Auteuil dans un des rôles principaux, ce serait plus envisageable…
J'étais insultée. Je peux accepter l'idée d'être insultée dans un pays qui n'est pas le mien : je peux me dire que je n'y ai pas ma place, mais la France est mon pays. Après les années de combat pour Rue Cases nègres et son succès, qui a rapporté beaucoup d'argent à la France, j'étais ulcérée et je suis repartie aux États-Unis.
J'ai beaucoup appris à Hollywood, développé beaucoup de connaissances, travaillé avec différents studios. Tous les films ne se sont pas faits, c'est le travers d'Hollywood, mais pour d'autres raisons qu'en France. Et puis on m'a dit que les choses avaient évolué en France, que la nouvelle génération avait entendu parler de Rue Cases nègres par ses parents mais ne connaissait pas mon travail.
Quand j'ai vu les événements des banlieues, avec les gamins qui mettent le feu aux voitures, ça m'a donné à réfléchir. En tant que cinéaste, qui a un rôle de pédagogue, il fallait faire quelque chose avec ces jeunes qui n'existent pas sur nos écrans. Au lieu de leur donner des rôles de héros positifs dans les productions, on les filme comme des singes en cage. C'est comme ça que j'ai demandé un rendez-vous avec Étienne Mougeotte, directeur des programmes à TF1, me disant que cette chaîne avait plus d'argent que les autres et touchait du monde.

 

Carlotta Films

 

 

Carlotta Films
 La télévision française ne m'a rien proposé en dehors d'une mini-série, Les Mariés de l'île Bourbon, que j'ai accepté de faire car c'était un sujet sur le peuplement de l'île de la Réunion et qu'il me semblait intéressant de pouvoir enfin donner une voix aux Malgaches.
Je me sentais interpellé par ce peuple malmené par l'Histoire. Si demain il y avait quelque chose à faire sur les Kanaks, je foncerais, car ce sont des peuples qui m'interpellent. J'ai fait mon travail honnêtement et le résultat me semble correct. J'ai pris pour comédiens malgaches des personnes que j'ai rencontré sur un marché à la Réunion. Je les ai formées durant une semaine et ils sont fabuleux. On dirait des comédiens qui ont vingt ans de carrière. Ils continuent d'ailleurs à tourner, entre publicité et petits rôles.

Mougeotte m'avait assuré qu'il m'avait entendu et m'a annoncé une grande surprise. C'était l'arrivée de Harry Roselmack pour présenter le journal télévisé.


 
Mais n'était-il pas un alibi pour cacher la forêt ?

      Oui, c'est le nègre de service comme il y a l'arabe de service, comme dans les jeux. On les met bien dans l'axe de la caméra derrière l'animateur pour bien signifier leur présence : ça ne trompe personne. Mais nous, on veut être acteurs : prendre la place de l'animateur. Comme disait Césaire : "laissez entrer les peuples noirs dans la scène de l'histoire ". Mougeotte l'a entendu, était très positif mais ça n'a pas changé grand-chose.
 
Car la question est quand même de passer du rôle d'alibi à la possibilité de représenter des imaginaires propres dans le cadre d'une diversité culturelle assumée.

      C'est tout à fait juste.
 
Et on n'en est pas encore là.

      C'est exact. Plus je vieillis et plus j'observe les choses avec acuité et me pose des questions. La France n'a toujours pas réglé son contentieux avec ses anciennes colonies. Un pays comme les États-Unis qui était si raciste a fait un énorme travail au niveau des droits des Noirs. Jamais on n'aurait imaginé l'élection d'Obama. La France a régressé : c'est une véritable schizophrénie qui est à l'œuvre.
 
Finalement, qu'arrivez-vous à faire avec les télévisions françaises ? Plutôt du documentaire que de la fiction ?

     
La trilogie Césaire et Parcours de dissidents étaient-elles vos propres propositions ?

      Oui, et c'est vrai de tout ce que j'ai fait en terme de production documentaire, ce qui m'a fait mettre de côté mes longs métrages, et prendre beaucoup de retard sur mes projets.

Césaire m'a demandé trois ans de ma vie. C'est énorme mais je ne le regrette pas. C'est ce qu'il y a de plus complet sur Césaire. J'ai tourné dans plusieurs pays et ai passé trois mois avec lui, 40 heures d'interview. La trilogie de fait que trois heures : il y a encore beaucoup de choses engrangées. Pour Parcours de dissidents, il fallait rendre hommage à ces hommes et femmes qui sont partis au risque leur vie vers St Martin et Ste Lucie pour répondre à l'appel du général de Gaulle pour libérer la France. Ils ont été formés par les Américains et ont combattu avec l'uniforme américain. Je me suis battu durant quatre ans pour que le gouvernement français reconnaisse la geste de ces jeunes.
     
C'est là où un film peut changer les choses.

      C'est la raison pour laquelle je crois énormément à la puissance de l'image. Je ne cesse de le répéter. Le cinéma et l'audiovisuel sont des armes extrêmement puissantes pour changer le monde ou pour le détruire, mais aussi pour rapprocher les peuples. Reconnaître ainsi l'autre permet de lui tendre la main ou d'accepter la main qu'il vous tend. J'ai compris cela très tôt et c'est pour cela que j'ai décidé d'être cinéaste.
     

Le fil rouge de votre travail n'est-il pas ainsi de restaurer une voix et une mémoire absente des écrans ?

Oui, bien qu'on me dise d'arrêter de me tourner vers le passé. Je laisse le présent aux autres. Ce qui m'intéresse avec ma caméra, c'est de lever le voile sur toute notre Histoire, ce qui a été occulté et enfoui, délibérément ou pas. Je suis historienne dans l'âme. Travailler sur la mémoire me passionne. Je suis comme un anthropologue qui fait des fouilles et fait des découvertes. Ce sont des pépites. Et mon souci est les partager au monde, pas seulement à ma communauté. Je ne suis absolument pas sectaire. Nous sommes des citoyens du monde et c'est dans ce cadre que je m'inscris.
     

Quelles sont aujourd'hui vos envies et votre direction de travail ?

      J'aimerais gagner au loto ou rencontrer un mécène ! Pour ne devoir rien à personne, arrêter de frapper aux portes et de m'entendre dire que je suis trop Noire. Mon cinéma n'est pas un cinéma revanchard ou de règlement de comptes. C'est un cinéma d'ouverture avec de l'humour, un cinéma de culture pour rapprocher les gens tout en distrayant car je suis une amoureuse de la beauté et de la musique, des grands films dramatiques et épiques.
     
Quelle serait votre urgence ?

      J'ai une série de projets dans mes cartons ! Je commencerais par un film que je porte depuis une quinzaine d'années sur la première femme pilote du monde noir. Je sais que cela intéresserait la jeunesse actuelle.
     
Vous pensez que les jeunes ont besoin de figures de héros noirs ?

      Oui, mais je ne parle pas seulement des jeunes Noirs. Cela permettrait certes aux jeunes Noirs d'avoir des repères et de comprendre qu'ils sont beaux et intelligents et qu'ils sont capables de faire et parfaire, comme le disait Césaire dans le Cahier d'un retour au pays natal, qu'il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et qu'il n'est point vrai que nous n'avons rien à faire au monde, que nous parasitons le monde, car aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence et de la force. Cela concerne donc aussi les jeunes qui ne sont pas des minorités, et ce qu'ils rejettent par méconnaissance ou par peur de l'autre.
     

Hollywood a-t-elle représenté pour vous une expérience de liberté ?


Je mentirais si je disais que je n'ai pas été heureuse à Hollywood.
Je n'y suis pas allée de moi-même : on m'a appelé. La Warner m'avait d'abord sollicitée et j'avais répondu par la négative. Quand Robert Redford a vu les lettres, il m'a dit qu'il fallait foncer. C'est ainsi que j'ai développé avec la Warner Une saison blanche et sèche qui a été fait au final par Goldwyn Mayer. J'ai travaillé avec six studios américains et on m'a toujours respectée. J'ai obtenu le final cut (rester maître du montage, ndlr) alors qu'on ne l'attribue en général pas au réalisateur.
Il y eut une fois un bras de fer entre Marlon Brando et moi : j'avais coupé une scène où il apparaissait mais qui était impossible à conserver. Il y tenait beaucoup mais je savais que je ne pouvais pas la laisser. Le studio m'avait soutenue, contre toute attente. Il m'a également suivi dans le fait de ne prendre que des Sud-africains pour les acteurs noirs, ce à quoi je tenais absolument. J'ai fait librement mon casting sur place.
Cry Freedom,
ce sont des acteurs américains ! J'ai tourné avec Disney The Killing Yard sur l'histoire de la prison d'Attica : j'ai obtenu tout ce que je demandais car j'avais la réputation d'être sérieuse. On a tourné au Canada dans une prison qui ressemblait à la prison mais je voulais un plan de la vraie prison qui est si mythique. Trois jours avant la fin du tournage, la prison d'Attica avait accepté que je filme en équipe réduite : j'ai mis en scène la prison en fonction de ce que j'avais déjà tourné et du montage que j'anticipais.
     
Rien à reprocher à Hollywood ?

      Rien, si ce n'est le problème que de nombreux projets ne se terminent pas.
     
Vous aviez effectivement travaillé durant trois ans sur un projet d'animation avec la Fox, qui n'a pu se faire.

      Effectivement, cela aurait été le premier film d'animation entièrement noir produit par une major. Mais le film que la Fox avait produit précédemment fut un ratage en salles et Murdoch avait décidé de débrancher les tuyaux. Il a fermé le studio d'animation où travaillaient 400 personnes en Arizona. J'ai été très déçue mais il faut savoir attendre. J'ai récupéré ce projet et on le fera !
     
Vous avez produit un jeune réalisateur africain, Moly Kane, dont le film Moly est projeté à Cannes en même temps que Rue Cases nègres. Comment cela est-il venu ?
J'étais à Dakar à l'occasion du festival des arts nègres et il y eut une projection de courts métrages de jeunes réalisateurs. Celui de Moly Kane m'avait bouleversée. Il montre dans son film que son handicap n'est pas une fatalité et qu'on peut changer les choses avec de la volonté. Mais aussi que son handicap n'est pas sa jambe mais le regard des autres. Le film était fait avec des bouts de ficelles, avec des mini-dv, mais le message était tellement touchant que j'ai pleuré en le voyant. Le réalisateur était l'acteur : c'est son histoire qu'il racontait.
Je venais de signer avec les Américains pour faire un film. Sur cet argent, je lui ai offert une prothèse car s'il veut être cinéaste, il lui en faut une : deux béquilles, c'est trop dur. En proposant de l'inviter à Cannes, j'ai voulu montrer que ces jeunes ont du talent. J'ai appelé Thierry Frémaux, qui m'a dit qu'il fallait visionner le film. Mais le film n'était pas assez solide. J'ai donc proposé à Moly de faire un remake du film avec une petite équipe que je lui enverrais. Il a accepté en disant qu'il considérerait le premier comme un brouillon. Il a refilmé en améliorant et retravaillant l'histoire et le jeu des acteurs ainsi que les décors. Il y a une signature. C'est la relève du cinéma sénégalais. J'ai envoyé le film à Thierry Frémaux qui m'a répondu très vite par mail : "définitivement oui !" Et voilà que le film de Moly figure dans le catalogue, avec sa photo !
     
A-t-il pu venir à Cannes lui-même ?

      J'y tenais absolument. Je me suis ruinée pour pouvoir l'amener, mais j'ai eu des aides pour son billet d'avion.
     
Il y eut de gros problèmes de visa qui ont retardé son arrivée.

      Oui, ça été lamentable ! Mais beaucoup de gens sont intervenus en une magnifique chaîne de solidarité, à tel point que Moly m'a dit qu'il y aurait un film à faire sur cette histoire rocambolesque !
     
Voilà que l'histoire de cette production illustre ce que vous avez dit précédemment.

      Quand je lui ai dit qu'il allait monter les marches et qu'il lui fallait un smoking, sachant qu'il a aussi un ami qui devait venir, Ousmane, qu'il appelle sa "seconde jambe", a commencé toute une quête épique que j'ai suivie à distance ! Ousmane est la béquille de Moly et le festival les a invités tous les deux.



Cannes, le 12 mai 2011; in Africultures, Entretien.


 
 

 

 



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landeaulouis - dans FRANCE
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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 06:35

CASE DÉPART 

Antillais de métropole, Joël et Régis sont demi-frères et aussi différents que possible. Régis (Fabrice Éboué) est intégré au point de se prétendre normand, tandis que Joël (Thomas Ngijol), qui sort de prison, utilise le racisme comme alibi à sa paresse.

Retournant aux Antilles à l'occasion du décès de leur père, ils sont furieux de découvrir que celui-ci ne leur a légué que l'acte d'affranchissement de leurs ancêtres esclaves. Une tante un peu sorcière les plonge en plein XVIIIe siècle, histoire de leur faire découvrir ce qu'est vraiment le racisme…
Transposition qui donne lieu à quelques gags savoureux, distillés au long d'un récit bien mené et sans temps morts.

Et pourtant, on rit peu, et encore moins cependant, en découvrant, sans surprise tant cette pratique masochiste est courante chez les Français, à quel point le film applique aux Blancs des clichés aussi imbéciles que ceux qu'il leur reproche d'adresser aux Noirs; banal somme toute. 

Ces deux frustrés se découvrent demi-frères et partent aux Antilles, terre de leurs ancêtres, toucher un héritage. L'un, à gauche, se juge victime du racisme; l'autre, bien intégré, renie sa négritude. Ils sont ramenés par magie (un peu comme dans Les Visiteurs) dans le passé, au milieu du XVIIIème siècle...

Cette comédie, capable d'auto dérision, est touchante par sa dénonciation juste de l'esclavage, qu'elle sait rendre odieux et honteux sans avoir à forcer le trait. Mais malgré un ou deux sourires arrachés, elle manque presque entièrement de faire rire...

 

Case Départ


Les ports de Nantes et de Bordeaux mais aussi La Rochelle, St Malo, s'enrichirent  au 18ème siècle grâce, en partie seulement, au commerce des esclaves.

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Le port de Bordeaux, gravure de Monsieur Joseph Vernet.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Carte du commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques au milieu du 18éme siècle: contrairement à ce que l'on a voulu faire croire, ce sont les Africains eux-mêmes qui pratiquaient l'esclavage, et depuis fort longtemps en fournissant abondamment les Musulmans puis les Européens.

 

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Navire négrier: l'esclave est une marchandise.

L'esclavage a été pratiqué durant toute l'histoire. Il fut aboli par les Européens au 19ème siècle; curieusement, ce sont eux seuls que l'on accuse...

Pourtant, toutes les plus grandes civilisations pratiquèrent tout au long de l'histoire l'esclavage: en Asie, en Afrique, en Europe et dans l'Amérique précolombienne. Mais la palme de la durée revient aux Arabes. Ils furent les principaux acteurs de la traite africaine, mais, à la différence des Européens, ils ne tenaient pas de registres, aussi les chiffres précis font-ils défaut.

Pour des raisons philosophiques et religieuses, ce sont les Européens qui ont pris l'initiative d'abolir et de combattre l'esclavage au 19ème siècle. Par un curieux retournement, ce sont cependant les seuls Européens que l'on place sur les bancs des accusés, alors que l'on devrait, au contraire, en toute bonne logique, leur rendre justice et même leur tresser des couronnes de lauriers, pour l'abolition.

État des connaissances:

Depuis moins de quinze ans, plusieurs publications de grande importance ont révolutionné ce que nous savions jusque-là de la question de la traite atlantique.

Après les travaux pionniers de Philipp Curtin aux États-Unis ou ceux de Serge Daget et de François Renault en France, l'historien anglais Hugh Thomas publia en 1997 un livre qui fut la référence en la matière. L'historiographie a ensuite été renouvelée en profondeur par la publication de The Oxford History of the British Empire, suivie de la somme d'Olivier Pétré-Grenouilleau, à la fois synthèse et mise en perspective de toute la littérature anglaise, française et portugaise consacrée à la question.

Les pirates musulmans pillaient les côtes de l'Europe afin d'enlever des femmes blondes à la peau laiteuse qu'ils revendaient à prix d'or; ces malheureuses étaient ensuite placées dans les harems.De nos jours, la traite des "blanches" seraient à l'origine" de milliers de disparitions d'Européennes, souvent mineures; sur ce sujet, les autorités et les médias restent étrangement silencieux...

 

 

 

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Femmes blanches dans un harem: les peintres européens du 19ème siècle et la mode orientaliste ont esthétisé cette tragédie de femmes blanches enlevées et réduites à l'esclavage pour le plus grand plaisir de princes musulmans.

 

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Très jeune esclave circassienne: les musulmans pour beaucoup très friands de jeune fille aux cheveux clairs et à la peau laiteuse,à peine pubère, réduisirent en esclavage des enfants originaires des territoires occupés d'Europe centrale et des Balkans.

 

Ce livre n'a pas d'équivalent dans le monde anglo-saxon. Pétré-Grenouilleau intègre avec bonheur les travaux essentiels de The Oxford History of the British Empire et consacre de percutants développements à la traite orientale ou traite musulmane.

Tous ces travaux ont permis d'avancer sur trois points déjà connus il y a une décennie mais qui, désormais, sont confirmés, actualisés et même amplifiés. Il s'agit du rôle des Africains dans la traite elle-même, de la véritable rentabilité de l'opération pour les négriers européens et des effets de la ponction humaine sur la démographie africaine.

" La traite négrière n'a pas été une invention diabolique de l'Europe"

Fernand Braudel (historien)

 " Les captifs qui n'apparaissaient pas par enchantement sur les sites de traite, étaient "produits", transportés, parqués et estimés par des négriers noirs".

Olivier Pétré-Grenouilleau (op.cit., 2004,p.128).

 

Cela signifie que la traite des esclaves fut d'abord et depuis la nuit des temps, une opération inter-africaine. De l'intérieur du continent jusqu'au littoral, les réseaux de distribution, les péages, les versements de taxes et les marchés continentaux faisaient qu'une partie de l'Afrique s'enrichissait en en vendant une autre. Pétré-Grenouilleau donne même des chiffres  définitifs: seulement 2% de tous les captifs furent razziés par des Européens, en l'occurrence les Portugais, et cela uniquement au tout début de la période (15ème siècle), tandis que 98% le furent par des Africains.

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Capture par des locaux.

A la fin du 15ème siècle, les Portugais échangeaient des esclaves noirs contre l'or aux orpailleurs africains de la région d'Elmina dans l'actuel Ghana car, dit Hugh Thomas, ces derniers exigeaient de se voir payer, du moins en partie, en esclaves (op.cit., 1997,p.60). D'ailleurs, les sociétés africaines étaient quasiment toutes esclavagistes. Exemple parlant, le califat de Sokoto, dans le nord de l'actuel Nigéria, constitua la troisième plus grande société esclavagiste de l'histoire moderne après les États-Unis et le Brésil.

Sur les côtes d'Afrique, le rôle des Blancs était limité. Ils n'étaient d'ailleurs que quelques dizaines à vivre à demeure dans trois ou quatre dizaines de fortins de l'intérieur. Ils y vivaient retranchés, tentant d'échapper au "vomito negro", la terrible fièvre jaune. Dans ces forts côtiers échelonnés du Sénégal à l'Angola, ils attendaient que leurs partenaires africains vinssent leur livrer les captifs. Sur la côte ou dans l'arrière-pays, des États esclavagistes existaient en effet et c'est eux qui étaient leurs pourvoyeurs d'esclaves.

Quatre grands royaumes côtiers ont été particulièrement bien étudiés par les historiens: le Bénin, le Dahomey, l'Ashanti et l'Oyo, qui durent leur fortune et leur développement au commerce des esclaves. Ainsi Tegbessou, le roi du Dahomey, qui régnait vers 1750, vendait chaque année plus de 9000 esclaves aux négriers européens, ce qui lui procurait des revenus supérieurs à ceux des plus grands armateurs de Liverpool ou de Nantes et quatre à cinq fois  plus élevés que ceux des plus riches propriétaires terriens d'Angleterre.

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 Carte des Empires africains en 1812

 

Jusqu'à ces dernières années, le postulat était que les profits découlant de la traite des esclaves furent à l'origine de la révolution industrielle européenne et que la substance volée à l'Afrique a donc été à l'origine de la richesse de l'Europe ( Capitalism & slavery; Eric Williams; 1944; Culture & impérialisme, Edward Said; 1993). Aujourd'hui, il est possible d'affirmer que ces travaux sont peu objectifs et devenus  scientifiquement obsolètes.

En réalité, la traite ne constituait qu'une part infime du commerce atlantique des puissances européennes. Ainsi, au 18ème siècle, époque de l'apogée du commerce atlantique des puissances européennes, en particulier du commerce colonial britannique, les navires négriers représentaient moins de 1,5% de toute la flotte commerciale anglaise et moins de 3% de son tonnage. Hugh Thomas écrit que la rentabilité du commerce négrier est à limiter car il était aléatoire: sur 24 navires négriers partis de Nantes entre 1783 et 1790, 16 permirent aux armateurs de faire des bénéfices tandis que 14 perdirent de l'argent. Dans le meilleur des cas, le commerce négrier français rapporta 6% aux armateurs. Sur 100 bateaux hollandais se livrant à la traite durant la seconde moitié du 18ème siècle,  41 firent des pertes. Quant aux profits des 59 autres, ils furent en moyenne de 3% avec un retour annuel sur investissement de 2% (op. cit., 1997, p. 463). Si le commerce colonial, au sens le plus large du terme, était rentable pour les armateurs, il n'en allait donc pas de même du commerce négrier.

 


 

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  Le grand homme politique Georges Washington,ici peint avec son régisseur, premier président des États-Unis, possédaient de vastes domaines et de nombreux esclaves.

Peinture de Junius Brutus Stearns (1810-1885); ce tableau de 1851 pudiquement intitulé "G.Washington as a farmer", peind avant la guerre civile américaine, montre un des pères fondateurs des États-Unis, sur ces terres de Mount Vernon. Ce qui prouve que l'esclavage n'avait rien de choquant y compris pour des démocrates. 

 

 

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Le quartier des dortoirs des esclaves dans la propriété de Mount Vernon de Georges Washington.

 

L'histoire comparative présente le grand avantage de mettre les phénomènes en perspective. Elle permet donc de relativiser les chiffres ou les faits nus. C'est ainsi que Pétré-Grenouilleau nous apprend qu'en 1700, le produit brut de toutes les colonies esclavagistes britanniques étaient à peine  équivalent à celui d'un petit comté anglais.

Dans "The Oxford History of the British Empire", David Richardson écrit que certaines fortunes anglaises furent certes basées sur le commerce des esclaves, mais il démontre que l'"apport du capital négrier dans la formation du revenu national britannique dépassa rarement la barre de 1%, atteignant seulement 1,7% en 1770 et en moyenne la contribution de la traite à la formation du capital anglais se situe annuellement autour de 0,11%" (op. cit.,1998, p.339).

Si la révolution industrielle anglaise n'a donc pas été financée par l'Afrique, qu'en-est-il de la France?

Au 18ème siècle, les esclavagistes français affirmaient que la traite était nécessaire aux Antilles, celles-ci étant nécessaires au commerce colonial et le commerce colonial nécessaire à l'économie française: selon eux, la traite était par conséquence vitale pour la France.

C'est en se basant sur ce syllogisme que les historiens marxistes et ceux qui ont adhéré au paradigme de la culpabilité européenne n'ont cessé d'affirmer que la France avait bâti sa richesse sur la traite des esclaves. Dans le même ordre d'idées, rappelons que le grand homme politique français Jules Ferry, qui a donné son nom à tant de rues, avenues, places et boulevards, affirmait sans complexes que le commerce colonial étant vital pour la France, cette dernière devait se lancer dans la course aux conquêtes coloniales; or, il a été démontré depuis, que l'Empire colonial bâti par la Troisième République avait ruiné la France. La réalité est donc souvent différente des slogans, comme les évènements du 18ème siècle le démontrent. Olivier Pétré-Grenouilleau fait ainsi litière de l'argument selon lequel la France a bâti sa richesse sur le commerce négrier:

"Dans le cas de la France, il suffit de constater que l'interruption de la traite entre 1792 et 1815 pour cause de guerre maritime n'a pas provoqué, loin s'en faut, la misère et la mort de cinq à six millions de personnes comme les négriers l'avaient annoncé". (op. cit., 2004, p. 345).

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 Peinture anonyme:Esclaves en Amérique du nord, dans la colonie anglaise de Virginie, vers 1739-40.

Il est établi aujourd'hui, par les meilleurs historiens, que le développement industriel est étranger à la traite. En outre, les études révélant qu'à la fin du 18ème siècle, le commerce colonial français était supérieur en volume au commerce colonial anglais, comment expliquer que la France, à la différence de l'Angleterre, n'ait pas fait sa révolution industrielle?  Faute à la révolution de 1789? Oui, mais pas seulement. Cette révolution industrielle, s'est effectuée bien plus tard , dans la seconde partie du 19ème siècle, donc bien après l'abolition de l'esclavage et, qui plus est, dans l'Est de la France (Lorraine, région lyonnaise, dans le Nord) et non à Bordeaux ou à la Rochelle.

Pas davantage que la révolution industrielle anglaise, la révolution industrielle française ne s'explique par la traite.

Continuons de raisonner par l'absurde: durant la période 1701-1810, une part très importante du commerce des esclaves était contrôlée par le Portugal. Si le développement industriel se mesurait aux profits réalisés dans ce commerce, le Portugal aurait donc dû être une des nations les mieux loties. Or, on sait que le Portugal était, il n'y a pas longtemps, une enclave européenne de sous-développement économique, au point tel que l'Union européenne lui prêta des sommes astronomiques pour rattraper son retard, ce qui place aujourd'hui le Portugal au bord du gouffre de la ruine financière à cause de son endettement. A contrario, l'Allemagne la Suède ou la Tchécoslovaquie, réussirent trés tôt leur révolution industrielle sans avoir été impliquées, ou si peu, dans le commerce des esclaves...

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(Gravure anglaise vers 1830: révoltes sur un navire faisant commerce d'esclaves.)

Cette réalité se retrouve aux États-Unis d'Amérique.

Si le postulat énoncé plus haut était vérifié, la révolution industrielle aurait dû se produire au  Sud, région esclavagiste et non au Nord, région abolitionniste. Or, les États du Sud sont demeurés essentiellement agricoles, et c'est précisément parce-qu'ils n'avaient pas fait leur révolution industrielle qu'ils furent vaincus par le Nord industrialisé durant la guerre de Sécession (1861-1865). On peut même affirmer que la traite et le système esclavagiste ont enfoncé le Sud dans une forme d'immobilisme alors que le Nord, qui ne dépendait pas d'une économie esclavagiste, s'était industrialisé.

 

 

La traite atlantique a-t-elle opéré des coupes sombres dans la démographie africaine?  Cette dépopulation expliquerait-elle une partie des problèmes actuels de l'Afrique? Absurde!

Si tel avait été le cas, l'Europe a eu l'occasion d'introduire une politique sanitaire par la médecine coloniale en vaccinant, en soignant jusqu'au fond des villages de la brousse par des unités mobiles(qui, souvent, manquent cruellement aujourd'hui) et en faisant passer la population continentale de 100 millions en 1900 à prés d'un milliard aujourd'hui....

Mais cette question ne répond pas à la question des coupes sombres opérées en un temps dans la démographie africaine. Allons donc au fond des choses car le sujet est important. 

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 Une équipe de médecins de brousse au Congo (1951)

Les premières estimations globales du volume de la traite atlantique, donc du nombre d'Africains arrachés à l'Afrique, ont été faites Par Ph. Curtin en 1969. Elles ont été ensuite  précisées notamment par P.E Lovejoy et par D.Richardson qui ont particulièrement étudié les pertes en mer. Jusqu'au début du 18ème siècle , ces dernières sont évaluées à environ 20% du nombre des esclaves transportés; à la fin du siècle à environ 10%, pour tomber à 5% au 19ème siècle. Pour ce qui est du seul domaine anglais, Richardson (op.cit. 1999, p. 454) écrit que la mortalité en mer des esclaves fut forte jusque vers 1680 pour atteindre une moyenne de 10% dans la seconde moitié du 18éme siècle. Puis, elle baissa à nouveau à partir de 1788 en raison du "Dolben Act" qui imposait des règles d'hygiène à bord des navires négriers ainsi que la diminution du nombre de captifs transportés. Au total, sur les 3,4 millions d'Africains embarqués à bord des navires anglais de 1662 à 1807, environ 450 000, soit 13,2% moururent durant le voyage.

 

 

 Colonies-medecine.jpg

Ce chiffre semble énorme, mais il faut le rapporter à ce qu'étaient les pertes de toutes les marines de l'époque. On découvre alors que,  paradoxalement, les pertes des esclaves étaient voisines et parfois même inférieures à celles des équipages.

"La traite demande et consomme  des marins et des capitaines: beaucoup meurent à la traite, en moyenne 20% de l'effectif d'un équipage, statistiquement davantage que la cargaison noire".

En un temps où la mortalité infantile est parfois de 60 à 70% en Europe, le prix de la vie n'est pas évalué à son niveau d'aujourd'hui. Tous ces correctifs ayant été intégrés, l'estimation du volume global de la traite atlantique fait aujourd'hui l'objet d'un consensus de la part des historiens. Hugh Thomas donne le chiffre de 11 millions, plus ou moins 500 000, le débat est donc clos sur ce point. 

La question des effets de la traite sur la démographie africaine est quant à elle encore ouverte, même si l'image d'une Afrique dépeuplée au profit des colonies américaines n'est plus soutenue par aucun historien "sérieux". Hugh Thomas affirme même que la saignée provoquée par la traite atlantique n'a finalement eu que peu d'effets sur le bilan  démographique global africain. il montre en effet, que la plus grande partie du continent y a échappé et que les plantes américaines introduites par les Portugais (maïs, manioc, patate douce, haricots, etc...) ont plus que compensé les effets négatifs de la traite, provoquant même un considérable essor démographique et cela dés les 16e et 17e siècles, avant même l'intervention de la médecine européenne des 19e et 20e siècles.

 

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Chef Bantou (Congo) 

Cette observation lui permet d'écrire que "la population de l'Afrique de l'Ouest était probablement de l'ordre de 25 millions au début du 17e siècle, avec un taux de croissance de 17 pour 1000. La traite qui prélevait 0,2% de la population par an n'a pu avoir pour effet maximum que de ralentir son augmentation".

De fait, la zone des actuels Etats du Ghana, du Dahomey, du Togo et du Cameroun (Gold Coast, Côte des esclaves) englobant tout le delta du Niger fut une des grandes zones de traite. Si la traite avait dépeuplé ces régions, nous devrions donc nous trouver face à des déserts humains; or ce n'est pas le cas puisque ces régions ( terres Ibo, Yoruba, Akan et Ewe) sont aujourd'hui parmi les plus densément peuplées  de l'Afrique littorale...

 

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  Démographie du Congo.

Ces chiffres sont d'ailleurs à comparer aux pertes humaines subies par l'Europe lors des grandes épidémies de peste (entre 30 et 60% de la population selon les régions), durant la guerre de Trente ans (1618-1648) qui dépeupla une grande partie de l'Europe centrale ou encore durant les guerres de religion (1530-1590). En outre, c'est quelques années à peine que ces pertes furent atteintes et non pas en quatre siècles comme dans le cas de l'Afrique. Or, ces terribles ponctions n'ont pas bloqué le développement de l'Europe.

 

 Entre 1595 et 1866, 27 233 expéditions esclavagistes ou "négrières" ont été organisées par des Européens, des Américains du Nord ou des Brésiliens; la plupart d'entre elles ont été étudiées grâce à leurs archives. Les historiens sont donc bien documentés sur ce que fut la traite atlantique ou traite européenne.

 

Quant à l'abolition, elle fut imposée sous la pression de l'opinion publique et des sociétés antiesclavagistes et non pas, comme l'affirmaient certains historiens, parce-que, économiquement, les plantations ne rapportaient plus suffisamment.

La traite européenne débuta au 16e siècle pour s'achever au 19e siècle mais il faut souligner que la traite musulmane commença au 8e siècle et ne prit fin qu'avec la colonisation de l'Afrique qui permit de contrôler les territoires livvrés aux esclavagistes musulmans. Ces derniers faisant survivre encore de nos jours, une forme moderne d'esclavagisme en fournissant aux royaumes arabes des travailleurs d'origine chrétienne qui sont honteusement exploités, dans l'indifférence tranquille de l'opinion publique occidentale...  

 



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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 19:40

 un 4 Juillet...

D'après le livre de Ron Kovic;

BORN ON the 4TH OF JULY

 

 

 

« Si tu n'avances que les jours de soleil, tu n'atteindras jamais ton but »
Oliver Stone

 

 


 

 

 

 

Le film met en scène l'histoire de Ron Kovic, né un 4 juillet et fervent patriote. Volontaire pour se battre au Viêt Nam, il en reviendra paraplégique et remettra en question ses valeurs…

Le valeureux Ron Kovic fut blessé en 1968 à la colonne vertébrale et paralysé à vie. Le film retrace sa terrible épopée pour retrouver un sens à la vie et nous conte vingt années de l'histoire américaine. En quelque sorte la suite de "Platoon" réalisée avec autant de soin et la participation de spécialistes des questions de guerre.

 

 

USA gde Affiche né 4 juil

 

La première victime d'une guerre, c'est l'innocence...

Élevé dans des valeurs patriotiques, Ron Kovic s'engage dans les Marines pour partir au Vietnam. Là bas, il déchante vite devant les atrocités commises au nom de la lutte contre le communisme. Après avoir tué accidentellement un soldat de son escouade, il est gravement blessé au cours d'une opération. Paralysé des deux jambes, il revient aux États-Unis et découvre que les mouvements pacifistes ont gagné le pays. Désespéré, le jeune Ron Kovic mène quelque temps une existence dissolue avant de comprendre qu'il doit se ressaisir.

 

 

Ancien marine : "C'est mon pied que je vais te foutre au cul pti con! Tu crois peut-être qu'on va pleurer parce que t'es cloué à vie sur ce fauteuil? Ya pas que toi qui a servis dans les marines. J'étais à Iwo Jima et on a perdu 5000 hommes le premier jour. Alors chiale pas dans ta bière. T'as fait ton devoir, t'as perdu, faut apprendre à vivre avec! Rappelle-toi la devise des marines: "semper fidelis". Personne t'as forcé la main. Alors t'arrêtes de nous baver dans les oreilles s'il te plait!".

 


 

Ron Kovic (Tom Cruise) découvre que la guerre en réel est profondément différente des images véhiculées par l'industrie cinématographique américaine depuis 1945, date à laquelle,son pays, les États-Unis d’Amérique, sont devenus la première puissance militaire de la planète.Combien de jeunes Américains ont-ils été séduits, dans les années 50 par les héros du cinéma de guerre, les John Waine en tous genres qui suscitèrent des vocations de soldats, prêts à combattre les ennemis de l'Amérique. En particulier,porter la guerre dans  les régimes communistes installés dans les ex-empires coloniaux d'une Europe détrônée? Quel fut l'impact de ces films sur tous les Ron Kovic, d'autant plus efficace quand ils étaient d'indéniables chefs-d'oeuvre du 7ème art? 

 

 USA ne-un-4-juillet-1989 TCruise hurle

 

 Tom Cruise dans un de ses meilleurs rôles, dirigé par Oliver Stone,vétéran du Viet-Nam.

Ron Kovic (Tom Cruise)avec le regard sidéré d'un homme qui a traversé les enfers, déchaînés par des militaires et des politiciens qui se sont fourvoyés dans une impasse,en envoyant à la casse des jeunes hommes convaincus de défendre les valeurs de la démocratie contre le communisme.L'intention était sans doute bonne, mais c'était oublier toutefois que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Rapidement,les responsables politiques et militaires américains se rendront compte qu'il sera difficile de faire plier Hanoï. L'escalade de la terreur conduira l'armée américaine à des actes de barbarie contre des civils qui entacheront sa crédibilité et son honneur. Certes, faire la guerre n'est pas un jeu de rôles dans des studios Hollywood. Dans cette guerre, les Américains ont cru que leur puissance militaire suffirait à écraser en quelques mois un ennemi inférieur en nombre et en équipement, malgré l'aide de la Chine et de l'URSS.

Ils avaient juste oublié que la détermination à vaincre des Nord Vietnamiens étaient supérieure à la leur.



 

La guerre américaine: De libérateurs de l'Europe occupée par les nazis, au Vietnam occupé au Nord par les communistes. 
De 1945 à 1965, l'impérialisme des États-Unis changera radicalement de visage.

 


 

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Village bombardé au napalm

 

Il ne fait aucun doute qu'il existe une collusion entre les militaires et la puissante industrie américaine de l'armement pour pousser les politiques à la guerre. Gendarme de la planète,l'Empire américain, tout comme l'Empire romain, comme tous les Empires, est condamné à perpétuité à mener des guerres préventives et/ou punitives jusqu'à épuisement. Un monde en paix devient alors un idéal, une utopie, le prétexte à faire la guerre. Un monde en paix est, en fait, contraire aux intérêts américains. Le complexe militaro-industriel des États-Unis a besoin de la guerre pour prospérer en générant des emplois, de la haute technologie, des profits colossaux. Il faut absolument rester les premiers dans la course aux armements. Depuis la Déclaration Monroe en 1823, les États-Unis d'Amérique doivent coûte que coûte défendre leurs "intérêts vitaux". Cela a un coût non seulement financier mais surtout humain, que l'opinion publique américaine a de plus en plus de mal à admettre.Indéniablement,le traumatisme et l'humiliation de la guerre américaine au Vietnam, "la sale guerre", "le bourbier", auront laissé des séquelles.

 

 

 

 

 

dien bien phu

 

 Dien Bien Phu;1954: fin de l'Indochine française.

 

 Les Américains, trop sûrs de leur puissance militaire, n'ont pas su tirer les leçons de la défaite française.

Les guerres du Vietnam furent un désastre; sur tous les plans.

Dés 1954, fin de l'Indochine française, l'Amérique s'intéresse au Vietnam du Sud. Elle sera rapidement contrainte d'intervenir toujours plus directement.Entamé dés 1959, l'engagement américain augmenta avec J.F.Kennedy qui envoie 15000 "conseillers".

Après l'assassinat du président du Sud-Vietnam, Ngo Dinh Diem, fomenté par la CIA, en novembre 1963, le président Lyndon Johnson déclenche,suite à "l'incident naval" du golfe du Tonkin, les premiers bombardements sur le Nord Vietnam qui recevra, en cinq années, trois fois plus de bombes que l'Allemagne nazie.Ils vont placer les dirigeants américains en position d'accusés.

A partir d'avril 1965, des troupes américaines participent directement aux combats terrestres au Sud-Vietnam. Leurs effectifs atteignent 580 000 hommes en décembre 1968.

 

 

 



Soutenu par l'URSS et la Chine, le Nord-Vietnam renforce sa propre intervention au sud, en s'appuyant sur des réseaux d'infiltrés et de sympathisants qui savent se fondre dans les campagnes et la fourmilière des populations urbaines augmentées par l'afflux de réfugiés.Dés lors, les américains devront livrer de très durs combats, notamment à Khe Sanh ou Da Nang.Lors de la grande offensive de la fête du Têt(festivités du Nouvel An vietnamien)en février 1968, les assaillants prennent certains faubourg de Saïgon, capitale du Sud-Vietnam, et la citadelle de Hué, ancienne capitale des Empereurs d'Annam. La reconquête sera difficile.

 

 

 

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Bombardiers B52: toute la technologie militaire, la plus moderne des industries de guerre américaines, ne viennent pas à bout d'un petit peuple de "macaques rouge".

 

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Manifestations de jeunes contre la guerre au Vietnam; Chicago, 1968; R.Depardon.

Ces jeunes, sincèrement pacifistes,seront pour certains, vingt cinq ans plus tard, au pouvoir. Comme parmi d'autres, les Clinton,ils poursuivront la politique impérialiste des Kennedy , Johnson, Nixon, mais sous d'autres latitudes, tout en adoptant une autre politique de la communication. Il ne faut pas heurter, autant que possible, les opinions publiques... Les nouvelles technologies permettront alors, l'illusion d'une guerre "propre", avec des frappes "chirurgicales"...  

Tom Cruise. Universal Television

Face aux réactions hostiles de son opinion, le président Johnson ne peut envisager une escalade indéfinie. Les maquis vietcongs (communistes)qui comptent quelques 300 000 hommes et femmes, ne sont nullement anéantis, malgré les bombardements massifs, l'emploi du napalm et des défoliants(interdits par les Accords de Genève).

En mai 1968,une conférence s'ouvre à Paris;élu en 1968, le président Nixon entend "vietnamiser" la guerre en n'apportant plus qu'un soutien logistique et aérien à une armée sud-vietnamienne qui passe de 700 000 à 1 200 000 hommes entre 1968 et 1972.L'intervention des forces américaines et sud-vietnamiennes au Cambodge en 1970 a surtout pour conséquence de légitimer la résistance des Kmehrs rouges. Après l'échec de son offensive du printemps 1972, le gouvernement nord-vietnamien signe à Paris les accords éphémères du 27 janvier 1973.

 

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La lutte, encore plus âpre, reprend en 1975: les communistes mènent en deux mois une campagne victorieuse qui les conduit à Saïgon que les Américains évacuent en urgence et qui tombe le 30 avril dans un chaos indescriptible.

La chute de Pnom Penh survient quelques jours après...

Le scénario coréen, c'est-à-dire l'installation d'un bastion anticommuniste solide au sud, n'a pu être réalisé au Vietnam.

Le bilan est extrêmement lourd: prés de 1 700 000 tués dont un million de Nord-Vietnamiens, 606 000 Sud-Vietnamiens et 56 OOO Américains dont environ 10 000 accidentellement.

 

 

 

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Evacuation dans l'urgence de l'Ambassade des Etats-Unis à Saïgon qui tombe aux mains des communistes le 29 avril 1975. La guerre du Vietnam est terminée.

 

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Sa¨gon, 29 avril 1975 .Entrée des chars de "l'armée de libération" dans l'enceinte du Palais présidentiel. Les membres du gouvernement de la République nationaliste du Sud Vietnam se rendront sans opposer de résistance.

 

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Panique en ville: des milliers de Saïgonais tentent de se réfugier dans les Embassades occidentales.

 

 

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Pour les vétérans du Vietnam, l'heure du témoignage est arrivé...

 

 

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 21:04

 

   

   

Home Box Office (HBO)

 

ROME

   

 

 

 

 

 

Cette superbe série télévisée, portant le label de qualité de la BBC, relate à la fois les événements ayant entraîné la chute de la République romaine et la naissance de l'Empire romain, vus à travers les yeux de leurs principaux protagonistes, la vie et les aventures de deux soldats de la Treizième Légion, le légionnaire Titus Pullo et le centurion Lucius Vorenus, qui sont témoins de ces événements, et parfois même les influencent.

La première saison débute lorsque Jules César (13 juillet 101 av.JC-15 mars 44) revient de Gaule à la fin de son mandat de proconsul, refuse de libérer ses légions selon l'ordre du Sénat, et s'apprête à franchir le Rubicon à la tête de ses légions et à marcher sur Rome. Dès lors, l'action retrace les luttes de pouvoir entre Pompée (106 av.JC-35) et César, jusqu'au triomphe de César et à l'assassinat de ce dernier aux ides de mars en 44 av. J.-C. Lucius Vorenus, sous la protection de César et de Marc Antoine, y entreprend son ascension sociale qui va le conduire jusqu'au Sénat avant d'être victime d'un drame familial, alors que Titus Pullo noue des liens avec le jeune Octave (Octavius Thurinus, 63 av.JC-14 ap.JC) tout en éprouvant des difficultés à réintégrer la vie civile.

Kevin McKidd. Home Box Office (HBO) Le centurion Lucius Vorenus excellemment incarné par Kevin McKidd: dans son regard, la détermination de Rome et l'angoisse de sa destinée...

La deuxième saison reprend le thème de la lutte de pouvoir, mais cette fois-ci entre Marc Antoine et Octave, après l'assassinat de César. Elle se termine sur la mort de Marc Antoine et de Cléopâtre en Égypte et le triomphe final d'Octave qui devient le premier empereur romain sous le nom d'Auguste (63 av.JC-14 ap.JC).

 Lucius Vorenus connait une brutale descente aux enfers et devient le chef d'une bande de brigands de l'Aventin avant d'attacher son destin à celui de Marc Antoine, et Titus Pullo, récemment marié, aide son ami à sortir de sa mauvaise passe avant de devenir son second, puis de le remplacer quand Vorenus part pour l'Égypte. Quand Octave part lui-même pour l'Égypte, il emmène Pullo avec lui, permettant ainsi aux deux vieux amis d'être réunis une dernière fois...

Home Box Office (HBO)

Kevin McKidd. Home Box Office (HBO)

Kerry Condon & Polly Walker. Home Box Office (HBO)

 

Rome est une série télévisée américano-britannique-italienne en 22 épisodes répartis en deux saisons, créée par John Milius, William J. MacDonald et Bruno Heller. Elle raconte l'histoire des dernières années de la République romaine, depuis la fin de la guerre des Gaules jusqu'à l'avènement d'Auguste, mais ses deux personnages principaux sont deux soldats romains qui se retrouvent pris dans la tourmente des événements.

Série télévisée au budget le plus élevé de l'histoire à l'époque de sa production, Rome a connu un succès critique et commercial et a été plusieurs fois nommée aux Emmy Awards et aux Golden Globes, remportant au total 7 Emmy Awards. Cependant, le nombre de saisons a dû être ramené de cinq initialement prévues à deux, en raison du coût trop important des épisodes de la série.

 

Home Box Office (HBO)

Voilà une excellente série TV dont la qualité provient directement du savoir-faire, du talent et du professionnalisme "Made in britain" via la BBC, soutenu par un budget à l'américaine. Si l'historicité est parfois égratignée, en particulier dans le raccourci de l'espace temps, l'authenticité est réelle autant dans les grandes lignes que dans les détails et la qualité de jeu de tous les acteurs est d'un très haut niveau. 

 

Nous plongeons dans une Rome populeuse et sale, où l'on sent  planer les odeurs fétides, bien que la Ville ait bénéficié d'un réseau d’égouts et de canalisations sophistiqués pour l'époque, mêlées à celles des épices, des plats cuisinés, des menaces d'épidémies, d'incendies, de meurtres et d'émeutes populaires sporadiques; une Rome où les murs sont couverts de tags injurieux et obscènes, déversoir de toutes les haines et frustrations, sorte de réseau Internet où la parole s'affranchit par l'écrit simplifié.  Une Rome donc, très différente des péplums hollywoodiens des années 50-60; la Ville, telle qu'elle fut au quotidien,  autant dans sa prestigieuse histoire, faite de guerres, de complots, d'insurrections, de corruption et nonobstant de grandeur, que porteuse d'une civilisation inégalée et encore vivante aujourd'hui pour nos contemporains les plus cultivés. 

Plus précisément, nous voyons clairement comment la république se délite sous les coups qui lui sont portés par les deux ambitieux que sont Pompée et Jules César,  sous le regard impuissant des sages (les philosophes) . De cette crise majeure naîtra l'Empire, dont le fondateur, Auguste, deviendra un des plus grands empereurs de toute l'histoire de cette Ville qui fut la maîtresse du monde.

Les deux héros de cette série passionnante, Titus Poullo et Lucius Vorenus sont en outre des hommes particulièrement attachants par leurs origines. Ce sont des soldats de Rome, dans cette armée  qui fut l'instrument de la puissance romaine; leurs qualités humaines, souvent complexes, sont parfois en conflit avec les vertus traditionnelles des Romains: piété, fidélité, gravité.

Concernant la piété, nous avons la satisfaction de la voir dans cette série souvent à l'oeuvre. Au quotidien, à travers des actes rituels de prières domestiques ou publiques, mais aussi, imprégnant les mentalités religieuses de ces temps antiques , à base de superstitions (le mot est pris dans son sens étymologique) qui rythmaient toute la vie des Romains, souvent de façon pesante, voire tyrannique. Cette dimension religieuse fut longtemps occultée au cinéma, par un regard trop matérialiste et horizontal; il semble que cette époque soit révolue et que les réalisateurs du XXIème siècle prennent enfin en considération cet élément religieux fondamental de la vie de nos ancêtres. 

Home Box Office (HBO) Jupiter (jus pater: père de la justice): le dieu des dieux, juge et arbitre des Romains.

 

Autre élément historique rapporté par les créateurs de la série : l'esclavage.

Le statut des esclaves et leurs conditions de vie sont évoqués dans toute leur réalité, de façon dramatique, telles qu'elles furent pendant des siècles dans le monde antique: l'esclave n'est pas considéré comme un être humain, il est "un objet qui parle". L'esclave est un instrument de travail, de services, de plaisirs en tout genre. L'esclave n'a, en principe, aucun droit, aucune personnalité juridique, il est une "chose" possédée par son maître. Ce dernier le choisit et l'achète comme une marchandise plus ou moins précieuse, selon les arrivages sur les marchés, enfin, le propriétaire a droit de vie et de mort sur son esclave. Le passage où Lucius va prendre possession d'un lot pour tenter de faire commerce d'esclaves gaulois est en l'occurrence très significatif. C'est un des passages les plus tragiques de la série, particulièrement lorsqu'il recueille un enfant, seul survivant, blotti contre le cadavre en voie de sa mère dont il caresse les cheveux. Lucius l'emporte, non par compassion mais  sans ménagement, comme un paquet, pour  le "retaper" puis le revendre un bon prix afin de recouvrir une partie de ses frais et combler ainsi sa perte ...

On est esclave par la naissance; les enfants d'une esclave, quel que soit le père, sont esclaves. On devient esclave, soit par le droit de guerre (prisonnier), soit par achat d'un pérégrin (étranger résidant temporairement ou définitivement sur le territoire de Rome), vendu à un Romain (certains rois orientaux vendaient ainsi leurs sujets), soit par suite d'un acte juridique (condamnation, vente volontaire, vente pour dette, vente du fils par son père), soit enfin par "exposition"; l'enfant exposé (donc non reconnu) appartient à qui le ramasse. Les esclaves appartiennent soit à des collectivités (servi publici), et exercent des fonctions diverses dans la cité, pour le compte du collège, ou du service public auquel ils sont affectés, soit à des particuliers qui les emploient tantôt pour le service domestique, tantôt pour l'exploitation de la terre. A la fin de la République qui est la période évoquée dans la série, on se préoccupe de soustraire l'esclave à l'arbitraire du maître, de défendre l'esclave vieux et malade, d'empêcher l'exposition aux bêtes... 

La main-d'oeuvre servile joue un très grand rôle dans tout le monde antique; c'est sur elle que se fonde l'économie et les institutions de la cité, à Rome comme en Grèce, excluant du droit et de la "communauté" une part importante de la population.

Si les esclaves sont indispensables dans un monde où les machines n'existent pas encore ( il faudra attendre les moulins), ils sont aussi par leur nombre un sujet de craintes: dans tout le monde antique gréco-romain, les révoltes des esclaves demeurent une menace potentielle et sont le cas échéant impitoyablement réprimées: les esclaves révoltés sont promptement massacrés ou crucifiés. La mort sur la croix est une mort lente et infamante, un supplice d'une cruauté sans nom, typiquement romain, réservé aux criminels de basse extraction, les nobles ayant le privilège d'avoir la tête tranchée d'un coup de hache.

 

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Pour comprendre cette situation dans le passé, il faut constater que de nos jours, une forme moderne d'"esclavage" a survécu, plus ou moins discrètement, dans le monde arabo-musulman où dans les faits, il n'a jamais été aboli. En particulier dans les royaumes arabes qui exploitent des travailleurs immigrés chrétiens (parmi eux, de nombreux Philippins, entre autres...) puisque depuis le VIIème siècle, un musulman ne peut réduire en esclavage un autre musulman. Cette main d'oeuvre servile et domestique plus ou moins clandestine, très fragilisée, sans papiers ni protection juridique et sociale, subit des conditions de travail extrêmement dures ainsi que des maltraitances verbales et parfois physiques, surtout chez les femmes qui peuvent craindre de disparaître...

Bien sûr, il leur est interdit de pratiquer leur culte, de porter un bijou avec une croix, d'emmener une bible en terre d'Islam.

 Cette situation perdure grace au silence étrange des medias occidentaux et des multiples associations des Droits de l'Homme, par ailleurs si prompts à  traquer et dénoncer le racisme et toutes les formes de discriminations sur la planète et Internet. Sauf exceptions qui confirme la règle, ce silence complice se répand dans toutes les sphères de l'information et de la communication par auto-censure. 

 

Certes, il y avait des esclaves qui, de par leurs compétences, bénéficiaient dans le monde gréco-romain, de conditions privilégiées:   des artistes, des ouvriers spécialisés, des chefs de rang, des médecins... mais ils n'étaient pas des hommes libres. Certes, le maître pouvait affranchir un(e) esclave et même l'adopter ensuite, mais ce cas de figure demeurait exceptionnel. A Rome, se dessine de très bonne heure un mouvement très net en faveur d'une intégration, au moins potentielle, des esclaves à la cité.

Lindsay Duncan. Home Box Office (HBO) Une dame de la haute société romaine avec ses esclaves;(l'excellente actrice Lindsay Duncan qui joue le rôle de Servilia, mère de Brutus et amante de César; son prénom peut suggérer ses origines serviles).

  De très nombreuses familles romaines possédaient au moins un esclave. Certains esclaves aisés pouvaient eux aussi posséder des esclaves. Les plus riches Romains pouvaient en posséder plusieurs centaines répartis dans leurs domaines (la maison et les terres agricoles). Tous les esclaves n'étaient pas mal traités; d'ailleurs, les maîtres cruels étaient montrés du doigt par leurs pairs et pouvaient même être poursuivis en justice dans certains cas extrêmement rares.

A l'opposé, les maîtres jugés trop bons, étaient dénoncés comme laxistes et en cela, dangereux pour l'ordre public.

Il y a un passage très révélateur, où Lucius rappelle sa femme à l'ordre quant à son manque de fermeté vis-à-vis d'une jeune esclave. Parfois, certains esclaves faisant partie de la famille depuis longtemps, où particulièrement loyaux, pouvaient bénéficier de sentiments affectueux de la part de leurs maîtres. Avec la religion chrétienne (Ier siècle après JC), à laquelle se convertissent de nombreux esclaves, ces derniers sont considérés comme des êtres humains à part entière de la part de leurs maîtres qui se sont convertis à leurs risques et périls. Ce cas de figure devenant de plus en plus fréquent, il est un des motifs de la persécutions des "sectateurs de ce Jésus de Nazareth", ce "fou", qui osa enseigner qu'aux yeux de Dieu, tous les hommes sont libres et égaux dés leur naissance, les plus persécutés jouissant d'un amour plus particulier de la part du Dieu d'Amour, tel que le défini l'apôtre St Jean. 

 

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Rome a deux visages: humaniste, protectrice et civilisatrice, pétrie de la sagesse antique des philosophes grecs et simultanément, guerrière, impitoyable et conquérante. Mais sa force résidera dans sa capacité à "romaniser" les nombreux peuples qu'elle aura soumis de grès ou de force. Rome est aussi assoiffée de conquêtes pour asseoir son hégémonie, mais aussi pour s'approvisionner en blé, en matières premières, métaux et esclaves. 

Les Romains (comme Lucius), se complurent dans une image idyllique d'appartenir à un peuple vertueux: piété, fidélité à la parole donnée, gravité. Mais il est sûr qu'elle ne pouvait avoir été absolument véritable. Et pourtant, il est certain aussi que les Romains témoignèrent toujours de très hautes exigences morales et que s'étant fixé un idéal de vertu, ils le rejetèrent dans le passé, en lui conférant la valeur d'un mythe dont ils s'efforçaient d'être digne.

Cette vertu romaine est faite de volonté, de sévérité (la gravitas, le sérieux, exempt de toute frivolité), de dévouement à la patrie. C'est peut-être ce dernier sentiment qui détermine et oriente tous les autres: il ne ressemble qu'en apparence au patriotisme moderne, avec lequel on a souvent voulu le confondre; il est plutôt, dans son essence, la conscience d'une hiérarchie qui subordonne strictement l'individu aux différents groupes sociaux, et ces groupes eux-mêmes les uns aux autres.

Home Box Office (HBO)Home Box Office (HBO)Kevin McKidd. Home Box Office (HBO)Max Pirkis. Home Box Office (HBO)Ciaran Hinds. Home Box Office (HBO)Home Box Office (HBO)

 

 Pour un Romain, les impératifs les plus contraignants émanent de la cité; les plus immédiats, de la famille. L'individu ne compte guère en dehors de sa fonction dans le groupe: soldat, il appartient corps et âme à son chef; laboureur, il doit faire valoir sa terre de son mieux, au service de son père ou de son maître s'il est simple membre d'une familia, pour le bien de la familia elle-même, présente et future, s'il est père de famille et responsable d'un domaine, aussi réduit soit-il. Magistrat, il est délégué par ses égaux à une fonction, et celle-ci ne saurait lui valoir le moindre avantage personnel; au besoin même, il devra lui sacrifier tout ce qui lui est cher et jusqu'à sa personne. 

 

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 Octavius, adolescent, incarné par le très talentueux Max Pirkis. Doué d'une grande intelligence, d'une froide lucidité envers son entourage, d'une détermination implacable. Mais aussi et surtout d'une maturité politique précoce lui faisant désirer pour Rome, un destin exceptionnel, Octavius deviendra le premier empereur romain sous le nom d'Auguste.

 

 

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C.Octavius Thurinus adulte (excellent Simon Woods), petit-neveu de César par les femmes, naquit en 63 avant-JC, date du Consulat de Cicéron et de la conjuration de Catalina. Son père, mort en 58, appartenait à une riche famille de Velitrae dont il avait été le premier membre à entrer au Sénat. Adopté par César, Octave prit en 44 le nom de C.Julius Caesar Octavianus. En 45, il fait partie de l'état-major du dictateur, qui l'envoie achever son éducation à Appolonie (Illyrie, Grèce), où se forme une armée en vue d'une expédition contre les Parthes. C'est là, qu'en 44 lui parvient la nouvelle de l'assassinat de son père adoptif. Dès lors, il s'acharne à revendiquer son héritage.

Treize ans plus tard, seul maître de Rome après Actium, il entreprend une oeuvre immense de réorganisation et de restauration sur tous les plans, et inaugure un régime où le pouvoir centralisateur du Prince (princeps: le premier) s'allie au respect-apparent- des traditions républicaines.

 

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Buste d'Auguste, pontifex maximus, c'est-à-dire, "pont" entre le ciel et la terre, entre le divin et l'humain. Cette fonction religieuse (religare= relier) est rattachée à la fonction d'empereur.

 

 

Il est probable que la conception tyrannique du devoir civique fut imposée surtout par la société patricienne qui s'empara du pouvoir en 509 av.JC; c'est la gens (clan,société romaine archaïque, paysanne, de caractère patriarcal) qui contribua à maintenir la stricte hiérarchie des éléments sociaux, en assurant matériellement la dépendance des individus par rapport au clan, en perpétuant l'autorité du pater familias dispensateur de la nourriture quotidienne, en enserrant les membres de la  maison dans un réseau de pratiques religieuses qui symbolisaient le caractère éminent de la gens par rapport à chacun d'entre eux.

Et c'est à ce moment que s'imposèrent, issues d'un milieu paysan, les grandes vertus romaines.

 

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Photo d'Herbert List,  jeune pâtre; Sicile, 1952.

La vertu essentielle, cardinale, pour un Romain, est précisément celle qui répond la plus directement à l'idéal paysan: la vertu de "permanence".

On regardera comme conforme au bien tout ce qui aura pour effet de maintenir l'ordre existant: la fécondité de la terre, l'espoir de la moisson,le retour répété des années, le renouvellement régulier de la race, la stabilité de la propriété (revoyez le film Gladiator et son héros).

On condamnera tout ce qui est anarchique, novateur,tout ce qui menace la régularité des rythmes, tout ce qui dépayse. En cela, le Romain idéalisé est profondément conservateur.

Le mot luxus permet de comprendre cet état d'esprit... Le terme vient, à l'origine, de la langue paysanne: il désignait la végétation spontanée et indésirable qui, par indiscipline, compromet la récolte. Exubérance des blés en herbe, trop drus; exubérance de la vigne qui pousse tout en feuilles, au détriment des grappes. Luxus ou luxuries, c'est tout ce qui rompt la mesure. Ce peut être l'écart d'un cheval mal dressé. C'est, pour l'homme, tous les excès qui le portent à chercher une surabondance de plaisir, ou même simplement à s'affirmer de façon trop violente, par son faste, ses vêtements, son appétit de vivre. Le luxe, au sens moderne, est condamnable pour ses effets moraux, car il développe le goût du lucre, il détourne l'individu de ses vraies tâches, favorise la paresse. La morale romaine se montrait sévère envers tous les abus de la vie quotidienne en reposant sur la méfiance, essentiellement paysanne, à l'encontre de toute nouveauté, tout manquement à la discipline ancestrale, tout ce qui tend à déborder le cadre de la cité. Quiconque s'abandonne au luxe témoigne par là qu'il manque de discipline sur lui-même, qu'il cédera à ses instincts: à l'attrait du plaisir, à l'avidité, à la paresse et, sans doute aussi, le jour venu, sur le champ de bataille, à la peur, qui n'est que le très naturel instinct de conservation.

 

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  L'idéal romain: le légionnaire.

 

 

 

 France-pierre-et-gilles-c-print-photo-lot-sexy-gay-models-4.jpgPhoto Pierre&Gilles

 

 

Le gladiateur est à l'inverse, celui qui incarne la violence gratuite, une virilité exacerbée, en dehors de la cité. Fascinant,adulé par les foules, tant par la plèbe que par les riches romaines, esclave, sa vie ne vaut que par ses qualités de combattant où sa violence s'exerce dans un lieu fermé, l'arène, propre à contenir toute la violence du monde. Le gladiateur, toujours enfermé dans sa caserne où l'arène, est condamné à se battre à perpétuité et à mourir sous les clameurs d'une plèbe rugissante.

Cette morale romaine est très nettement orientée: sa fin est la subordination de la personne à la cité, et, jusqu'aux derniers temps, l'idéal demeurera la même, en dépit de toutes les transformations économiques et sociales. Lorsqu'un Romain, encore sous l'Empire, parlera de virtus (le mot dont nous avons fait vertu et qui signifie, proprement, la qualité d'être un homme, vir), il entendra moins la conformité à des valeurs abstraites que l'affirmation en acte, volontaire, de la qualité virile par excellence, la maîtrise de soi, concédant, non sans dédain, à la faiblesse féminine  l'impotentia sui, l'incapacité à dominer sa nature.

Dans tout cela, aucune valeur qui soit d'ordre religieux au sens où l'entend la pensée moderne. Les dieux romains n'ont jamais produit de Décalogue (Dix Commandements), ni la société pris ce détour afin d'imposer ses impératifs. La religion, pourtant, est loin d'être absente de la vie morale -et la série le montre bien- mais elle intervient comme une prolongation de la hiérarchie. Les dieux n'ordonnent pas aux hommes de se conduire de telle ou telle façon; ils n'exigent que l'accomplissement des rites traditionnels. A cette condition, ils promettent de maintenir leur action bienfaisante: Jupiter enverra la pluie et inspirera les magistrats de la cité, Ops assurera l'abondance dans les champs, Cérès fera pousser les blés, Liber Pater, mûrir le raisin et fermenter le vin, Mars protégera les armées et combattra du côté des Romains, enflammera le cœur des soldats. Mais surtout, cette action divine, permanente et crainte, donc tyrannique, se révèlera efficace pour détourner les mille dangers qui menacent à chaque instant les activités humaines. Robigo, convenablement priée, épargnera aux blés la rouille; la déesse Feber (fièvre; février) assurera la bonne santé, Cloacina purifiera la ville des miasmes qui propagent les pestes, Faunus et Palés chasseront les loups et les éloigneront des troupeaux. Cette hantise du religieux rend les Romains superstitieux et angoissés; car les dieux sont imprévisibles et capricieux: même s'il semble que tous les rites religieux aient été scrupuleusement respectés, les catastrophes en tous genres peuvent s'abattre sur les hommes. Les menaces sont toujours au-dessus des têtes. Que faire alors? Il faut scruter les rites et les activités des hommes. Les soupçons envahissent tous les esprits et il faut trouver un ou des coupables.

Ce sentiment de culpabilité, depuis le meurtre fratricide de Romulus, le premier roi, est omniprésent chez les Romains, en dépit de certaines apparences d'insouciance.

 

 

 

 

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Peinture de Ludwig von Hoffman (1861-1945)

 

 

 

  France-PierreGilles-Hermes.jpgHermès chez les Grecs, Mercure chez les Latins, dieu messager, vu par les photographes Pierre & Gilles.

Dieu grec à l'origine, messager des Olympiens, fils de Zeus et de Maïa; il est le guide des voyageurs, conducteur de l'âme des morts; personnification de l'habileté et de la ruse; il est aussi le dieu du vol et du mensonge, patron des orateurs et des commerçants, inventeur des poids et des mesures, des premiers instruments musicaux; il est aussi le dieu de la santé et le dieu berger, l'inventeur de toutes les sciences, en cela il porte le caducée qui devient un de ses attributs...

 

 

 

 

 

 

La religion romaine archaïque semble le plus souvent froide et les historiens modernes ont relevé qu'elle était réduite, le plus souvent, à l'accomplissement formel d'un contrat entre l'homme et les divinités. Ils voient là l'une des raisons profondes pour lesquelles Rome se montra rapidement accueillante aux cultes orientaux, plus émouvants, plus susceptibles de satisfaire les besoins profonds de l'âme, assoiffée de compassion; en d'autres termes, le formalisme vide de la religion romaine aurait préparé la voie au christianisme. Et, en effet, lorsque les contraintes sociales se desserrèrent, que le patriotisme, avec l'agrandissement presque infini de l'Empire et l'accession à la cité romaine de populations sans cesse plus nombreuses et étrangères à la tradition nationale, se trouva sans objet, les Romains demanderont à un dieu transcendant ce "premier moteur" de la morale que ne leur fournissait plus la cité. Pourtant, la vie religieuse des Romains était infiniment plus complexe que ne le disent ceux qui ne considèrent que la religion officielle et rejettent dans l'ombre les manifestations quotidiennes extrêmement nombreuses d'un sens du sacré qui, jamais, n'a fait défaut aux Romains.

 

 

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"Pierre et Jean courant au tombeau, après avoir entendu des femmes affirmer qu'il était vide et que jésus était ressuscité comme Il l'avait dit..." Peinture d'Eugène Burnand; 1898. C'est sur les ruines de la Rome impériale et païenne que le trône de St Pierre fut érigée et que s'édifia la capitale de la Chrétienté...

 



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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 05:38

LÉpervier


France Télévisions

 

 

Dans le royaume de France, en Bretagne, au début du règne de Louis XV...

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Armoiries de Bretagne

 

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Oyez l'histoire de Yann ( Aurélien Wiik), simple fils du régisseur du château de Kermellec, planté sur les côtes bretonnes... 

 

Tombé amoureux d'Agnès (Fanny Valette), la fille du comte, il aimerait s'enfuir avec elle mais son père le force à s'engager dans la Marine. Il rentre au pays dix ans plus tard, auréolé de ses faits d'armes et corsaire du roi, à bord de la Méduse. Tout le monde le surnomme «Ar Sparfell», l'Épervier. Craint et respecté, le jeune homme retrouve Agnès, hélas mariée à l'ignoble comte de Villeneuve, et se voit accusé du meurtre du père de sa belle...

Pourchassé par le marquis de La Motte (drôlissime Martin Lamotte), commissaire de police véreux affublé d'un perroquet bavard, Yann croise la route de Marion (Lou Doillon), jeune prostituée brestoise qui tombe amoureuse du beau corsaire.

«Je croyais ma série pas du tout adaptable à l'écran : trop de bateaux, trop de personnages...», explique Patrice Pellerin, amusé de voir autour de lui, sur cette péniche parisienne où se déroulent les interviews, ses personnages en chair et en os. Et fier que le réalisateur Stéphane Clavier (qui achève en ce moment la suite de «Doc Martin», toujours en Bretagne) ait pu tourner toute une partie des scènes au coeur de la Bretagne, entre Fort-La-Latte, la pointe de Crozon et Locronan, pour le rendu historique de la ville de Brest.
Les plans des Antilles ont été, eux, tournés sur l'île de Porquerolles (Var). «J'ai lâché mon bébé, mais l'équipe est restée dans le droit fil de la BD», se réjouit le dessinateur qui est passé voir le tournage en spectateur, et s'apprête à sortir un nouveau tome des aventures de son héros.



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Les cheveux aussi longs que celui de son personnage, Aurélien Wiik, 29 ans, a appris à manier l'épée et à monter à cheval pour les besoins du rôle.

 

«Au-delà de ça, j'ai tenté de ramener de la virilité dans le personnage de Yann, qui en manquait un peu, et de lui donner l'apparence la plus éloignée possible de celle de Jack Sparrow, le héros de "Pirates des Caraïbes", très "hippy clodo"», souligne le jeune comédien, installé à Los Angeles.

 

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"Ar sparfell" .Tête dure de Breton.

L'Épervier : aux yeux des uns, il est Yann de Kermeur, noble Chevalier breton au passé obscur. Pour les autres, c'est L'Épervier, corsaire prestigieux du Roi de France et ancien pirate.Les corsaires sont habilités à attaquer en temps de guerre les navires marchands ennemis; ils sont munis d'une "Lettre de course", signée par le roi. Il s'agit de contrarier le commerce maritime des puissances rivales,très dynamiques à cette époque.En particulier l'Angleterre. S'ils sont capturés, les corsaires ne sont pas  immédiatement pendus haut & court, contrairement aux pirates qui travaillent à leur compte et sont considérés, à juste titre, comme de vils criminels.

 Pour tous, l'Épervier est redoutable. Mais accusé à tort du meurtre du père de celle qu'il aime, il se retrouve, seul, face à la haine de ses accusateurs.L'Épervier devra déployer ses ailes pour prouver à la fois son innocence, reconquérir la femme qu'il aime et entraîner ses adversaires sur son terrain de prédilection : l'océan et ses fureurs...

 

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  Carte des pays de Bretagne dessinée par Monsieur Cassini, cartographe du roy. (milieu du 18e siècle)

 

 

Bien sûr, il y a les costumes, les décors, les duels à l'épée , la mer et les navires. Mais cela ne suffit pas: il manque l'esprit. Cet esprit du 18 ème siècle, apogée de la civilisation française, caractérisée par la langue.  La belle langue française  était parlée partout en Europe par les gens bien éduqué. Dans cette série, rien de cela: la diction, les intonations des acteurs et des actrices sont déplorables.Ils parlent comme aujourd'hui, utilisant des expressions actuelles, sans doute pour ne pas confondre nos contemporains. Du coup, on est en 2011.

Comparativement à la série des Nicolas le Floch, on est trois niveaux en-dessous. Les scénaristes ont su introduire dans cette série qui se déroule aussi au 18ème siècle, quelques expressions et tournures de phrases qui fleurent bon l'ancienne France, que ce soit dans la haute société ou le bas peuple.

Et puis, bien entendu, nous avons droit à tous les poncifs, préjugés et autres clichés,toujours bien accrochés: les nobles sont des affreux, en particulier le procureur du roi...Comme si la monarchie française n'avait jamais su s'entourer de serviteurs de l'État vertueux.

Le lavage de cerveau républicain est toujours à l'oeuvre avec son nivellement par le bas. C'est plus rapide et moins fatigant que d'élever. Pourtant, lorsqu'on visionne des séries télévisées du même type tournées il y a vingt, trente ans ou plus, sans davantage de moyens financiers et techniques, le contraste est saisissant. Sans doute le public était-il plus exigeant; les comédiens avaient à cette époque une formation des plus solides, en étant passés par le théâtre; quant aux  directeurs des programmes, ils avaient indéniablement plus d'ambition, donc de courage, pour le public. 


 

 

 

 

 

 

 

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Voguons vers de nouvelles aventures!

 

 

La terre & l'eau;

Lorsqu'ils parlaient de la Gaule, les vieux géographes se plaisaient à énumérer tous les dons que la nature lui a prodigués: un climat modéré, un sol propre à toutes sortes de cultures, des montagnes creusées de profondes vallées, un réseau ramifié de fleuves et de rivières conduisant, presque sans coupures, de la mer intérieure à l'océan.

Dans le signalement de la France, c'est le trait essentiel. Tandis qu'à l'est, vers l'Allemagne et la Russie, l'ancien monde s'étale en un continent compact, ses rivages, en France, se rapprochent, convergent presque, de façon à dessiner une sorte de pont entre la Méditerranée et l'Océan. La France est une contrée sise au rapprochement de deux mers et les voies de pénétration y sont si aisées, si continues, que l'on est tenté d'y voir, comme Strabon, l'effet  d'une prévision intelligente.

Mais ces avantages ont aussi des inconvénients...

 

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A demi maritime et à demi continentale , la France est sollicitée de toutes parts par des ambitions et des nécessités qui s'opposent. Elle adhère par un large front à l'Europe centrale; elle s'incorpore à la  masse continentale, comme une statue engagée dans le marbre; elle est exposée à tous les remous qui agitent sans trêve le monde germanique. Des Ardennes à Dunkerque, la plaine s'ouvre  aux invasions. Vingt fois, cent fois, l'ennemi est passé par là...  

 

Il faut y insister,: c'est sur terre que la France a joué son existence. Fermer à l'envahisseur le chemin de Paris, tel a été le premier principe de sa politique. Il n'en reste pas moins que la nature l'a voulue aussi maritime que terrienne.

 

 

La mer fait vivre sur ses côtes une nombreuse population de pêcheurs, de marins, d'armateurs, de manufacturiers, de corsaires et de négociants. Les grands ports, Marseille, Nantes, Bordeaux, ont cette animation, cette couleur, ce caractère cosmopolite, cet air d'opulence et de grandeur qui étonnent le paysan de l'intérieur, habitué aux horizons étroits et à une vie silencieuse. Marseille accapare le commerce du Levant; sur ses quais et ses entrepôts, s'entassent les tapis, les soies, les mousselines, les toiles peintes, les vins de Chypre, les laques, les peaux, les blés, le riz et les liqueurs. Bordeaux et Nantes ont le monopole des denrées coloniales: épices, café, indigo, sucre, vanille, tabac...Dunkerque importe les bois du Nord, les eaux-de-vie, le poisson séché et fumé...

 

 

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Que l'on ne se représente pas cette France royale repliée sur elle-même,attardée et vivant paisiblement de son sol, ne demandant à l'étranger que les produits de luxe ou les denrées exotiques. L'ancienne industrie  travaillant pour un marché limité, dont les besoins lui étaient connus d'avance, n'étaient que faiblement exposée aux risques de surproduction. Mais déjà, sous Louis Quinze, dit le Bien-aimé , dans ce monde économique d'une relative stabilité, l'industrie drapière forme "un élément dynamique, révolutionnaire".Par la complexité et l'importance de son outillage, par la multiplicité de ses opérations, elle est une industrie à production massive et continue. Elle ne peut se contenter du marché local, ni même des marchés voisins. Elle travaille pour l'incertain.La recherche des débouchés s'impose à elle sous peine de déchéance.Que le pavillon français recule  dans les échelles du Levant, les métiers s'arrêteront à Carcassonne, à Castres et à Mazamet! Réciproquement, si la France ne réussit pas à s'assurer en Amérique le coton dont elle a besoin, c'est à Rouen, à Amiens et à Orléans que les fabriques ferment et que les ouvriers chôment.Circonstance aggravante: "le pacte colonial" réserve à chaque pays le monopole du trafic dans ses possessions. C'est en 1763 seulement que le ministre principal, Choiseul ,autorise les Antilles à s'approvisionner de poisson séché en Amérique au lieu de l'acheter en France. Et cette dérogation est à peu prés unique.

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Armes royales de France

Bon gré,mal gré, le royaume est contraint de mener en même temps une politique de frontières pour assurer sa sécurité, donc souveraineté, et une politique d'expansion  pour assurer son rayonnement économique donc, culturel; une politique terrienne et une politique maritime.Car la France a sur mers et sur terres, au'-delà des mers, une concurrente, une rivale de taille, une adversaire farouche, une 'ennemie mortelle: "la perfide Albion", la puissante Angleterre. Sa vocation industrielle est affirmée depuis qu'elle a vaincu l'Espagne à la fin du 17ème siècle et le règne de la redoutable Élisabeth 1ère.

 

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Le machinisme naît en Angleterre en avance sur toute l'Europe...

Tandis que l'évolution économique  se fait en France moins brutalement, plutôt dans le sens de la complexité, elle pousse l'Angleterre à l'unification des intérêts. La vie du pays tout entier est suspendue désormais à sa prospérité maritime. Sa prospérité est inscrite dans le livre de ses marchands. Elle s'impose à tous avec une  évidence massive qui ne laisse plus place à l'hésitation, ni au scrupule. Ayant sacrifié son agriculture à son industrie, équipé ses fabriques pour une production qu'elle ne peut absorber, construit des vaisseaux pour un trafic qu'elle ne peut soutenir, l'Angleterre est contrainte de chercher des terres nouvelles et des populations fraîches. Si d'autres puissances entendent lui disputer les océans et fermer à ses courtiers leurs propres colonies, elle n'aura qu'un seul but: enfoncer les barrières à coups de canon et s'emparer par la guerre des possessions d'autrui.

 

 

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Combat naval de Gravelines entre l'Espagne et l'Angleterre.: Dés la fin du 16e siècle, la flotte anglaise s'assure la suprématie sur les mers.

 Contrairement à la France, l'Angleterre est commerçante et guerrière. Selon une logique implacable: pour Londres,  le commerce conduit naturellement à la guerre et la guerre nourrit le commerce...Tandis qu'épuisés par leurs guerres contre la France, les Pays-Bas s'enfoncent dans le déclin, l'Angleterre revendique pour elle seule l'empire des mers, la maîtrise des détroits, le contrôle des routes océaniques. A mesure qu'elle devient une nation  de plus en plus commerçante, l'Angleterre devient une nation de plus en plus guerrière... Depuis 1688, la guerre avec la France devient la règle. "La perfide Albion" ne cesse d'être à la tête de tous nos ennemis. La persistance de cette rivalité échappe trop souvent aux Français.La suprématie coloniale, maritime et commerciale fut l'enjeu de cette seconde guerre de Cent Ans. Mais, tandis que l'Angleterre menait la bataille avec la claire vision du but à atteindre, la volonté de vaincre à tout prix, le consentement unanime de la nation, la France, victime de sa nature amphibie, était constamment obligée de partager ses forces, de faire front à la fois sur terre et sur mer, sans que l'opinion incertaine parvînt à se fixer et à prendre conscience de ses intérêts. 

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Navire de guerre trois mats.

 

 

 

Dans cette lutte gigantesque, le règne de Louis XV n'a été qu'un épisode, mais un épisode très chargé en évènements et, à certains égards, décisif. 

Les occasions de conflits se présentaient fort différemment.

 

 

Aux Indes, la colonisation était le fait, non des États, mais de deux compagnies privées. L'anglaise (1599) avait son principal entrepôt à Madras, la française (1604) à Pondichéry. Elles étaient toutes deux plus marchandes que conquérantes, bien plus soucieuses d'échanger des cotonnades que d'annexer des territoires. A l'occasion, elles s'associaient pour une opération limitée et leurs employés entretenaient souvent de bonnes relations personnelles. Mais aprés la mort du Grand Mogol, Aureng-Zeb (1707), l'Inde tomba dans l'anarchie...

 

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Armoiries de la compagnie des Indes

Les gouverneurs anglais restèrent inertes tandis que les gouverneurs de la compagnie française eurent l'idée de mettre à profit les querelles des princes indigènes, d'abord pour se rendre totalement indépendants, ensuite pour leur arracher des concessions, des privilèges et des biens fonciers. Mais ce ne fut pas une règle. De Paris, le conseil d'administration multipliait les avis de prudence et recommandait de fuir les aventures coûteuses et tous les comportements  qui pourraient irrémédiablement discréditer les Français. En conséquence, ces derniers devinrent des partenaires privilégiés des princes locaux: Dumas, gouverneur de Pondichéry se fit admettre dans la hiérarchie des princes , reçut d'un successeur d'Aureng-Zeb le titre de nabab et, fait extraordinaire, le droit de battre monnaie. C'était un acheminement vers le protectorat. Lorsque Dupleix (1697-1763) succéda à Dumas (1741), les deux compagnies continuaient à trafiquer en paix.

 

 

  carte colies frnaçaises & anglaises au Traité Paris 1763

 

 

 

  En Amérique, la situation était tout autre.

Sur les bords du Saint-Laurent, la France, depuis Richelieu mort en 1642, avait établi une véritable colonie, un morceau d'elle-même, un prolongement de la terre-patrie. Par le recrutement de sa population autant que par son régime administratif, le Canada était bien une province du royaume. Les philosophes, toujours prompt à critiquer, représenteront le Canada comme "un ramassis de filles malades et d'anciens galériens". Vile calomnie de soi-disant savants qui parlent sans savoir mais sont de plus en plus écoutés!   A contrario, c'est faire un honneur excessif aux colons anglais que de les représenter tous comme des victimes de la répression religieuse et/ou politique en fuyant leur ingrat patrie... Un historien américain conseillait à ses compatriotes épris de généalogies lointaines de commencer leurs recherches par les greffes des prisons anglaises...La boutade n'est point sans fondement.

Inquiet, le gouvernement anglais entrepris systématiquement, de limiter puis de détruire notre expansion coloniale en Amérique. Les Anglais poursuivirent une politique d'empiètements et de chicanes; ils armèrent contre nous leurs alliés indiens, fomentèrent des révoltes parmi nos protégés, essayèrent d'emporter par surprise le fort que nous avions élevé à Niagara, bref, menèrent contre nous, sous le couvert de l'alliance, une guerre incessante d'intrigues, de crimes, d'embûches et de razzias.

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 Carte de la Louisiane (1744)

Dernier sujet de conflit avec l'Angleterre: le commerce avec les colonies espagnoles.

L'Espagne possédait un immense domaine: le Mexique, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud tout entière sauf le Brésil. Ces possessions étaient rigoureusement fermées à l'étranger. Seuls les Espagnols pouvaient y pénétrer, y faire du commerce, y exploiter des mines.

Deux fois par an, en janvier et en octobre, partait de Cadix la flotte des galions. Elle faisait voile sur les Antilles, où elle se séparait. Une partie des vaisseaux allaient au Mexique; le reste à Porto-Bello. Là, ils déchargeaient leur cargaison d'objets fabriqués, d'armes, de tissus et de vivres. Ils embarquaient en échange l'or, l'argent, les épices, les pierres précieuses, la quinquina et le bois de campêche (arbre tropical dont la sève est utilisée comme teinture). La concentration se faisait à la Havane et la flotte, chargée de trésors, prenait le chemin du retour. Mais ce trafic, en apparence purement espagnol, était en réalité français pour les quatre cinquièmes. Délabrée et sans industrie, l'Espagne était hors d'état de fournir aux Amériques ce dont elle avait besoin. Presque tout venait de France: la quincaillerie,de St Étienne; les dentelles, du Velay;les bas de soie, de Lyon; les toiles, de Bretagne et de Picardie; les chapeaux, de Paris; les draps et les cotonnades, de Carcassonne et de Rouen. Quoique grevé de droits de douanes très importants, ce commerce, protégé par le monopole, était d'un rapport excellent et d'une importance capitale pour nos manufactures.

  France-marine-Protection_du_commerce.jpgLa protection du commerce maritime passe par l'escorte des convois par la Marine royale mais aussi par les actions fulgurantes des corsaires du roi .

En 1713, l'Angleterre avait, dans ce domaine, porté un préjudice sensible à nos intérêts. Tout d'abord, elle avait arraché à la cour de Madrid, le privilège de la traite. Désormais, elle seule pourrait introduire en Amérique du Sud les nègres africains nécessaires à la culture des plantations. En second lieu, elle était autorisée, pour trente ans, à envoyer chaque année à Porto Bello et à Vera Cruz, en provenance directe de Londres, un vaisseau chargé de marchandises qui n'étaient soumises à aucuns droits.Au terme du traité, le vaisseau de permission devait être de cinq cents tonneaux seulement. En réalité, les Anglais en employaient toujours de huit cents ou de mille.  De plus, au mouillage, le vaisseau recevait constamment de prétendus suppléments de vivres qui n'étaient, en réalité, que de nouveaux chargements de marchandises.Par cette fraude, la cargaison annuelle autorisée par les textes se transformait en un entrepôt permanent et sans cesse ravitaillé. Mais ce commerce ne prospérait qu'aux dépens du nôtre qui, acquittant les taxes, ne pouvait vendre à si bon compte. Et le Trésor espagnol était lui-même frustré des droits qu'il aurait perçus sur un trafic normal...

 

 

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  Capture d'un galion espagnol par les Anglais; peinture de Samuel Scott (1702-1772)

 

 

  Tandis que Français & Anglais se heurtaient du St-Laurent au golfe du Mexique, un conflit aigu surgissait entre l'Angleterre & l'Espagne.

Sous l'impulsion du ministre Patino, la cour de Madrid venait de faire un gros effort pour ranimer l'activité du pays. Une flotte avait été construite, des arsenaux relevés, des manufactures ouvertes, des impôts abusifs supprimés, l'administration financière redressée. L'Espagne, plus sûre d'elle-même, songea à tirer un meilleur parti de son immense domaine américain et elle entreprit de mettre fin à la fois au scandale du vaisseau de permission et à la contrebande anglaise qui s'exerçait impunément sur les frontières du Mexique et dans tous les ports voisins des Antilles. Une escadre de gardes-côtes fut désormais chargée de la surveillance des eaux américaines et le vaisseau de permission dut, à son départ de Londres, se munir d'une quantité de papiers -inventaires, certificats, autorisations- que l'ambassade d'Espagne lui délivrait de mauvaise grâce et le plus tard possible. En conséquence des ordres reçus, les douaniers de Philippe V visitèrent les vaisseaux anglais qui longeaient les rivages américains. Plusieurs furent saisis, leur équipage débarqué, leur cargaison détruite ou confisquée.

Piqués au vif, considérant dans leur orgueil de puissance maritime supérieure qu'il s'agissait d'un affront insupportable, venant qui plus est par des papistes,Londres et Bristol s'enflammèrent. Dés la fin de 1737, on n'y entendait parler que de guerre.  De tous les centres commerciaux arrivaient des protestations indignées contre la mollesse du gouvernement; les pétitions pleuvaient à la Chambre des Communes.

 

 

 

 


Les lobbies du commerce maritime anglais ne pouvaient tolérer les concurrences commerciales de l'Espagne et de la France.

En mars 1738, l'opposition produisit tout à coup un capitaine Jenkins, qui se donnait comme martyr de la cause  anglaise. Il raconta aux députés que son bateau avait été arrêté au large de la Jamaïque par un corsaire espagnol. Ses compagnons avaient été mis à la torture et lui-même suspendu à une vergue. Trois fois, il avait failli être pendu. Finalement, les Espagnols s'étaient contentés de lui couper une oreille, en proférant d'abominables injures contre Sa Gracieuse Majesté britannique. 

Le retentissement de cette histoire fut prodigieux; mise en vers & en chansons, elle se répandit dans tout le pays. La campagne belliqueuse continuait avec une violence chaque jour accrue. en vain, le pacifique Premier Ministre Whalpole obtenait-il  de madrid des indemnités pour les marchandises indûement saisies. Les planteurs d'Amérique réclamaient haut & fort la suppression du droit de visite. Face aux pressions, Whalpole fut contraint de déclarer la guerre à l'Espagne le 19 octobre 1739.

Quelle allait être l'attitude de la France?

 

  France-fregate-18e.jpgNavire moderne sous Louis XV.

 

Depuis quelques années, son économie avait fait des progrés considérables. En 1738, Monsieur deVoltaire écrit: " On entend mieux le commerce en France depuis vingt ans qu'on ne l'a connu depuis Pharamond jusqu'à Louis le Quatorzième".

La concurrence grandissante de la France sur Terre & sur mers irrite les Anglais.Selon certains spécialistes, elle est la cause de la dépression industrielle qui avait commencé à se faire sentir dés 1735:

" Les soins qu'ont pris les ministres de France pour le progrés des manufactures et pour ramener tout au bien commun sont surtout remarquables. Des gens élevés dans le commerce et qui auraient tourné toutes les vues de ce côté-là n'auraient su prendre des mesures plus justes et mieux concertées".  

Joshua Gee, in Le commerce & la navigation en Grande Bretagne.

Le cardinal de Fleury, Principal Ministre à Versailles, en dépit des critiques à son encontre, ne se désintéressait ni de la marine, ni des colonies. Il avait fort bien compris que jamais l'Angleterre ne renoncerait de bonne grâce à ses projets d'hégémonie et que tôt ou tard, sous peine de perdre la Nouvelle France, il faudrait reprendre la lutte contre la Perfide Albion.


En août 1740, le cardinal de Fleury expose lui-même le détail de ses intentions: d'abord, maintenir la paix sur le continent. En second lieu, "augmenter notre marine  de plus de vaisseaux que nous pouvons d'ici au printemps prochain, encourager nos armateurs".

Aux Indes & en Louisiane, on se tiendra sur la défensive:

(à suivre...)

 

 

 

 



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landeaulouis - dans FRANCE
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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 16:44

WE WANT SEX EQUALITY

 

Bob Hoskins et Jaime Winstone. ARP Sélection

 

 

 

>SITE OFFICIEL<

 

 

 

En 1968, l'usine Ford de Dagenham (Grande-Bretagne) employait 55 000 personnes, dont 187 femmes.

183 d'entre elles sont couturières, chargées d'assembler des revêtements de siège de voitures. Mais Ford les paie 15 % de moins qu'un salarié masculin. Afin d'être reclassées, elles se mettent en grève. Puis revendiquent la parité salariale.

MADE IN DAGENHAM

Au siège américain de Ford, on sourit. Jusqu'au jour où l'assemblage des voitures est bloqué. En trois semaines, l'entreprise perd 8 millions de livres et menace de délocaliser.

Le Premier ministre, Harold Wilson, charge Barbara Castle, secrétaire d'Etat à l'Emploi et à la Productivité, de régler le problème. Ce qu'elle fera en recevant huit grévistes, à qui elle promet de légiférer.

En 1970, l'Equal Pay Act contraint les employeurs à rémunérer également hommes et femmes. 

 

Andrea Riseborough. ARP Sélection Sally Hawkins. ARP Sélection

Rosamund Pike. ARP SélectionSally Hawkins, Jaime Winstone et Andrea Riseborough. ARP SélectionJaime Winstone. ARP SélectionJaime Winstone & Sally Hawkins. ARP Sélection

 

Plutôt que de jouer la carte du réalisme pur et dur, We Want Sex Equality surfe sur la comédie sociale, dont les Britanniques ont le secret ainsi que la tendance à la mode retro des "seventies" .

Dans les faits, les grandes lignes sont respectées. Mais si Barbara Castle et le Premier Ministre travailliste de l'époque Harold Wilson sont bien là, les autres noms ont été changés et l'héroïne, Rita O'Grady, à la tête du mouvement à cause d'une langue bien pendue, n'existe pas. Son personnage a été imaginé à partir de divers témoignages d'authentiques grévistes de l'époque. Ces dernières, présentes au générique de fin, ont déclaré, dans le quotidien The Independent, que le film était proche de la réalité, à une exception près. Au début, on les découvre derrière leurs machines en tenue plus que légère à cause de la chaleur étouffante dans l'atelier. "C'était absolument interdit, et quand bien même, nous aurions eu trop de fierté pour nous habiller ainsi", rappelle une ouvrière retraitée.

Mais quand la légende est plus belle que la réalité... 

 

Sally Hawkins, Jaime Winstone et Andrea Riseborough. ARP SélectionJaime Winstone. ARP SélectionBob Hoskins, Sally Hawkins et Geraldine James. ARP Sélection   Andrea Riseborough, Miranda Richardson, Geraldine James, Sally Hawkins et Jaime Winstone. ARP Sélection

Sally Hawkins, Geraldine James, Jaime Winstone et Andrea Riseborough, Lorraine Stanley et Nicola Duffett. ARP Sélection

 

 


 

WHAT ABOUT NOW?

 

La nouvelle condition féminine fait débat aujourd'hui, quarante trois ans après les mouvements de 68.Et le combat pour l'égalité des salaires hommes/femmes demeure d'actualité, surtout chez les cadres. 

Aboutissement d'un long combat entamé par les Suffragettes britanniques, l'émancipation féminine franchit dans les années 60 un seuil décisif. Réduites à un statut juridique et politique inférieur-notamment en France par le Code civil napoléonien-  les femmes ont obtenu le droit de vote dés le début du siècle dans les pays anglo-saxons et scandinaves, puis en Allemagne et en Russie soviétique avant qu'il leur soit accordé en France et en Italie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

 

 

 

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En France, Napoléon 1er: la Révolution puis l'Empire furent un mouvement politique et social régressif pour la condition féminine.  Napoléon rétablit l'esclavage dans les colonies françaises et, dans le Code civil, promulgua  un statut juridique inférieur pour les femmes.

 

 

 

 

La part grandissante qu'elles ont prises aux diverses activités professionnelles durant les deux guerres mondiales en remplaçant les hommes, phénomène accéléré par l'essor très rapide dans les années 50 du secteur tertiaire, n'a fait que renforcer leur position, à un moment où les progrés de la société de consommation calqué sur the american way of life, faisaient naturellement de la "ménagère" et de son "panier", la cible privilégiée de la publicité.

Le succés commercial remporté par la presse féminine prend, dés les années 50, la dimension d'un phénomène de société, au moment où la démocratisation des études secondaires donne aux jeunes filles les mêmes atouts qu'aux garçons  dans la compétition professionnelle.

La libération des moeurs, l'affaiblissement du cadre moral traditionnel, la revendication du plaisir sans contraintes exprimé en mai 68 ("Nous voulons jouir sans entraves!"), les modèles fournis par les héroïnes du "star system" et l'évolution des modes vestimentaires contribuent aux changements.

 

 

 

 

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  Une londonienne à la mode ;1967.

 

 

 

 

WHAT ABOUT THE MEN?

 

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En se libérant, les femmes ont en même temps libéré les hommes.  

 

 

 


 

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Joe Dalessandro

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 06:48

MORT A VENISE

 

 

 

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Adapté du roman éponyme de Thomas Mann.

 

à Venise, 1911...

 

Dans l'hôtel de luxe où il loge, Gustav von Aschenbach, compositeur vieillissant, meurtri par le décès de son unique et jeune enfant, malade, déchu et traversant une période de crise existentielle, en villégiature (très librement inspiré de Gustav Mahler), est troublé par un jeune adolescent androgyne, Tadzio, issu d'une famille de la haute société polonaise, qui semble incarner l'idéal de beauté éthérée à laquelle il a désespérément tenté de donner expression dans ses créations.

Ce déconcertant garçon ayant, par des regards croisés, pris conscience de sa fascination, l'artiste rêve de l'aborder, et en vient à remettre en question les certitudes de sa vie tout entière.

Dans une ville qu'il sait en proie à une épidémie de choléra cachée par les autorités qui ne tiennent pas à ce que les touristes partent, Aschenbach, au lieu de fuir, s'enfonce dans la déchéance (songeant à alerter la famille du jeune Polonais), puis meurt sur la plage du Lido après avoir une dernière fois contemplé Tadzio, son bien-aimé à qui il n'aura jamais osé parler...

 

 

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Le film que je vis à sa sortie, seul et en secret, à l'insu de mes parents, me bouleversa alors que j'étais adolescent. Il est une très intelligente adaptation de la nouvelle de l'écrivain autrichien Thomas Mann (1913).

Mais Visconti transforme ce petit chef d'oeuvre initial de la littérature de langue allemande du début du XXème siècle, en faisant d'Aschenbach un musicien et non un écrivain, en introduisant des flash-backs venus d'une autre oeuvre de Mann, Le Docteur Faustus, ainsi que, bien évidemment, des éléments de son imaginaire personnel liés à ses origines aristocratiques et italiennes.

Le rapport de ce film, comme de toute l'oeuvre de Visconti, avec À la recherche du Temps perdu, de Marcel Proust, est frappant. L'Hôtel des Bains du Lido rappelle le Grand-Hôtel de Balbec, les fards d'Aschenbach rappellent ceux du baron de Charlus, sa mort celle de Bergotte...

La présence obsédante de la musique de Gustav Mahler (1860-1911), en particulier le superbe et mélancolique adagio de la Symphonie n°5, est le changement le plus remarquable qu'apporte Visconti à l’œuvre de Mann.

Il y a un léger infléchissement du sens, du texte au film : la nouvelle de Mann dit le conflit, dans l'Art, entre Dionysos et Apollon ; le film de Visconti insiste plus sur la révélation d'un "trop-tard", c'est-à-dire sur le conflit, proprement cinématographique, de la Beauté et du Temps. On peut aussi voir dans ce film une dimension sociale : ce sont les rapports de classes de l'époque qui se laissent voir dans la confrontation entre la clientèle de l'hôtel, le personnel et les Vénitiens.

 

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"Qui a contemplé de ses yeux la Beauté, est déjà voué à la Mort..".

Thomas Mann.

L'artiste vieillissant était venu se ressourcer dans l'antique Cité des Doges, ancienne puissance commerciale et maritime, riche, splendide, majestueuse et fière. Il y rencontrera, dans la chaleur malsaine d'un des derniers été de paix, la beauté et la mort,sous les traits charmants  d'un éphèbe d'une beauté troublante qui l'ébranlera jusqu'au plus profond de lui-même. Une passion l'envahira, lui procurant des sentiments troubles, une brûlure douloureuse et enivrante,étrangère, inconnue jusqu'alors; une morsure dans l'âme. Mortelle... 

 

Alfried : "La Beauté naît, selon toi, de tes seules facultés spirituelles ?"
Aschenbach : "Nieras-tu que le Génie de l'Artiste puisse la créer ?"
Alfried : "Oui, c'est le pouvoir que je lui dénie."
Aschenbach : "D'après toi notre labeur d'artiste..."
Alfried : "Ton labeur ! La Beauté fruit du labeur ! Quelle illusion ! Non ! La Beauté jaillit d'un éclair et ne doit rien aux cogitations de l'artiste ni à sa présomption !"

 

 

 

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Adaptation austère et contemplative de la nouvelle « la Mort à Venise » de Thomas Mann, Mort à Venise (Prix du 25ème Anniversaire du Festival de Cannes) figure bien souvent comme le testament de Luchino Visconti puisqu'il laisse transparaître toutes les obsessions et préoccupations, développées de façon très aboutie, de ce cinéaste, véritable artiste de génie, personnage de fascination et de scandale pour ses moeurs et son goût raffiné de la décadence. Mort à Venise, incompris par certains à son époque (... et actuellement toujours), a d'ailleurs été l'objet d'une polémique pour la pédophilie qu'il expose. Certes l'histoire laisse suggérer un peu cet aspect là du film mais les réflexions que mettent en place ce chef d'oeuvre cinématographique balaye rapidement cette idée.

 

 

 

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 Luchino Visconti, 1936.

La morgue aristocratique d'un membre d'une des plus anciennes familles de la noblesse italienne, dissimule en fait une angoisse obsessionnelle provoquée par la révélation du "trop tard".

 

Paradoxalement, même s'il s'agit d'une adaptation cinématographique, Mort à Venise est quelque peu autobiographique ou du moins en fait un film très personnel car cette œuvre place la figure de l'artiste comme l'élément central du film, autour duquel gravite plusieurs thèmes en relation avec l'Art ainsi que la Beauté, la fuite du Temps et la Mort qui rattrape le personnage principal, Aschenbach, tout comme il semble rattraper Visconti qui mourra cinq ans après la réalisation de son chef-d'oeuvre ultime et absolu.

 

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Par un jeu subtil de séduction et d'espièglerie, Tadzio chamboule le coeur et l'esprit de l'artiste qu'est Aschenbach, (magnifiquement joué par Dirck Bogarde). Ce jeu, presqu'innocent (?) mais cruel, se révèlera fatal pour cet homme malade qui aura chercher toute sa vie, dans une tension tragique, l'expression la plus sublime de la Beauté, de la Jeunesse et de l'Amour, sans pouvoir les étreindre...

 

 

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 Tadzio (Bjorn Andresen).

 

 

 

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« Dans une histoire comme Mort à Venise, une histoire de regards, le zoom m'aidait beaucoup pour donner cette impression que le regard s'approche d'un être, d'une personne... C'est la nécessité à un certain moment de m'approcher un peu de quelque chose. Au lieu de couper et de m'approcher comme on faisait d'habitude, comme la technique vous l'imposait. C'est plus pratique de faire ainsi.  Plus « pratique » et bien sûr aussi, plus sensé.

Le zoom qui présente le personnage principal au début du film permet véritablement de découvrir Aschenbach et d'entrer dans l'histoire : le zoom l'isole peu à peu de son environnement (sur le pont du bateau), et l'effet indique d'emblée la solitude et l'isolement du personnage. L'effet de zoom permet encore de donner l'impression de plonger dans une intériorité : c'est par un zoom que l'on pénètre dans les pensées et souvenirs d'Aschenbach, lorsqu'il est attablé au restaurant, non loin de Tadzio : le zoom prépare à la fois la voix off (le souvenir d'une discussion sur la beauté) et le flash-back qui suit.

Enfin, le zoom est sans doute le moyen le plus adéquat de décrire le regard d'Aschenbach sur Tadzio : il n'y a jamais de contact véritable entre eux, et ce n'est qu'en concentrant, en focalisant son regard sur le jeune adolescent que le musicien se rapproche de lui. Le zoom peut ici apparaître comme une métaphore de la fascination : comme le remarque Dominique Villain, « le zoom aspire son objet plus qu'il ne s'avance vers lui ».

Luchino Visconti; (L'oeil à la caméra).

La proximité de Tadzio n'est permise que par cette aspiration, cette concentration du regard retranscrite par le zoom.

 

La solitude d'Aschenbach enferme son regard sur Tadzio, inaccessible et idéalisé.


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La métamorphose trompeuse d'Aschenbach en ce qu'il méprisait il n'y a pas si longtemps: le "vieux-beau". Cette transformation comico-pathétique reflète la toilette du mort.

 

 

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En proie à l'ennui, figé comme une statue grecque, l'adolescent fascine.

Il existe chez Visconti une rigueur maniériste qui, comme chez Hitchcock ou De Palma, équivaut à un langage cinématographique. Panoramiques et zooms ne font dans cette séquence que renforcer l'impact émotionnel du musicien face à la beauté du jeune homme. Les panoramiques se confondent alors à une certaine subjectivité du regard. Leur multiplication, associée aux zooms incessants, échappe à toute logique rationnelle. Visconti dépasse les limites de l'espace et renforce l'aspect sinueux du film.

En intérieur comme en extérieur, Mort à Venise est un parcours sans fin, physique et spirituel qui ne s'effectue que par le regard, qu'il soit celui des personnages ou celui de la caméra.

 

 

 

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 Silvana Mangano incarne la mère de Tadzio. Hiératique, angoissée...L'esthétique et le maniérisme de l'art de Visconti s'exprime pleinement dans ce rôle qui restitue l'état d'esprit de la haute société européenne de ce début de XXème siècle avec ses codes de conduite: retenue, pudeur, par lesquels cette caste entend se distinguer des parvenus.

Épouse d'un haut fonctionnaire particulièrement occupé par ses fonctions, (selon une indiscrétion d'un maître d'hôtel),absent dans l'histoire;  cette absence du père renforce la solitude de toute la famille et en particulier celle de l'adolescent cerné par des femmes (la mère, la gouvernante et les trois soeurs)... 

 

 

 

 

 

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Les solitudes de Gustav et de Tadzio s'aditionnent mais n'arrivent jamais à se compléter, malgré ou à cause de leurs désirs inachevés. Les interdits et les non-dits sont trop forts; seuls les yeux, "fenêtres de l'âme" parviennent parfois, en de précieux instants, furtivement, à exprimer l'indicible...

 


 

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Les moments où Tadzio sort de son cercle de femmes, qui ne sont jamais très éloignées, pour retrouver quelques jeunes gens de son âge, offrent à Gustav des scènes de jeux sur la plage de séduction-répulsion qui l'émeuvent et le blessent.  Le renvoient-elles à sa propre adolescence? A ce temps privilégié de l'insouciance apparente et des premiers émois?

 

 

 

 

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Faut-il alerter et provoquer le départ de l'être chéri ou bien se taire et prolonger le temps qui s'enfuit?

Venise la légendaire, lieu de villégiature de la haute société cosmopolite, est devenue un piège où souffle le siroco, vent chaud et fétide où se propagent les miasmes pestilentiels du Choléra qui dans le film, personnifie le spectre de la guerre qui approche et dispersera bientôt tout ce beau monde insouciant... 

 

 

 

 

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Gustav se surprend à suivre Tadzio dans le dédale des rues de Venise où l'étendue et la gravité de l'épidémie de choléra, symboles de la terrifiante apocalypse de 14-18 qui s'approche, se révèlent au grand jour malgré le silence des autorités et la censure de la presse. Par ce comportement suspect et inquiétant, il révèle à lui-même sa déchéance et sa misère, son désespoir aussi et la décadence où le conduit sa quête éperdue.

 

 

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Epuisé, Gustav von Aschenbach ("Ruisseau de cendres") meurt seul dans une chaise longue, sur une plage déjà désertée, en contemplant Tadzio qui traîne sa solitude. Le corps du musicien est rapidement emporté comme un sac lourdement rempli de rêves inavoués, afin de ne pas choquer les quelques clients de l'hôtel qui se sont attardés avant le coucher du soleil...

 

 

 

Tiraillé entre ses origines sociales ( très ancienne noblesse italienne) et la mode du "bourgeois gauchisant" qui sévissait avec tyrannie dans les milieux artistiques après 1945, la décadence de la haute société fut un leitmotiv dans la filmographie de Luchino Visconti.

 

« On m'a souvent traité de décadent. J'ai de la décadence une opinion très favorable, comme l'avait par exemple Thomas Mann. Je suis imbu de cette décadence. Mann est un décadent de culture germanique, moi de culture italienne. Ce qui m'a toujours intéressé, c'est l'examen d'une société malade. »

Luchino Visconti


 

Après le cataclysme de la Première Guerre Mondiale (quelques cinq millions de morts), l'Italie exsangue, comme la plupart des pays d'Europe,  ira puiser des forces neuves dans un mouvement de jeunes soldats humiliés, dont les mots d'ordre seront: force,courage, virilité, patrie,modernité, dynamisme,vitesse, futur!

 

 


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Une des statues ornant le Stade Marmi; Rome (1930)

"Force, virilité, courage, patrie, dynamisme, vitesse, futur!"

Les deux conséquences immédiates du suicide collectif de 14-18 furent le bolchévisme en Russie et le fascisme en Italie.

Les villes de l'Italie du Nord (industrielles) passent à l'émeute. Partout, on fait la chasse aux officiers, symboles de la guerre et de l'ordre ancien. On les tabasse dans les rues, on crache sur leurs insignes et leurs décorations, on leur cloue les épaulettes sur les épaules pour leur apprendre à narguer le peuple; on les tue ici et là...

Beaucoup prennent la fuite, se mettent en civil, se font oublier. Mais, contre toute attente, une poignée réagit:

" A moi, camarade! Formons les rangs!".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ils sortent leurs lourds pistolets encore maculés de la boue des tranchées et tirent dans le tas...

 

A Milan, ils s'unissent en squaddra ( escouades). On les appellera les Squadristes. Beaucoup sont d'anciens Arditi, ces hommes des troupes d'assaut constituées en 1917. Leur légende a commencé dans des corps à corps à la grenade, sur le front de la Piave, aprés le désastre de Caporetto. On les reconnaît à leur uniforme spécial orné d'emblêmes noirs, couteau à la ceinture. Sur leurs fanions et le bandage de leurs blessures (membres amputés, défigurés...), ils inscrivent une devise qui en dit long sur leur philosophie expéditive:

" Me ne frego!"

(Je m'en fous!)

 

 

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Milan 23 mars 1919; dans une petite salle enfumée, ils sont venus applaudir un homme qui sait les mots pour leur parler, Benito Mussolini.

 Il est le chef de la fraction la plus dure du parti socialiste en 1910. Devant la guerre, il a réagi de façon inattendue: alors que Lénine avait flairé dans le pacifisme un levier formidable pour jeter par terre le tsarisme, Mussolini a fait le choix opposé. Se souvenant du Risogimiento (Renaissance ou Résurrection; mouvement ayant conduit à l'unité italienne), il croit que de la guerre surgira une nouvelle Italie. Troquant l'internationalisme contre le nationalisme, il est devenu le champion de l'intervention italienne en 1915. On le chasse du parti.

Tant mieux, il pressent qu'un nouveau destin l'appelle!

Sous le chapeau emplumé des bersaglieri, il va se battre contre les Autrichiens. Grièvement blessé, il continue la lutte, la plume au poing, noicissant de son écriture les articles incendiaires de son nouveau journal nationaliste et socialiste Il Popolo d'Italia.  

Voilà l'homme qui lance l'appel, le 23 mars 1919, pour la création des "Faisceaux de Combat". On y trouve d'anciens Arditi mêlés à d'ex-socialistes, partisans comme lui de l'intervention italienne en 1915. Squadristes et Arditi participent à l'aventure de Fiume derrière Gabriele d'Annunzio, le poète guerrier délirant et admirable qui a joué sa vie plusieurs fois pendant la guerre. Benito Mussolini est un peu son ministre de la propagande.

 

 

 

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Vitorio Pisani "Squadristi" 1922.
 
 
Avec ses pistolets, ses triques, ses poignards, le squadrisme végète longtemps...
Et soudain, c'est l'envolée au début 1921, aprés la fin de l'aventure de Fiume, en riposte à la vague de violence des  Rouges qui a déferlé sur l'Italie. Partout on fait appel aux guerriers humiliés. Devant la démission de l'Etat, ils sont l'Etat. Les coopératives socialistes saccagées seront le prix à payer pour les crachats sur leurs médailles militaires.
Le Squadrisme constitue l'aile militaire autonome du premier fascisme. A l'origine, celui-ci n'est pas un parti, mais un anti-parti sur lequel Mussolini n'exerce qu'une autorité très vague grâce à son journal et son indéniable talent de tribun.
La montée des fascistes en 1921 et 1922 est la rançon de l'erreur des communistes italiens, sectaires dans leurs attitudes et anarchiques dans leurs méthodes.
Face aux Rouges, le pragmatisme est la règle de Mussolini. Toute l'Italie historique fera bientôt front  avec lui  contre les marxistes. Le pays sent que son principe politique consiste à sauver du passé tout ce qui est solide et honorable pour en faire le socle de l'avenir.
Voilà comment, le 28 octobre 1922, devant l'incapacité du vieux système libéral, le roi Victor-Emmanuel III fait appel au chef du fascisme pour diriger un gouvernement de salut public.
 

 

Réaliste, le Duce se garde d'abuser de sa victoire. Hormis les Communistes, que ses Squadristes pourchassent à coups de gourdins, il est prêt à toutes les alliances, obtenant le ralliement rapides des syndicalistes et de la classe ouvrière. Il invente un nouveau type de pouvoir reposant sur le parti, les syndicats et l'Etat.

Du jour au lendemain, saisie par l'ardeur énergique des fascistes, l'Italie semble transformée.  Les trains arrivent à l'heure, la corruption qui s'était installée dans tous les rouages de l'Etat est impitoyablement combattue et disparaît rapidement; forcés de négocier, le patronat et les syndicats concluent des accords qui perdurent. Les grands chantiers de l'Etat font baisser le chômage.

Toute l'Europe regarde, surprise et intéressée; parmi de nombreux autres responsables politiques, Winston Churchill ne cache nullement son admiration face au "miracle italien".

Le fascisme est né d'abord et avant tout du creuset de la Première Guerre Mondiale. Au sortir de cette forge, rougeoyante de feu, de courage et de sang, un certain nombre de jeunes hommes avaient été changés à jamais. Ceux-là voulurent transposer dans la paix les valeurs de la guerre qui étaient devenus les leurs.

 

 

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Vitorio Pisani; le bataillon de Marine "San Marco" part à l'assaut!

 

Les circonstances exceptionnelles traversées par l'Italie leur permirent quelques temps de réaliser leurs rêves. Au regard de l'histoire, ils apparaissent comme la revanche inattendue d'un type humain que l'économie marchande avait relégué dans une position sociale subalterne et méprisée.

La filiation-réaction du communisme et du fascisme éclate dans la chronologie. Lénine prend le pouvoir en 1917, Mussolini en 1922. Cinq années séparent les deux évènements. La révolution bolchévique est à l'origine d'une réaction  en chaîne qui provoque la naissance du fascisme italien et aussi du national-socialisme allemand. Mais ce sont des réactions en forme de ripostes de type révolutionnaire qui ont pour instrument la mobilisation des masses autour de l'espérance d'une société nouvelle et meilleure. Aussi sont-elles à l'origine de régimes inédits. C'est ce qui les différencie des mouvements et des régimes réactionnaires ou conservateurs qui veulent restaurer un ordre social ancien excluant les masses populaires de la vie politique.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 



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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 19:24
THE TREE OF LIFE
Jessica Chastain & Brad Pitt. EuropaCorp Distribution

"Si tu n'aimes pas, ta vie passera en un éclair...".
EuropaCorp Distribution
Un oratorio filmique sans équivalent.

>SITE OFFICIEL<

 

 

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Palme d'Or

Au sein d'une sélection  plus relevée que les années précédentes, mais encore souvent marquée par le mal et la mort, The Tree of life, de Terence Malick, est un chant de vie sublime.

Aux États-Unis, Texas;  années 50- 60, apogée de la puissante Amérique...




The Tree of life devait être présenté au Festival de Cannes l'an dernier, mais son réalisateur l'a remis en chantier, l'estimant imparfait. Un an d'attente encore, imposé par ce cinéaste perfectionniste et discret.
Terrence Malik, modèle de  cinéaste absolu, indépendant et inclassable, par certains comparé à Stanley Kubrick, a assez de talent pour s'imposer à l'industrie du cinéma au lieu d'en être l'instrument.
Son art s'appelle " le Septième Art".
Pourtant, à Cannes, d’après certains témoignages, son film
fut aussi hué qu'acclamé et déclencha même une vague de vociférations haineuses inouïes !

Terrence Malick est philosophe de formation, traducteur de Heidegger(philosophe allemand 1889-1976). Il faut le savoir avant d'aller voir cette œuvre cinématographique qui n'est pas hermétique mais simplement géniale et authentiquement originale, ouverte à tous ceux qui ont su garder ouverte leur intelligence du coeur.

Brad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp Distribution
Jessica Chastain. EuropaCorp Distribution
Les films de Terrence Malik sont construits comme des temples: on n'y entre pas comme dans un supermarché; il y a des niveaux à franchir, des degrés, des marches. Un rythme initiatique qui ralentissent le pas et mettent votre esprit au bon rythme... Biblique. Le procédé n'est pas rare dans le cinéma américain car compris d'un public familier de la Bible, contrairement au public français, devenu en quelques années, fièrement ignare dans ce domaine.


"Où étais-tu quand je fondais la Terre? Dis-le, si tu as de l'intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu? Ou qui a étendu sur elle le cordeau? Sur quoi ses bases sont-elles appuyées? Ou qui en a posé la pierre angulaire, alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie?"

Livre de Job (38,4) où Dieu reprend l'homme qui s'est plaint...


Le sens de cette citation apparaît lentement à mesure que se déroule ce long film (2h20). Celui-ci est fragmenté en une multiplicité innombrable de plans, d'une beauté virtuose éblouissante, où les acteurs se font entendre presque uniquement  en voix off, vous parlant à l'oreille. Le tout baignant dans une musique "cosmique": Berlioz, Tavener, Preisner et les partitions originales du génial Alexandre Desplat...

Le film se déroule à deux époques, entre lesquelles on saute sans préavis: un peu de nos jours, où le héros, Jack (Sean Penn), a la soixantaine; beaucoup dans les années 50-60, où il vit dans une famille américaine classique, avec deux autres frères, subissant  la dureté de leur père (extraordinaire Brad Pitt), mais protégé par la douceur de leur mère (Jessica Chastain).
Dès le début, on apprend qu'un des frères est mort, vraisemblablement à la guerre (Corée, Viet Nam ?) . Cette mort "injuste" arrache des cris de douleur et de révolte à la mère. Au bout du désespoir, elle en vient à appeler la mort sur elle.
Alors le film change de dimension...

Jessica Chastain. EuropaCorp Distribution
Jessica Chastain, bouleversante de féminité, c'est-à-dire de tendresse, de douceur et de force.


Brad Pitt. EuropaCorp Distribution


Le père, (Brad Pitt):confondant force, fermeté et dureté, il finira par perdre l'essentiel.

Sean Penn. EuropaCorp Distribution
Un fils (Sean Penn), comme le rescapé d'un naufrage...

Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp Distribution


Soudain, surgissent des images inouïes...

 

On reste stupéfait devant ces compositions, évoquant le début de l'univers et de la vie, jusqu'à l'apparition des dinosaures, car on a du mal à comprendre leur présence et qu'elles peuvent apparaître comme une faute de goût, un anachronisme gratuit et donc superflues, au milieu des images d'une famille américaine idéale des années 50-60...
Mais qui donnera des leçons d'intelligence, de talent et de goût à un artiste comme Terrence Malick?
Brad Pitt. EuropaCorp DistributionJessica Chastain. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionJessica Chastain. EuropaCorp Distribution
Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionBrad Pitt & Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionJessica Chastain. EuropaCorp DistributionUSA-pub-insurances.jpg
Jessica Chastain & Brad Pitt. EuropaCorp DistributionJessica Chastain. EuropaCorp DistributionBrad Pitt & Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp Distribution
Jessica Chastain & Brad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt. EuropaCorp DistributionBrad Pitt & Jessica Chastain. EuropaCorp Distributioncosmos-151-20VIE-20COSMOS-2017ANNEESLUMIERES-20HUBBLES.jpg
Aprés ces images de Genèse, débute le coeur du film qui correspond à l'âge de rebellion de Jack (12 ans) contre son père, tyrannique et pourtant aimant. Jack, qui a appris à l'école qu'il fallait suivre la voie de la grâce et non celle de la nature. La grâce, à ses yeux, c'est sa mère, admirablement belle, douce et humble; la nature, c'est son père, brutalement autoritaire.
L'arbre de vie se retrouve ici: c'est celui que plante le père dans le jardin, mais aussi et surtout celui qui pousse ses branches en nous à travers les racines que sont nos aïeux. mais des branches se brisent, mystère du mal. C'est la souffrance de la mère qui a perdu son enfant; c'est celle de Jack et de ses frères qui ont perdu leur insouciance devant les colères d'un père rempli de frustrations et d'amertumes suscitées par des échecs passés, dont las ambitions ont été déçues et qui se trouve rejeté au bord du rêve  des WASP (white anglo-saxon protestant).
Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp DistributionSean Penn. EuropaCorp Distribution Vient le temps du grand cri immémorial de l'homme meurtri invectivant Dieu, puis des interrogations : Dieu peut-il reprendre ce qu'Il a donné avec tant d'Amour?
 Enfin, vient le temps du pardon et de la paix ...
 
 
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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 05:47

L'AIGLE DE LA NEUVIÈME LÉGION

 

d'après le roman éponyme de Rosemary Sutcliff (1954)

 

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

>SITE OFFICIEL<

 

Vers l'An 140, dans l'Empire romain et  dans les brumes des îles britanniques au-delà du mur d'Hadrien, là où Rome se termine et commence le monde barbare, mystérieux, dangereux, maudit  ...

La geste du jeune centurion Marcus Aquila pour restaurer l'honneur de son père, disparu dans des conditions mystérieuses au nord de la (Grande) Bretagne, avec les 5000 hommes de sa Légion.

Flanqué de son esclave Esca, Marcus part récupérer l'Aigle de cette Légion, que certains ont cru voir dans un temple barbare.

Mais au-delà du Mur construit sous le règne de l'Empereur Hadrien, en ces mystérieuses et effrayantes contrées du nord, que va-t-on découvrir?

 

 

 

 

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L'Aigle n'est pas seulement un bout de métal; l'Aigle c'est Rome.

 

 

 

Denis O'Hare & Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

Le soldat romain est le fondement de Rome.

"Discipline, endurance, piété"

 

Retrouvant Jeremy Brock, son scénariste du Dernier roi d’Écosse, le réalisateur écossais Kevin Macdonald offre ici un "anti-péplum", où les fastes militaires de Rome laissent la place aux échauffourées de petites escortes perdues dans la lande du nord aux confins des limes de l'empire et de son influence. 

Donald Sutherland & Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

Le ton voulu est celui du documentaire, ce qui oblige à un grand réalisme de détails, de décors comme de costumes. Cette ambition est  atteinte, ce qui est en soi déjà une prouesse mais en plus, le spectateur suit la progression anxieuse du jeune légionnaire Marcus et d'Esca vers les inquiétants barbares septentrionaux avec l'impression de participer à une expédition commando actuelle.

 

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

 

 

 

Les deux jeunes acteurs principaux sont remarquables, l'athlétique Channing  Tatum (Marcus) comme le frêle et nonobstant valeureux Jamie Bell (Esca). Ils nous entraînent de façon convaincante dans leur double quête: l'honneur pour Marcus, la liberté pour Esca; à travers mille ruses et bravoures, qui scellent peu à peu leur amitié...

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

Ayant retrouvé ses lettres de noblesse avec Gladiator, le genre du péplum connaît aujourd'hui des déclinaisons inédites (Centurions). Qui aurait pensé à Kevin Macdonald, pour porter à l'écran le roman historique de Rosemary Sutcliff (1954)? Le réalisateur s'attaque sans doute ici à l'une de ses lectures d'enfance, d'autant plus chère à ses yeux que cette histoire de Celtes et de Romains se passe dans son Écosse natale.

Metropolitan FilmExport Kevin Macdonald pendant le tournage. L'allure primitive quasi néolithique des Celtes choisie dans le film n'est sans doute pas fidèle à la réalité historique.

 

Channing Tatum, Jamie Bell et Tahar Rahim. Metropolitan FilmExport

 

Très loin, géographiquement, de la Rome de Ben Hur ou de Cléopâtre, on est aussi très loin, esthétiquement, de ces péplums canoniques. Après un passage où Marcus est en convalescence  chez son oncle (Donald Sutherland), nous laissant  apercevoir les charmes de la civilisation romaine, le film ne se déroule plus que dans les paysages pelés et brumeux des Highlands. Non pas dans les plaines ensoleillées où les puissantes légions romaines peuvent se déployer et manœuvrer à l'aise selon une stratégie dont ils ont le secret, mais dans des reliefs inquiétants, propices aux embuscades, nous plongeant dans la froide et lourde atmosphère de confins insoumises. Nous suivons deux hommes perdus, Marcus et son esclave Esca, pataugeant dans les marécages de contrées hostiles où rôdent des ennemis farouches et invisibles autant que les âmes errantes car sans sépultures de soldats romains...

Channing Tatum et Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

Sur la trame simple de la recherche d'un trésor symbolique, le film est d'abord la rencontre de deux hommes représentant deux cultures et deux conditions sociales opposées évoluant de l'affrontement à la reconnaissance, puis à l'amitié.

Un chemin finalement lumineux mais qui passe par l'obscurité de la barbarie quand ils affrontent, au bout du monde, le mystérieux peuple "phoque"(?).

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport

 

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

Deux acteurs remarquables: Jamie Bell (Esca) et l'athlétique Channing Tatum (Marcus).

 

 

Carte Empire romain

 


Rome domina la Méditerranée durant presque cinq siècles. Jamais un si vaste empire ne dura si longtemps.

 


Pax romana


 Rome aigle-106fef6

L'Aigle des légions romaines veille sur la paix.

Aprés avoir soumis les peuples barbares, Rome les assimile afin d'unifier un empire immense: un empereur, une langue, une armée, un seul but: la paix et la prospérité. Toute civilisation ne pouvant s'épanouir qu'à l’intérieur de frontières sûres, l'armée romaine fut pendant toute l'histoire de Rome, contrainte et forcée de pacifier les territoires conquis et de sécuriser les limes . Les légions romaines, outre la guerre, accomplirent une œuvre immense dans la romanisation: constructions de routes, de ponts, de fortifications, mises en valeur de terres, colonisation. Le soldat romain doit savoir tout faire.

 

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 Vestiges du Mur d'Hadrien (76-138). Après des années de campagne infructueuses,Rome renonça à soumettre l'extrême nord de la Britania et préféra rester sur la défensive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Channing Tatum, Jamie Bell et Mark Strong. Metropolitan FilmExport "La discipline de l'armée romaine était extrêmement sévère. La survie de Rome en dépendait. La férocité des lois, telle qu'elle existait dès les premiers temps de Rome, s'y conservait entière.

La prestation du "sacramentum" donnait à l'"imperator" droit absolu de vie et de mort sur ses soldats, et aussi le droit de les châtier corporellement. De l'un et l'autre droit, les généraux ne se faisaient pas faute d'user.

Polybe (vers 202-vers 120) nous a transmis le souvenir de scènes de la vie de la troupe en campagne: il nous raconte comment, chaque matin, un homme du dixième manipule de chacun des ordres ( hastari, principes, triarii) se présente à la tente du tribun commandant la légion et reçoit de celui-ci une tablette sur laquelle est inscrit le mot de passe. Revenu dans son unité, il transmet, en présence de témoins, la tablette au commandant du manipule suivant (le 9ème) qui, à son tour, la remet selon le même cérémonial  au commandant du 8ème, et ainsi de suite jusqu'à ce que la tablette soit parvenue au chef du premier manipule, qui la rend finalement au tribun avant la tombée de la nuit... De la sorte, avant le commencement des gardes de la nuit, le chef de la légion est certain que tous les commandants d'unité connaissent le mot de passe.Si l'une des tablettes ne lui a pas été retournée à temps, il lui est facile de retrouver le coupable, qui est sévèrement puni...".

Jamie Bell. Metropolitan FilmExport Esca, le Celte, juge les Romains cruels. Marcus juge les barbares insoumis dangereux pour la sécurité de Rome.

Channing Tatum. Metropolitan FilmExport

 

 

 

 

"...La garde de nuit était toujours cruciale et exigeante, c'est le moment de tous les dangers pour la sécurité du camp:  les vélites ont pour mission de veiller sur le retranchement du camp et de fournir, à chaque porte, un poste de dix hommes. Les autres hommes sont de service à la tente du commandant et à celle des tribuns. Chaque soir, le premier homme de garde dans chaque manipule est conduit au tribun par un sous-officier et, pour chaque poste, celui-ci remet aux soldats de service une tablette (tessera) portant un signe déterminé et correspondant aux quatre veilles de la nuit. Quatre cavaliers recevaient d'autre part la mission d'effectuer quatre rondes, une par veille. Lorsque le clairon sonnait, annonçant le début d'une veille, les cavaliers commençaient la ronde, accompagnés de témoins et, abordant tout à tour chacun des hommes de garde, se faisaient remettre leur tessera: si l'une des sentinelles était endormie ou avait déserté son poste, il le faisait constater  par les témoins qui l'accompagnaient et continuait la ronde. Au matin, les "tesserae" étaient apportées au tribun qui constatait  immédiatement les irrégularités. Une enquête rapide permettait de retrouver le coupable qui était immédiatement traduit devant un tribunal formé des tribuns et condamné à mort".

 

 

 Rome camp romain

 

 

Le camp romain et la règle militaire qui s'y applique sont des prodiges d'efficacité.

 

"Le supplice était appliqué au condamné avec un rituel et une rigueur qui ne laissaient aucune place à la  pitié ou à une quelconque tolérance: le tribun prenait un bâton et en effleurait le condamné; sur quoi  tous les soldats l’assommaient à coups de bâton et de pierres. Si miraculeusement le condamné ne mourait pas, il était jeté hors du camp et abandonné. Le supplice de la bastonnade était aussi le châtiment des voleurs, des soldats convaincus de faux témoignages, des déserteurs et même celui que l'on appliquait dans des cas d'insubordination caractérisée. Lorsqu'une unité entière était coupable, par exemple si un manipule avait abandonné son poste au combat, les soldats qui en faisaient partie étaient "décimés": l'unité coupable était rassemblée à part devant la légion et l'on tirait au sort le nom d'un homme sur dix. Ceux dont le nom était sorti étaient exécutés; les autres recevaient des rations d'orge au lieu de blé et devaient camper hors du retranchement jusqu'à ce qu'ils fussent rachetés par quelque action d'éclat".

in La Civilisation romaine de Pierre Grimal; éditions Les grandes civilisations Arthaud, Paris 1984.

 

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 Gladiateur au repos,1789, baron Françoix-Xavier Fabre (1766-1837).

 

 


 

 

 

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La louve nourrissant Remus & Romulus. Selon la légende une louve avait nourri le fondateur de Rome.

 

 

 

   

La fondation de Rome est environnée de légendes. Les historiens racontent que Romulus et son frère Rémus, exposés sur les bords du Tibre peu de jours après leur naissance, furent miraculeusement allaités par une louve qui sortit des bois. Elle était envoyée par le dieu Mars, qui était le père des Jumeaux, et les Romains, jusqu'à la fin de leur histoire, aimeront se dire "les fils de la louve". Recueillis par un berger, le bon Faustilus -dont le nom est à lui seul un augure favorable puisqu'il est issu de favere- Romulus et Rémus furent élevés par la femme de celui-ci, Acca Larentia. Des noms de divinités se dissimulent derrière ceux de Faustilus et de sa femme; le premier est très voisin de celui de Faunus, le dieu pastoral qui hantait les bois du Latium, le second rappelle celui des dieux lares romains (protecteurs du foyer), et il existait à Rome même un culte à une certaine Mère des Lares qui pourrait bien avoir été, en définitive, que l'excellente mère nourricière des Jumeaux - à moins, ce qui est plus probable, que la légende n'ait emprunté des noms divins pour donner une identité à ses héros.

Pierre & Gilles, le pâtre.

 


 France PierreGilles Hermès


 Pierre & Gilles; Hermès, le dieu messager.

 

 

 

 

 

   

 

 

 

On sait comment devenus hommes, les jumeaux se firent reconnaître par leur grand-père qu'ils rétablirent sur son trône, et partirent fonder une ville sur le site qui leur avait été si favorable. Romulus choisit, pour consulter les dieux, le Palatin, berceau de son enfance. Rémus, cependant, s'installait de l'autre côté de la vallée du Grand Cirque, sur l'Aventin. Les dieux favorisèrent Romulus en lui envoyant le présage extraordinaire d'un vol de douze vautours. Rémus, lui, dans le même temps, n'en voyait que six. A Romulus revenait donc la gloire de fonder la Ville, ce qu'il fit aussitôt, traçant autour du palatin un sillon avec une charrue; la terre rejetée symbolisait le mur, le sillon lui-même le fossé, et à l'emplacement des portes la charrue, soulevée, ménageait un passage.

A cette histoire, assurément, tous les Romains ne croyaient pas, mais, très superstitieux, ils l'acceptaient cependant; ils savaient que leur Ville n'était pas seulement  un ensemble de maisons et de temples, mais un espace de sol consacré (ce qu'exprime dans des cas divers les mots de pomerium et de templum), un endroit  doté de privilèges religieux, où la puissance divine était particulièrement présente et sensible.

 

Mais, tout ceci était trop beau... Le récit affirmait de façon dramatique la consécration de la Ville: Rémus, moqueur, avait raillé le "mur" de terre et son fossé dérisoire; d'un bond, il les avait franchis, signant par cet acte irréfléchi, arrogant, imprudent et funeste, son arrêt de mort. Romulus se jeta sur lui et l'immola en disant: "Ainsi périsse quiconque, à l'avenir, franchira mes murailles!".

 

 

 

 

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Svend Radsack;  Caïn tuant son frère Abel, 1910. La plupart des récits sacrés, fondateurs de civilisations, racontent le drame d'un meurtre fratricide.

Geste ambigu, criminel, abominable, propre à troubler l'harmonie cosmique et provoquer la colère des Dieux puisqu'il était le meurtre d'un frère et mettait sur le premier roi la souillure d'un fratricide, mais geste nécessaire, puisqu'il déterminait mystiquement le futur et assurait, semble-t-il à jamais, l'inviolabilité de la Ville. De ce sacrifice sanglant, éminemment païen, le premier qui ait été offert à la divinité de Rome, le peuple conservera toujours un souvenir épouvanté. Plus de sept cents ans après la Fondation, Horace le considèrera encore comme une sorte de faute originelle dont les conséquences devaient inéluctablement provoquer la perte de la Cité en poussant ses fils à se massacrer entre eux.

A chaque moment critique de son histoire, Rome s'interrogera avec angoisse, croyant sentir peser sur elle une malédiction. Pas plus qu'à sa naissance elle n'était en paix avec les hommes, elle ne l'était avec les dieux.

Cette anxiété religieuse pèsera sur son destin...


  

 


Il est trop aisé d'opposer cette angoisse existentielle à la bonne conscience apparente des Cités grecques. Athènes aussi avait connu des crimes: à l'origine du pouvoir de Yhésée, il y avait le suicide d'Egée. La préhistoire mythique de la Grèce est aussi pleine de crimes que la légende romaine, mais il semble que les Grecs aient considéré que le fonctionnement normal des institutions religieuses suffisait à effacer les pires souillures... Oreste est toujours acquitté par l'Aéropage, sous la présidence des dieux. Et aprés tout, la souillure qu'Oedipe inflige à Thèbes est effacée par le bannissement du criminel; le sang qui coulera plus tard, en expiation, ne sera jamais que celui des Labdacides.

Rome, au contraire, se sent désespérément solidaire du sang de Rémus.

 

 

 

 Rome-bas-relief-ArmeeRomaine.jpg

 

 

 Derrière les boucliers de ses légions, Rome est tremblante. La légende des premiers temps de Rome est ainsi pleine de "signes" que s'emploie à déchiffrer les historiens d'aujourd'hui. Quelle que soit l'origine des différentes légendes particulières, ces récits reflètent autant de convictions profondes, d'attitudes déterminantes pour la pensée romaine.

C'est pourquoi quiconque essaie de surprendre le secret de la romanité doit en tenir compte, puisqu'ils sont autant d'états de conscience toujours présents à l'âme collective de Rome.

 

  France-affiche-de-legion-des-volontaires-francais-contre-le.jpg 1942

 

 

 La Légion aujourd'hui: l'esprit de Rome est toujours vivant.

 

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 Légionnaires en situation de prisonniers. Certaines âmes trop  sensibles disent: "brimades humiliantes". Dans le cas où il serait capturé par l'ennemi, le légionnaire doit tenir bon et supporter les tortures psychologiques; l'esprit doit être aussi robuste que le corps.

 

 

 

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 Toujours prêts à embarquer...

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Shanning Tatum lui aussi prêt à embarquer, mais la destination n'est certainement  pas la même...

 

Légion espagnole


  

   

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La chemise volontairement ouverte est un défi  lancé aux balles de l'ennemi.

 

 


 

 

 

 

 

 



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